Scandinavie (37) Danemark (8)

Le XXème siècle danois

Les rois : Frédéric VIII, Christian X et Frédéric IX

Frédéric VIII (1906-1912) 16

Frédéric VIII (Christian Frederik Wilhelm Carl) (1843-1912) est roi de Danemark de 1906 à 1912. Il n’accède au trône qu’à 62 ans après avoir passé quarante-deux ans comme prince héritier en raison du long règne de son père Christian IX qui l’exclua largement des affaires politiques.

Il est le deuxième roi de la maison de Schleswig-Holstein-Sonderbug-Glücksburg, la maison qui succéda à la maison d’Oldenburg. La maison de Glücksburg était une branche cadette de la maison d’Oldenburg, les deux maisons ayant pour ancêtre commun Christian III (un peu comme les Bourbons avait pour ancêtre un frère de Saint Louis ce qui explique qu’ils ont pu succéder aux Valois).

Il devient prince héritier en 1863 quand son père devient roi de Danemark sous le nom de Christian IX. Il bénéficie d’une éducation militaire et en 1863 devait entrer à Oxford mais l’avènement de son père l’obligea à rentrer au Danemark, siégeant au Conseil d’Etat et participant à la deuxième guerre du Schleswig.

En juillet 1868 il se fiance avec Louise de Suède, la fille de Charles XV de Suède (appelé également Charles IV en Norvège), le mariage étant célébré le 28 juillet 1869 à Copenhague. Quatre fils et quatre filles naquirent de cette union dont deux rois, le futur Christian X de Danemark et le futur Haakon VII de Norvège.

Plus libéral que son père, il semblait plus enclin à accepter le jeu parlementaire. Son règne s’annonce prometteur mais malheureusement son il fût bref puisqu’il meurt le 14 mai 1912 à Hambourg après à peine six années de règne. Son fils Christian X lui succède immédiatement.

Christian X (1912-1947) 17

Christian X (Christian Carl Frederik Albert Alexander Wilhelm) (1870-1947) est le troisième roi de la maison de Glücksburg succédant à son père et à son grand-père. Il est roi de Danemark de 1912 à 1947 et le premier roi d’Islande de 1918 à 1947. Il est le premier de cette nouvelle dynastie à être né dans la pourpre si je peux utiliser cette analogie avec l’empire byzantin à savoir qu’il est né dans une famille royale et non dans une maison ducale allemande comme son père Frédéric VIII et son grand-père Christian IX.

A la différence de son père il était considéré comme nettement plus autoritaire, très attaché à la dignité royale et à son pouvoir. Cela explique la crise de Pâques 1920 au cours de laquelle il tenta d’imposer son propre gouvernement contre l’avis du parlement alors que depuis 1901 la coutume mais non la règle voulait que le gouvernement soit soutenu par le parlement.

La situation se tendit à un point tel qu’on pu craindre que la monarchie danoise millénaire soit renversée. Finalement le roi s’inclinant et acceptant de devenir une figure symbolique avec des pouvoirs réels très limités.

Il intègre l’université en 1889 avant d’entamer une éducation militaire comme tout prince de l’époque puisque les souverains restaient au moins nominalement et même dans les monarchies parlementaires, chef des armées.

Il se marie à Alexandrine de Mecklenburg-Schwerin à Cannes le 26 avril 1898. De cette union naquirent deux fils, le prince Frédéric futur Frédéric IX de Danemark et le prince Knud. Il devient prince héritier le 29 janvier 1906 suite à l’accession de son père au trone de Danemark.

Si Frédéric VIII patienta quarante-trois ans avant de devenir roi, son fils n’eut qu’à attendre six ans, quatre mois et quinze jours pour devenir le roi Christian X suite à la mort de son père des suites d’une attaque cérébrale à Hambourg.

En 1918 il devient suite à une réforme politique roi d’Islande, ce titre disparaissant en 1953 quand l’Islande devint indépendante de jure puisqu’elle était de facto depuis le printemps 1949.

En effet suite à l’occupation du Danemark par les allemands, les britanniques et les canadiens (puis plus tard les américains) occupèrent l’île pour éviter que les allemands ne le fasse. Pourtant le gouvernement danois était en exil tout comme le roi ce qui suscita la protestation des danois sans grand effet.

Après la crise de printemps 1920, Christian X se résigna à n’être qu’une représentation de l’Etat et non un chef avec des pouvoirs étendus. Il usa cependant de son influence et de sa réelle popularité (il se promenait tous les jours à cheval dans les rues de Copenhague sans garde du corps à proximité) pour faire bouger les choses.

Durant la Pax Armada il poussa le pays à se réarmer. Cette prise de position fût bien perçue par les conservateurs mais très critiquée par les libéraux et les sociaux-démocrates qui craignaient de «provoquer» les allemands.

Le roi s’en défendit voulant simplement protéger ses concitoyens de toute agression. Les budgets furent certes augmentés, des navires modernes construits, des avions et des armes achetées, des fortifications aménagées notamment au Jutland mais rien qui ne transforma le Danemark en «Prusse Scandinave».

Christian X décède le 20 avril 1947 à l’âge de soixante-seize ans. Son fils Frédéric IX lui succède alors que de noirs nuages s’amoncellent sur l’Europe menaçant de balayer à nouveau le continent.

Frédéric IX (1947-1972) 10

 

Frédéric IX (Christian Frederik Franz Michael Carl Valdemar Georg) (1899-1972) succède à son père à l’âge de 48 ans. C’est donc un homme mur et expérimenté qui s’assoit sur le trône millénaire des rois de Danemark.

Prince héritier dès 1912 il va donc passer trente-cinq ans dans cet inconfortable statut puisque le titulaire de la fonction doit à la fois se préparer à sa future fonction de monarque tout en évitant de s’opposer frontalement avec le roi régnant qui en voyant son héritier prend conscience de sa mortalité (ce qui explique que les relations sont souvent fraîches entre le roi et le prince héritier qui sont souvent père et fils).

Il fait ses études au sein de l’Académie Royale de Marine. Il se marie en 1935 avec la princesse Ingrid de Suède. Comme cette union n’à donné que des filles (Margrethe, Benedikte et Anne-Marie), il fait modifié la loi de succession en faisant du premier enfant né quelque soit son sexe l’héritier du trône.

En septembre 1948 suite à l’invasion allemande, il ordonne de résister «dans la mesure des moyens du pays» ce qui explique que le pays va résister quatre jours, ne capitulant que le 9.

Après avoir hésité il décide de s’exiler avec le gouvernement ce qui sur le moment lui sera beaucoup reproché au point qu’il envisagera une fois le pays libéré d’abdiquer en faveur de sa fille Margreth avant d’y renoncer sans que les motifs ne soient bien clairs.

Avec le temps ce choix fût mieux compris et mieux accepté par les danois et le roi Frédéric IX sans être immensément populaire fût respecté et sincèrement pleuré à sa mort en 1972.

Sa fille Margrethe II lui succéda à l’âge de trente deux ans et elle est toujours sur le trône en 2020. Marié à un prince français, elle à eu deux fils.

Les premiers ministres

Sous les règnes des trois rois précédemment nommés, les premiers ministres successifs sont en fonction :

-Niels Neergaard (1854-1936) est issu du parti Venstre Reform et est en poste du 12 octobre 1908 au 16 août 1909 et du 5 mai 1920 au 22 avril 1924.

-Ludvig Holstein-Ledreborg (1839-1912) est issu du parti Venstre Reform et est en fonction du 16 au 28 octobre 1909.

-Carl Theodor Zahle (1866-1946) est issu du parti social-libéral et est en fonction du 28 octobre 1909 au 5 juillet 1910 et du 21 juin 1913 au 30 mars 1920. Le 21 avril 1918, il est également ministre d’Etat (StaatMinister).

-Klaus Bernstein (1844-1927) issu du Venstre est en fonction du 5 juillet 1910 au 21 juin 1913.

-Otto Liebe (1880-1929) est un premier ministre indépendant en poste du 30 mars au 5 avril 1920.

-Michael Pedersen Friis (1857-1944) est un autre premier ministre indépendant en poste du 5 avril au 5 mai 1920.

-Thorvald Stauning (1873-1942) est un premier ministre social-démocrate en poste du 23 avril 1924 au 14 décembre 1926 et du 30 avril 1929 au 3 mai 1942…… .

-Thomas Madsen Mygdal (1876-1943) est un premier mnistre social-démocrate en poste du 14 décembre 1926 au 30 avril 1929.

-Vilhelm Buhl (1881-1954) est un premier ministre social-démocrate en poste du 4 mai 1942 au 29 août 1943 et du 15 septembre 1947 au 2 septembre 1954.

-Erick Scavenius (1877-1962) est un premier ministre indépendant en poste du 30 août 1943 au 14 septembre 1947.

Les grands événements politiques

La crise de Pâques

La crise de Pâques (Påskekrisen 1920) est une crise constitutionnelle qui frappa le pays au printemps 1920. Cette crise va aboutir à l’enracinement définitif du parlementarisme au Danemark, le roi de Danemark devenant un symbole davantage que le véritable détenteur du pouvoir.

Duchés

La cause immédiate de cette crise fût un conflit entre le roi et le cabinet à propos de la réunification du Danemark et du Schleswig, une ancienne possession danoise perdue au profit de la Prusse lors de la deuxième guerre du Schleswig.

La défaite allemande en 1918 et le traité de Versailles signé en 1919 est l’occasion rêvée de récupérer le pendant danois des «provinces perdues».

Selon le traité de Versailles, il était prévu deux plébiscites au Schleswig, un dans le nord du Schleswig et un autre dans la partie centrale mais aucun dans le sud où la population était majoritairement allemande et comme ce traité se faisait sur la base du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes il était impensable d’organiser un plébiscite qui aurait été une formalité.

Dans le nord du Schleswig 75% votèrent pour la réunification avec le Danemark contre 25% voulant rester sous autorité allemande. Dans la partie centrale, les résultats furent inversés avec 80% votant pour rester allemand et 20% voulant rejoindre le Danemark.

Le gouvernement danois alors dirigé par Carl Theodor Zahle estima que le nord du Schleswig pouvait être réuni à la «mère-patrie» danoise mais que le centre devait rester allemand ce que ne pouvaient accepter les nationalistes danois et le roi de Danemark qui demanda à son ministre d’Etat et premier ministre de prendre le contrôle des deux tiers du Schleswig.

Depuis 1901 dans la pratique le Danemark n’était plus simplement une monarchie constitutionnelle mais une monarchie parlementaire. Zahle refusa de suivre l’injonction royale et démissionna après une entrevue orageuse avec Christian X.

Christian X en profita pour démettre le reste du gouvernement et le remplacer par un cabinet conservateur sous l’autorité d’Otto Liebe.

Cette décision provoqua un tollé et une atmosphère quasi-révolutionnaire au point qu’on pu craindre pour l’avenir de la monarchie danoise. Des négociations s’ouvrirent alors entre le roi et des membres du parti social-démocrate.

Devant le risque de devoir abdiquer, le roi recula, démissionna son gouvernement et installa un gouvernement de compromis sous l’autorité de Michael Pedersen Friis pour expédier les affaires courantes jusqu’aux prochaines élections. C’est la dernière fois que le roi de Danemark tenta une action politique s’opposa aux volontés du parlement.

Partis politiques

Naturellement la vie politique danoise évolue entre le 19ème et le 20ème siècle. Pas étonnant donc que les partis naissent, se divisent, disparaissent puis renaissent sous une autre forme.

-En 1915, la Hojre qui couvre le segment conservateur de la vie politique danoise disparaît au profit d’un nouveau parti, le Parti Conservateur Populaire soit en version originale : Det Konservative Folkeparti (DKF).

Le DKF grandit sur les ruines de la Hojre mais n’est pas un simple décalque de la «Droite» puisqu’il intégré des conservateurs libéraux et une faction modérée du parti libéral Venstre. Le parti plus qu’un parti conservateur est davantage un parti de centre et de centre-droite.

En dépit de ses prestigieuses origines, le DKF resta toujours un parti d’appoint, un parti minoritaire dans une coalition, le parti atteignant son apogée en 1945 avec 31 sièges sur 149 et son pire score deux ans plus tard en 1947 avec seulement 17 sièges.

Membres du gouvernement d’unité nationale en exil en Grande-Bretagne, le DKF eut de bons résultats électoraux dans l’immédiat après guerre mais ne parvint jamais à devenir le pendant droitier du parti social-démocrate.

-En 1910, une nouvelle Venstre (gauche) voit le jour quand deux factions brouillées depuis 1895 parviennent à se retrouver sur une base commune. Ce parti va jouer un rôle majeur jusqu’au second conflit mondial mais va rapidement décliner à la fin des années cinquante en raison de la baisse du nombre d’agriculteurs et d’une urbanisation croissante, les jeunes générations peinant à se retrouver dans ce parti qui après une longue éclipse est redevenu un parti important dans les années quatre-vingt dix.

-Pour la période qui nous intéresse le parti dominant et le parti social-démocrate (Socialdemokraterne) qui va dominer la vie politique danoise jusqu’au début des années soixante-dix à l’exception bien entendu du second conflit mondial au cours duquel il bascule dans la clandestinité donnant de nombreux cadres et martyrs à une résistance danoise toujours plus remuante.

Il joue un rôle majeur dans la reconstruction du pays et dans l’adoption d’une nouvelle constitution en 1955. Après une éclipse durant les années soixante-dix et quatre-vingt, les sociaux-démocrates vont redevenir au premier plan au milieu des années quatre-vingt dix et sont toujours là aujourd’hui.

Schleswig du Nord

Comme nous l’avons vu à propos de la crise de Pâques, une partie de l’opinion et de la classe politique danoise n’avait jamais accepté la perte des duchés du Schleswig, du Holstein et du Lauenburg.

Si le Holstein et le Lauenburg étaient de vieilles terres allemandes et pouvaient être difficilement être considérées comme danoises, la situation du Schleswig était nettement plus confuse avec un dégradé ethnico-linguistique si je peux me permettre cette expression.

En gros plus on s’éloignait de la frontière danoise moins les danois étaient présents avec un nord majoritairement danois, un centre où la situation était mélangée et un sud où les allemands étaient largement majoritaires.

Voilà pourquoi le traité de Versailles planifia l’organisation de deux plébiscites, un dans la partie nord et un deuxième dans la partie centrale mais aucun dans la partie sud où les allemands étaient tellement majoritaires que cela aurait une perte de temps et un gaspillage d’argent et de moyens.

Les deux plébiscites vont être organisés selon la section XII articles 100 à 115 du Traité de Versailles (28 juin 1919) pour déterminer le tracé de la future frontière dano-allemande et plus généralement l’avenir du duché du Schleswig.

Pour surveiller ce processus une commission est mise en place avec des représentants de la France, de la Grande-Bretagne, de la Norvège et de la Suède. 400 soldats français furent déployés pour assurer la sécurité des plébiscites.

Les deux plébiscites sont organisés le 10 février et 14 mars 1920. Le nord vota pour son rattachement au Danemark alors que le centre vota à une très large majoritaire pour rester allemand, les deux régions formant respectivement la province du Jutland du Sud et le land du Schleswig-Holstein.

Le 10 février 1920 à donc lieu un plébiscite dans la zone I. 74.9% des votants soit 75431 suffrages exprimés votèrent pour devenir danois contre 25.1% (25329 suffrages) qui votèrent pour rester allemands. Sur les quatre villes majeures, trois d’entre-elles (Tonder, Udbjerg et Hojer) notamment celles situées à proximité de la zone II (partie centrale du Schleswig) votèrent pour rester allemands.

Le vote dans la partie centrale (zone II) eut lieu le 14 mars 1920. Les résultats furent tout aussi clairs que dans la zone I mais dans un sens inverse avec 80.2% (51742 suffrages) des votants souhaitant rester allemand contre 19.8% (12800 suffrages) voulant devenir danois. Comme les majorités danoises se trouvaient loin de la frontière, il devint évident que seule la zone I allait rejoindre le Danemark. Cela allait provoquer la crise de pâques de 1920.

Le 15 juin 1920, la Zone I est transféré au Danemark, devenant les districts du Jutland du Sud plus souvent appelés Jutland du Sud.

Cette frontière ne sera plus modifiée y compris durant l’occupation allemande, le Danemark devenant la Marche du Nord ou NordMark avec sa tête un haut-commissaire, le gouvernement collaborateur n’ayant qu’une apparence de pouvoir et étant considéré comme une marionnette au service des allemands.

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