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Histoire du Royaume de Hongrie (2) : la dynastie angevine (1301-1386)

Comme nous l’avons vu dans la partie précédente, Charles 1er Robert dit Canrobert rétablit l’ordre et l’unité du royaume qui devient à cette époque un producteur majeur d’or et d’argent avec un tiers de la production mondiale et ce jusqu’à la fin du 15ème siècle.

Cette reprise en main s’explique par le fait que nombre de nobles et de prélats lassés par les troubles et l’anarchie souhaitaient de nouveau un pouvoir royal fort. Il profita également de la division de ses ennemis incapables de s’entendre sur une stratégie commune. Il faudra néanmoins douze années d’effort pour parvenir à son objectif.

En revanche il rompt avec la pratique de la Diète du dernier Arpad, gouvernant comme un monarque absolu où ses mots avaient force de loi. Il favorise également l’émergence de nouvelles familles qui lui devant tout étaient moins sensibles à la révolte et à la sédition.

Louis 1er de Hongrie 42

Louis 1er de Hongrie

Sous le règne de son fils Louis 1er dit le Grand (1342-1382) la Hongrie atteint le summum de sa puissance via des campagnes militaires menées contre les lituaniens et en Italie méridionale notamment, la maison d’Anjou se déchirant en guerre fratricides pour le contrôle du trône de Hongrie comme de celui de Naples.

C’est également sous son règne que la Peste Noire frappe la Hongrie. Dans l’ensemble le royaume magyar est relativement épargné car moins peuplé avec une population bien nourrie donc moins sensible aux épidémies.

La colonisation va donc continuer au 14ème siècle alors que dans d’autres pays on assiste à la naissance de véritables déserts, certaines régions mettront des décennies voir des siècles à retrouver leur population d’avant l’épidémie. La majorité de ces colons venaient de Moravie, de Pologne et des pays voisins, ces colons étant exemptés de taxes pour seize ans. Le servage disparaît dans les années 1350.

Sur le plan religieux le deuxième roi de la dynastie angevine fait preuve d’une grande dureté en tentant de convertir les orthodoxes et en expulsant les juifs.

Les rois angevins continuent leur expansion notamment vers l’est avec la création de la principauté de Moldavie mais aussi vers l’ouest et le sud-ouest en expulsant les vénitiens de Dalmatie en 1358.

Des rois et des chefs locaux acceptent la suzeraineté hongroise (Bosnie, Serbie) mais cela n’empêche pas ces derniers de se révolter à plusieurs reprises tout comme en Moldavie et en Valachie. C’est également sous le règne de Louis 1er qu’émerge la menace ottomane.

A la mort de Louis 1er le Grand en 1382 sa fille Marie est élue par la Diète mais elle est loin de faire l’unanimité, nombre de nobles refusant d’être dirigés par une femme. En 1385 elle est renversée et remplacée par Charles III de Naples qui prétendait avoir été adopté par Charles 1er. En février 1386 il est assassiné par des partisans de la reine déchue ce qui marque la fin de la domination angevine directe sur la Hongrie.

Histoire du Royaume de Hongrie (3) : plusieurs dynasties et finalement le désastre (1386-1526)

Comme au moment de la fin de la dynastie Arpad, une période d’anarchie et d’instabilité s’ouvre suite à la fin de la dynastie angevine. Paul Horvat, évêque de Zagreb lance une nouvelle révolte et déclare le fils de Charles III de Naples roi de Hongrie. Ses partisans capturent la reine en juillet 1386 mais les partisans de cette dernière propose la couronne à son mari, Sigismond de Luxembourg. La reine est bientôt libéré mais elle se garda d’intervenir dans la politique, laissant son mari agir.

En 1395 la reine Marie décède et sa sœur, la reine Jadwiga de Pologne réclame la couronne pour elle mais les partisans de Sigismond l’emporte lors d’une bataille l’opposant aux soutiens de la reine de Pologne.

En 1389 lors de la bataille de Kosovo Poljve, le roi Lazare est battu par l’armée ottomane. La Serbie devient pour plusieurs siècles un protectorat ottoman ce qui fait de la nouvelle puissance majeure en Asie mineure un pays frontalier avec la Hongrie.

Face à cette menace, le roi de Hongrie appelle à une nouvelle croisade plus d’un siècle après la dernière. Cette croisade se termine par la déroute des chevaliers majoritairement français à Nicopolis en 1396.

Suite à cette défaite la Diète de Temesvar (aujourd’hui Timisoara) impose en 1397 à tous les propriétaires terriens de finance l’équipement de soldats avec un archer pour vingt paysans. Des forteresses et des marches militaires sont mises en place pour faire face à la Sublime Porte.

La même année le roi met fin aux juridictions comtales tout en accordant une certaine autonomie politique aux comtés via la mise en place d’assemblées. A plusieurs reprises des complots se trament et en 1401 il est emprisonné par ses détracteurs pendant six mois. Il est également en guerre ouverte avec le pape Boniface IX qui soutien ses opposants.

En 1410 il est élu roi des Romains, première étape avant son accession au trône impérial. Il passe de plus en plus de temps hors du royaume, laissant le gouvernement à ses plus fidèles partisans regroupés au sein de l’Ordre du Dragon. Il doit également faire face à la poussée vénitienne en Dalmatie et à des problèmes avec les hussites qui n’hésitent pas à piller l’actuelle Slovaquie.

En 1437, Sigismond (empereur depuis 1411) meurt sans enfants. Les Etats font de son gendre Albert V d’Autriche, roi de Hongrie. Le règne du premier hasbourgeois sur la Hongrie est bref puisqu’il meurt de la dysenterie durant une infructueuse campagne militaire contre les ottomans en 1439.

Sa veuve Elisabeth de Luxembourg donne naissance à un fils, un fils posthume Ladislas mais comment un nouveau né pourrait faire face aux défis du temps. La majorité des nobles hongrois préfèrent un homme capable de conduire les armées à la bataille et offrent ainsi la couronne à Wladyslaw III de Pologne. Une guerre civile éclate qui aboutit en 1439 à la victoire du roi de Pologne qui devient Vladislas 1er (aussi connu sous le nom de Ladislas V Jagellon), ce dernier ayant bénéficié du talent de John Hunyadi pour l’emporter.

Le nouveau roi de Hongrie se montra offensif contre les ottomans, menant des raids dans les territoires ottomanes puis une longue campagne en 1443/1444 où les troupes hongroises arrivent jusqu’à Sofia. Une nouvelle croisade est lancée mais elle se termine de la même façon que celle de 1396 c’est à dire mal, la bataille de Varna se terminant par la mort du roi.

Une Diète est réunie en 1445 et choisit le fils d’Albert d’Autriche comme nouveau roi de Hongrie. Il est désormais âgé de six ans mais bien entendu toujours incapable de régner par lui même. Les Etats nomment sept capitaines dont Jean Hunyadi pour gouverner le royaume. Dès 1446 Jean Hunyadi est élu seul régent en échange de l’obligation de la convocation annuelle de la Diète.

Le royaume de Hongrie est loin d’être uni, de nombreux territoires échappent à la régence de Jean Hunyadi. Ce dernier préfère lancer une nouvelle campagne contre les ottomans, campagne qui se termine ô surprise en 1448 par une nouvelle défaite chrétienne au Kosovo en 1448. En 1452 Jean Hunyadi cesse d’être régent mais continue à être un rouage incontournable du royaume.

Les temps deviennent agités. En 1453 Mehmet II s’empare de Constantinople mettant fin à un empire millénaire (330-1453). Mehmet le Grand enchaîne en s’emparant de la Serbie et en cherchant à s’emparer de la forteresse de Nándorfehérvár (Belgrade), une position clé de la frontière méridionale de la Hongrie.

La défense est organisée par Jean Hunyadi aidé par un prêtre franciscain Jean de Capistrano. 25 à 30000 hommes sont mobilisés pour couper les lignes de communication ottomanes. Ces derniers lèvent le siège et se retirent le 22 juillet 1456. Jean Hunyadi savoure à peine cette victoire puisqu’il meurt deux semaines plus tard.

Le nouveau protecteur de Ladislas le Posthume, Ulrich de Celje ordonne à Ladislas Hunyadi de remettre les châteaux royaux gérés par son père.

Ulrich de Celje est assassiné à Belgrade ce qui entraîne l’arrestation des deux fils Hunyadi qui sont jugés et exécutés en 1457. Cela entraîne la révolte de la petite noblesse ce qui oblige Ladislas VI à s’enfuir à Prague où il meurt avant la fin de l’année.

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Buste de Mathias Corvin

Une Diète se réunit en 1458 et Mathias Corvin fils de Jean Hunyadi est élu roi de Hongrie ce qui signifie pas la fin de l’instabilité au royaume de Saint-Etienne. Mathias Corvin affronte une révolte nobiliaire qu’il écrase alors que les ottomans se montrent menaçant aux frontières, frontières défendues par des paysans-soldats essentiellement serbes ce qui explique historiquement la présence d’une forte minorité serbe dans le sud et l’ouest de la Croatie.

Une puissante armée est mise sur pied, une «Armée Noire» composée essentiellement de mercenaires tchèques, allemands et hongrois. C’est l’une des premières armées professionnelles d’Europe.

Des forteresses sont construites, d’autres rénovées mais contrairement à son père il ne se lance pas dans de nouvelles offensives contre les ottomans peut être instruit par les défaites passées. Il se tourne davantage vers le nord lançant des attaques en direction de la Bohème, de la Pologne et de l’Autriche sous le prétexte de mettre sur pied une alliance militaire destinée à expulser les ottomans d’Europe.

Une révolte éclate en 1471 mais elle est facilement écrasé par Mathias qui suite au traité d’Olomouc en 1478 s’empare de la Moravie, de la Silésie et de la Lusace. Il occupe ensuite la Styrie et la Basse-Autriche (dont Vienne) et gouverne par décrets royaux, convoquant rarement la Diète.

Sur le plan politique il s’appuie sur la petite noblesse et sur des bourgeois au lieu de l’aristocratie ce qui lui vaudra le surnom de Matthias le Juste et en fera un héros du folklore hongrois. La cour de Matthias Corvin est une cour brillante où l’influence de la Renaissance italienne est forte. Il meurt en 1490 et nombre de ses réformes sont alors abandonnées.

Les magnats hongrois ne veulent plus d’un roi puissant et choisissent Vladislas II, le roi de Bohème, fils de Casimir IV de Pologne et petit-fils d’Albert 1er, un roi dont la faiblesse était proverbiale. Il était ainsi connu sous le nom de King Dobzse («Roi d’accord») pour sa proportion à dire oui à tout.

Il va régner jusqu’en 1516 et son règne est assez désastreux. Sa politique fiscale est menée en dépit du bon sens ce qui entraîne le délitement de l’armée qu’il avait héritée de Mathias Corvin à une époque où la menace ottomane est plus que jamais présente. C’est une véritable réaction nobiliaire qui est à l’oeuvre. Une révolte paysanne éclate en 1514, révolte écrasée par la petite comme la grande noblesse pour une fois unis par une menace commune. Inutile de préciser qu’à la répression militaire va s’ajouter un renforcement des liens de sujétions entre les paysans et la noblesse.

C’est donc dans ce contexte troublé que la Hongrie va devoir affronter une nouvelle menace militaire de la Sublime Porte bien décidée à s’emparer de l’Europe. A la tête de l’empire ottoman l’un des plus grands souverains ottomans depuis Mehmet II, Soliman le Magnifique.

Soliman le Magnifique

Soliman le Magnifique

Pour ne rien arranger, le nouveau roi de Hongrie Louis II n’à que dix ans («Malheur aux royaumes dont le prince est un enfant»). Si encore une politique ferme avait été décidée cela aurait pu passer mais au contraire les nobles se querellent, négligeant les dépenses militaires. L’armée tombe de Charybe en Scylla, les forteresses non-entretenues tombent en ruine.

Cela n’échappe naturellement pas à Soliman qui s’empare de Belgrade en 1521. Louis II et son épouse Marie de Habsourg tente de profiter de la situation pour lancer un putsch contre les magnats mais c’est un échec.

Louis II de Hongrie 12

Louis II de Hongrie

En août 1526 une puissante armée ottomane de 100000 hommes marche en direction de la «Hongrie utile». Cette avancée fait suite au refus du roi de Hongrie de payer un tribut au sultan.

L’affrontement décisif va avoir lieu à Mohacs. Les hongrois sont certes bien équipés et bien entraînés mais ils manquent d’un leader militaire compétent et surtout ne sont que 26000. Des renforts doivent venir de Croatie et de Transylvanie mais ils tardent à arriver.

Cette bataille à lieu le 29 août 1526 et vire au désastre pour les hongrois qui perdent 20000 hommes dont le roi Louis II. Les hongrois attaquent mais leur assaut est brisé par les tirs de l’artillerie ottomane. Ceux-ci durement malmenés sont balayés par les Janissaires, l’élite des forces armées ottomanes.

Louis II de Hongrie

Peinture représentant la découverte du corps de Louis II de Hongrie

La retraite vire à la déroute. Les survivants s’enfuient en direction des marais. Louis II âgé de vingt ans meurt noyé avec son cheval.

Dans la foulée Pest est prise (10 septembre) et la frontière ottomane est repoussée aux portes de Vienne. Quinze jours plus tard l’armée ottomane reprend le chemin de Constantinople.

Après sa mort deux rois de Hongrie sont élus, Jean Zapolya le 10 novembre à Székesfehérvár et Ferdinand de Habsourg à Presbourg le 17 décembre. Les deux rois revendiquent la totalité du territoire mais ils n’ont pas les forces nécessaires pour vaincre leur opposant.

Jean Zapolya, gouverneur militaire de Transylvanie est reconnu par Soliman et bénéficie du soutien de la petite noblesse qui par une véritable réaction nationaliste refuse un nouveau roi étranger.

Enfin réaction nationaliste c’est vite dit puisque Zapolya prête hommage à Soliman en 1529 devenant l’obligé de la Sublie Porte.

Ferdinand lui bénéficiait du soutien des magnats qui voyait surtout en lui le frère de l’empereur Charles Quint dont il espérait l’intervention contre les turcs.

Pour mettre fin à cette situation ubuesque un traité est signé à Nagyvarad en 1538, traité faisant de Ferdinand le seul roi de Hongrie dès la mort de Jean Zapolya qui n’avait pas d’enfants.

Las ! En 1540 peu avant sa mort il se marie et sa femme donne naissance à un fils prénommé Jean-Sigismond ce qui entraîne une guerre civile, guerre dont profite les turcs qui s’emparent de Buda en 1541 et entraîne la division de la Hongrie en trois morceaux. C’est le début de plus d’un siècle de morcellement et de division.

Hongrie

La Hongrie après la bataille de Mohacs : morcellement et division

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