Scandinavie (43) Danemark (14)

Une longue période de paix : la marine danoise de la deuxième guerre du Schleswig à la première guerre mondiale (1864-1918)

Le Danemark l’ignore à l’époque mais quand cesse la deuxième guerre du Schleswig c’est le début de quatre-vingt quatre années de paix.

Cette période est marquée par le passage définitif à l’acier et à la vapeur qui remplace pour le combat le bois et la voile. De nouvelles armes complètent également l’artillerie à savoir les torpilles et les mines mais aussi de nouveaux navires comme les sous-marins, les dragueurs et les mouilleurs de mines.

En 1866 la marine quitte Gammelholm en plein cœur de Copenhague pour regrouper construction, entretien et stationnement des navires à Nyholm.

La neutralité devint l’alpha et l’omega de la politique danoise qui se rapprocha de la Suède pour éviter que la Baltique devient le théâtre d’un conflit majeur avec notamment l’émergence navale de l’Allemagne et la modernisation de la marine russe.

Le 1er avril 1878, la marine danoise créé le département de la mine marine pour mettre au point et produire ses propres mines et ses propres torpilles. Un centre d’essais est installé à Bramsnaesvig dans le fjord de Holbaek. Mines et torpilles y étaient testés avant approbation officielle et usage.

Le 17 septembre 1878 la première flottille de torpilleurs est créé au sein de la marine danoise avec trois torpilleurs numérotés un deux et trois. Ultérieurement des torpilleurs de fabrication britannique furent produits et en septembre 1890 le premier torpilleur de fabrication danoise le Springeren est lancé à Copenhague.

HDMS Springeren

Le Springeren

A la fin du XIXème siècle le Danemark continue de construire des navires blindés aboutissant aux fameux cuirassés garde-côtes, une quasi-spécificité scandinave, la Norvège, le Danemark, la Suède et la Finlande construisant ce type de navire véritable prolongement flottant des batteries côtières mais inapte au combat en haute-mer. Ils sont complétés par des croiseurs.

Qui dit paix ne veut pas dire immobilisme et la marine danoise multiplie les croisières sur les mers et les océans du monde entier.

C’est ainsi que la frégate SJÆLLAND se rend en Méditerranée en 1869/70 et participe avec 40 autres navires à l’inauguration du canal de Suez le 17 novembre 1869. Entre 1870 et 1872 la frégate à hélice Tordenskjold se rend en Extrême-Orient, visitant la Chine et le Japon. En 1878 la frégate Sjaelland se rend aux Indes occidentales danoises pour mater une révolte servile mais cette révolte est terminée quand il arrive sur place.

En 1899/1900 le croiseur Valkyrien se rend au Siam et au Japon pour faire la promotion des produits danois. Ce navire est commandé par le prince Valdemar, le fils du roi Christian IX et frère du futur Frédéric VIII.

Le 8 mai 1902 la Martinique est frappée par l’éruption du volcan de la Montagne Pélée qui provoque de très gros dégâts. Le croiseur Valkyrien présent dans les possessions danoises de la région se rend sur place pour apporter son aide. Même chose en décembre 1908 pour le croiseur Hemjdal qui aide les victimes du tremblement de terre de Messine survenu le 28 décembre 1908.

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Le Dykkeren

En 1909 la marine danoise met en service son premier sous-marin, le DYKKEREN. Six autres sous-marins vont être acquis dans les années suivantes, formant la classe A, trois étant produits en Italie et trois autres au Danemark. Le 23 décembre 1911 le sous-marin HAVMANDEN est lancé, c’est le premier sous-marin construit au Danemark.

Autre nouveauté en ce XXème siècle naissant l’aviation, la marine danoise commandant une étude en 1910. C’est seulement six ans après le vol d’un premier appareil plus lourd que l’air au pays des Danes. Le premier avion est donné par un particulier le 25 mars 1912 et reçoit le nom de GLENTEN. En avril 1913 pour que deux nouveaux appareils soient livrés à la marine danoise, des hydravions type Donnet-Leveque, appareils baptisés MAAGEN et TERNEN.

En 1909 un plan de développement naval prévoit un large budget pour permettre l’acquisition de nouveaux navires et de nouveaux équipements. C’est ainsi que de 1909 à 1914, neuf torpilleurs et six sous-marins sont mis en service, les stocks de munitions étant largement accrus. Cela créa également un débat important dans l’opinion publique danoise et certains navires furent financés par des dons de particulier.

En dépit de ces derniers efforts, la marine danoise n’avait pas vraiment fière allure quand éclate la première guerre mondiale.

Copenhague maintien une stricte neutralité et utilise au mieux un budget limité pour renforcer ses défenses côtières et éviter que ses eaux territoriales ne servent de «terrain de jeu» pour la Hochseeflot ou pour la Home Fleet.

Bien que la principale bataille porte le nom d’une de ces régions (Jutland), cet affrontement titanesque à eu lieu loin des côtes danoises encore que les premiers coups de feu eurent pour origine le contrôle d’un vieux cargo danois le NJ Fjord qui passa entre deux des plus grandes flottes de l’histoire.

NJ Fjord

En août 1914 la marine danoise aligne trois cuirassés garde-côtes de classe Herluf Trolle, le Skjold, et l’Iver Hvitfeldt en attendant la construction du croiseur moderne Niels Juel, trois croiseurs anciens (deux de classe Hekla et le Valkyrien), trente-sept torpilleurs, sept sous-marins et vingt-quatre navires de type divers mais assez anciens.

Petite marine, la marine danoise en dépit de sévères contraintes budgétaires était considérée comme bien entraînée et surtout plus important motivée et consciente de l’importance de sa mission à savoir la préservation de la neutralité danoise. Le 5 août les détroits sont minés, Copenhague imitant en cela les allemands ce qui rendait peu probable l’irruption de la Home Fleet en Baltique si tant est que Londres en ait eu la volonté.

Cette sauvegarde de la neutralité ne fût pas une sauvegarde passive, les navires danois patrouillèrent à l’abri de ses champs de mines. Les ports danois furent également mis en état de se défendre ce qui n’empêcha pas plusieurs violations de la neutralité danoise, 164 cas étant reportés.

Le cas le plus grave ayant lieu le 19 août 1915 quand le sous-marin britannique E-13 s’échoue à Saltholm dans le Sound après avoir été attaqué par un torpilleur allemand dans les eaux danoises.

En novembre 1916 un autre sous-marin s’échoue à Vrist au sud de Harbooere (ouest du Jutland) mais cette fois il s’agit d’un U-Boot. Quand un navire danois s’approche, le commandant allemand décide de saborder son navire qui est si l’on peut dire une célébrité puisqu’il s’agit du U-20, le sous-marin qui torpilla le Lusitania.

U-20 (German Mittel-U class submarine)

Le U-20 échoué sur la côte danoise

La marine danoise connait également des pertes. En octobre 1916 le sous-marin Dykkeren entre en collision avec un cargo norvégien et coule au large de Taarbaek.

Durant le conflit la marine danoise met en service de nouveaux navires comme les cinq sous-marins de classe Aegir, les trois sous-marins de classe Rota (qui ne seront vraiment opérationnels qu’après le premier conflit mondial) et les dix torpilleurs de classe Springeren, le dernier étant achevé en 1920.

Le 1er mars 1917 les Antilles Danoises cessent d’exister quand l’achat de ses îles (Saint Thomas Saint John et Saint Croix) possessions danoises depuis 1666 par les américains devient officiel, ces îles devenant les Iles Vierges Américaines et sont surtout aujourd’hui connues pour être un paradis fiscal. Le dernier gouverneur danois de ces îles était le capitaine Henri Konow, commandant du croiseur Valkyrien.

Le conflit terminé il faut remettre le pays en route et cela passe par le déminage, une tâche ô combien fastidieuse et dangereuse. Il fallait non seulement relever les champs de mines mais aussi les mines ayant rompu leurs cables et dérivant. A cela s’ajoute la surveillance de la Russie bolchevique ce qui explique que la force de sécurité mise sur pied en août 1914 ne sera dissoute que le 31 mars 1919.

D’une guerre à l’autre : quelle marine pour le Danemark

De 1918 à 1948, la marine royale danoise va connaître des périodes compliquées et des périodes plus fastes encore que les budgets n’ont jamais été à la hauteur des ambitions de nombre d’officiers de marine danois qui rêvaient d’une marine capable de rendre le pays inexpugnable.

Comme de nombreux pays la marine danoise connait un sous-investissement dans l’immédiat après guerre en raison de la crise économique liée à la reconversion des industries de guerre, les surplus militaires et surtout le profond pacifisme de l’opinion qui aux cris de «plus jamais ça» refusait d’investir massivement dans l’armement.

Certes le Danemark était resté farouchement neutre mais les horreurs de la guerre l’ont quand même atteint.

En septembre 1939 la marine danoise est relativement moderne mais aurait été incapable de s’opposer à une traversée de vive force d’une marine pour sortir de la Baltique ou d’y pénétrer.

Durant la Pax Armada tout comme l’armée de terre et son aviation (comme en Norvège l’aviation n’est pas indépendante à cette époque), la marine bénéficie d’une hausse des crédits mais si cela permet le renouvellement de la flotte, l’accroissement de l’aéronavale et la modernisation des batteries côtières, toutes les ambitions ne sont pas atteintes faute de temps mais aussi en raison de la propension de nombreux politiciens danois à avoir de peur de «provoquer» l’Allemagne et ainsi entraîner le pays des Danes dans un conflit qu’il n’avait pas cherché.

Le 5 septembre 1948 à l’aube, ces politiciens verront que l’Allemagne n’avait pas besoin de «provocation» pour forcer le Danemark à s’engager dans une guerre pour la première fois depuis depuis 84 ans.

A la fin du premier conflit mondial, le parlement refusa de débloquer les crédits nécessaires à la modernisation de la marine. Outre le pacifisme et la crise économique la faiblesse d’une marine allemande (Vorlaüfige Marine _marine provisoire_ de 1919 à 1921 puis Reichsmarine en attendant Kriegsmarine en 1935) semblait rendre inutile de transformer la marine danoise en marine de haute mer de la faire passe du statut de Green Water Navy (marine littorale) à celui de Blue Water Navy (marine océanique).

Il y eut des projets de nouveaux navires modernes mais en septembre 1939 la marine danoise était clairement affaiblie avec deux cuirassés garde-côtes, vingt et un torpilleurs, treize sous-marins et soixante-huit navires divers. Rien de bien folichont même si il y eut de légères améliorations durant la Pax Armada.

Le 31 mai 1939 le Danemark et l’Allemagne ont signé un traité de non agression, traité renouvelé en 1944 jusqu’en 1949. On sait ce qu’il advint un certain jour de septembre 1948…… .

Les plus gros navires danois en septembre 1939 (et encore neuf ans plus tard) étaient des cuirassés garde-côtes, un concept quasi-exclusivement scandinave, une sorte d’extension flottante des batteries côtières.

Peder Skram

Le Peder Skram

Le plus ancien est le Peder Skram qui en septembre 1948 était le dernier survivant d’une classe de trois navires qu’il formait avec le Herluf Trolle et le Olfert Fischer. Quand les allemands attaquent, le Peder Skram est virtuellement désarmé.

Neuf ans plus tôt il y avait encore plus ancien mais les Skjold et Iver Hvitfeldt ont été désarmés durant la Pax Armada.

La marine danoise s’interroge sur la nécessité de remplacer ses navires, certains étudiant la possibilité de les remplacer par de véritables cuirassés en suivant ainsi les Néerlandais.

Ce projet est rapidement abandonné à la fois pour des raisons politiques (crainte de «provoquer» les allemands) et techniques (doute sur la capacité de la marine danoise de disposer du personnel nécessaire).

Ilmarinen

L’Illmarinen

Finalement on décide de faire construire deux nouveaux cuirassés garde-côtes modernes (même si le concept est clairement dépassé) en s’inspirant du navire finlandais Illmarinen. Ces navires baptisés Skjold et Iver Hvitfeldt sont mis en service respectivement en 1945 et 1947.

En ce qui concerne les croiseurs, la marine danoise disposait en septembre 1939 d’une antiquité flottante, le cuirassé torpilleur-bélier (torpedo ram cruiser) Tordenskjold mis en service en 1880. Ce navire est désarmé en 1942 et transformé en caserne flottante. Même chose pour les croiseurs Hekla et Gesjer mis en service en 1890 et 1892.

Le Valkyrien n’à pas eu cette chance puisqu’il s’échoue dans les Orcades le 17 juin 1944 alors qu’il rentrait d’une croisière en Islande pour y être désarmé (le navire sera brisé en deux par une tempête, la partie arrière dérivant et coulant, l’avant restant sur la côté, disparaissant au cours des années soixante après deux décennies de vagues).

Armored cruiser Niels Juel (1918) 5

Le Niels Juel

Le Niels Juel était lui un cas un peu à part puisqu’il à été conçu initialement comme cuirassé garde-côtes avant d’être achevé comme croiseur léger. Enfin croiseur c’est vite dit puisqu’il était assez léger (moins de 4000 tonnes), lent et l’armement aurait pu être meilleur.

Servant de navire-école et de yacht royal, il était un fleuron de la marine danoise mais certainement par un lévrier des mers.

En revanche les croiseurs légers de classe Tordenskjold étaient la fierté de la marine danoise, trois splendides navires de 6500 tonnes filant à 30 nœuds avec un armement composé de six canons de 150mm en trois tourelles doubles, des canons de 75mm, des tubes lance-torpilles de 533mm et une DCA légère.

Pour compléter ces croiseurs la marine danoise aurait voulu faire construire de véritables destroyers mais force est de constater qu’elle n’y est pas vraiment parvenue manque d’argent, de temps et de personnel. Elle fût donc obligé de faire durer des navires anciens qui en septembre 1948 étaient totalement dépassés.

C’est ainsi que sur les dix torpilleurs de classe Springeren mis en service à partir de 1916, quatre sont encore en service en septembre 1948 (les six autres ont été transformés en 1936 en dragueurs de mines mais seulement deux étaient encore en service).

En revanche les unités de classe Söridderen et Tumleren datant de 1911 furent désarmés durant la Pax Armada tout comme les unités les plus anciennes qui étaient déjà dépassées en septembre 1939.

Les torpilleurs danois les plus modernes étaient des navires déjà anciens puisque les trois unités de classe Glenten et les trois unités de classe Dragen avaient déjà entre treize et dix-huit années de service derrière elles.

Pour opérer avec les croiseurs légers de classe Tordenskjold la marine danoise va faire construire quatre destroyers de classe Island (Zealand Funen Lolland Bornholm), les premiers vrais destroyers de la marine danoise.

Elle disposait également de sous-marins plus ou moins anciens (plutôt plus que moins). La marine danoise aurait bien aimé pouvoir renouveler sa flotte sous-marine mais elle compris qu’elle avait du choisir entre les destroyers et les sous-marins.

La marine danoise est également complété par des navires de soutien, des navires de guerre des mines et des patrouilleurs, une partie de ces derniers opérant depuis l’Islande et le Groenland.

2 réflexions sur “Scandinavie (43) Danemark (14)

  1. Toujours très instructif 🙂 Je pense à un lapsus ici :

    Le 17 septembre 1878 la première flottille de torpilleurs est créé au sein de la marine danoise avec trois torpilleurs numérotés un deux et trois. Ultérieurement des torpilleurs de « fabrication » » (conception ?) britannique furent produits et en septembre 1890 le premier torpilleur de fabrication danoise le Springeren est lancé à Copenhague.

    • clausmaster dit :

      Oui pas impossible que je me suis enmelé les crayons. Cela doit être en traduisant des sites anglais sur la marine danoise. Merci encore pour ta vigilance.

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