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La Hongrie dans le second conflit mondial

N’importe quel pays européen est conscient qu’en cette année 1948 la guerre n’est qu’une question de temps tant les tensions sont de plus en plus fortes en Europe. Certains comparent la situation à 1914 plus qu’à 1939.

On s’attend à ce qu’un événement anodin fasse exploser le baril de poudre qu’est redevenu le Vieux continent. En réalité il n’y aura pas de nouvel attentat de Sarajevo ou d’attaque du poste radio de Glewice (dont on sait aujourd’hui qu’il s’agissait d’une false flag action d’une action menée sous faux drapeau, attaque qui n’à d’ailleurs trompé que ceux qui voulaient être trompés) mais une attaque surprise en Scandinavie soit un théâtre périphérique.

La Hongrie est liée à un pacte d’assistance militaire mutuel avec l’Allemagne depuis le 8 octobre 1947 mais ce pacte ne signifie pas une alliance militaire. C’est un outil défensif destiné plus à protéger la Hongrie que l’Allemagne.

Dès l’annonce de l’attaque allemande officiellement pour protéger la Norvège et le Danemark d’une agression franco-britannique (sic), la Hongrie affirme sa non-belligérance non sans prévenir Berlin qu’elle se tient prête à agir en cas de besoin. Les allemands se contentent de prendre note.

Le 10 septembre 1948 un incident de frontière à lieu à la frontière hungaro-roumaine. Cet échange menace de dégénérer en guerre ouverte entre deux pays qui se détestent. Les allemands interviennent pour empêcher un conflit qui pourrait profiter aux alliés occidentaux voir aux voisins yougoslaves et grecs plus pro-alliés que pro-allemands.

Il n’y aura finalement pas de guerre entre Budapest et Bucarest mais les tensions resteront telles que lors de l’opération BARBAROSSA on veillera à ne pas faire cohabiter des unités hongroises et roumaines.

Cet incident de frontière pousse Budapest à mobiliser ses troupes et mettre son armée de terre et son armée de l’air sur le pied de guerre. Il s’agit officiellement de mesures de protection et de défense.

La mobilisation permet la levée de neuf corps d’armée à trois divisions d’infanterie soit vingt-sept divisions auxquelles il fallait ajouter un corps rapide composé de trois brigades blindées et d’une brigade montée. Si les corps d’armée formaient trois armées, le corps rapide était placé sous l’autorité directe du commandant en chef de l’armée de terre.

Attention à ne pas surestimer la puissance des divisions d’infanterie magyares. Elles sont plus proches d’une brigade voir d’une division légère que d’une division d’infanterie de ligne.

En matière d’équipement, la situation s’est amélioré par rapport à 1938/39 même si il y à encore des lacunes que Budapest tente de compenser par des commandes en Allemagne et par le développement de véhicules et d’armes nationales.

L’armée mobilisée reste sur l’arme au pied jusqu’à l’été 1949 quand elle participe à l’opération MARITSA à savoir l’invasion de la Yougoslavie en liaison avec les allemands et les italiens.

Cette opération déclenchée le 7 juillet 1949 à pour but de sécuriser le flanc sud de la future opération BARBAROSSA et secondairement sauver une armée italienne qui s’était lancée en mai 1949 dans une offensive insensée contre la Grèce.

Après quelques succès les grecs avaient bloqué l’avancée transalpine avant de repousser le Regio Esercito en Albanie. Seules des limites logistiques ont empêché Athènes de poursuivre l’effort sur la durée.

Voilà pourquoi les italiens déclarent encore aujourd’hui qu’ils n’avaient pas besoin de l’aide allemande pour s’en sortir.

Contrairement à d’autres opérations, les allemands sollicitent l’aide hongroise pour cette opération MARITSA. Les magyars acceptent et vont mobiliser des moyens importants.

Soldats hongrois

Soldats hongrois, date et lieu inconnus

C’est en effet la 3ème Armée hongroise qui va participer à l’offensive en direction de la Serbie, armée composée de neuf divisions d’infanterie réparties en trois corps d’armées qui disposent de moyens d’appui et de soutien. Le corps rapide se tient prêt à intervenir en cas de besoin même si on craint que son engagement ne donne un mauvais signal en direction de la Roumanie.

Si les italiens et les allemands rencontrent peu de résistance en raison de la défection de certaines unités croates (mais ce n’est pas la débandade tant redoutée par Belgrade) la mission des hongrois est ardue. Si la résistance des serbes était attendue celle de la minorité hongroise de Voïvodine est plus surprenante.

Voilà pourquoi l’appoint hongrois à cette opération aura peu apporté à l’Axe. Selon certains historiens c’est ce qui explique que contrairement aux roumains les hongrois ne sont pas dans un premier temps sollicités par Berlin pour participer de manière active à l’opération BARBAROSSA.

La Hongrie va pouvoir annexer quelques territoires et occuper le nord de la Yougoslavie. Loin de l’image d’une occupation correcte que les responsables magyars ont voulu donner après guerre, cette occupation à été rude, la répression impitoyable et les crimes de guerre nombreux. Certains officiers seront même jugés et pendus en Yougoslavie dans l’immédiat après guerre dans des conditions pas toujours strictement légales.

La principale opération de la Hongrie durant le second conflit mondial est naturellement l’opération Barbarossa, l’invasion de l’URSS le 21 juin 1950 pour régler définitivement le «problème judéo-bolchévique», offrir «l’espace vital» nécessaire à la race dite supérieure et plus prosaïquement récupérer les ressources agricoles et minières de la Russie d’Europe.

Comme nous l’avons vu plus haut la Hongrie ne devait d’abord pas participer à cette opération sans que la raison précise soit connue (en l’absence d’archives les historiens sont réduits à des conjectures).

Finalement c’est le lobbying d’officiers allemands inquiets de laisser un trou entre les forces allemandes venues de l’ancienne Pologne et les forces germano-roumaines venues de Roumanie mais aussi la crainte de voir Budapest se rapprocher des alliés qui pousse Berlin à accepter la participation d’unités hongroises.

Cette participation est double avec un corps d’armée engagé au sein du Groupe d’Armées Sud aux côtés de troupes allemandes, italiennes, roumaines et bulgares (même si ces dernières feront preuve d’un zèle très limité pour combattre les soviétiques) et l’engagement de troupes de sécurité sur les arrières du front.

Paradoxalement les meilleures troupes hongroises sont conservées au pays de peur que les roumains ne profitent de la situation pour récupérer la Transylvanie du Nord.

Il faudra des garanties allemandes pour que la Hongrie accepte un engagement plus important dans l’opération Barbarossa. C’est ainsi qu’à l’automne 1950 des moyens supplémentaires sont envoyés.

Il était temps car la résistance soviétique se raidissait, le temps des folles chevauchées révolu. Une 1ère Armée hongroise est déployée en Ukraine sous commandement allemand avec le corps d’origine remplumé, un deuxième corps d’armée et le corps rapide.

Panzer IV canon long

Panzer IV à canon de 75mm long. Les hongrois ont reçu des Panzer IV à canon de 75mm court et à canon de 75mm long.

Ce dernier à bénéficié de livraisons de chars et de canons d’assaut allemands qui vont compléter les chars et les véhicules blindés made in hungary.

La 1ère Armée Hongroise aligne donc un corps d’armée à trois divisions d’infanterie, un deuxième corps d’armée à deux divisions d’infanterie et le corps rapide qui dispose d’une brigade de cavalerie et de deux brigades blindées.

Cette armée est pleinement engagée en novembre 1950 à une époque où les combats sont bien plus durs qu’à l’été 1950. Même les hongrois les plus motivés à régler leur compte aux communistes commencent à se demander si Budapest à bien fait de s’engager dans cette galère.

La contre-offensive soviétique lancée à l’hiver 1950 est dévastatrice pour les hongrois qui doivent reculer dans un climat abominable. On ne compte plus les soldats tombant morts d’inanition, les soldats massacrés par les cosaques comme jadis les grognards de la Grande Armée, le matériel abandonné. Certaines unités paniquent et se débandent mais d’autres se font tuer sur place.

Finalement le front se stabilise ce qui permet à l’armée hongroise de souffler. Il faut envoyer d’urgence des renforts.

La 1ère armée reste composée de trois corps d’armée mais les deux corps d’infanterie disposent de trois divisions d’infanterie chacune alors que le corps rapide qui par son action à éviter un effondrement bien plus important (son action sera même saluée par les allemands) est totalement réorganisé avec deux divisions blindées, des divisions blindées légères faute d’équipement suffisant.

Quelques attaques locales sont menées à l’hiver 1950/51 pour améliorer le front. On abandonne un saillant inutile là, on tente d’éliminer un saillant ennemi dangereux ici. Ces attaques sont limitées et n’ont rien à voir avec une offensive majeure.

Le 9 mars 1951, les allemands lancent l’opération FRIEDRICH en direction du Caucase pour s’emparer de ses précieux champs pétrolifères qu’ils soient présents en Tchétchénie ou à Bakou.

Les allemands forment l’axe majeur de l’offensive, les flancs gardés au nord par les hongrois et les italiens, au sud par les roumains.

En dépit des demandes de Budapest, les troupes hongroises n’ont pas bénéficié d’énormément de livraisons d’armes pour faire face à la RKKA. Budapest avait pourtant décidé de déployer une nouvelle armée, la 2ème mais cela n’est visiblement pas paru suffisant à Berlin pour offrir plus d’armes modernes.

Non seulement les allemands n’ont pas confiance ou méprisent leurs alliés qui ne sont là que pour faire le nombre mais en plus leur industrie peine à fournir suffisamment, d’armes de canons et de véhicules pour leurs propres unités.

Si les plus durs combats ont lieu en secteur allemand, les hongrois ne réalisent pas pour autant une promenade militaire.

Craignant que cette offensive ne soit en réalité dirigée vers Moscou, les généraux soviétiques attaquent rageusement les flancs de l’offensive de l’Axe à tel point qu’à plusieurs reprises les allemands doivent engager leurs réserves en soutien d’un flanc nord malmené, le flanc sud étant moins exposé, les soviétiques n’y menant que des combats retardateurs.

Au début du mois de juin les troupes hongroises ont avancé dans la steppe et sont proche de la Volga (selon les secteurs entre 10 et 20km) pendant que les allemands, les italiens et les roumains ont atteint les contreforts du Caucase.

En dépit de contre-attaques désespérées Bakou et Stalingrad semble à portée de main. Seulement voilà le 18 juin 1951 les alliés ont déclenché l’opération AVALANCHE, le franchissement de La Seine, la contre-offensive pour libérer le nord-est de la France et le Benelux en attendant de porter la guerre sur le sol allemand.

A l’annonce de cette offensive les allemands décident de stopper son avance. Des moyens blindés mécanisés sont prélevés pour rallier l’Europe.

Ces moyens (un Panzerkorps et un S.S Panzerkorps) n’arriveront qu’après la phase initiale de l’opération ce qui fait dire à certains historiens que si les allemands avaient continué leur offensive ils auraient emporté Stalingrad et Bakou.

C’est refaire le match en connaissant le résultat final et ignorer la présence de réserves soviétiques nombreuses et la redite de combats urbains ultra-violents.

Ce retrait n’est pas une bonne nouvelle pour les hongrois qui avec le même nombre d’unités doivent tenir un front plus étendu. A cela s’ajoute le manque de réserves mobiles pour contrer une percée soviétique.

Comme les demandes d’armes et de véhicules sont pour ainsi dire restés lettre morte, les hongrois vont profiter des quelques semaines de répit pour construire des fortifications de campagne et espérer ainsi encaisser sans trop de mal une future contre-offensive que l’on pressent pour l’hiver comme un an plus tôt.

L’optimisme n’est pas de rigueur car même le plus borné des soldats de l’Axe sait que Ivan apprend vite et surtout peut encaisser des pertes que n’importe quel autre pays ne pourrait pas supporter.

En réalité les soviétiques déclenchent leur contre-attaque dès le 4 juillet 1951. Dans le Caucase et les plaines de Volga c’est URANUS, l’opération majeure non par les moyens engagés (les soviétiques diluent leurs efforts) mais parce que les allemands se préoccupent surtout de cette zone.

Choisissant une offensive à l’allemande c’est-à-dire en tenaille les soviétiques attaquent dans les secteurs roumains et hongrois soit des troupes moins bien équipées et moins motivées que les troupes allemandes.

Après quelques temps de panique les magyars se ressaisissent. Les combats sont violents et impitoyables. La retraite se fait en bon ordre et ne tourne pas à la déroute. Le front finit par se stabiliser après deux mois de rudes combats.

Les hongrois se sont attirés le relatif respect des allemands car ils ont tenu le choc alors que les roumains et les italiens ont été très vite mis en difficulté. Ce à quoi Bucarest et Rome répondront qu’ils n’ont pas bénéficié des renforcements en armement demandés.

Es-ce à dire que les hongrois ont reprit confiance vis à vis de la victoire allemande ? Pas vraiment c’est même le contraire.

C’est d’ailleurs dès cette époque que le régent Horthy et son fils commencent à songer à se retirer du conflit. Plus facile à dire qu’à faire tant on craint tout autant le courroux allemand que les exigences soviétiques.

Du 12 au 27 mai 1952 à lieu la bataille de Smolensk (opération Citadelle), la dernière offensive stratégique menée par l’Allemagne. Le balcon nord qui menace cette ville stratégique est éliminé mais pas celui du sud ce qui va favoriser l’opération ROUMANTSIEV déclenchée le 1er juillet et qui aboutira le 8 août à la prise de la ville.

Les hongrois ne sont pas concernés par CITADELLE mais le déclenchement de ROUMANTSIEV les obligent à se replier vers l’ouest pour éviter d’être coupé de la mère patrie.

Ils combattent durement en Ukraine aux côté des allemands qui le temps passant ont tendance à faire porter aux magyars le chapeau des défaites militaires ce que les soldats hongrois ont de plus en plus de mal digérer. Pour la fraternité d’armes on repassera…… .

En janvier 1953 le régent Horthy se résout à se lancer dans de périlleuses et délicates négociations clandestines avec les soviétiques. Il s’agit de sortir la Hongrie du conflit en évitant d’y laisser trop de plumes.

Seulement voilà ces négociations ne sont pas si secrètes que cela. Les allemands furieux et ulcérés refusent que la Hongrie dont le territoire ouvre une voie d’accès royale à l’Allemagne ne bascule soit dans le camp soviétique ou se retire du conflit.

S’appuyant sur le parti des Croix Flêchées et sur une partie de l’armée vigoureusement pro-allemand, Himmler et Heydrich renverse le vieux régent et son fils. Un coup d’état est déclenché le 17 mai 1953.

Ferenc_Szálasi

Ferenc Szalasi

Mené avec vigueur et célérité, il entraîne l’arrivée au pouvoir du leader des croix fléchées Ferenc Szalasi qui purge l’armée et l’administration. Clairement la Hongrie choisit l’alliance allemande pour le meilleur et surtout le pire.

A la différence de la Roumanie qui finira par basculer côté soviétique, la Hongrie combattra jusqu’à la fin du conflit, la RKKA occupant la totalité du territoire hongrois à la fin du mois de mars 1954.

les combats ont été très durs, les exactions nombreuses, les soviétiques faisant peu de prisonniers hongrois et inversement.

Un gouvernement d’union nationale est mis en place, gouvernement regroupant en théorie toutes les forces de l’ancienne opposition au régime Horthy.

La royauté est abolie en octobre 1954 et la république proclamée, une république qui allait sombrer dans une dictature communiste au milieu des années cinquante. Le pays retourne à ses frontières du 1er janvier 1938 moins trois villages cédées à la Tchécoslovaquie reconstituée.

La Hongrie à aussi connu de violents combats aériens au dessus de son sol avec des raids soviétiques limités mais surtout des bombardements alliés avec des appareils décollant de Grèce puis du sud de l’Italie. L’aviation militaire hongroise se révélera vite débordée mais jusqu’à une date tardive le ciel magyar ne sera pas un lieu de villégiature pour les pilotes alliés.

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