Scandinavie (44) Danemark (15)

La marine royale danoise dans le second conflit mondial

En septembre 1948 la marine danoise à bien meilleure allure que neuf ans plus tôt. Les budgets supplémentaires lui ont permis de construire des navires neufs et modernes, d’améliorer l’entrainement de l’équipage et de constituer des stocks d’armes et de munitions conséquents (à l’échelle danoise bien entendu).

A l’été 1948 les tensions en Europe deviennent telles qu’un conflit n’est qu’une question de temps et que les plus lucides sentent comme devant durer nettement plus longtemps qu’en 1939.

«C’est comme quand vous frustrez un lion d’un repas. Au repas suivant il mange nettement plus et ne se laisse pas retirer facilement de la bouche le quartier de viande».

Copenhague souhaite rester neutre tout comme Oslo et Stockholm mais les plus lucides se demandent si cela reste possible au point que certains militaient soit pour une alliance avec l’Allemagne soit pour une alliance avec les franco-britanniques.

Finalement la majorité se raccroche dans le candide espoir que la Scandinavie restera comme trente-quatre ans plus tôt un îlot de paix dans un monde déchiré par la guerre.

Qui dit neutralité ne dit pas faiblesse. Dès la fin du mois d’août le Danemark annonce qu’en cas de conflit elle fera respecter si besoin est sa neutralité par les armes.

Elle mouille des mines pour protéger l’accès à ses bases, réarme des batteries côtières et commence à patrouiller dans les Détroits et le long des côtes de la péninsule du Jutland.

La marine danoise aligne à l’époque deux cuirassés garde-côtes, trois croiseurs légers, quatre destroyers, des torpilleurs, des sous-marins et différents navires de patrouille et de guerre des mines.

Cette marine n’est pas à négliger ce qui explique peut être pourquoi les allemands ont tout fait pour s’éviter une invasion du Danemark. Ce n’est que le 28 août que le volet danois de l’opération Weserubung est confirmé (si ce volet n’avait pas été exécuté les troupes prévues auraient été conservées en réserve pour les opérations en Norvège).

La marine royale danoise se doute de ce qui se passe et envisage même d’envoyer en Grande-Bretagne ses navires les plus modernes à l’instar de ce que fit la Pologne peu avant l’invasion allemande de septembre 1939.

Le gouvernement y renonça de crainte de démoraliser le pays et d’insuffler une volonté de résistance au mois symbolique. Personne au Danemark ne pensait sérieusement stopper une invasion allemande mais on voulait montrer aux générations futures que les soldats, aviateurs et marins danois en 1948 n’avaient pas fait pire que leurs ainés de la deuxième guerre du Schleswig.

La marine royale danoise va subir de lourdes pertes durant l’opération Weserübung surtout sous les coups de l’aviation allemande qui très vite prends le contrôle de l’espace aérien danois, la petite aviation aux cocardes rouges et blanches étant rapidement éliminée du ciel de Copenhague, d’Aarhus et des autres villes du pays.

Peder Skram

Le Peder Skram

Le cuirassé garde-côtes Peder Skram était virtuellement désarmé quand les allemands attaquent même si officiellement il était toujours en service. Il semble mais ce n’est pas certain mais les danois auraient voulu le réarmer pour renforcer les batteries côtières mais ils n’en eurent pas le temps et ce pour deux raisons.

Déjà le navire était dans un mauvais état général car peu entretenu depuis cinq ans. De plus la marine danoise manquait de bras pour réarmer un navire dépassé. La Luftwaffe se chargea de trancher ce nœud gordien danois en le coulant dans le port de Copenhague.

Le 5 septembre 1948 dans la matinée, le Peder Skram est attaqué par une vingtaine de Junkers Ju-188 armés de bombes de 250 et de 500kg. Selon les rapports des pilotes allemands, le vénérable cuirassé à encaisse quatre bombes de 500kg et six de 250kg. Transformé en annexe de l’enfer, le navire chavire et coule dans le port. L’épave est relevée en 1955 et démolie.

Les cuirassés garde-côtes Skjold et Iver Hvitfeldt étaient eux pleinement opérationnels. Ils vont opérer comme batterie d’artillerie mobile, leurs puissants canons de 254mm ouvrant à plusieurs reprises le feu contre les troupes allemandes ou contre les croiseurs allemands qui préféraient rester à distance. On ne sait cependant pas pourquoi les cuirassés allemands n’ont pas été engagés contre les deux navires blindés danois.

Cette action déterminée repousse un assaut direct de la Kriegsmarine sur le port de Copenhague, remontant le moral danois. Le lendemain la Luftwaffe se charge de neutraliser les deux navires, le Skjold étant coulé par des bombardiers bimoteurs Dornier Do-217 qui placent six bombes de 500kg, le navire chavirant et coulant.

Son sister-ship est endommagé tard dans la journée et parvient à se réfugier en Suède où il est désarmé et interné. Son équipage est autorisé à rester en Suède à condition de ne pas chercher à gagner la Grande-Bretagne.

Cette promesse ne sera pas tenu. Avec des complicités suédoises, le navire est remis en état pour essayer de s’échapper de Suède pour rallier la Grande-Bretagne et reprendre la lutte. Le navire appareille le 14 septembre 1951 mais n’atteindra jamais les îles britanniques étant torpillé dans le Skagerrak par un sous-marin allemand qui lui envoie trois torpilles.

Armored cruiser Niels Juel (1918) 5

Le Niels Juel

Le croiseur Niels Juel servait avant guerre de navire-école et de yacht pour la famille royale. Lors des combats au Danemark, il est endommagé par une bombe de 250kg mais parvient à s’échapper et met cap sur la Grande-Bretagne sans ordre dès le 6 septembre 1948.

Sans escorte, lent, il aurait pu ne jamais arriver mais il arrive endommagé à Rosyth le 7 septembre 1948 à l’aube. Endommagé à la proue après avoir abordé un sous-marin allemand tout aussi surpris que le croiseur danois. Le Niels Juel le heurte au niveau du kiosque, le cassant littéralement en deux. Le commandant danois ordonne de larguer des radeaux et des bouées mais tout l’équipage allemand à sombré avec le navire.

Arrivé à proximité des côtes, il annonce en clair aux britanniques son arrivée et des escorteurs l’accompagne triomphalement car son exploit est rapidement mis en valeur par la propagande britannique. Le Niels Juel devient le Iron Niels.

Il est rapidement réparé mais ne reprendra jamais le mer car trop usé. Il devient symboliquement le navire-amiral de la nouvelle marine danoise reconstituée tant bien que mal en Grande-Bretagne.

Durant tout le conflit il va servir de navire-amiral et de bâtiment-base depuis le port de Rosyth. Il est symboliquement remorqué à Copenhague le 7 juin 1954 pour participer aux festivités de la libération avant de continuer son rôle de bâtiment-base au profit des bâtiments assurant le nettoyage du port de Copenhague. Il est finalement vendu à la démolition en juin 1955 et démantelé.

Sur les trois croiseurs de classe Tordenskjold, seul le Herluf Trolle survit aux combats du 5 au 9 septembre 1948. En effet ses deux sister-ship ont été perdus, le Tordenskjold saute sur une mine…..danoise ayant rompu son amarre le 6 septembre tandis que le Olfert Fisher à été coulé par l’aviation alors qu’il couvrait le 7 septembre 1948 l’évacuation de la famille royale et du gouvernement à bord du Herluf Trolle. Il à encaissé trois bombes de 250kg, dérivant, commençant à s’incliner sur tribord avant d’exploser et de sombrer très rapidement.

Le croiseur léger Herluf Trolle va reprendre la lutte au sein du Danish Naval Group (DNG), une entité type flottille intégrée sous l’autorité de la Royal Navy. Il va opérer en mer du Nord en compagnie notamment des destroyers Zealand et Bornholm pour des opérations d’escorte et de combat.

Il survit au second conflit mondial et rentre triomphalement au Danemark dès la libération du pays. Il est modernisé entre mars et septembre 1955, totalement remis en état et modernisé pour devenir le navire-amiral de la marine danoise. Il est désarmé en juin 1969 et démoli en 1972.

Au cours de la Pax Armada, la marine danoise avait enfin mis en service de véritables destroyers océaniques en l’occurrence quatre unités de classe Island (ou classe Zealand selon les textes), quatre navires de 2000 tonnes armés de quatre canons de 120mm, d’une DCA légère de huit tubes lance-torpilles de 533mm en deux plate-formes quadruples et de grenades ASM. Ces navires sont baptisés Zealand Funen Lolland et Bornholm.

Deux de ces navires sont perdus durant l’opération Weserübung en l’occurrence le Funen qui après avoir bombardé des troupes au sol à la frontière dano-allemande est surpris par des bombardiers en piqué Junkers Ju-87 Stuka. Une bombe de 500kg explose au milieu du navire le coupant en deux, l’avant coulant immédiatement alors que l’arrière mettra plus de temps à couler.

Son sister-ship Lolland est lui victime le 7 septembre 1948 d’un sous-marin allemand alors qu’il accompagnait le Herluff Trolle en direction de la Grande-Bretagne.

Le navire coule rapidement et au grand désarroi et à la grande culpabilité du croiseur, ce dernier ne peut s’arrêter ni même ralentir pour larguer des radeaux. Quelques marins vont pourtant survivre et rallier sur un radeau de fortune la Grande-Bretagne ! Ces six hommes vont immédiatement devenir des célébrités et seront décorés par le roi Frédéric IX.

Après avoir repris du service dans la marine danoise en exil ceux qu’ont à appelé Les Six vont demander de s’engager dans les commandos britanniques pour encadrer la Résistance Danoise.

Deux d’entre-eux seront capturés par les allemands, torturés pui exécutés, les quatre derniers terminant la guerre avec des décorations aussi bien étrangères que danoises.

Les destroyers Zealand et Bornholm ont donc survécu aux combats menés au Danemark et vont même survivre à la guerre au point que les deux destroyers et le croiseur formaient pour certains la Sainte Trinité de la marine royale danoise.

Ils ont pourtant été endommagés à plusieurs reprises notamment au cours de l’opération BOREALIS où avec leurs canons de 120mm ils vont appuyer la 1ère brigade danoise et la 31ème division d’infanterie US.

Modernisés à l’automne 1955 ils vont rester en service jusqu’en 1964 (Zealand) et 1966 (Bornholm). Si le Zealand à été envoyé à la démolition, le Bornholm à été préservé comme musée flottant à Odense. Ouvert au public en 1970, il l’est toujours cinquante ans plus tard même si depuis 2006 il à été mis au sec dans un bassin couvert.

Les deux destroyers de classe Island sont accompagnés dans leur guerre par les torpilleurs de classe Springeren, de vénérables navires au nombre de dix même si en septembre 1948 il n’en restait plus que six en service, deux transformés en dragueurs de mines et quatre qui restaient des navires de combat à la fois patrouilleurs et torpilleurs.

Les quatre navires encore utilisés comme véritables navires de combat étaient le Springeren, le Storen, le Sohunden et le Havornen, les deux dragueurs de mines étant les Soloven et les Narhvalen.

Le sort des deux dragueurs de mines est rapidement réglé par les allemands, le Soloven en mer pour entrainement le 5 septembre 1948 au matin est coulé par des bombardiers en piqué alors que le Narhvalen qui avait appareillé au moment des premiers bombardements allemands se heurtent à des S-Boot de la Kriegsmarine qui ne tardent pas à l’envoyer par le fond.

Les quatre Springeren encore utilisés comme navires de combat connaissent une situation contrastée. Si le Springeren et le Havornen survivent aux combats et parviennet à se réfugier en Grande-Bretagne (où ils seront plus utilisés car trop anciens et trop usés), leurs sister-ship Storen et Sohunden seront sabordés à Copenhague, relevés par les allemands qui ne feront rien d’autre que de les envoyer à la casse.

Aux côtés des Springeren, deux autres classes de torpilleurs vont participer aux combats pour la défense du royaume de Danemark.

Sur les trois unités de classe Glenten (Glenten Hogen Ornen), deux sont coulées (Glenten Ornen) et la troisième se réfugie en Suède où elle est récupérée par la marine suédoise (Stockholm la rendra à Copenhague en septembre 1954 mais la marine danoise se contentera de l’envoyer à la ferraille).

Sur les trois unités de classe Dragen (Dragen Hvalen Lascen), seule la première est coulée par les allemands mais les autres en maintenance sur un slipway sont capturées par les allemands qui vont les réutiliser jusqu’à leur destruction au cours du second conflit mondial.

D’autres navires de type «poussière navale» se réfugieront en Suède voir pour les plus chanceux en Grande-Bretagne.

Le Danish Naval Group (DNG) va se composer du navire-amiral statique (sic) Niels Juel, du croiseur léger Herluf Trolle, des destroyers Zealand et Bonrholm, des sous-marins Havmanden et Havhesten et de quelques navires cédés par les britanniques à savoir de deux corvettes de classe Flower et huit vedettes lance-torpilles type Fairmile C pour former une petite escadrilles.

Corvette HMS Myosotis

La corvette HMS Myositis de classe Flower

Placé sous l’autorité de la Royal Navy, le DNG qui reçut ultérieurement un pétrolier-caboteur, un cargo et quelques hydravions Supermarine Walrus pour l’éclairage et les patrouilles anti-sous-marines va opérer en mer du Nord, sur le Dogger Bank voir au large des côtes norvégiennes.

Supermarine Walrus HMS Bermuda

Un Supermarine Walrus lancé par le croiseur léger HMS Bermuda

Il va participer à l’opération BOREALIS, le croiseur léger et les destroyers assurant l’appui-feu au profit des troupes débarquées sur les côtes du Jutland.

Si ces navires sus-nommés vont survivre au conflit, les deux corvettes de classe Flower vont être coulées, l’un par sous-marin et l’autre par l’aviation.

Les huit vedettes lance-torpilles subiront des pertes sensibles au point que le DNG va utiliser au total quatorze Fairmile. En revanche le pétrolier-caboteur et le cargo survivront au conflit et resteront en service jusqu’au début des années soixante.

La marine danoise va bénéficier de l’aide des Etats-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne pour se reconstituer. Elle va recevoir deux destroyers type Hunt placés en surplus par la Royal Navy et deux destroyers d’escorte américains et surtout des financements pour construire des navires neufs.

Au milieu des années soixante, la marine royale danoise à clairement achevé sa mue en s’équipant de frégates, de vedettes lance-torpilles, de sous-marins côtiers et surtout d’une imposante flotte de guerre des mines pour assurer le blocage ou le déblocage des Détroits et empêcher ainsi la marine soviétique de quitter cette souricière pour rallier la mer du Nord.

NdA Pour ce qui concerne l’Aéronavale voir la partie qui lui est consacrée à la fin

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