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La Hongrie de retour dans le concert des nations

Le 22 août 1938 sont signés les accords de Bled entre la Hongrie d’un côté et la Petite Entente (Tchécoslovaquie, Roumanie et Yougoslavie) pour révoquer une partie des restrictions militaires du traité de Trianon.

Les quatre pays annoncent renoncer à l’utilisation de la force et la Petite Entente reconnaît à Budapest le droit de ne pas être moins armée que ces voisins. Cela permet de rendre légal un réarmement entamé clandestinement.

Entre février et juin 1937 des discussions ont lieu entre Budapest et Prague mais ne débouchent pas immédiatement. Il faut attendre l’accord de Salonique du 31 juillet 1937 qui autorise la Hongrie à se réarmer et une politique roumaine plus favorable à la minorité magyare pour que Budapest se dise qu’un accord avec ses voisins pourrait être intéressant.

Cet accord est l’un des éléments du retour de la Hongrie dans le concert des nations. De 1938 à 1941, la Hongrie augmente son territoire à quatre reprises et double sa superficie.

Elle profite ainsi du démantèlement de la Tchécoslovaquie et de pressions allemandes sur la Roumanie pour forcer son allié à céder des territoires à un autre allié ! Les roumains déçus de la France qui avaient beaucoup espéré de l’alliance allemande ont du trouver la pilule dure à digérer.

Gains terrritoriaux Hongrie

Carte des gains territoriaux hongrois entre 1938 et 1949.

Le 2 novembre 1938 est signé le premier accord de Vienne qui redessine la carte de l’Europe centrale et orientale. C’est une conséquence des accords de Munich et poursuit le démantèlement de la Tchécoslovaquie qui n’à plus que quelques mois à vivre.

Le premier accord de Vienne permet à la Hongrie de récupérer le sud de la Slovaquie majoritairement peuplée de magyarophones et le sud de la Ruthenie subcarpatique elle aussi largement peuplée de hongrois à la mi-mars 1939. Cela offre une frontière commune entre la Hongrie et la Pologne.

Le 5 octobre 1938, un premier conflit armé à lieu entre la Tchécoslovaquie et la Hongrie. Des troupes de l’armée de terre hongroise ( Magyar Királyi Honvédség) franchissent la frontière et attaquent les troupes tchécoslovaques près de Jesenke dans le but de s’emparer de Rimavskà Sobota. Les troupes hongroises se replient avant l’arriver de renforts côté ennemi qui tuent neuf hongrois et capturant des prisonniers.

Deux jours plus tard, les troupes hongroises tentent de franchir le Danube près de Sturovo mais c’est un nouvel échec. La situation s’améliore en Ruthenie Carpathique où les positions de l’armée tchécoslovaque sont moins solides. Ces combats, ces escarmouches vont se poursuivre y compris après le premier accord de Vienne.

Aussi dingue que cela puisse paraître, les combats se poursuivent pendant les négociations. Il faut dire que les tchécoslovaques doivent également négocier avec la Pologne et l’Allemagne et tenir compte de la volonté indépendantiste de la Slovaquie.

Des négociations commencent entre la Hongrie et la Tchécoslovaquie le 9 octobre 1938 et pour quatre jours soit jusqu’au 13.

Les négociations sont difficiles et les hongrois qui espéraient profiter de l’inexpérience des plénipotentiaires tchécoslovaques doivent se rendre compte que cela va être plus difficile que prévu.

Le territoire réclamé couvre une superficie de 14106km² avec 1.3 millions d’habitants dont seulement 678000 s’étaient déclarés hongrois dans le recensement de 1930. Deux villes frontalières sont immédiatement annexées en guise de geste de bonne volonté.

Si les négociations sont aussi difficiles c’est que les deux parties ne s’appuient pas sur les mêmes chiffres, le recensement de 1910 pour les hongrois celui de 1930 pour les tchécoslovaques. Les deux délégations se séparent sans s’être mis d’accord le 13 octobre.

Les hongrois demandent aux signataires des accords de Munich de servir d’arbitres. Les français et les britanniques refusent laissant les allemands et les italiens seuls en piste. Inutile de préciser qu’il s’agit d’arbitres un poil partiaux. Le même jour la Hongrie ordonne une mobilisation partielle pendant que Prague déclare la loi martiale dans les régions frontalières avec la Hongrie.

Les allemands ne veulent cependant pas trop renforcer la Hongrie et Hitler prévient le gouvernement de Budapest qu’en cas de conflit provoqué par les magyars ils ne bénéficieront d’aucun soutien. Le ministre des affaires étrangères Ribbentrop semble d’ailleurs hostile à la Hongrie et favorable au maintien d’une Tchécoslovaquie affaiblie mais existante.

Le 22 octobre 1938, la Tchécoslovaquie propose à la Hongrie de lui céder un territoire avec 494646 hongrois et 168632 slovaques mais sans Bratislava, Nitra et Kosice. Budapest refuse cette proposition et l’Allemagne se retire de sa position de médiateur.

Les hongrois demandent que les territoires offerts par la Tchécoslovaquie soient immédiatement occupés par l’armée hongroise, qu’un plébiscite soit organisé sur le territoire disputé et que la Ruthenie Subcarpatique décide de son propre futur. Cette proposition est immédiatement rejetée par Prague car cela offrirait à la Hongrie les fortifications tchécoslovaques.

La Hongrie ne se démonte pas et informe Prague que je rejet de cette proposition la poussera à demander un nouvel arbitrage par des pays étrangers. La Tchécoslovaquie est contrainte d’accepter cette proposition car sachant parfaitement qu’elle ne pourra bénéficier d’un soutien franco-britannique, Paris comme Londres estimant que la Tchécoslovaquie dans la zone d’influence allemande. Si les allemands restaient relativement hostiles aux hongrois, les italiens eux voulaient soutenir les intérêts de Budapest.

Le 29 octobre 1938 les deux pays demandent officiellement à l’Allemagne et à l’Italie d’arbitrer leurs différents et annoncent qu’ils accepteront la décision prise.

Une conférence est organisée à Vienne. Elle est organisée au palais du Belvedere le 2 novembre, les deux délégations présentant leurs arguments chacun leur tour. La décision est annoncée à 19h sept heures après l’ouverture de la conférence.

La Tchécoslovaquie est obligé de rendre les territoires situés dans le sud de la Slovaquie et dans le sud de la Ruthernie subcarpathique au sud d’une ligne incluant les villes de Senec, Galanta, Vrable, Levice, Lucenec, Rimavska Sobot, Jelsava, Roznava, Kosice, Michalany, Veľké Kapušany, Uzhhorod et Mukachevo et ce jusqu’à la frontière avec la Roumanie. L’armée de terre hongroise occupe les territoires entre le 5 et le 10 novembre.

Le 11 novembre, Horthy entre à Kosice, la principale ville de la région et le 12 ces territoires qui appartenaient jadis à la Haute-Hongrie sont officiellement réintégrés à la Hongrie par un vote officiel du parlement.

L’accueil des populations «libérées» ne fût pas toujours chaleureux ce qui explique que pendant plus d’un mois c’est l’armée qui s’occupa des territoires avant de transmettre le pouvoir à une administration civile.

Les tchèques et les slovaques furent souvent brutalement expulsés ce qui cassait la propagande de Budapest qui prétendait venir «libérer» les opprimés du joug tchécoslovaque. Devant la menace de Prague de faire pareil avec la minorité hongroise présente sur son sol, Budapest décida de renoncer aux expulsions de masse au profit d’une politique officiellement plus tolérante et plus subtile.

Cela n’empêcha pas Budapest de réaliser jusqu’au milieu des années quarante une politique de magyarisation des régions concernées. Quant aux hongrois ethniques, ils eurent le sentiment de perdre plus qu’ils n’y gagnaient. En effet contrairement à ce qu’affirmait la propagande hongroise, la vie en Tchécoslovaquie était plutôt agréable.

Ce premier accord de Vienne entraîna une explosion des sentiments anti-hongrois en Slovaquie, sentiments renforcés par le refus opposé par le gouvernement hongrois à une proposition de Janos Esterhazy, le leader de la minorité magyare en Slovaquie de céder 1000km² des territoires récemment récupérés car majoritairement peuplés de slovaques.

Cela allait conduire les deux pays à un conflit armé, la guerre hungaro-slovaque, conflit qui eut lieu du 23 mars au 4 avril 1939.

Ce conflit fait suite au démantèlement de la Tchécoslovaquie les 14 et 15 mars. La Bohème-Moravie devient un protectorat allemand pendant que la Slovaquie et la Ruthénie subcarpatique déclarent leur indépendance. La second est immédiatement occupée par les troupes hongroises (15 au 18 mars 1939).

Le 22 mars 1939, une commission slovaquo-hongroise fixe la frontière commune entre les deux états pendant que les derniers soldats tchécoslovaques se retirent en Bohème-Moravie. La Hongrie estimant qu’il n’y à plus aucune force militaire en Slovaquie envahit son petit voisin le 23. Il faut dire que dès le 15 une partie de la Slovaquie avait été occupée par les hongrois qui n’ayant vu aucune réaction décidèrent de pousser leur avantage plus loin.

Les slovaques sont d’abord surprises mais elles contre-attaquent le 24 mars soutenues par les troupes tchèques encore présentes en Slovaquie. Les combats sont cependant essentiellement aériens. Les bombardements hongrois causant des pertes civiles, ils n’améliorent pas la popularité de Budapest dans la région. Une trêve est négociée le 24 mais les combats vont continuer jusqu’au 31.

Josef Tiso

Josef Tiso

 

Comme un traité de protection à été signé entre l’Allemagne et la Slovaquie, le chef du nouvel état slovaque, Jozef Tiso demande une assistance en armes et matériel de la part de son protecteur qui refuse mais propose une intervention militaire allemande directe. Cette fois c’est le chef slovaque qui refuse de crainte que les alliés occidentaux ne prennent le parti de la Hongrie et ne décident d’entrer vraiment en guerre.

Au début du mois d’avril les deux pays entament des négociations qui s’achèvent par la signature d’un traité à Budapest le 4 avril.

La Hongrie reçoit un territoire dans l’est de la Slovaquie, un territoire de 1697km² peuplés de 69930 habitants, territoire où il n’y avait aucune population hongroise.

Le démantèlement de la Tchécoslovaquie permet aussi de renouer avec une frontière commune entre la Pologne et la Hongrie, fait qui avait disparu au moment des partages de la Pologne à la fin du 18ème siècle.

Cette frontière allait permettre à de nombreuses troupes polonaises d’échapper à la captivité et de rallier la France via la Roumanie et ainsi permettre avec l’aide des polonais de France de reconstituer une armée bien équipée mais surtout bien entraînée et particulièrement motivée à l’idée d’en découdre avec les allemands.

La Hongrie dans la guerre de Pologne et la Pax Armada

Au printemps 1939 la Hongrie est plus à droite que jamais puisque le parti nazi hongrois des Croix Fléchées devient lors des élections de juin le deuxième parti à la Diète ce qui même dans un régime autoritaire sans libértés politiques est tout sauf anecdotique.

Alors que les tensions s’accroissent encore en Europe, la Hongrie du régent Horthy s’interroge sur la politique menée. Si le positionnement pro-allemand n’est pas remis en cause, certains se demandent à Budapest si la diplomatie hongroise n’est pas trop calquée sur celle des allemands.

De discrètes ouvertures sont faites en direction de la France et de la Grande-Bretagne mais Paris comme Londres affichent une fin de non-recevoir.

Le choix de s’aligner sur l’Allemagne devient donc la seule option même si le régent comme le gouvernement cherchera à conserver des marges de manœuvre pour montrer que la Hongrie reste un état indépendant.

Le 30 août 1940 est signé le deuxième accord de Vienne avec la Roumanie. Bucarest doit ainsi céder à Budapest la Transylvanie du Nord. Le transfert du territoire à lieu du 5 au 13 septembre de la même année.

La Roumanie est d’ailleurs bien mal récompensée de son alliance avec l’Allemagne et de son renoncement à l’alliance française puisqu’en juin 1940 elle fût obligée de céder la Bessarabie et la Bucovine du Nord à l’URSS puis en septembre la Dobroudja du sud à la Bulgarie.

Ce ressentiment vis à vis de l’Allemagne n’allait pas durer côté roumain. La diplomatie française s’en rendit compte dans ses efforts infructueux de réactiver la Petite Entente et ce en dépit du fait que le gouvernement français conservateur rassurait beaucoup les élites politiques est-européennes qui restaient pour partie assez francophiles. Comme quoi une communion idéologique ne signifie pas communion politique.

Sur le plan intérieur on assiste en 1942/43 à un certain relâchement du régime. Difficile d’en connaître l’origine mais il semble que l’influence du vice-régent Miklos Horthy Jr en soit à l’origine.

Attention à ne pas faire de contre-sens, la Hongrie n’allait pas devenir une démocratie scandinave mais l’opposition allait se voir offrir un espace d’expression un peu plus vaste. C’était un peu une soupape de sécurité pour éviter que tout explose.

Cette brève parenthèse se referme brutalement en mars 1944. Le 7 mars 1944 un attentat vise le Régent alors que ce dernier passait en revue des unités de l’armée de terre hongroise. Deux grenades sont lancées mais ne touchent pas l’ancien commandant en chef de la marine austro-hongroise mais tuent trois soldats et en blessent deux. La riposte désordonnée de la police et de l’armée provoquent la mort de douze civils.

Aussitôt des rafles sont lancées contre les partis d’opposition. Le parti communiste clandestin est saigné à blanc pendant que le parti social-démocrate toléré est interdit, ses militants emprisonnés.

Des centaines d’intellectuels et de professeurs prennent le chemin de l’exil notamment en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.

L’enquête concernant cet attentat n’à jamais aboutit mais certains émettent des doutes sur le fait que les communistes et les sociaux-démocrates soient responsable. Le ou les auteurs n’ont jamais été retrouvés.

Une loi dite de sécurité nationale est votée le 8 août 1944 réduisant les libertés individuelles à la portion congrue.

Sur le plan de la politique extérieure, la Hongrie aligne sa diplomatie sur celle de l’Allemagne tout en veillant à garder une certaine autonomie ce qui est de plus en plus difficile en raison de la pression du parti des Croix Flêchées qui tente de déborder le régime Horthy sur sa droite. Durant la guerre civile allemande (1943-45), Budapest n’à pas pris parti pour préserver l’avenir.

Un pacte d’assistance militaire mutuel est signé avec l’Allemagne le 8 octobre 1947 prévoyant une aide automatique en cas d’agression extérieure. On se doute bien qu’il s’agit plus pour la Hongrie de se protéger d’une attaque soviétique ou roumaine que d’un besoin d’assistance pour l’Allemagne en cas d’attaque alliée.

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