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Le Compromis de 1867 ou la naissance de l’empire austro-hongrois

La révolution de 1848

Du 15 mars 1848 au 13 août 1849 à lieu la révolution hongroise de 1848, une rébellion contre l’Empire d’Autriche, une rébellion s’inscrivant dans ce que l’histoire à retenu sous le nom de printemps des peuples.

L’ordre ancien, l’ordre du Congrès de Vienne est secoué, contesté mais finit non sans mal par être rétablit. Selon les Etats, on assiste soit à une réaction pure et simple ou alors à une réaction tempérée par quelques timides élans réformateurs qui comme à chaque fois frustrent les libéraux et indignent les conservateurs.

La révolution hongroise n’à pas éclaté du jour au lendemain. Elle est le résultat d’un contexte international mais aussi d’un contexte proprement hongrois. Dès les années 1830 une volonté de réforme émerge chez les magyars.

Cette opposition est diverse et protéiforme avec des nobles volant réformer dans le sens d’un maintien de la prédominance nobiliaire, des libéraux voulant une réforme des institutions hongroises et une plus grande autonomie dans les décisions et des «extrémistes» souhaitant établir une république par une révolte armée.

Le 24 février 1848 le roi Louis-Philippe 1er est renversé après presque dix-huit ans de règne. Quand cette nouvelle parvient en Hongrie les plus enthousiastes veulent profiter de la situation pour avancer dans leurs revendications politiques. C’est le cas de la figure tutélaire de cette révolution Lajos Kossuth qui le 3 mars réaffirme ses revendications libérales.

Lajos Kossuth

Lajos Kossuth

Le 14 mars une délégation hongroise se rend à Vienne et le 12 septembre 1948 Kossuth succède au ministre-président libéral Lajos Battyàny.

Très vite des divisions, des dissensions apparaissent. Si les magyars sont généralement républicains, jacobins et centralisateurs, les slaves, les allemands et les roumains sont modérés, fédéralistes et partisans d’un empire constitutionnel. Chaque nationalité met sur pied sa propre armée et des affrontements fratricides ont lieu ce qui allait favoriser la contre-offensive austro-russe.

C’est ainsi que le 11 septembre, Josip Jelačić, gouverneur de Croatie déclare la guerre à la Hongrie mais ses troupes sont repoussées à Pakozd par les hongrois.

Le 30 septembre 1948 l’armée hongroise remporte une victoire sur les autrichiens et attaque Vienne mais en octobre, les troupes magyares sont vaincues à Schwechat et se replient sur la Hongrie.

François Joseph 1er 24

La situation se complique avec l’arrivée au pouvoir le 2 décembre 1848 d’un nouvel empereur d’Autriche, le jeune et fringant François-Joseph 1er qui ne se doute pas alors qu’il part pour un règne de soixante-huit ans ! Ce dernier est bien décidé à rétablir l’ordre dans ces états.

Le 7 mars 1849 la révolution hongroise tourne clairement à la guerre d’indépendance, guerre qui tourne rapidement à l’avantage des autrichiens en dépit de quelques succès prometteurs.

Le 14 avril 1849, la Diète de Hongrie annonce son indépendance vis à vis de la maison de Habsbourg-Lorraine et proclame la république à la tête de laquelle se trouve un……régent, Lajos Kossuth.

Le 23 avril 1849 les hongrois reprennent Pest suivie une semaine plus tard par la prise de la forteresse de Buda, deux villes tombées aux mains des autrichiens en février.

Le temps cependant jour pour les autrichiens qui rameutent des troupes libérées par leurs victoires ailleurs dans l’empire ou aux frontières de celui-ci comme l’Italie. Le 1er mai 1849 les troupes russes vont prêter assistance aux troupes autrichiennes rendant illusoire toute victoire hongroise.

Le général autrichien Haynau l’emporte à Pered le 20 juin et à Györ le 28, reprend Buda et Pest en juillet. En Transylvanie, l’armée russe remporte la bataille de Segesvar le 31 juillet puis celle de Debrecen le 2 août. A la même époque les autrichiens écrasent les révoltés magyars à Szöreg et à Temesvar le 9. Kossuth se retire le 11 et deux jours plus tard les dernières troupes hongroises capitulent à Vilagos. Les irréductibles ne se rendront que le 2 octobre quand la forteresse de Komàron capitule.

Entre-temps le 28 juillet les députés du parlement hongrois déclarent l’égalité de droit des différents peuples constituant la Hongrie mais cela est bien trop tardif pour avoir un quelconque impact. Surtout que comme nous l’avons vu pour la Transylvanie les rancœurs sont trop fortes entre les différentes nationalités.

La répression est sévère avec la suppression de tous les acquis de la révolution, la mise en place d’un régime militaire, le retour de la censure…… .

La Hongrie perd la Transylvanie, la Slavonie et le Banat, séparation qui allait durer dix-neuf jusqu’à l’instauration de l’empire austro-hongrois.

Vers un empire dual

Empire d'Autriche

L’empire d’Autriche apparu en 1804 connait de sérieux remous durant son existence notamment en 1848. Si François-Joseph parvient à rétablir l’autorité des Habsbourgs avec l’aide russe il est évident que des réformes seront nécessaires pour permettre aux territoires patrimoniaux des Habsbourgs de survivre.

Les défaites contre la France en Italie en 1859 et surtout celle de Sadowa contre la Prusse en 1866 accélère le processus aboutissant au remplacement de l’empire d’Autriche par une Double-Monarchie, un empire austro-hongrois.

Cette monarchie danubienne se composait de deux Etats contigus et égaux avec les royaumes et pays présentés à la Diète d’Empire (Cisleithanie) c’est-à-dire notamment l’Archiduché d’Autriche, les royaumes de Bohême et de Galicie et les pays de la Couronne de Saint-Etienne qui forment la Transleithanie (royaume de Hongrie et royaume de Croatie-Slavonie).

En 1908 la Bosnie-Herzégovine administrée par l’Autriche-Hongrie depuis 1878 est annexée alors que jusqu’ici la province était restée sous souveraineté ottomane.

Ce choix d’une «double-monarchie» plutôt qu’une monarchie multinationale avec les autrichiens, les hongrois, les slaves et les latins allait provoquer une lente corrosion, une lente dissolution de la monarchie danubienne. La première guerre mondiale allait provoquer l’implosion de la monarchie et la naissance de plusieurs états.

Certains sont agrandis (Italie et Roumanie), d’autres ressuscitent comme la Pologne, d’autres sont des créations neuves que ce soit la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie (même si le nom officiel est «royaume des serbes, croates et slovènes») tandis que d’autres comme l’Autriche et la Hongrie sont réduites à la portion congrue.

Autriche-Hongrie 2

La Cisleithanie (pour simplifier l’Autriche) est un état de 300193 km² et peuplée en 1910 de 28.5 millions d’habitants.

Divisée en dix-sept provinces, chacune d’entre-elles possédant une relative autonomie avec une assemblée (lantag) élue au suffrage par classes puis au suffrage censitaire et enfin au suffrage universel.

Le poids des habitants de langue allemande empêche la constitution d’un véritable royaume de Bohème et la transformation de la monarchie duale en monarchie trinationale.

Plus précisément la Cisleithanie comprend l’archiduché d’Autriche, duchés de Styrie, de Carinthie et de Carniole, comté princier de Tyrol avec le Vorarlberg mais aussi Trieste, l’Istrie occidentale, les compté de Gorizia et de Gradisca, la région de l’Inn, l’évêché de Salzbourg et de celui de Trente (sécularisés en 1803), les pays de la Couronne de Bohème (Bohème, margraviat de Moravie, duchés de Haute et de Basse-Silésie), les duchés d’Auschwitz et de Zator, le royaume de Galicie et Lodomérie (arrachés à la Pologne en 1772), le duché de Bucovine pris à la Moldavie en 1775 et enfin le royaume de Dalmatie pris en 1797 à la république de Venise.

La Transleithanie affiche une superficie de 324857 km² et une population de 20.8 millions d’habitants. Selon le compromis hungaro-croate de 1868 les pays de la Couronne de Saint-Étienne comprennent les éléments suivants :

-Le royaume de Hongrie proprement dit qui avec 282323 km² représente 87% de la Transleithanie et comprend la Hongrie historique et depuis 1867 la Transylvanie.

-le royaume de Croatie-Slavonie, un royaume autonome dont la capitale est Agram (Zagreb) et qui affiche une superficie de 42534km²

-la ville de Fiume avec 20km²

A la différence de l’empire d’Autriche, le royaume de Hongrie est une structure centralisée avec des comitas gérés par un duo, un préfet nommé par l’Etat et un alispan élu par l’aristocratie locale.

Le royaume de Croatie-Slavonie dispose d’une administration autonome dirigée par un ban nommé par l’Etat qui est responsable devant le Sabor, une assemblée élue qui peut légiférer dans les domaines de l’enseignement et de la justice.

Autriche Hongrie

En 1878 la Bosnie s’est ajoutée à l’empire austro-hongrois

La Bosnie occupée en 1878 et annexée en 1908 est gérée conjointement par les deux entités de la double-monarchie.

Les affaires communes aux deux Etats sont réduites. On trouve d’abord les affaires communes proprement dites d’une part et d’autres part les affaires d’intérêt commun.

Dans la première catégorie on trouve les affaires étrangères, les affaires militaires et les finances, domaines gêrés par un ministre austro-hongrois qui est nommé et révoqué par l’empereur-roi.

Encore tout n’est pas aussi simple parce que si il y avait une armée commune, on trouvait également deux armées territoriales, la Landwehr autrichienne et la Honvéd en Hongrie. A partir de 1879 le ministère des finances s’occupe de la Bosnie-Herzégovine via un budget financé à à 70 % par la Cisleithanie et à 30 % par la Transleithanie.

Dans la deuxième catégorie on trouve les affaires commerciales (notamment douanières), la fiscalité indirecte en rapport avec la production, le régime de la monnaie et du crédit, les chemins de fer d’intérêt commun.

A la veille du premier conflit mondial, l’Autriche-Hongrie est le troisième Etat européen par sa population avec 51.3 millions d’habitants. La langue officielle est l’allemand en Cisleithanie et le hongrois en Transleithanie. L’Empire comporte quatorze groupes culturels et linguistiques dont six non-slaves.

En 1910 les allemands représentent 23.4% de la population, les hongrois 19.6%, les slaves 45%, les latins (italiens et roumains) 7.8% et les autres groupes 4.57% (roms, juifs…..).

Sur le plan religieux, trois quarts des austro-hongrois sont catholiques. L’orthodoxie est présente en Bosnie-Herzégovine, en Hongrie du Sud-Est, en Galicie orientale, en Transylvanie et en Bucovine alors que l’islam est présent en Bosnie. Le judaïsme est également présent aussi bien sous ses formes ashkénaze et séfarade.

Les germanophones et les magyarophones se partagent entre catholicisme (très majoritaire) et protestantisme ; Slovènes, Croates, Tchèques, Slovaques et Polonais sont catholiques ; Ukrainiens et Roumains peuvent être catholiques (de rite grec) ou orthodoxes ; les Serbes sont orthodoxes, et les Bosniaques musulmans. Les Roms enfin sont, pour certains, chamanistes, mais la majorité a déjà adopté l’une des religions des pays où ils vivent.

Sur le plan numérique les catholiques représentent 76.6% de la population, les protestants 8.9%, les orthodoxes 8.7%, les juifs 4.4% et les musulmans 1.3%

Ce mélange provoque un certain nombre de tensions mais favorise aussi la création culturelle sur tous les plans.

Sur le plan économique l’agriculture occupe un poids important (48% en Cisleithanie et 62% en Transleithanie) mais l’industrie s’est développée au point que l’Autriche-Hongrie est devenue la quatrième puissance industrielle en Europe devançant de peu la Russie.

Sur le plan de la politique extérieure l’Autriche-Hongrie se rapproche de l’Allemagne pour faire face à la poussée russe dans les Balkans alors que l’empire ottoman ne cesse de se décomposer, confirmant son statut «d’homme malade de l’Europe».

Les hongrois ont un vrai pouvoir de nuisance et de blocage ce que François-Joseph reconnaît rapidement, admettant qu’il faudrait créer une troisième force slave et rendre son statut au grand-duché de Transylvanie. En 1871 un projet de rendre l’autonomie au royaume historique de Bohème est enterré suite à l’opposition des allemands de Bohème et de Moravie.

L’héritier François-Ferdinand et son épouse la comtesse Sophie Chotek protègent un groupe d’intellectuels militant pour transformer la double-monarchie en état subdivisé en sous-ensembles ethniques et nationaux. Es-ce que cela aurait changé le cours de l’histoire ? Probablement pas…… . L’Autriche-Hongrie est comme la Russie un colosse aux pieds d’argile, colosse qu’un conflit allait finir par faire choir de son piédestal.

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