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La naissance douloureuse de la Hongrie moderne

Traité de Trianon

Superposées l’Autriche-Hongrie et les états successeurs. En rose pale l’ancienne Transleithanie, la comparaison avec la nouvelle Hongrie est édifiante. On comprend pourquoi encore aujourd’hui le traité de Trianon représente un passé qui ne passe pas pour de nombreux hongrois quelque soit leur profil idéologique

En bref que retenir

Dire que la naissance de la Hongrie moderne à été douloureuse est un délicat euphémisme entre guerre civile, occupation étrangère et un traité de paix bien plus dur que ceux imposés à l’Autriche, à l’Allemagne, à la Turquie ou à la Bulgarie. A croire que l’on faisait payer quelque chose aux magyars.

Le 31 octobre 1918 la Hongrie divorce de l’Autriche après une union de 51 ans, une union qui n’à pas été un long fleuve tranquille.

Le 16 novembre 1918, une république hongroise est proclamée, république dirigée par le comte Mihaly Karolyi. Ce dernier démissionne pour protester devant les nouvelles frontières dessinées au mépris du principe des nationalités puisque de nombreux magyars devenaient désormais citoyens de pays étrangers.

En mars 1919 les communistes de Bélà Kun prennent le pouvoir et proclame le 21 une république des conseils. C’est un régime national-communiste qui ratisse au delà des purs communistes puisque le régime se lance dans une guerre pour restaurer les frontières de 1918.

Les alliés ne peuvent l’accepter et si l’on peut dire instrumentalisent la Roumanie. Une guerre oppose les deux pays avec côté roumain la mission militaire du général Berthelot et une armée hongroise dirigée par l’amiral Horthy, dernier chef de la marine austro-hongroise.

Le régime communiste est renversé le 6 août 1919 et Budapest est occupée par les roumains jusqu’en novembre 1919.

Entre-temps le 10 septembre 1919 à été signé le traité de Saint-Germain-en-Laye entre l’Autriche et les alliés, le nouvel état récupérant une partie de la Hongrie (Burgenland).

Ce n’est que le début puisque le traité de Trianon signé le 4 juin 1920 prive la Hongrie des deux tiers de son territoire passant de 325411km² à 92962 après la signature du traité.

Le pays devient un pays enclavé (la Croatie qui lui donnait un accès à la mer intègre le royaume des Serbes, Croates et Slovènes), perd cinq de ses dix villes plus peuplées, de nombreuses ressources naturelles et des activités industrielles et agricoles. 3.3 millions de hongrois sont désormais sous domination étrangère.

Ce traité est encore aujourd’hui un traumatisme majeure en Hongrie et va expliquer le comportement des élites dirigeantes hongroises. Les efforts français durant la Pax Armada se heurteront ainsi à un fin de non recevoir ou une indifférence police qui revenait au même.

En janvier 1920 des élections législatives sont organisées pour élire une assemblée monocamérale et le 1er mars l’amiral Miklos Horthy est élu régent, régent d’un royaume qui ne verra jamais son roi puisque la tentative de restauration des Habsbourg-Lorraine en 1921 échoue.

Le régime d’Horthy n’est pas un régime fasciste mais un régime autoritaire et réactionnaire comparable au régime de Salazar au Portugal ou de Dolfuss en Autriche.

Pas étonnant que l’alliance allemande soit clairement recherchée même si comme la Finlande la Hongrie reste prudente.

Neutre durant la guerre de Pologne, elle profite du démembrement de la Tchécoslovaquie pour récupérer des territoires, engageant même un conflit armé avec la Slovaquie indépendante.

Durant la Pax Armada donc l’alliance germano-hongroise se renforce mais il serait abusif de penser que Budapest s’aligne sans discuter sur l’Allemagne. La preuve c’est que durant la guerre d’Hiver de nombreux volontaires hongrois vont par anticommunisme aller combattre l’Armée Rouge dans les forêts et les marais de Finlande.

En septembre 1948, la seconde guerre mondiale éclate mais pour la Hongrie ce n’est qu’à l’été 1949 que l’odeur de la poudre se fera sentir quand le régime de Horthy s’engagera dans l’invasion de la Yougoslavie dans l’espoir de récupérer des territoires peuplés de populations magyarophones. Ce ne sera que le prélude à l’invasion de l’URSS qui entraînera la chute de la royauté hongroise (seule royauté de l’histoire sans roi !) et l’arrivée des communistes au pouvoir.

Révolution des Asters et République démocratique hongroise

Le 31 octobre 1918 à lieu la Révolution des Asters soit en version originale Őszirózsás forradalom, un soulèvement armé des sociaux-démocrates hongrois aidés par des unités de l’armée hongroise.

Cet événement se produit six jours après la mise en place d’un Conseil national formé par le parti radical hongrois, le parti social-démocrate hongrois et le parti de l’indépendance de Mihàly Kàrolyi. Ce conseil réclame la paix séparée, l’indépendance, le suffrage universel et la réforme agraire.

Mihàly Kàrolyi

Mihàly Kàrolyi

Des bâtiments publics sont pris, le ministre-président Sandor Wekerle démissione, l’un de ses prédécesseurs, le ministre-président Istvan Tisza est assassiné. Le roi Charles IV (qui n’est autre que Charles 1er d’Autriche-Hongrie) accepte le coup d’état et nomme Mihály Károlyi à la tête du gouvernement.

Le 7 novembre 1918 le nouvel homme fort de la Hongrie est reçu à Belgrade par Louis Franchet d’Esperey afin de négocier un armistice sur le front balkanique pour compléter le premier armistice conclu sur le front italien. Les français se montrent intransigeant et ne laissent aucune marge de manœuvre au nouveau gouvernement hongrois.

Le 13 novembre 1918 Charles publie une proclamation qui reconnaît le droit à la Hongrie de choisir la forme de son Etat. Trois jours plus tard la République Démocratique hongroise est proclamée avec à sa tête Mihály Károlyi. A noter que son nom officiel en hongrois (Magyar Népköztársaság) est le même que celui du régime communiste ce qui peut provoquer un certain nombre de confusions.

Au mois de novembre les troupes hongroises reprennent le contrôle du territoire slovaque et empêchent les fonctionnaires du nouvel Etat tchécoslovaque de prendre leurs postes.

En décembre, le Royaume de Roumanie accepte l’union des roumains de Transylvanie au vieux royaume de Roumanie, réunion qui ne tient pas compte de la forte minorité magyare. Les troupes roumaines avancent à l’ouest des Carpathes.

Le 11 janvier 1919 Mihály Károlyi est élu chef de l’Etat, Dénes Berinkey lui succède comme premier ministre le 19. Plein de bonne volonté, le nouveau chef de l’Etat est dans une situation impossible puisqu’il doit faire face à l’intransigeance des alliés et aux menaces des extrémistes des deux bords qu’il s’agisse des conservateurs ou des révolutionnaires.

Le 20 mars 1919 suite à une nouvelle demande de restitution de territoire, le président et le premier ministre démissionne. Le lendemain Béla Kun proclame la république des Conseils.

 

Le régime du comté Karolyi se maintient partiellement en Transylvanie où une administration mixte hungarro-roumaine se met en place sous l’égide de Gyula Peidl et du roi Ferdinand 1er de Roumanie.

La noblesse magyare propose la couronne de Hongrie au roi de Roumanie pour lier les deux pays dans une union personnelle mais ce projet ne put aboutir. Ce projet entrainera une guerre hungaro-roumaine.

La république des conseils

Le 21 mars 1919 est proclamée la république des conseils de Hongrie (Magyarországi Tanácsköztársaság), un régime communiste mené par Béla Kun. Tout comme la république démocratique hongroise, le deuxième régime communiste de l’histoire va être bref puisqu’il va chuter après 133 jours au pouvoir.

Béla Kun

Béla Kun

Début 1919 les dirigeants communistes sont emprisonnés pour tentative de subversion mais les sociaux-démocrates prennent bientôt contact avec eux pour fusionner les deux partis.

Le 20 mars 1919 le président et le premier ministre démissionne. Karolyi compte reformer un nouveau gouvernement avec les sociaux-démocrates mais une note circule disant qu’il transmet le pouvoir au prolétariat. Ce texte est visiblement un faux mais cela va l’empêcher de revenir au pouvoir.

Le 21 mars 1919 est proclamé le Conseil révolutionnaire de gouvernement composé d’une trentaine de commissaires du peuple issus des partis communistes et sociaux-démocrates. A la tête on trouve un directoire de cinq membres dirigé nominalement par Sandor Garbai car le pouvoir effectif était aux mains de Béla Kun officiellement commissaire aux affaires étrangères.

De nombreuses nationalisations sont réalisées, les femmes et les enfants bénéficient de décrets sociaux, la presse, la culture et les professions libérales font l’objet de mesures de contrôle.

L’économie du pays déjà fragilisée par la guerre s’effondre. La population souffre de nombreuses pénuries. La couronne hongroise en parité avec le franc cuisse perd 90% de sa valeur.

Ce qui marche en revanche c’est la répression qui tourne à plein régime contre les ennemis réels ou supposés du régime. C’est la terreur rouge (vörösterror) dont le bilan exact est incertain puisque selon les sources il va de quelques centaines à quelques milliers de morts. L’armée et la police sont remplacés par une «milice révolutionnaire». Les autres partis politiques tout comme la franc-maçonnerie sont interdits.

Très vite le régime se fait de nombreux ennemis que ce soit les commerçants, les professions libérales et même la paysannerie puisque les terres saisies ne sont pas redistribuées. En clair le régime ne dispose pas d’un réel appui populaire.

En juin 1919 le congrès du parti est suivi de la proclamation de l’Assemblée nationale des conseils, assemblée constituante qui adopte le principe de la dictature du prolétariat et décrète la Hongrie Etat socialiste fédératif.

Aux problèmes intérieurs s’ajoutent très vite des problèmes extérieurs. Les alliés lui sont hostile et la Russie bolchevique en pleine guerre civile sur son propre sol est incapable de lui venir en elle.

Si le régime de Béla Kun est un régime communiste, il n’est pas internationaliste mais nationaliste voulant récupérer les territoires perdus au profit des pays voisins. En avril 1919, les troupes tchécoslovaques attaquent la Hongrie communiste pour l’empêcher de s’emparer de la Haute-Hongrie (future Slovaquie).

Une Armée Rouge Hongroise est mise en place et contre-attaque occupant la Slovaquie où une république des conseils est proclamée.

Les alliés sont divisés sur l’attitude à adopter. Lloyd-George et Wilson adoptent des positions modérées, Clemenceau est intransigeant. Le sud-africain Jan Smuts est envoyé pour parlementer avec Béla Kun mais les discussions échouent sur les positions de l’armée rouge que Kun voulait voir reculer au-délà de la rivière Mures.

Une armée française dirigée par le général Berthelot (qui avait conseillé l’armée roumaine) est déployée en Roumanie mais ne va pas intervenir directement.

Ce sera finalement une armée franco-serbe dirigée par le général Franchet d’Espérey et une armée franco-roumaine dirigée par Berthelot qui allait intervenir.

Les 15 et 16 avril 1919 les hongrois lancent une attaque préventive contre les franco-roumains mais ces derniers contre-attaquent, brisant les lignes hongroises. Au début du mois de mai, les troupes d’Henri Berthelot occupent la rive est de la rivière Tisza selon le partage territorial prévu par la note Vix, note qui avait conduit à la démission de Karolyi.

Dès le 2 mai 1919 le gouvernement hongrois réclame la paix. Cela ne veut pas dire capitulation puisque le 20 mai l’armée rouge hongroise attaque et repousse les troupes tchécoslovaques et roumaines.

Le 30 mai 1919 un gouvernement anticommuniste est fondé à Szeged avec à sa tête Gyula Karolyi. En juin la conférence de paix de Paris ordonne de mettre un terme au conflit hungaro-tchèque.

Du 17 au 20 juillet 1919 les hongrois attaquent à nouveau l’armée roumaine. Cette fois cela se passe très mal pour les hongrois qui sont repoussées par les franco-roumains. Le 26 la rive est de la Tisza est à nouveau contrôlé et dans la nuit du 29 au 30 juillet la dite rivière est franchie pour permettre aux troupes alliées de mettre cap sur Budapest.

Le régime communiste hongrois se décompose. Le 1er août le gouvernement révolutionnaire démissionne et Kun quitte la capitale sous la protection de la mission militaire italienne. Le 6 août la république des conseils à vécu et la république démocratique restaurée après une tentative de restauration des Habsbourgs.

L’armée franco-roumaine d’Henri Berthelot rentre le 6 août 1919 à Budapest et l’occupe jusqu’en novembre quand Miklos Horthy entre dans la capitale hongroise.

Après la chute du régime communiste, la Hongrie connait une période de terreur blanche (Fehérterror) dont le bilan humain est incertain, nombre d’historiens s’accordant sur 1500 morts.

La République de Hongrie

Le 7 août 1919 la république démocratique hongroise est restaurée même si jusqu’au 23 août l’archiduc Joseph-Auguste de Habsbourg-Lorraine se revendique régent du royaume de Hongrie avant de renoncer sous la pression des alliés.

Miklos Horthy

Miklos Horthy

Le 16 novembre 1919 l’amiral Miklos Horthy entre à Budapest. Il est devenu l’homme fort de la Hongrie. Une assemblée est élue en janvier 1920 et le 1er mars 1920 il est élu régent mettant fin à la parenthèse républicaine de l’histoire hongroise. Ce ne sera que partie remise.

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