Scandinavie (36) Danemark (7)

La politique intérieure (2) : miscellanées

Danemark

Partis politiques

Durant la période qui nous intéresse on trouve deux partis dominants ce qui tendrait à dire que le Danemark à adopté le bipartisme. En réalité c’est plus compliqué que cela, d’autres parties apparaissant et jouant un rôle important dans la vie politique danoise.


-Le premier parti est le Hojre, le parti conservateur créé dès 1848 à une époque où un peu partout en Europe les partis commencent timidement à se structurer. Cette première mouture du parti conservateur disparaît en 1866 pour ne renaître qu’en 1881. En 1915, la Hojre disparaît au profit du Parti Conservateur Populaire ou en version originale Det Konservative Folkeparti (DKF).

-Le deuxième grand parti est le pendant de gauche du parti conservateur à savoir la Venstre qui signifie simplement «Gauche» en danois. De son nom complet Venstre Danmark Liberale Parti, il est paradoxalement un parti libéral conservateur et non purement de gauche.

Comment expliquer un tel faux-ami ? C’est simple, au XIXème siècle la gauche est nettement plus centriste que de nos jours. A ce côté libéral conservateur s’ajoute une fibre agrarienne propre aux pays scandinaves.

Il est en effet créé en 1870 sous le nom de Det Forenede Venstre («La gauche unie») par des paysans opposés aux grands propriétaires terriens. Ils sont donc favorable à l’économie de marché et au libre-échange. Dès 1872 ce parti obtient la majorité absolue au parlement et va donc être en pointe dans le combat pour imposer aux rois danois le parlementarisme ce qui se révélera comme nous le verrons très long.

En 1895, le parti se scinde en deux entre les réformateurs qui se regroupent au sein du Venstre Reformpartiet et les modérés qui forment la Det Moderate Venstre.

Dix ans plus tard en 1905, les factions social-libérales quittent le parti pour fonder la Radikale Venstre. En 1910 les deux factions du schisme de 1895 se réunissent pour former une nouvelle Venstre.

-En 1871 est créé le parti social-démocrate. Le but de ses fondateurs est d’organiser une classe ouvrière naissante sur des bases socialistes et démocratiques.

Les deux premiers députés social-démocrate sont élus au Danemark en 1884 et quand nait le 20ème siècle le parti social-démocrate (Socialdemokraterne) devient le parti danois dominant, le restant jusqu’au début des années soixante-dix à l’exception bien entendu du second conflit mondial au cours duquel il bascule dans la clandestinité donnant de nombreux cadres et martyrs à une résistance danoise toujours plus remuante.

-D’autres partis font une apparition plus ou moins longue comme le parti national-libéral (De Nationalliberale) de 1842 à 1882 ou encore la Société des Amis des Paysans (Bondevennernes Selskab) de 1846 à 1872.

Le parti national-libéral est considéré comme le premier parti danois. Si on peut dater sa fondation à 1842 sa maturation est plus graduelle avec le regroupement progressif de toutes les opposants à la monarchie absolue en vigueur au Danemark depuis 1660. Il recrute principalement chez les marchands, les industriels, les étudiants, les académiciens.

Favorable à un gouvernement constitutionnel et une économie libérale, partisan d’une attitude ferme vis à vis des allemands sur la question des duchés, il joue un rôle primordial dans la mise en place da constitution de 1849.

Après une période dans l’opposition (1849-1854), il occupe une place majeure de 1854 à 1864 (aux élections de 1854 et 1855 il était le chiffre record de 78 sièges du 101), la défaite danoise dans la deuxième guerre du Schleswig lui étant fatale. Il décline progressivement même si il est toujours au pouvoir formant une coalition avec la Hojre (1866-1875). Il disparaît en 1882.

La Société des Amis des Paysans est fondée le 5 mai 1846 comme un parti libéral (dans le sens du 19ème siècle) destiné à promouvoir l’émancipation de la paysannerie et plus généralement l’égalité de l’ensemble des classes de la société. Son influence est rapidement importante car les paysans sont les seuls à être politiquement organisés. Voilà pourquoi il dispute au parti national-libéral le titre de plus ancien parti politique danois.

Allié au parti national-libéral, il impose une conscription touchant l’ensemble de la population, un système bicaméral que le Bondevennerne Selskab aurait vu égalitaire mais les nationaux-libéraux et les conservateurs ont voulu maintenir une chambre à accès restreint (suffrage indirect et nominations par le roi). A son apogée le parti pouvait revendiquer 10000 membres mais le déclin arriva aussi vite que l’apogée. Jamais officiellement dissous, il à néanmoins intégré Det Forenede Venstre en 1872.

Premiers ministres

Dans cette catégorie nous allons présenter brièvement _tout est relatif_ les premiers ministres en poste de 1848 à 1906 soit de la mise en place effective de ce poste à la mort de Christian IX en 1906 après un règne interminable de plus de quarante ans.

Les chefs de gouvernement danois portent le titre de premier ministre de 1848 à 1855 puis de président du conseil de 1855 à 1918 et depuis de ministre d’Etat même si le terme de premier ministre est couramment utilisé. Successivement on trouve donc les responsables suivants :

-Adam Wilhelm Moltke (1785-1864) premier ministre indépendant du 22 mars 1848 au 27 janvier 1852 (quatre gouvernements successifs). Il contresigne la constitution du 5 juin 1849. Modéré rassembleur, il est à la tête d’un cabinet mêlant libéraux et conservateurs mais peu à peu son tropisme conservateur prend le dessus à la fois en raison du départ des libéraux et des pressions des puissances étrangères.

-Christian Albrecht Bluhme (1794-1866) premier ministre indépendant du 27 janvier 1852 au 21 avril 1853.

-Anders Sandoe Orsted (1776-1860), premier ministre indépendant (ou Hojre selon les sources) en poste du 21 avril 1853 au 12 décembre 1854. Il doit démissionner car il se rend impopulaire par son conservatisme. Il est accusé en 1855 de violer la constitution mais il est acquitté. Considéré comme le plus important juriste danois du 19ème siècle, parvenant à concilier pratique et jurisprudence.

-Peter Georg Bang (1797-1861), premier ministre indépendant du 12 décembre 1854 au 12 octobre 1855. Il est dans la foulée président du conseil du 12 octobre 1855 au 18 octobre 1866.

-Carl Christoffer Georg Andrae (1812-1893), président du conseil du 18 octobre 1856 au 13 mai 1857. Exception confirmant la règle, il n’est pas juriste mais mathématicien. Esprit indépendant, son épouse Hansine Pouline Schack est une pionnière du féminisme danois.

-Carl Christian Hall (1812-1888), président du conseil national-libéral à deux reprises, la première fois du 13 mai 1857 au 2 décembre 1859 et du 24 février 1860 au 31 décembre 1863. Il est à l’origine lointaine du parti national-libéral. Dans la lancinante question des duchés il est favorable à la négociation, bien conscient qu’une guerre serait forcément perdante pour le Danemark.

-Carl Edvard Rotwitt (1812-1860) président du conseil du Bondevennernes Selskab du 2 décembre 1859 au 8 février 1860, date de sa mort.

-Carl Frederick Blixen-Finecke (1822-1873), président du conseil indépendant du 8 au 24 février 1860.

-Ditlev Gothard Monrad (1811-1887), président du conseil national-libéral du 31 décembre 1863 au 11 juillet 1864. Parcours atypique puisqu’il est évêque et politicien. Dirigeant le pays durant la deuxième guerre du Schleswig, il démissionne et part en Nouvelle-Zélande où il participe à la colonisation du pays. Il rentre terminer sa vie au Danemark.

-Christian Albrecht Bluhme (1794-1866), président du conseil non-partisan du 11 juillet 1864 au 6 novembre 1865.

-Christian Emil Frijs (1817-1896), président du conseil conservateur du 6 novembre 1865 au 28 mai 1870. Premier président du conseil issu du Hojre, il néfocie en 1870 la neutralité danoise dans la guerre franco-allemande qui s’annonce.

-Ludvig Holstein-Holsteinborg (1815-1892), président du conseil à la tête d’une coalition centriste au pouvoir du 28 mai 1870 au 14 juillet 1874.

-Christian Andreas Fonnesbech (1817-1880), président du conseil conservateur en place du 14 juillet 1874 au 11 juin 1875.

-Jacob Bronnun Scavenius-Estrup (1825-1913), président du conseil conservateur au pouvoir du 11 juin 1875 au 7 août 1894 soit plus de dix-neuf ans ! Il est d’ailleurs considéré à l’époque comme un quasi-dictateur et bénéficie de la confiance absolue du roi qui le maintien contre vents et marées.

En 1884, il perd les élections mais refuse de démissionner car rien dans les textes n’oblige le roi à nommé président du conseil un homme bénéficiant de la confiance de l’assemblée. Il contourne la question budgétaire en choisissant des lois de finance provisoire.

Le 21 octobre 1885 il fait l’objet d’une tentative d’assassinat et en profite pour passer une série de lois restreignant les libertés individuelles. En 1894, la Venstre et l’Hojre s’associent pour voter une loi de finance et Scavenius-Estrup démissionne.

-Tage Reedtz-Thott (1839-1923) président du conseil (Hojre) au pouvoir du 7 août 1894 au 23 mai 1897.

-Hugo Egmont Horring (1842-19069), président du conseil (Hojre) en fonction du 23 mai 1897 au 27 avril 1900.

-Hannibal Schested (1842-1924), président du conseil (Hojre) en fonction du 27 avril 1900 au 24 juillet 1901. Dernier président du conseil imposé par le roi sans le soutien du parlement, 1901 voyant le triomphe du parlementarisme même si il y aura parfois des tentatives royales de contourner le parlement.

-Johann Henrik Deuntzer (1845-1918), président du conseil (Venstre Reformpartiet) en fonction du 24 juillet 1901 au 14 janvier 1905.

-Jens Christian Christense (1856-1930), président du conseil (Venstre Reformpartiet) en fonction du 14 janvier 1905 au 24 juillet 1908. Fondateur du Venstre Reformpartiet, il joue un rôle clé dans la victoire du parlementarisme en 1901. Il met en place des allocations chômage en 1907 et tombe suite à un scandale financier en 1908. Il termine sa vie en militant pour la mise en valeur agricole du Jutland.

La politique extérieure (1) : la question des duchés

Duchés

Au 19ème siècle le sujet majeur de la politique étrangère danoise est la question lancinante des duchés à savoir le Schleswig et le Holstein, des territoires disputés entre le Danemark et l’«Allemagne» (je met Allemagne entre parenthèses parce qu’à l’époque l’Allemagne est pour reprendre l’expression du chancelier Metternich à propos de l’Italie une «expression géographique»).

C’est une question d’une grande complexité ce qui permit au ministre des affaires étrangères Lord Palmerston de faire ce bon mot «Seulement trois personnes ont compris la question des duchés : le prince consort _Albert de Saxe-Cobourg-Gotha époux de la reine Victoria_ qui est mort, un professeur allemand qui est devenu fou et moi-même qui à tout oublié».

Outre des querelles dynastiques et politiques, cette question va générer deux conflits, les deux guerres des duchés, la première de 1848 à 1852 et la seconde en 1864.

Le Schleswig était une partie du Danemark à l’époque des Vikings, devenant un duché danois au 12ème siècle et régulièrement Copenhague tenta d’intégrer le duché au royaume.

Le 27 mars 1848, le roi Frédéric VII de Danemark annonce aux habitants du Schleswig la promulgation d’une constitution libérale qui intégrait le duché au royaume tout en préservant son autonomie et ses particularités.

Si cela convenait aux danois habitants le duché, la majorité germanophone peuplant le Schleswig et le Holstein étaient résolument contre, voulant leur indépendant et étant soutenus en cela par la Confédération Germanique.

Ce soutien était politique, diplomatique et militaire avec l’intervention de la Prusse, provoquant la première guerre du Schleswig (1848-1852).

Du 24 mars 1848 au 8 mai 1852, le Danemark aidé de volontaires venu du royaume de Suède-Norvège s’opposa à la Confédération Germanique, la majeure partie des troupes venant des duchés disputés, de la Prusse et de la Saxe.

Le conflit commença par la prise de la forteresse de Rendsburg par le 5ème corps de fusiliers lauenbourgeois et des étudiants de Kiel sous l’autorité du prince Frédérik Noer, un prince schleswig-holsteinien.

La garnison se rallia en grande majorité aux assaillants et prêta serment d’allégeance au gouvernement provisoire qui réclamait que le Schleswig-Holstein devienne un état souverain intégrant la confédération germanique mais qui n’excluait pas non plus une union formelle au royaume de Danemark (NdA vous avez dit compliqué ?). Les soldats danois qui refusaient purent rentrer au pays mais à condition de faire le serment de ne pas combattre contre le Schleswig-Holstein dans la guerre à venir.

Voulant éviter de se faire voler la victoire par les prussiens et les autrichiens, les troupes des deux duchés passent à l’attaque le 31 mars en occupant Flensburg mais devant le débarquement d’un nombre équivalent de soldats danois à l’est de la ville (7000), le général Khron ordonna la retraite mais pas assez rapidement pour éviter une bataille rangée qui se conclua le 9 avril par une victoire danoise (bataille de Bov).

Quelques jours plus tard les prussiens et d’autres troupes allemandes (notamment saxonnes) interviennent au nom de la confédération germanique. Plusieurs batailles ont lieu, certaines remportées par les prusso-allemands et d’autres par les danois. En clair le conflit est indécis.

On peut se demander comment des troupes d’un roi réactionnaire comme Frédéric Guillaume IV se trouvaient aux côtés de révolutionnaires. C’est bien simple il ne le voulait pas mais le général von Wrangel à la tête de ses troupes se considérait comme sous l’autorité de la diète de Francfort et non du roi de Prusse.

Les autres puissances européennes sont partagées sur l’idée d’intervenir et se contentent de belles paroles. La Prusse signe une convention le 26 août 1848 acceptant la proposition danoise de laisser le Holstein majoritairement germanophone au sein de la confédération germanique et d’intégrer le Schleswig au royaume de Danemark avec un statut d’autonomie.

Cette convention n’est en réalité qu’une trève et à son expiration le 23 février 1849 la guerre peut reprendre d’un instant à l’autre. C’est le cas le 3 avril avec l’engagement non des prussiens mais des saxons aux côté des schleswig-holsteiniens face aux danois.

Comme durant la première phase, les batailles étaient indécises avec des victoires allemandes et des victoires danoises. Une nouvelle trève est signée le 10 avril mais les principales interrogations sont toujours là.

En avril 1850 la Prusse proposa une paix définitive basée sur un retour au status quo ante bellum et une remise à plus tard du règlement des questions lancinantes. Cette idée ne plut à personne et notamment aux puissances étrangères comme la Russie qui menaçait d’intervenir pour mettre fin à la guerre. La Prusse songea même à s’allier avec la France de Napoléon III, le neveu de celui que les anglais appelaient «l’ogre corse» et que les prussiens aimaient passionnément cela va sans dire.

Les combats continuent pendant les négociations ce qui à toujours été courant dans l’histoire du conflit, les parties engagées voulant avoir le plus d’atouts possible dans leur jeu. Le 2 août un protocole est signé entre la Grande-Bretagne, la France, la Russie, la Suède et l’Autriche qui autorise le principe d’une monarchie danoise restaurée dans son intégrité.

Le 8 mai 1851 après bien des péripéties le protocole de Londres est signé qui est ratifié par les principales puissances germaniques que sont l’Autriche et la Prusse. Il est aussi signé par la France, la Russie, la Grande-Bretagne, le Danemark et la Suède.

Le protocole confirme l’intégrité du Danemark, les duchés du Schleswig (un fief danois), du Holstein et du Lauenburg (états souverains de la confédération germanique) acceptaient une union personnelle avec le roi du Danemark.

Cet accord est rejeté par la diète allemande notamment sur la question des lois de succession des duchés alors que Frédéric VII allait non seulement mourir sans héritier légitime et qui plus est allait laissé sa place à une nouvelle dynastie. Pour elle c’est la loi de 1650 qui était toujours valable. Cela n’empêcha pas la première guerre du Schleswig de se terminer par une victoire danoise mais cela ne résolvait rien et laissait les principaux problèmes en suspens.

En clair quel était le statut exact de ces territoires. Ce n’était ni clair pour le Schleswig (considéré soit comme une partie intégrante du royaume de Danemark ou comme un état associé depuis des siècles) et encore moins le Holstein qui était un fief du Saint Empire Romain Germanique jusqu’en 1806 puis intégré à la Confédération Germanique avec le roi de Danemark comme duc de Holstein (et on sait que nombre de souverains ne faisaient pas de différences entre les possessions personnelles et le reste).

Comme souvent les statu-quo sont réglés par la force et par la guerre. La question des duchés ne va pas échapper à la règle.

C’est ainsi que presque quinze après la première à lieu du 1er février au 30 octobre 1864 la deuxième guerre du Schleswig qui oppose le Danemark et des volontaires islandais (Islande partie intégrante du Danemark), suédois et norvégiens contre la Prusse et l’Autriche.

Cette guerre est clairement une guerre du faible (Danemark) au fort (Prusse et Autriche). Cela est visible ne serais-ce que dans les effectifs engagés avec au début de la guerre 61000 hommes et 158 canons côté austro-prussien et 38000 hommes avec une centaine de pièces d’artillerie côté danois.

Ce conflit débute le 1er février 1864 quand les forces prussiennes et autrichiennes franchissent la frontière du Schleswig. Le cassus belli est l’adoption par le Danemark le 18 novembre 1863 d’une nouvelle constitution qui faisait du Schleswig une partie intégrante du royaume en violation du protocole du Londres. La guerre se termina bien plus rapidement que la première en l’occurrence le 30 octobre 1864 avec la signature du traité de Vienne qui vit le Danemark perde les trois duchés à l’exception de l’île de Aero qui restait danoise.

Le contexte pour intervenir est nettement plus favorable puisque la Prusse se sent plus forte et que les puissances étrangères ne sont guères enclines à intervenir. De leur côté les danois ne peuvent admettre que le Schleswig ne soit plus danois car il est considéré comme le berceau du pays et de sa civilisation. Les deux camps se jettèrent mutuellement au visage l’épithète d’agresseur.

Dès le 24 novembre 1863 des troupes saxonnes et hanovriennes marchent dans le Holstein au nom de la Confédération, aidant le duc de Schleswig-Holstein Frédérick VIII qui disposait de quelques troupes.

Jusqu’en janvier 1864, les deux armées se font face de part et d’autre de la rivière Eider (les danois sur la rive nord, les allemands sur la rive sud). Cela n’aurait de toute façon pas changé grande chose puisque les rivières et autres plans d’eau étaient gêlés et donc facilement franchissables.

Le chancelier Bismarck qui avait besoin de retrouver du tonus après une crise constitutionnelle en 1862 vit dans ce conflit la possibilité de restaurer son autorité. Après s’être entendu avec l’Autriche, il décida le 14 janvier 1864 de s’occuper du cas danois sans en aviser la confédération germanique qui même si elle l’avait voulu n’aurait pu s’opposer militairement à la Prusse et à l’Autriche.

Un ultimatum est envoyé à Copenhague le 16 janvier 1864 réclamant l’abolition de la constitution de novembre 1863 sous 48h ce qui était clairement un prétexte plus qu’une véritable demande et sans surprise le gouvernement danois rejette cet ultimatum. La guerre est désormais inévitable.

guerre de 1864

L’armée danoise aligne environ 38000 hommes regroupés en quatre divisions, l’armée prussienne 37 bataillons d’infanterie, 29 escadrons de cavalerie et 110 canons soit environ 38400 hommes alors que l’armée autrichienne aligne 20 bataillons d’infanterie, dix escadrons de cavalerie et 48 canons soit environ 23000 hommes. Des renforts vont porter les effectifs prussiens à 174 canons et 58400 hommes.

Les troupes austro-prussiennes franchissent la frontière du Schleswig le 1er février 1864, les autrichiens attaquant frontalement la ligne fortifiée danoise (dannevirke) pendant que les prussiens attaquaient d’autres fortifications situées à Mysunde.

Les combats sont âpres et violents qui plus est menés dans des conditions météos dantesques avec une tempête de neige et des températures négatives (-10°).

Après quatre jours de combat le 5 février, les danois se replient sur Flensburg en laissant sur place beaucoup de matériel et de l’artillerie lourde. Heureusement pour eux ce n’est que plusieurs heures plus tard que les austro-prussiennes découvrent la retraite ce qui évite que la retraite tourne à la déroute.

Dans l’ensemble les prussiens se montrent plus à leur avantage que les autrichiens nettement plus en difficulté (nous sommes moins de deux ans avant Sadowa). Les danois firent ce qu’ils purent mais furent très vite débordés, les rares succès étant très tactiques et très temporaires.

Le 18 février 1864 des hussards prussiens franchirent la frontière danoise et occupèrent la ville de Kolding alors qu’une invasion du Danemark n’était absolument pas envisagée ni même envisageable. Nul doute qu’une invasion prusso-autrichienne du Danemark aurait poussé l’Angleterre à intervenir diplomatiquement voir militairement.

Et pourtant si les autrichiens s’arrêtent à la frontière danoise, les prussiens poursuivent au Danemark s’emparant également de Vejle et attaquent le 22 février 1864 les troupes danoises à Dybbøl. Finalement Vienne envahit à son tour le Danemark (8 mars 1864).

En mer en revanche la marine danoise parvient à repousser une tentative prussienne de briser le blocus du Schleswig et du Holstein.

Une conférence se réunit à Londres du 25 avril au 25 juin 1864. Un cessez le feu est ordonné le 12 mai mais comme souvent il est immédiatement brisé par les belligérants. Les danois se battent courageusement mais leur infériorité militaire est trop évidente.

Le 25 juin, Vienne et Berlin parviennent à un accord qui prévoit que le Danemark perdra tout droit sur les duchés. Le même jour la conférence de Londres se termine sur un échec. Le dernier engagement majeur de la guerre à lieu à la fin du mois de juin mais le combat ne vont pas cessez avant le mois d’octobre.

Les préliminaires de paix sont signés le 1er août 1864. le roi du Danemark renonce à ses droits sur les duchés en faveur de l’empereur d’Autriche et du roi de Prusse. Les préliminaires de paix sont confirmés par le traité de Vienne signé le 30 octobre 1864 et qui met donc fin officiellement à la deuxième guerre du Schleswig.

Le Danemark cède le Schleswig, le Holstein, le Lauenburg mais aussi des enclaves dans l’ouest du Schleswig qui appartenaient au Danemark stricto sensu. Seule l’île d’Aero est conservé par Copenhague tout comme la ville de Rib et ses alentours ainsi que huit paroisses au sud de Kolding.

Cela représentait pour la monarchie danoise la perte de 40% de son territoire et d’un million d’habitants. La frontière danoise recule ainsi de 250km.

Ce conflit à montré les divergences entre la Prusse et l’Autriche. L’efficacité de l’armée prussienne n’à échappé à personne sauf peut être aux autrichiens qui dix-huit mois plus tard allaient payer le prix fort à Sadowa. Cela tranchera définitivement la question de l’unité allemande qui allait se faire autour de la Prusse et autour de personne d’autre.

Le 14 août 1865, la convention de Gastein confie à l’Autriche et à la Prusse l’administration du Schleswig et du Holstein. Christian IX propose un temps d’intégrer le Danemark à la Confédération Germanique histoire de conserver le contrôle des duchés mais cette proposition est rejetée par Bismarck.

La paix de Prague en 1866 confirme la cession des deux duchés mais prévoit un plébiscite pour permettre au Schleswig de rejoindre éventuellement le Danemark mais ce plébiscite ne sera jamais appliqué et abrogé par une résolution de 1878.

En 1920 comme nous le verrons un double plébiscite organisé sous contrôle allié permettra au Schleswig du Nord de rallier le Danemark. Cela n’à pas changé depuis même si au moment du démantèlement de l’Allemagne et de la formation des Nouveaux Pays Allemands certains danois caressèrent l’idée de récupérer les duchés que certains considéraient comme les «provinces perdues» du Danemark.

La politique extérieure (2) : colonies et territoires d’outre-mer

Ce fait est assez peu connu mais le Danemark à possédé des colonies outre-mer. En fait j’exagère, on connait le Groenland, l’Islande et les îles Feroés mais peu de gens connaissent les colonies africaines, américaines et asiatiques du Danemark.

La raison est simple : elles ont une brève existence et il s’agissait davantage de comptoirs commerciaux que de colonies de peuplement ou d’exploitation de ressources.

Les premières colonies apparaissent en 1536 et l’expansion s’accélère au 17ème siècle après des pertes de territoires européens notamment sur l’actuel territoire du royaume de Suède.

Des comptoirs et des forts sont aménagés en Afrique de l’Ouest, dans les Caraïbes et dans le sous-continent indien. Après 1814 quand la Suède est cédée à la Norvège, le Danemark conserve les territoires outre-mer de la Norvège à savoir l’Islande, le Groenland et les îles Feroés.

La première colonie danoise est implantée par Christian IV à Tranquebar (côte méridionale de l’Inde) en 1620.

Aujourd’hui il ne reste de cet empire que le Groenland et les îles Feroés qui sont des territoires autonomes depuis 1955 et la promulgation d’une nouvelle constitution.

Actuellement (2020), le Danemark ne gère plus que la défense et les relations diplomatiques de ces territoires. L’Islande elle est devenue indépendante en 1953 même si depuis 1948 et l’occupation du Danemark, le territoire était occupé par la Grande-Bretagne et le Canada.

En Afrique le Danemark installe des comptoirs et des forts le long de la côte de l’or ou Gold Coast dans ce qui correspond aujourd’hui au Ghana.

On trouve Fort Frederiksborg (1659-1685) près de Kpompo et Osu Castle près d’Accra en 1661, des comptoirs rachetés à la Suède et un comptoir construit par les danois eux-même en l’occurence Frederiksberg. (1659-1685) Les forts sont fort Prinsensten construit en 1784, fort Augustaborg en 1787, Fort Fredensborg à Ningo (1734) et Kongensten à Ada (1784).

Seuls deux ont survécu, Osu Castle et Christianborg Castle qui sont des résidences officielles des présidents ghanéens. Des plantations sont créées à Frederiksborg mais elles vont échouer. Les forts danois ont été vendus à la Grande-Bretagne en 1850.

En Amérique, on trouve naturellement le Groenland qui était d’abord une possession norvégienne (872-1397) puis dano-norvégienne d’abord via l’Union de Kalmar puis à partir de 1527 sous l’autorité du royaume de Danemark-Norvège.

En 1814, la Norvège est rattachée à la Suède via une union personnelle mais le Groenland reste une possession danoise et l’est toujours actuellement même si graduellement le territoire est devenu autonome avec des pouvoirs toujours plus étendus.

Depuis la fin des années cinquante les américains ont déployé d’importants moyens militaires pour se protéger d’une attaque soviétique. La guerre froide terminée, les américains ont réduit la voilure mais sont toujours présents sur la grande île.

En 2020 le Groenland se gère seul à l’exception de la défense (assurée par les américains et les danois) et des affaires étrangères (gérées par Copenhague). A plusieurs reprises l’ancienne terre verte (Groenland est une déformation de Greenland) à fait preuve de velléités d’indépendance mais n’est jamais allée au bout de ses ambitions.

En 1671, le royaume de Danemark-Norvège s’empare de l’île de Saint Thomas suivit en 1718 de l’île de Saint John avant d’achever St.Croix à la France en 1733. Ces îles étaient des îles à sucre et tiraient leurs richesses de plantations où travaillaient de nombreux esclaves. Ces îles forment les Antilles Danoises ou en anglais Danish West Indies voir en danois Dansk Vestindien. Ces îles ont été vendues aux Etats-Unis en 1917 pour 25 millions de dollars de l’époque, devenant les Iles Vierges Américaines.

En Asie on trouve quelques comptoirs de taille modeste uniquement pour le commerce. La plus ancienne et la plus durable est celle de Tranquebar (aujourd’hui Tharangambadi) qui fût sous contrôle danois pendant plus de 200 ans jusqu’en 1845 quand elle est vendue à la Grande-Bretagne.

En 1755, le Danemark achète Frederiksnagore (aujourd’hui Serampore) et plus tard les villes de Achhne et de Pirapur, ces villes se trouvant à environ 25km au nord de Calcutta. Il y eu également des tentatives de colonisation dans les îles Nicobar avec les comptoirs de Frederiksøerne et de Ny Danmark entre 1754 et 1868.

On trouve également les îles Feroés qui intègrent le royaume de Norvège en 1035. En 1814 quand la Norvège s’unit contrainte et forcée à la Suède, les îles Feroés restent danoises. En 1955, les îles obtiennent un statut de large autonomie comparable à celui du Groenland.

L’Islande était aussi pour le Danemark un héritage norvégien. Face à la montée du nationalisme islandais, le Danemark offre le Home Rule en 1874, statut étendu encore en 1904. En 1918, l’Islande devient un royaume souverain unit au Danemark par une union personnelle.

Le 17 juin 1953 après un référendum, l’Islande est devenue indépendante même si depuis 1949 l’île était occupée par les britanniques et les canadiens pour éviter que les allemands ne l’utilise comme base pour leurs avions et leurs sous-marins.

Aux 13ème et 14ème siècles le Danemark dirigea une partie de ce qu’on appele aujourd’hui l’Estonie. La colonie est appelée initiallement le duché d’Estonie (Hertugdømmet Estland) et connu finalement par l’histoire sous le nom d’Estonie danoise.

En 1559 l’évêque de Courlande et d’Ösel-Wiek Johannes V de Münchhausen vend ses terres au roi Frédéric II de Danemark pour 30000 thalers. Le roi de Danemark donne ce territoire à son jeune frère, le duc Magnus de Holstein.

A la mort de ce dernier en 1583 le condominium polono-lituanien envahit ses territoires et le roi Frédéric II décide de vendre ses droits à la monarchie polono-lituanienne. En 1645, Saaremaa est cédée par le Danemark à la Suède suite au traité de Brömsebro.

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