Mitteleuropa Balkans (51) Bulgarie (15)

L’armée bulgare dans le premier conflit mondial

Préparation et mobilisation

A la fin de la deuxième guerre Balkanique, la Bulgarie doit démobiliser pour rendre à son armée son visage du temps de paix et permettre le redémarrage de son économie.

Cette démobilisation se fait dans un contexte difficile puisque qu’au sud l’armée ottomane menace la frontière et que la Roumanie occupe le nord du pays. Peu à peu les divisions retournent à leur format du temps de paix puis sont massées sur la frontière bulgaro-ottomane.

Une fois la paix signée, les divisions retournent dans leurs régions d’origine. Du moins pour les neuf premières car la 10ème initialement levée pour combattre sur la côte Egéenne doit se redéployer sur les territoires que la Bulgarie à réussi à conserver à savoir une partie des monts Rhodope et une partie de la Thrace occidentale. La 11ème DI elle devient une division cadre pour permettre l’entrainement des recrues.

Le processus de démobilisation s’achève le 8 décembre 1913 et peu de gens en Bulgarie imagine remettre ça dans moins de deux ans. L’armée bulgare du temps de paix comprend alors 66887 hommes (36976 issus de la Bulgarie «historique» et 36976 hommes issus des territoires récemment acquis).

En temps de paix l’armée bulgare est organisée en trois armées, dix divisions d’infanterie, quarante régiments d’infanterie, dix-neuf régiments d’artillerie, onze régiments de cavalerie, cinq bataillons du génie, un bataillon de chemin de fer, un bataillon télégraphique et un bataillon technique.

Le Royaume de Bulgarie est divisée en trois inspectorat d’armes, dix districts divisionnaires et quarante districts régimentaires. Les hommes qui arment ces entités de commandement forment en temps de guerre avec des rappelés trois état-major d’armées, dix état-majors divisionnaires et quarante état-majors régimentaires.

Comme quasiment toutes les armées européennes de l’époque, l’armée bulgare est une armée de conscription (A ma connaissance seule l’armée britannique est une armée de volontaires mais la situation insulaire du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande la dispense de posséder une armée de terre aussi nombreuse que sa marine).

Les sujets bulgares de sexe masculin sont astreints à un service militaire de deux ans dans l’infanterie mais de trois ans dans les autres armes. Ils sont appelés à l’âge de vingt ans et restent donc sous les drapeaux jusqu’à 22 voir 23 ans (NdA je n’ai pas les informations à ce sujet mais il n’est pas idiot de penser qu’il y à des possibilités d’aménagement).

A l’issue de ce service les obligations militaires ne sont pas terminées. Ils passent ensuite 18 ans dans la Réserve quand ils ont servit dans l’infanterie (16 ans pour les autres armes) soit en théorie jusqu’à l’âge de 39/40 ans soit pour l’époque un âge relativement avancé.

Les hommes âgés entre 40 et 48 ans rejoignent alors la Navodno Opalchenie (Milice Nationale) avec un premier cercle composé d’hommes âgés de 41 à 44 ans et un deuxième cercle composé des plus âgés (45 à 48 ans). A 48 ans révolus donc l’homme bulgare n’à plus d’obligations militaires.

Suite à l’expérience des deux guerres balkaniques, décision est prise de ne plus envoyer en première ligne les hommes âgés de plus de 45ans. Cela ne signifie pas la fin des obligations militaires mais les quadragénaires âgés de 45 à 48 ans vont servir uniquement à l’arrière.

Début 1915 alors que la Bulgarie est toujours en dehors du conflit un rapport précise que l’armée du tsar Ferdinand 1er peut mobiliser 577626 hommes entraînés âgés entre 20 et 48 ans. A cela s’ajoute un réservoir de 231572 hommes non entraînés. Les effectifs approchent ceux des deux guerres balkaniques.

L’armement n’à pas vraiment évolué et la petite aviation bulgare peine à renouveler un matériel rapidement obsolète, la faute à des voisins qui font barrage pour priver Sofia d’un accès aux avions les plus modernes. Ce n’est donc clairement pas dans le ciel que la Bulgarie pourra tirer son épingle du jeu.

Le 22 septembre 1915 le gouvernement bulgare publie un décret ordonnant la mobilisation générale. Il fallait falloir presque trois semaines pour mobiliser tout le monde, mobilisation qui rencontre un certain nombre de difficultés matérielles et surtout se fait sans aucun enthousiasme de la part de l’opinion publique. Nul doute que l’expérience récente des deux guerres balkaniques à refroidit nombre de bulgares à entrer en guerre.

Au début du mois d’octobre 616080 bulgares sont mobilisés soit 12% de la population totale et un quart de la population masculine.

Selon les conventions signées avec les Empires Centraux, la Bulgarie devait fournir cinq divisions mais elle va parvenir à en mobiliser onze plus une division de cavalerie sans oublier des unités de volontaires et de milice. Un effort conséquent donc.

Deux armées doivent être principalement engagées, la 1ère armée sous l’autorité du Groupe d’Armées Mackensen en Serbie et la 2ème Armée sous commandement national bulgare en direction du Vardar macédonien. Ces deux armées doivent être engagées contre la Serbie alors que la 3ème Armée doit surveiller les agissements de la Roumanie dont on ignore l’attitude dans cette guerre.

Tout comme durant les guerres balkaniques, le tsar Ferdinand 1er est commandant en chef de l’armée bulgare mais en pratique il délègue son pouvoir à l’ancien ministre de la Défense, le très germanophile Nicola Zhekov.

Ce dernier aura une interprétation extensive de ses pouvoirs pas clairement définis ce qui provoquera un certain nombre de frictions avec le gouvernement et notamment avec son successeur, le major-general Kalin Naydenov.

L’action de Zhekov sera relayé par son chef d’état-major, le lieutenant-general Klement Bayadzhiev qui est remplacé à la tête de la 1ère Armée par le major-general Konstantin Zhostov.

Une fois la mobilisation terminée l’armée bulgare aligne 232 bataillons d’infanterie et onze bataillons de pionniers au sein de onze divisions d’infanterie soit un total de 469140 hommes. A cela s’ajoute 75 bataillons indépendants (86444 hommes) mais aussi une «armée de l’intérieur» avec 31 bataillons de Milice et 41 bataillons dits supplémentaires soit un total de 64845 hommes.

Canon de 75mm Schneider-Canet M.1904

Si la cavalerie mobilise 62 escadrons, l’artillerie peut mettre en ligne 219 batteries d’artillerie réparties entre la 1ère Armée (94 batteries et 409 pièces), la 2ème Armée (44 batteries avec 182 canons), la 3ème Armée (50 batteries et 401 canons) et au sein de trois divisions d’artillerie indépendantes (31 batteries avec 130 canons).

Cette puissance de feu apparente (1122 pièces) est obérée par les faibles stocks de munitions puisqu’on compte en moyenne 500 coups par pièce.

Quand on sait que français et allemands se sont envoyés 37 millions d’obus de tous calibres en dix mois à Verdun cela laisse songeur…… .

Le déficit concerne également les fusils avec 372603 fusils disponibles contre 521509 prévus dans les plans de mobilisation.

Les DI bulgares sont de grosses unités. Toutes sauf une possédant trois brigades, les effectifs dépassent 40000 hommes ce qui en fait l’équivalent d’un corps d’armée dans d’autres armées.

A l’issue de la mobilisation l’ordre de bataille de l’armée bulgare ressemble à cela :

-1ère Armée : 1ère DI «Sofia» 6ème DI «Bdin» 8ème DI «Tundzha» et 9ème DI «Pleven»

-2ème Armée : 3ème DI «Balkan» 7ème DI «Rila» 1ère Division de Cavalerie

-3ème Armée : 4ème DI «Preslav» 5ème DI «Danube» 2ème DI «Thrace» 10ème DI «Egéenne» et 11ème DI «Macédonienne»

La mobilisation terminée, le haut-commandement bulgare se retrouve avec des réservistes entrainés mais non affectés. Pour ne pas manquer de futurs soldats, ces réservistes vont servir d’instructeurs au sein de nouvelles écoles militaires créées pour entrainer les différents contingents qui sont appelés sous les drapeaux en 1915, 1916,1917 et 1918. 214343 vont ainsi rejoindre les tranchées du front de Salonique remplaçant les 181515 soldats mis hors de combat.

Au final on estime à 1.2 millions le nombre d’hommes mobilisés par l’armée bulgare qu’ils soient issus du territoire bulgare en 1915 ou des territoires conquis durant la guerre.

L’armée (de terre) bulgare au combat

Comme nous avons vu dans la partie historique, le poids de la Bulgarie dans le dispositif de la Triplice dans la région ne va cesser de croître, Berlin comme Vienne n’accordant à ce front qu’une place secondaire dans la stratégie générale, le front de l’ouest et le front russe pour les allemands le front italien pour les austro-hongrois étant les seuls qui importaient à leurs yeux. C’est d’ailleurs un peu la même chose côté allié où le front macédonien ou front de Salonique n’à jamais bénéficié d’une immense priorité.

La mobilisation bulgare ne passe bien entendu pas inaperçue côté serbe. Il est probable que Belgrade s’attendait à un engagement bulgare du côté des germano-austro-hongrois. Voilà pourquoi face à l’armée bulgare, l’armée serbe va déployer des effectifs conséquents en l’occurrence 145 bataillons d’infanterie, 25 escadrons de cavalerie et 316 canons.

Quand on sait que l’armée serbe disposait alors de 288 bataillons, de 40 escadrons de cavalerie et de 678 canons on voit l’effort engagé contre les troupes de Sofia. L’armée bulgare sera d’ailleurs dans une situation inconfortable craignant une offensive surprise serbe pour stopper la mobilisation et gagner du temps pour faire face à une offensive venue du nord.

Obusier de 120mm Schneider-Canet utilisé par l’armée bulgare durant le premier conflit mondial

La 1ère Armée Bulgare doit être engagée aux côtés de la 11ème Armée allemande (sept divisions allemandes) et de la 3ème Armée austro-hongroise (quatre divisions austro-hongroises et trois divisions allemandes) mais avec un décalage de quelques jours mais cela n’allait pas se passer comme prévu.

Le 6 octobre 1915, les empires centraux déclenchent une terrible préparation d’artillerie contre le dispositif serbe implantée sur la Sava et le Danube. Ces deux fleuves sont franchis le lendemain.

Normalement les bulgares devaient attaquer le 11 octobre mais ils sont en retard ce qui va permettre aux serbes de prélever des moyens pour renforcer leur dispositif face aux troupes germano-austro-hongroises.

Enfin le 14 octobre 1915 les 1ère et 2ème Armées bulgares passent à l’attaque avec pour objectif pour la 1ère Armée les villes de Nis et d’Aleksinac. L’avancée est d’abord rapide mais très vite les choses se corsent. Le mauvais temps est de la partie ce qui ajouté au relief et à la résistance serbe rend l’avancée bulgare aussi lente que difficile.

Résultats les quatre divisions d’infanterie de la 1ère Armée sont bloquées devant les forteresses de Pirot et de Zapecan situées à seulement quinze kilomètres de la frontière. Es-ce le début d’un long et éprouvant siège ? Heureusement non pour les bulgares puisque suite à une brèche au centre, ils sont obligés d’évacuer les deux forteresses le 26 octobre 1915 permettant aux bulgares de reprendre leur avancée.

Paradoxalement (ou pas) c’est la 2ème Armée moins puissante (seulement deux divisions d’infanterie et une division de cavalerie) qui va avancer plus vite. Elle s’empare de la ville de Vranje et coupe les communication entre la Serbie et le Vardar macédonien. Une partie de la 2ème Armée met ensuite cap au nord pour aider la 1ère armée à couper la retraite des serbes. Le 20 octobre les bulgares s’emparent des villes de Vebes et de Kumanovo.

C’est alors que se produit le premier affrontement entre les bulgares et les troupes alliées au cours de la bataille de Krivolak (21 octobre au 22 novembre 1915). Cette bataille oppose la 11ème DI bulgare à trois divisions d’infanterie françaises (57ème, 122ème et 156ème DI). L’échec de deux divisions serbes à s’emparer de Skopje oblige les troupes françaises à se replier.

La Bataille de Kosturino (6 au 12 décembre 1915) est la conséquence de la précédente. Elle voit toujours l’engagement côté bulgare de la 11ème DI mais en face on trouve la 10ème DI britannique (division de recrutement irlandais) et la 156ème DI. C’est une nouvelle victoire bulgare et les alliés n’ont plus d’autre choix que de se replier sur la Grèce.

De leur côté les serbes n’ont pas renoncé à percer vers le sud pour rejoindre la Grèce espérant un soutien ferme des alliés mais ce soutien est chichement mesuré en raison de moyens insuffisants (ou jugés suffisants pour un front secondaire ce qui revient un peu ou même).

Le 5 novembre 1915 la 1ère Armée bulgare s’empare de Nis faisant 5000 prisonniers. Elle fait le même jour sa jonction avec la 11ème Armée allemande ce qui élimine le spectre d’une contre-offensive serbe enfonçant un coin entre ces deux armées.

Bien qu’affaiblie l’armée serbe représente toujours une menace qui ne peut et ne doit pas être sous-estimée. Voilà pourquoi les Empires Centraux décident d’éliminer cette menace en lançant une offensive en direction du Kosovo.

La 1ère Armée bulgare doit attaquer depuis l’est, la 2ème Armée bulgare depuis le sud, les allemands par le nord et les austro-hongrois par le nord-ouest.

Les serbes sont-ils condamnés ? Non car la lenteur des mouvements et notamment du franchissement de la Morava leur permet de retraiter en bon ordre.

La chute de Pristina le 23 novembre 1915 enterre toute possibilité de replier vers la Grèce. Il faut donc se replier vers l’Albanie pour éviter l’anéantissement. C’est l’autre donné par le haut-commandement serbe. C’est le début d’une véritable anabase à travers les montagnes eneigées et un froid polaire. Civils et militaires succombent par milliers.

De leur côté les bulgares continuent leur avancée en s’emparant des villes de Prizren, de Debard, de Strugea, d’Ohrid et de Bitola. La prise de cette dernière le 4 décembre 1915 marque la fin de la campagne de Serbie.

Le 3 décembre 1915 les bulgares s’étaient lancés contre les alliés mais trop tard pour empêcher leur repli vers Salonique où un puissant camp retranché va voir le jour. Le 11 décembre 1915 les troupes bulgares atteignent la frontière grecque mais reçoivent l’ordre de ne surtout pas la franchir.

Au 31 décembre 1915 après un peu plus de deux mois de conflit l’armée bulgare à perdu 37000 hommes (tués, blessés, malades) sur les 424375 hommes engagés soit 8.72% des effectifs.

Comme jadis le front se fige durant l’hiver, les conditions météos ne permettant pas une offensive majeure.

Constantin 1er de Grèce roi de 1913 à 1917 et de 1920 à 1922

Il faut attendre le 17 août 1916 pour que les bulgares repassent à l’attaque devançant de trois jours une offensive alliée. Les territoires à l’est de la rivière Struma sont facilement conquis (17 au 23 août) et pour cause, le roi de Grèce Constantin 1er à ordonné de ne pas résister ce que ne peut admettre nombre d’officiers grecs qui ne comprennent pas une telle attitude alors que ces territoires ont été durement conquis durant les guerres balkaniques. Cela provoquera un coup d’état pro-allié en faveur d’Euletherios Venizelos.

Du 12 au 30 septembre 1916 à lieu la Bataille de Kaymakchalan. Cette bataille se termine par une retraite bulgaro-allemande et l’évacuation de Bitola. 60000 hommes ont été mis hors de combat côté Empires Centraux (50000 côté allié) et la front à reculé de 40km ce qui est tout sauf négligeable.

Peu à peu le front macédonien ou front de Salonique va se figer. Une véritable guerre d’usure oppose les deux camps qui ne disposent pas de suffisament de moyens pour obtenir la percée tant recherchée.

Il va falloir attendre 1918 pour que la situation se débloque alors que telles deux courbes la force des alliés ne cesse d’augmenter pendant que celle des empires centraux ne cesse de décliner au point que chaque offensive de la Triplice ressemble à chaque fois à un coup de Poker plus risqué que le précédent. Le temps joue clairement en faveur des alliés et les allemands, les austro-hongrois et les bulgares le savent parfaitement.

Les alliés vont ainsi remporter au printemps 1918 la bataille de Skia-Di-Leger (29 au 31 mai 1918) puis celle de Dobro-Polje (15 au 18 septembre 1918), bataille qui marque le début de l’offensive du Vardar qui allait aboutir à la rupture du front puis à son exploitation.

Cela ne veut pas dire que les bulgares sont en déroute. Ils remportent quelques succès comme la Bataille de Dorian (18 septembre 1918) mais il s’agit à chaque fois de victoires locales et tactiques qui ne changent pas le cours de la guerre.

Résultat le 24 septembre 1918 la Bulgarie demande un armistice aux alliés. L’armée bulgare se désintègre certains éléments exploités par les agrariens proclament même la Bulgarie. Les alliés acceptent le 29 septembre 1918. C’est l’Armistice de Thessalonique.

Outre le front macédonien, les bulgares vont également combattre contre la Roumanie. Bucarest entre en guerre en août 1916.

L’offensive roumaine remporte d’abord de brillants succès mais ces succès sont en trompe l’œil, les roumains étant 200000 contre 25000 austro-hongrois. L’arrivée rapide de renforts germano-austro-hongrois stabilise la situation et permet une contre-offensive à laquelle participe la Bulgarie en Dobroudja du Sud. Cela aboutira à l’occupation des deux tiers de la Roumanie (dont la capitale Bucarest) et à l’impossibilité pour la Roumanie de continuer la guerre après l’effondrement russe (NdA plus de détails dans le volume 3 consacré à la Roumanie).

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