Mitteleuropa Balkans (14) Hongrie (14)

L’armée de terre hongroise dans le second conflit mondial

Organisation générale et préparation

Quand l’Allemagne déclenche l’opération WESERUBUNG, les hongrois se tiennent prêt à toute éventualité mais Berlin ne sollicitent pas leur aide.

Dès le 1er septembre 1948 l’armée magyare avait commencé à mobiliser ses forces notamment en raison de mouvements de troupes côté roumain qui faisaient craindre une offensive pour récupérer la Transylvanie du Nord.

Le 10 septembre 1948 un sérieux incident de frontière oppose les deux armées dans la région de Kolozsvar (aujourd’hui Cluj-Napoca).

Un échange de coups de feu entre une patrouille roumaine à la recherche de déserteurs et des gardes-frontières hongrois dégénèrent en combats entre unités militaires des deux pays. On assiste même à des échanges d’artillerie.

Es-ce le début d’une nouvelle guerre hungaro-roumaine ? Non car Berlin siffle rapidement la fin de la récré refusant un conflit dans une zone aussi sensible.

Les deux pays non sans arrières pensées s’excusent et promettent une coopération militaire totale (sic). Pour éviter de nouveaux incidents de ce genre, une bande démilitarisée de 500m de part et d’autre de la frontière est mise en place, seuls les gardes-frontières des deux pays étant autorisés à y patrouiller.

Budapest décide de mobiliser ses armées et d’accélérer le processus lancé dès le 1er septembre 1948.

Soldats hongrois

Soldats hongrois date et lieu inconnu

L’armée de terre hongroise va ainsi aligner neuf corps d’armée à trois divisions d’infanterie soit vingt-sept divisions plus un corps rapide disposant de deux brigades blindées et d’une brigade montée (ou de cavalerie). A cela s’ajoute des unités d’artillerie, du génie et du soutien.

Attention cependant à ne pas surestimer la puissance de ces unités notamment des divisions d’infanterie qui disposent de seulement deux régiments au lieu de trois ou quatre habituellement.

L’équipement lui s’est nettement amélioré par rapport à 1939 mais il existe encore un certain nombre de lacunes.

De toute façon l’armée hongroise ne va pas être engagée immédiatement au combat puisqu’elle ne va connaître son baptême du feu qu’à l’été 1949.

La campagne de Yougoslavie

C’est en effet le 7 juillet 1949 que l’armée hongroise allait enfin entrer dans le second conflit mondial en participant à l’opération Maritsa, une offensive menée par l’Allemagne et destinée initialement à sécuriser le flanc méridional de la futur opération BARBAROSSA.

Il était en effet hors de question de laisser la possibilité aux alliés de débarquer dans les Balkans et d’attaquer les longues lignes de communication vitales pour les troupes engagées dans les plaines russes.

Si un débarquement en Adriatique en soutien direct des yougoslaves était peu probable en revanche la mise à terre d’un corps expéditionnaire franco-britannique en soutien de l’armée grecque était possible voir même probable.

Cette opération contrairement à ce qu’on à longtemps pensé avait été étudiée dès avant guerre suite au rapprochement de la Yougoslavie et de la Grèce avec les puissances occidentales.

Seulement voilà son exécution à été bouleversée par l’attaque italienne en Grèce, attaque qui se déroula initialement bien avant de virer à la déroute, les troupes transalpines étant violemment contre-attaquées et refoulées en Albanie. L’opération Maritsa à donc été exécutée plus tôt que prévu pour se porter au secours des italiens.

Jusqu’au bout les yougoslaves ont essayé de négocier leur neutralité, ont promis qu’ils ne laisseraient pas des troupes ennemies utiliser leur territoire mais Berlin n’avait plus confiance et décida de régler le problème par la force.

Comme ses effectifs avaient été obérés par les opérations en France, Berlin fût obligé de solliciter l’aide de ses alliés qu’ils soient italiens, bulgares ou hongrois.

Budapest qui espérait récupérer des territoires peuplées de magyarophones accepta immédiatement en proposant l’engagement de sa 3ème armée soit trois corps d’armée à trois divisions pendant que le corps rapide était mis en alerte en cas de besoin.

La 3ème armée fût naturellement engagée en Serbie en espérant non pas une promenade militaire mais une marche facilitée par la présence des hongrois de Voïvodine. Certains étaient tellement optimistes qu’ils estimèrent que l’engagement de neuf divisions était superflu !

La réalité des combats allait leur offrir un réveil pénible. Non seulement les troupes serbes allaient résister de manière acharnée en se montrant digne de leurs ainés du premier conflit mondial mais en plus les unités de l’armée yougoslave formées de magyarophones allaient montrer une vrai capacité à combattre bien loin des espérances de Budapest.

La 3ème armée du donc s’employer pour occuper le nord de la Serbie. Point positif sa présence empêcha le gouvernement yougoslave de dégarnir la Serbie pour renforcer les troupes malmenées par les allemands et les italiens, ces derniers profitant de la défection d’unités croates.

Même l’entrée à Belgrade d’unités hongroises le 17 juillet 1949 eut un goût amer pour les troupes magyares.

Il faut dire que la ville avait été ravagée par les bombardements allemands et que les habitants étaient loin d’accueillir les unités hongroises en héros. Au début du mois d’août la 3ème armée hongroise fit sa jonction avec les troupes bulgares obligeant les unités yougoslaves à se replier précipitamment sur la Macédoine en espérant l’arrivée de renforts alliés.

En réalité Paris et Londres avaient décidé de refaire comme en 1915 et de s’accrocher à la Grèce.

Les historiens yougoslaves jugèrent sévèrement cette décision alliée mais quand on connait la suite (le Péloponnèse et la Crète sous contrôle allié) on peut imaginer que Paris et Londres ont eu raison de refuser une véritable aventure militaire en engageant des troupes en Yougoslavie.

Tout juste acceptèrent-ils de couvrir le repli en Grèce des unités yougoslaves et de promettre de les réentrainer et de les rééquiper pour un futur engagement dans les Balkans.

Ligne Metaxas (Grèce) 2

Obstacles antichars de la ligne Metaxas

Cette promesse fût également offerte à la Grèce même si Athènes confiante dans les capacités de son armée et de sa ligne Metaxas espéraient repousser hors du berceau de la civilisation européenne les nouveaux barbares, les nouveaux perses.

Les hongrois de leur côté furent poliment écartés de la campagne de Grèce. Non seulement leurs prestations militaires avaient déçu les allemands mais en plus les bulgares ne voulaient pas d’un pays voisin dans ce qu’ils considéraient comme leur zone d’influence à savoir la Macédoine qu’ils comptaient bien annexer une fois la guerre terminée pour former une Grande Bulgarie.

Les troupes hongroises qui avaient atteint la frontière entre la Macédoine et la Serbie se replièrent vers le nord non sans devoir combattre les prémices de la résistance royaliste composée d’un mélange détonnant de soldats serbes isolés, de bandits de grand chemin profitant de l’effondrement de l’état yougoslave ou encore de personnes se révélant sur le tard (ou trop jeunes pour combattre dans des unités régulières).

Le sujet n’ayant pas été vraiment étudié les événements sont incertains tout comme les pertes des deux côtés. Des villages ont été véritablement rayés de la carte signe qu’il n’y avait aucune pitié à attendre que ce soit de la part des hongrois ou des serbes.

Repliés dans le nord les troupes hongroises ont obtenu l’annexion de deux petits territoires, un à la frontière avec la Croatie et un autre à la frontière avec la Serbie. Ils ont également obtenu une zone d’occupation qui couvrait grosso modo la Voïvodine, Budapest caressant l’espoir de l’annexer une fois la guerre victorieusement terminée.

Contrairement à ce que les hongrois ont voulu faire croire après guerre l’occupation magyare à été rude pour ne pas dire plus. Même les magyarophones que le traité de Trianon et/ou les hasards de l’histoire avaient placé en Serbie n’échappèrent pas à la vindicte de la soldatesque.

Plus la guerre se prolongeait, plus le sort des armes était défavorable à l’Axe et plus les hongrois se montraient durs.

De plus pour ne rien arranger les soldats de métier se faisaient de plus en plus rare laissant la place à de jeunes recrues voir à des éléments douteux à mi-chemin entre le banditisme et la police, un mélange détonnant surtout face à une résistance de plus en plus mordante.

Les troupes hongroises doivent faire face pendant longtemps à une guérilla mais peu de troupes réellement constituées ce qui limite la pression opérationnelle sur des troupes qui comme nous l’avons vu ne sont pas de première qualité.

Cela commence à changer quand les alliés décident de repasser à l’offensive dans les Balkans à l’automne 1952 lorsqu’ils déclenchent l’opération ANVIL (enclume).

Cette opération menée essentiellement par des troupes sud-africaines, britanniques et grecques en attendant la disponibilité d’une armée yougoslave dont la montée en puissance se révèle plus ardue que prévue.

Les troupes hongroises le ressente car si les troupes régulières alliées sont bien loin de la Serbie (Athènes n’est libérée qu’en décembre 1952) ils doivent faire face à une guérilla nettement plus remuante qu’elle soit royaliste ou communiste. Il faut dire que les alliés fournissent armes, munitions et des conseillers pour coordonner les actions de la résistance avec leurs propres opérations.

Cette stratégie de guerre duale n’aura qu’une réussite partielle et ce pour plusieurs raisons : querelles voir affrontements fratricides entre royalistes et communistes, manque d’allant pour certaines missions, indiscipline de ces soldats de hasard…….. .

Cela à au moins le mérite de répandre la discorde et l’insécurité chez l’ennemi qui doit redoubler de précaution pour se déplacer. Cela réduit d’autant son efficacité au combat. Hélas pour la population cela se paye au prix de nombreux massacres et autres exactions que certains officiers hongrois paieront après guerre par un passage entre les mains du bourreau.

En février 1953 la quasi totalité du territoire grec es libéré. Des unités alliés opèrent dans le sud de la Yougoslavie mais le manque de moyens (d’autres front sont prioritaires) empêchent par exemple de profiter pleinement de la défection italienne de mars 1953.

L’Albanie est libérée quasiment sans combats, les allemands échangeant de l’espace contre du temps ravageant consciencieusement le territoire évacué ce qui aggrave les problèmes logistiques des alliés.

Les hongrois doivent également faire face aux conséquences du coup d’état pro-allemand du 17 mai 1953.

Ferenc_Szálasi

Ferenc Szalasi

Mené avec vigueur et célérité, il entraîne l’arrivée au pouvoir du leader des croix flêchées Ferenc Szalasi qui purge l’armée et l’administration. Clairement la Hongrie choisit l’alliance allemande pour le meilleur et surtout le pire.

Paradoxalement cela améliore grandement les capacités militaires magyares. Es-ce parce que ne restent que les plus motivés ? Es-ce parce qu’ils sont mieux armés et mieux équipés ? Peut être un mélange des deux.

Deux jours après ce coup d’état le 19 mai 1953 les alliés avaient déclenché l’opération SLEDGEHAMMER, une offensive engageant deux armées britanniques, une armée grecque et une armée yougoslave.

C’est ainsi qu’à la fin du mois de juillet 1953 le front suit grosso modo une ligne Durres-centre de la Macédoine-frontière bulgare.

Les hongrois commencent à se préparer à une offensive en règle ayant pour objectif de remonter la Yougoslavie et frapper l’Allemagne par l’Autriche et la Hongrie.

Ligne Arpad (Hongrie) 14

Fortin de la ligne Arpad, l’une des l ignes fortifiées construites par les hongrois

Les forces sont réorganisées et rééquipées. Des fortifications sont levées pour user l’ennemi et gagner du temps. Cette stratégie aurait pu être payante si la 3ème armée hongroise avait bénéficié d’unités mobiles mais ces éléments rares et précieux étaient très demandés sur le front russe.

En novembre 1953 les alliés repartent à l’assaut (opération SWORD). Les unités bulgares et les quelques unités allemandes encore présentes sont enfoncées. Les hongrois doivent engager des unités à 250km au sud de Belgrade au grand déplaisir des collaborateurs serbes et des bulgares qui considèrent cette région comme leur sphère d’influence.

La mésentente entre bulgares, hongrois et serbes aurait pu profiter aux alliés sir ces derniers avaient pu bénéficier de moyens supplémentaires mais le front balkanique comme le front italien étaient des fronts secondaires par rapport au front occidental et même au front scandinave.

En janvier 1954 la brigade parachutiste canadienne est larguée sur Belgrade (opération WELCOME), opération menée en liaison avec les maquis royalistes. Les troupes hongroises résistent mais doivent se replier à toute vitesse en direction du pays natal, pays en passe d’être submergé par les soviétiques.

Les combats sont âpres et violents. Clairement on ne se fait aucun cadeau, les prisonniers sont rares et nombre de blessés qu’ils soient hongrois ou alliés préfèrent encore se faire sauter avec une grenade plutôt que de se laisser capturer.

Début février 1954 les dernières unités organisées hongroises quittent la Yougoslavie suivis par de nombreux magyarophones qui craignent la vengeance et les représailles des serbes. Un mois plus tard en mars la Hongrie capitule submergée par les troupes soviétiques qui font leur jonction avec des troupes régulières yougoslaves et sud-africaines.

Opération Barbarossa : gloire et désillusions

Naturellement la principale campagne menée par l’armée de terre magyare durant le second conflit mondial est l’opération BARBAROSSA soit l’invasion de l’URSS qui comme souvent pour l’envahisseur se termina par un désastre au point qu’un historien célèbre à dit que pour vaincre la Russie il faut faire confiance aux russes…… . Cela se passe de commentaires.

Comme nous l’avons vu plus haut initialement la Hongrie ne devait pas participer à cette opération pour des raisons obscures qui soixante-dix ans après n’ont toujours pas été éclaircies par les historiens (et ne le seront peut être jamais).

Finalement Budapest est convié à la «croisade antibolchevique» mais réponse du berger à la bergère l’armée hongroise ne mobilise qu’un corps d’armée (le 6ème issu de la 1ère Armée) placé sous commandement allemand et des troupes de sécurité que les allemands rebaptiseront Unsicherheit Truppen (troupes d’insécurité) pour leur inefficacité et leur caractère quasi-criminel.

Cette situation s’explique également par la crainte que Bucarest ne profite de l’engagement hongrois en Russie pour récupérer la Transylvanie du Nord perdue en 1940. Les meilleures troupes sont ainsi préservées au pays notamment le corps rapide.

Il faudra des garanties allemandes pour que les magyars acceptent d’engager davantage de troupes en URSS.

Il était plus que temps car le temps des folles chevauchées est terminé, les soviétiques résistent («Plus un pas en arrière») et pratiquent la plus vieille tactique militaire celle de la terre brûlée, les troupes de la 1ère armée hongroise compose deux corps d’armée (le 6ème corps d’armée à trois divisions d’infanterie et le 8ème avec deux divisions d’infanterie) et du corps rapide (une brigade de cavalerie et deux brigades blindées) s’avançant dans un véritable désert.

Panzer IV Ausf H 2

Parmi les chars équipant le corps rapide figure des Panzer IV à canon de 75mm long.

Les troupes hongroises ont à peine le temps de s’habituer à ce théâtre d’opérations que l’hiver tombe sur la Russie. Particulièrement froid cette année là il surprend une armée certes mieux équipée que les italiens, les roumains voir les allemands mais qui va connaître une véritable Anabase.

Attaquant le 3 décembre 1950 par des températures moyennes de -10° les frontoviki se heurtent à des soldats tétanisés par le froid mais qui très vite se reprennent. Il y à des cas de paniques collectives que les officiers doivent contrer à coup de revolver mais ils sont moins nombreux que prévu.

Cela s’explique par la solidarité au sein des unités de combat souvent de recrutement local. Tout le monde ou presque connait la famille de l’autre. Un acte assimilé à de lâcheté serait très mal vu au pays. Les hommes tiennent par cette solidarité, par l’alcool et par la peur et/ou la haine du russe.

Les combats rudes et éprouvant vont durer jusqu’à la fin de décembre voir dans certains fronts durant les premiers jours de janvier. Les deux adversaires épuisés reprennent leurs esprits pour le troisième round.

La Magyar Királyi Honvédség en profite pour réorganiser ses unités, intégrer de nouvelles recrues et faire venir toujours plus d’armes, de véhicules et de munitions (à l’échelle hongroise cela va sans dire).

La 1ère armée hongroise comprend désormais deux corps d’armée à trois divisions d’infanterie et le corps rapide à deux divisions blindées légères.

A cette armée va s’ajouter la 2ème armée (deux corps d’armée à deux DI chacune plus une brigade de cavalerie avec unités montées et un bataillon de chars) qui jusqu’ici avait été conservée en Hongrie. Désormais la défense du pays contre un coup de jarnac roumain est assuré par une 4ème armée hongroise et quelques unités allemandes en transit

Cet engagement massif est mal récompensé par les allemands qui loin de fournir massivement leur allié en armes se contente de la portion congrue. Officiellement le gouvernement hongrois comprend que l’industrie d’Outre-Rhin monte en puissance mais officieusement certains se demandent si les allemands ne demandent à leurs alliés que de la chair à canon et non des soldats.

C’est le début d’un profond malentendu, d’un fossé qui ne cessera de se creuser. Les hongrois se sentiront d’autant plus vexés que l’armée allemande aura de plus en plus tendance à faire porter le chapeau des défaites et autres désastres militaires sur ses alliés qui se feront un plaisir en retour de rappeler les promesses de livraisons d’armes jamais exécutées ou toujours avec parcimonie.

Le 9 mars 1951 les allemands lancent leur offensive de printemps. N’ayant plus les moyens d’une offensive généralisée (qui est de toute façon contrairement au principe élémentaire de concentration des forces) Berlin doit choisir.

Après avoir étudié l’option d’une offensive pour s’emparer de Leningrad puis de relancer l’avancée sur Moscou, Berlin choisit finalement l’option méridionale avec une poussée globale vers le Caucase pour s’emparer des précieux puits de pétrole. C’est l’opération FRIEDRICH.

L’axe de progression est constitué par les allemands mais les flancs sont gardés par leurs alliés roumains au sud,italien et hongrois au nord. Sans que le soldat magyar, italien ou roumain ne démérite il était généralement moins entraîné, moins motivé et surtout moins bien équipé que le Landser. Cette faiblesse allait être exploitée par les soviétiques avec un succès dévastateur.

Bien que l’axe général de progression laisse peu de doutes, les généraux soviétiques craignent que cette offensive ne soit en réalité dirigée sur Moscou. Les flancs tenus par les magyars sont soumis à de violentes attaques.

Les soldats de la Magyar Királyi Honvédség découvrent les barrages d’artillerie à le soviétique, les sifflements des roquettes, les charges de chars…… . A plusieurs reprises les allemands doivent engager leurs réserves pour éviter un effondrement des deux armées magyares qui font ce qu’elles peuvent avec ce qu’elles ont.

Nul doute que cet engagement des réserves ainsi que le retrait de deux corps d’armée pour les ramener en France après le déclenchement de l’opération AVALANCHE à joué dans l’impossibilité pour les allemands de s’emparer du Caucase voir de la Volga, véritable veine jugulaire ravitaillant la Russie d’Europe en troupes, armes, munitions, véhicules et équipements de toute sorte.

Je dis bien à jouer mais n’est pas responsable. Nul ne peut savoir ce qui se serait passé si les allemands n’avaient pas eu à engager leurs réserves en soutien des hongrois et que les deux corps d’armée retirés du front pour l’ouest étaient resté. C’est faire peu de cas de la friction, des décisions des acteurs de l’époque sans oublier la résistance acharnée que dis-je désespérée des soviétiques qui semblaient posséder des réserves inépuisables.

Les hongrois doivent tenir un front plus étendu avec moins de troupes. Pour compenser cet état de fait le soldat hongrois fait ce que fait tout soldat quand il ne combat : il s’enterre. Des positions fortifiées de campagne sont construites.

L’armée hongroise espère simplement que les soviétiques lui laisseront le temps. C’est raté puisque l’opération URANUS est déclenchée dès le 4 juillet 1951. C’est une attaque à l’allemande avec deux pinces qui doivent enfermer le maximum de soldats de l’axe.

Les percées sont effectuées aux jointures entre les roumains et les allemands au sud, entre les italiens et les hongrois au sud. Dans ces zones les responsabilités sont diluées et le temps que des décisions soient prises l’ennemi peut obtenir un avantage décisif.

C’est ce qui se passe mais très vite l’Axe se ressaisit. Il y à bien des encerclements locaux, des kessels (chaudrons) mais l’encerclement géant espéré n’à pas lieu.

L’Axe va reculer pendant deux mois avant que le front se stabilise suite à l’arrivée de renforts mais aussi en raison de l’épuisement de l’avancée soviétique, la RKKA ayant encore énormément à apprendre.

Clairement les deux adversaires sont épuisés. Voilà pourquoi l’hiver 1951/52 est assez calme. Il y à bien quelques attaques locales pour améliorer le tracé du front mais aucune offensive à caractère stratégique.

Les allemands qui cherchent à dégager Smolensk lancent le 12 mai 1952 l’opération CITADELLE destinée à éliminer les deux saillants qui sont autant de possibilité pour les soviétiques de frapper.

Si l’état-major allemand n’imagine qu’une prise en tenaille depuis les balcons nord et sud les soviétiques avaient semble-t-il des plans plus ambitieux. Ce ne sera que partie remise, les cerveaux des généraux soviétiques étant nettement mieux faits que l’image qu’en avaient les généraux allemands pétris, contaminés par les préjugés raciaux qui renforcèrent les préjugés hérités de l’Allemagne wilhelmienne.

Les allemands mobilisent de gros moyens. La quasi-totalité de leurs réserves sont sur le front de l’Est. Clairement à cette époque le duo Himmler/Heydrich joue au poker en faisant tapis à chaque coup. Une façon bien étrange de mener une guerre à bien mais peut être la seule à la disposition du régime nazi à cette époque.

Les combats vont durer quinze jours. Si le balcon nord est éliminé, le balcon sud n’à pu être qu’entamé, grignoté et représente toujours une menace.

Les soviétiques ont clairement résisté à une attaque allemande par beau temps sans avoir pu compter sur le «Général Hiver». Leur confiance monte en flèche au point qu’ils commettront quelques pêchés d’orgueil.

Les résultats contrastés de Zitadel vont favoriser leur propre offensive. Baptisée ROUMANTSIEV, elle est déclenchée le 1er juillet 1952. Les allemands vont résister jusqu’au 8 août date à laquelle la ville de Smolensk est reprise.

Ils y trouvent un champ de ruine, les allemands ayant méthodiquement saboté toutes les installations et sont allés jusqu’à déporter tous les habitants qui pouvaient se déplacer (pas besoin de vous dire ce qui est arrivé à ceux qui ne pouvaient quitter la ville…..)

Les hongrois ne sont pas concernés par CITADELLE. Ils couvrent le flanc sud du front. Il y à bien quelques coups de main, quelques reconnaissances tactiques mais rien qui ressemble à une attaque majeure.

En revanche le déclenchement de ROUMANTSIEV impacte durablement les hongrois qui doivent combattre durement et battre en retraite dans les plaines d’Ukraine pour éviter d’être coupés de la mère-patrie.

Les relations avec les allemands sont de plus en plus tendues. En effet Berlin passe de plus en plus son temps à faire porter aux magyars le chapeau des défaites militaires ce que les soldats hongrois ont de plus en plus de mal digérer. Pour la fraternité d’armes on repassera…… .

Le front se stabilise à nouveau début novembre 1952. Les hongrois ont fait ce qu’ils ont pu avec ce qu’ils avaient. A Budapest les mauvaises nouvelles du front relancent les activités des oppositions au régime Horthy qu’elle viennent de la droite du régent (Croix Fléchées) ou de la gauche même si cette dernière n’à guère les moyens de ses ambitions.

Miklos Horthy

L’avancée soviétique menaçant clairement les frontières hongroises, le régent Horthy entame des négociations avec l’URSS mais aussi avec les occidentaux. Ces pourparlers sont censés être secrets mais en réalité les allemands sont très vite au courant.

Ils réagissent rapidement en soutenant un coup d’état militaire pro-allemand. Le 17 mai 1953 le régent Horthy est renversé puis emprisonné en Allemagne en compagnie de son fils. Le leader du parti des Croix Flêchées Ferenc Salazsi prend le pouvoir, resserrant les liens avec Berlin.

L’armée est purgée même si très peu de soldats refusent de suivre le nouveau régime. Es-ce à dire que l’armée de terre hongroise était une entité fasciste comme certains historiens l’ont écrit après guerre ?

C’est aller un peu vite en besogne. Il y à probablement un mélange de facteurs divers comme la peur de représailles, l’anticommunisme visceral des hongrois et probablement la croyance d’un but à atteindre alors que pendant plusieurs mois les mauvaises nouvelles s’enchaînaient.

Clairement Budapest choisit une union à mort avec l’Allemagne. Les combats vont être extrêmement violents culminant début 1954 avec le contrôle de Budapest. Quatre mois de combat de décembre 1953 à mars 1954, aboutissant à la chute de la ville et parait-il un Danube rouge sang.

L’armée de terre hongroise cesse alors d’exister. De toute façon l’Allemagne elle même est à l’agonie, capitulant le 30 avril 1954 mettant fin à un conflit titanesque de presque six ans.

La Hongrie est entièrement occupée par la RKKA. Un gouvernement provisoire est mis en place, un gouvernement de coalition qui ne tarde pas à montrer son vrai visage. La monarchie est abolie en octobre 1954 et la république proclamée, une république officiellement démocratique qui bascule dans la dictature à la fin des années cinquante et ce pour plus de trente ans.

Sur le plan des pertes plus de 300000 soldats hongrois sont morts en Yougoslavie, en URSS et en Hongrie lors de la défense du pays.

Au final on ne peut pas dire que l’armée hongroise à démérité. Comme beaucoup d’armées elle à fait ce qu’elle à pu avec ce qu’elle avait. Elle était mieux équipée que certains autres alliés de l’Allemagne et elle s’est dans l’ensemble bien battu sans jamais démériter n’en déplaise aux allemands qui la guerre passant avaient la facheuse habitude de mettre sur le dos d’alliés mal équipés leurs défaites.

La Magyar Királyi Honvédség est dissoute sur ordre du haut-commandement soviétique dès le 4 mai 1954. Les forces d’occupation soviétiques sont chargées de défendre le pays en cas d’offensive occidentale.

Cela peut paraître insensé aujourd’hui mais certains à Moscou craignaient une attaque franco-britannico-américaine appuyée par des troupes allemandes ralliées. Ce projet n’à jamais existé en dehors de quelques cerveaux un brin dérangé.

Peu à peu les effectifs de l’Armée Rouge en Hongrie se réduisent. Une nouvelle armée hongroise baptisée Magyar Honvédség (Armée hongroise) est créée le 17 juin 1956.

Les dernières troupes soviétiques quittent le pays en septembre 1958 mais reviendront en juin 1961 suite à une révolte populaire qui sera écrasée par les chars soviétiques, le gouvernement communiste n’étant pas sur de son armée alors naissante. Tout ceci est une autre histoire qui sort de ce cadre.

Certains ressortissants hongrois vont préférer s’engager dans la Waffen S.S, la branche militaire de l’ordre noir qui disposait au début du conflit de huit divisions d’infanterie et de deux divisions blindées va aligner jusqu’à seize divisions d’infanterie, quatre divisions de cavalerie et six divisions blindées.

Si les Panzerdivisionen S.S étaient quasi-exclusivement de recrutement allemand, certaines divisions d’infanterie étaient de recrutement étranger. C’est ainsi que trois divisions ungarische vont armer l’ordre noir, deux divisions d’infanterie (15 et 16) et une division de cavalerie (4).

Ces unités vont combattre sous l’uniforme allemand et sous commandement allemand souvent loin de la mère-patrie. Par exemple la 15ème division va être détruite en Picardie lors de la contre-offensive alliée alors que la 16ème division va capituler dans le nord de l’Italie.

On ignore cependant si cette perte de capital humain à été regretté par le gouvernement hongrois qui peinaient à remplumer ses unités.

L’absence de demande de placer sous commandement magyar ces unités tendrait à faire croire que cette perte était acceptée par le gouvernement.

Certains travaux d’historiens ont montré que le niveau de ces divisions était assez médiocre, que l’indiscipline était le maître mot. On pourrait donc imaginer que le recrutement de ces unités à été piloté en sous-main par le régime Horthy qui pu ainsi purger l’armée d’éléments indésirables. Hélas pour elles les populations civiles ont payé cher ce recrutement avec plusieurs massacres en France (15ème), en Italie (16ème) et en Bosnie (4ème division de cavalerie).

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