Benelux (54) Belgique (15)

1918-1948, trente ans d’évolution

Après une telle expérience, les leçons du conflit ont-elles été tirées ? Pas vraiment mais la Belgique n’est pas isolée.

L’utilisation des chars et de l’aviation qui redonne ses lettres de noblesse à la guerre de mouvement n’à visiblement pas marqué les autorités belges qui pensent la guerre défensive pré-1914 encore possible.

C’est ainsi que les chars vont être rattachés à l’infanterie encore que chars il faut le dire vite car en septembre 1939, les fameux chars sont des cercueils roulant lents et mal protégés. La situation allait s’améliorer durant la Pax Armada mais le progrès ne fût pas non plus extraordinaire.

C’est comme si le premier conflit mondial n’avait pas eu lieu, on renforce les fortifications de Liège et d’Anvers qui avaient pourtant montré leurs limites face à l’artillerie lourde. On néglige la motorisation, la mécanisation, l’artillerie antichar et antiaérienne.

«Heureusement que la guerre de Pologne n’à pas dégénéré en conflit majeur car sinon notre armée aurait eu bien du mal à faire face» dira un historien belge.

En septembre 1939, le roi Léopold III obtient la mobilisation générale de l’armée mais cette mobilisation se révèle difficile et chaotique au point que quand la guerre de Pologne se termine, la mobilisation est loin d’être terminée.

Comme pour l’armée néerlandaise, la Pax Armada est l’occasion de moderniser l’armée. Tout comme son homologue du nord, toutes les carences ne seront pas effacées mais la situation en septembre 1948 est nettement meilleure qu’en septembre 1939.

En 1936, Léopold III et son gouvernement craignant d’être entraîné dans un conflit franco-allemand avait décidé de revenir à la neutralité d’avant 1914. La Belgique renonce au traité franco-belge de 1920, une alliance défensive et offensive qui explique par exemple pourquoi les ouvrages puissants de la Ligne Maginot s’arrêtaient dans les Ardennes.

Durant la Pax Armada, les relations franco-belges sur le plan militaire oscillent entre la pleine et saine coopération et une véritable méfiance, Bruxelles ne voulant que son territoire serve de terrain de manœuvre aux allemands et aux alliés franco-britanniques.

QF 3.7 inch AA gun 7

Sur le plan de l’équipement, l’effort est surtout porté sur l’artillerie avec par exemple l’acquisition de canons de 40mm Bofors et de canons de 90mm Schneider modèle 1939 (ces derniers complétant les canons de 94mm Vickers acquis dans les années trente) ou sur les chars, les «chars» belges étant remplacés par soixante-quatre Renault R-40 et quatre-vingt seize T-17, une évolution belge du R-40 avec une suspension Christie et un canon de 47mm belge plus performant.

Renault R-40

Char léger modèle 1940R dit Renault R-40

L’armée belge va être elle aussi marquée par la question linguistique, question qui va rester lancinante jusqu’à l’entrée en guerre de la Belgique en mai 1949. On ira jusqu’à créer en 1938 des régiments wallons et flamands dont le comportement variera beaucoup durant la campagne de Belgique du printemps 1949.

Cette politique de séparations linguistique ne sera pas strictement appliquée durant la Pax Armada notamment en raison de l’opposition du roi Léopold III qui refusait disait-il d’être le fossoyeur de la Belgique, comprenant que mettre le doigt dans cet engrenage linguistique risquait de fragiliser l’armée avec des conséquences terribles en cas d’invasion du pays.

D’ailleurs au combat, il n’y aura pas de règle tangible avec des régiments wallons combattant de manière énergique et héroïque et des régiments flamands refusant de mourir pour la Belgique. Cela dépendra de beaucoup de facteurs, le facteur linguistique n’étant qu’un facteur parmi d’autres.

Contrairement à 1914, un plan stratégique est établit. Elle prévoit une défense totale du territoire en s’appuyant certes sur les places fortifiées mais en tentant d’établir une capacité de contre-attaque, le regroupement des deux divisions de cavalerie dans un corps de cavalerie, corps conservé en arrière du front étant symptomatique de cette volonté de ne pas s’enliser dans une défensive stérile.

Il s’agit de gagner du temps pour permettre l’intervention des troupes alliées et former avec eux une puissance force de main d’oeuvre pour stopper les allemands puis rejeter ces derniers outre-Rhin.

L’Armée Belge dans le second conflit mondial

Mobilisation

Le 5 septembre 1948, l’Allemagne attaque le Danemark et la Norvège. C’est le début du second conflit mondial, un conflit de presque six années, conflit qui allait se terminer par la défaite de l’Allemagne et son démantèlement.

Si Paris et Londres déclarent la guerre à Berlin dès le 5, la Belgique tout comme le Luxembourg et les Pays-Bas préfèrent réaffirmer leur neutralité mais signe des temps, Bruxelles qui la réaffirme le 7 septembre se montre outre à une éventuelle alliance.

Es-ce du pragmatisme ? Plutôt un profond réalisme car nombre de belges savent que si (ou plutôt quand) les allemands attaqueront à l’ouest, ils éviteront une attaque frontale de la ligne Maginot et préféreront un contournement par les plains du Benelux.

D’ailleurs un autre indice est l’attitude du gouvernement belge face aux travaux de fortifications menés à la frontière franco-belge par Paris. Ces travaux ont été peu appréciés mais cela n’à pas vraiment chagriné Paris qui rappela que c’est la Belgique qui avait commencé en choisissant en 1936 la neutralité.

On ne va cependant pas jusqu’à la rupture complète, Paris à besoin de la Belgique comme zone de combat et Bruxelles à besoin des alliés pour repousser une invasion allemande.

C’est ainsi qu’au printemps 1948, le général Villeneuve rencontre en toute discrétion le général Denis, futur adjoint au commandant en chef, le roi Léopold III. Il demande que les Ardennes qui devaient être abandonnées à l’ennemi après de nombreuses destructions soient tenues le plus longtemps possible, promettant le renfort d’une division d’infanterie et d’unités montées et/ou motorisées.

A ceux qui lui dise que les Ardennes sont infranchissables, il répond que dans l’histoire militaire, les plus grandes défaites ont été causées par ce genre de suffisance et qu’il vaut mieux éviter de tenter le diable.

Les belges acceptent et les chasseurs ardennais vont ainsi former un corps d’armée destiné à une défense ferme, corps d’armée qui doit prendre sous son commandement les unités françaises ce qui est un signe de confiance évident.

En même temps que la déclaration de neutralité, la Belgique ordonne la mobilisation générale. Les hommes rallient leurs régiments (sans incidents notables), les véhicules sont réquisitionnés pendant que des commandes massives sont passées à l’industrie belge mais aussi à l’industrie américaine.

Aux frontières, les troupes de forteresses et les garde-frontières prennent immédiatement position pour éviter une attaque surprise de Berlin. On ne pense pas à une invasion en bonne et due forme mais plutôt une prise de gages, des territoires qui auraient été soient échangés contre une alliance ou qui auraient pu et du servir comme bases de départ.

La mobilisation est terminée à la fin octobre 1948, l’armée belge se sent prêt à repousser une invasion allemande. À l’automne 1948 et à l’hiver 1948-49, il y à des incidents terrestres et aériens entre la Belgique et l’Allemagne.

Il y à des combats entre patrouilles, un échange de tirs d’artillerie et même des combats aériens où l’Aéronautique Militaire montre que la Luftwaffe devra s’employer en cas d’offensive majeure.

L’armée de terre belge aligne vingt-deux divisions, vingt-deux Grandes Unités (GU). On trouve le 1er Corps d’Armée des Ardennes qui dispose de deux divisions de chasseurs ardennais, deux divisions d’infanterie, des divisions d’infanterie légère destinées à défendre le massif Ardennais.

On trouve ensuite sept corps d’armées (2ème au 8ème Corps d’Armée) à deux divisions d’infanterie, ces corps d’armée défendant le pays en s’appuyant sur les fortifications frontalières.

Du nord au sud, on trouve le 2ème Corps d’Armée (4ème et 7ème DI), le 4ème Corps d’Armée (2ème et 3ème DI), le 5ème CA (12ème et 15ème DI), le 7ème CA (5ème et 10ème DI), le 3ème CA (9ème et 11ème DI), le 8ème CA (6ème et 8ème DI) et enfin le 6ème CA (13ème et 17ème DI).

A cela s’ajoute quatre divisions d’infanterie (1ère,14ème, 16ème et 18ème DI) qui forment une Réserve Stratégique en compagnie du Corps de Cavalerie qui dispose de deux divisions de cavalerie, des divisions dites «pétrole-picotin» avec des unités montées et des unités mécanisées (chars et autos blindées).

C’est la guerre !

A 04.45, le 10 mai 1949, les allemands attaquent. L’artillerie ouvre le feu sur l’ensemble du front belgo-néerlandais tandis qu’à l’aube l’aviation allemande se rue sur tous les aérodromes belges, néerlandais et français. D’autres cibles sont également visées comme les postes de commandement et les gardes de triage.

Les troupes allemandes ne tardent pas à attaquer même si ils se heurtent à de puissantes fortifications encore que leur efficacité à été beaucoup enjolivée après guerre.

Dès 06.15, le gouvernement belge sollicite l’aide alliée. A 07.30, le ministre de la Guerre et le général Villeneuve donnent leur aval. En milieu de matinée, le «Général-Tornade» quitte son PC du château de Vincennes pour rallier un PC avancé installé à Amiens, un site classé secret défense et connu uniquement sous le nom de code de ATLANTIDE.

Les unités françaises font immédiatement mouvement vers la Belgique. Ce sont d’abord les groupements de reconnaissance qu’ils soient de Corps d’Armée (GRCA) ou de Divisions d’Infanterie (GRDI) puis les Divisions Légères Mécaniques (DLM) en attendant les mouvements des Divisions d’Infanterie par la route et par le chemin de fer.

Le 13 mai 1949, une division d’infanterie pénètre en Belgique et plus précisément dans les Ardennes. Cette division c’est là 18ème Division d’Infanterie, une division de série A (réservistes récemment démobilisés) qui va être accompagnés par la 3ème brigade de Spahis, par le 3ème GRCA et par le 16ème BCC équipés de Renault R-40. Ces moyens sont placés sous commandement belge.

Hotchkiss H-39

Le Hotchkiss H-39 équipait le 3ème GRCA en compagnie des automitrailleuses puissantes modèle 1940P

Ces moyens vont résister huit jours jusqu’au 21 mai et même à cette date, ils vont retraiter en bon ordre sur la Meuse, les troupes restées en France ont eu tout le temps pour renforcer les positions, rassembler canons, chars et munitions supplémentaires.

Quand les troupes belgo-françaises arrivent le 21, elles peuvent offrir un solide comité d’accueil à des troupes allemandes passablement fatiguées par des combats violents et par des infrastructures méticuleusement sabotées.

Plus au nord, les 1ère et 7ème armées françaises ainsi que le Corps Expéditionnaire Britannique (BEF) sont en position à J+7 mais dès J+4, les 1ère et 5ème DLM sont au contact avec les Panzerdivisionen pour ce qui est le premier affrontement char contre char du conflit.

Le 18 mai, les DLM sont obligées de se replier, usées par de violents combats. Les Panzerdivisionen sont elles aussi passablement émoussées mais qui elles restent sur le terrain.

Les troupes belges font mieux que résister, contre-attaquant parfois mais des contre-attaques locales uniquement qui ne font que retarder l’inéluctable. C’est ainsi que Liège tombe le 25 mai 1949.

A notez que la résistance belge à été affermie par des exactions allemandes. La résistance de troupes encerclées, des situations confuses ont provoqué son lot d’exaction. Certes dans l’ensemble, le comportement des troupes allemandes à été plus «korrect» qu’en 1914 mais ces exactions ont poussé les belges à résister de manière féroce, préférant la mort à la capture.

Au combat, les alliés cherchent à s’adapter à la guerre motorisée. Fort heureusement, l’entrainement intensif des français durant la Pax Armada à permis de mettre en place certains tactiques notamment la pratique du Hérisson, des villages fortifiées avec armes automatiques, canons antichars et mortiers.

Il s’agit de séparer les chars de leurs gardes du corps, les Panzergrenadier, les hérissons laissant passer les chars _traités par des canons antichars, des canons d’assaut voir par l’artillerie ou l’aviation situées en arrière position_ pour traiter infanterie et véhicules légers.

Dans la mesure du possible, les DLM et les Divisions Cuirassées cherchaient à contre-attaquer, cette tactique se révélant particulièrement efficace et explique pourquoi les allemands ont eu tant de mal à avancer.

Ils y parviendront bien entendu mais ils devront y employer nettement plus de moyens et subiront nettement plus de troupes qu’envisager initialement.

Signe qu’une guerre longue se prépare, le général Villeneuve ordonne dès le mois de mars 1949 de nommer un référent dans chaque compagnie de l’armée française, référant chargé de faire remonter par la voie hiérarchique les leçons du conflit qui ensuite devaient être infusées à tous les niveaux.

C’est une explication de la résistance alliée. Les unités étaient motivées, bien équipées et bien commandées. Surtout elles avaient une but à atteindre et tout le monde sait qu’un soldat motivé accepte bien des choses.

Gand tombe le 30 mai après de durs combats (la ville est détruite à 70%), Anvers le 3 juin, la ville à été relativement peu touchée par les combats mais le port à été méthodiquement saboté, empêchant les allemands de l’utiliser par exemple pour ravitailler leurs troupes ou en vue d’une future opération contre la Grande-Bretagne.

Trois jours plus tard, le 6 juin 1949, c’est la capitale Bruxelles qui est occupée par l’armée allemande. Si le gouvernement belge s’est installé à Ostende dès le 4, le roi Léopold III décide de rester sur place, transférant au général Denis, le commandement en chef des troupes belges qui sont certes usées et diminuées mais se replient en bon ordre, bien soutenus par les troupes alliées avec lesquelles une vraie fraternité d’armes s’est créée.

Dès cette époque cependant, on prépare l’avenir en repliant les spécialistes belges essentiellement ceux de l’artillerie, du génie et des troupes motorisées pour ne pas perdre de précieux spécialistes pour la nouvelle armée belge qui ne manquera pas de renaître que ce soit en Angleterre ou en France.

Namur tombe le 12 suivit le 14 de la ville de Mons, Charleroi étant prise par les allemands le 16 juin 1949.

La résistance de l’armée atteint clairement ses limites. Le 20 juin, le territoire belge se limite à une petite portion du territoire au sud-ouest, une vaste poche dont le tracé peut être résumé par un triangle Ostende-Dunkerque-Ypres.

27500 soldats belges y sont enfermés sans compter les troupes alliées même si le général Villeneuve avait réorganisé son dispositif sur la Somme avec fortifications de campagne, centres de résistance et dépôts divers pour tenir sur la durée. Les alliés vont ainsi décider de résister sur les différents cours d’eau qui sont heureusement orientés majoritairement est-ouest.

Le 22 juin 1949, les allemands déclenchent l’opération TIGER, une attaque frontale de la ligne Maginot. Les belges qui espéraient une contre-offensive massive doivent se rendre à l’évidence que les alliés n’ont pas les moyens de passer immédiatement à la contre-offensive.

Ce n’est donc qu’une question de temps avant que la Belgique succombe. Le 27 juin 1949 après plus de six semaines d’une résistance magnifique, la Belgique capitule. 2500 soldats belges sont faits prisonniers sur les 27500 hommes enfermés dans la poche d’Ostende, nombre d’entre-eux étant trop gravement blessés pour être évacués. Au total ce sont 18000 soldats belges qui ont été faits prisonniers, une goutte d’eau.

Le roi reste à Bruxelles mais le gouvernement décide de continuer la lutte, s’installant à Douvres dans l’espoir de revenir quasi-immédiatement au pays puis à Caen en Normandie, Sainte-Adresse près du Havre se trouvant trop près du front.

Que faire des soldats belges ? Certains ne vont pas attendre la reconstitution de l’armée belge et vont s’engager dans la Légion Étrangère pour continuer le combat. Les chiffres sont incertains mais on estime qu’entre 1500 et 2800 belges se sont engagés dans cette unité mythique de l’armée française.

Même après la reconstitution de l’ABL, certains belges refuseront de rallier l’armée de terre belge et rester combattre au sein de la Légion Etrangère. Cela généra un certain nombre de tensions entre les gouvernements français et belges.

Suite à l’opération TIGER, la Ligne Maginot va pleinement jouer son rôle, tenant deux mois, certains ouvrages isolés se défendant jusqu’au début du mois d’octobre ! Cela explique pourquoi les allemands vont être incapables de franchir la Seine, l’échec de l’opération HUBERTUS le 17 octobre 1949 marquant la fin de la Campagne de France, le front se stabilisant alors.

Le front c’est donc La Seine avec la «poche de Paris», les contreforts du plateau de Langres, passe à l’ouest de Dijon, au nord de la Saone avant de remonter aux premiers contreforts des Alpes. Le gouvernement français s’installe à Tours et dans les châteaux des environs.

Durant l’hiver 1949/50, le front se gèle avec des opérations locales, des opérations de rectification du front, des coups de mains notamment dans l’opération EXODE, la récupération de soldats isolés au nord de la Seine qui vont permettre la reconstitution de l’armée française. Le sujet à été encore peu étudié et on ignore donc la masse des hommes récupérés alors planqués en territoire ennemi.

Le 17 février 1950, un accord interallié clarifie la situation des armées néerlandaises et belges, la première devant être réarmée par les britanniques, la seconde par la France même bien évidemment cette séparation n’était pas bêtement étanche.

Le 4 mai 1950, les allemands tentent de franchir la Seine entre Le Havre et Paris. Cette opération NIBELUNGEN avait pour but de s’emparer de la côte jusqu’à Avranches et de déstabiliser le dispositif allié mais cette offensive menée par des moyens limités _les allemands préparent l’opération BARBAROSSA ce que les alliés ne peuvent ignorer_ est un échec mais va retarder la contre-offensive alliée.

Il à fallu en effet engager des moyens initialement prévus pour l’opération OURAGAN qui va devenir l’opération AVALANCHE et ne sera déclenchée qu’un an plus tard !

On peut imaginer dans une uchronie ce qui se serait passé si les allemands avaient réussit à défaire l’URSS avant l’hiver comme ils l’envisageait et de retourner leurs forces contre les alliés occidentaux.

L’échec de l’opération NIBELUNGEN met au moins fin à l’hypothèse d’une victoire militaire décisive de l’Allemagne à l’ouest. Le général Villeneuve prend acte de cet échec au début du mois d’août après la fin des opérations de nettoyage et charge le général Juin de la planification stratégique.

Le travail est important puisqu’il faut non seulement planifier le franchissement d’un fleuve comme La Seine sous le feu ennemi, reconquérir le territoire national, libérer le Benelux et porter la guerre en Allemagne car les alliés sont bien décidés à ne pas commettre deux fois la même erreur à savoir épargner au territoire allemand les affres du conflit ce qui avait permis aux généraux du Kaiser de colporter le mythe du coup de couteau dans le dos (Dolchlosslegend).

Il faut non seulement planifier les opérations en maintenant un tempo élevé pour éviter à tout prix une nouvelle guerre des tranchées, préparer une logistique conséquente et surtout ménager les égos et les susceptibilités nationales.

Le plan général acté officiellement le 12 décembre 1950 par un conseil gouvernemental interallié prévoit une poussée principale à l’ouest de Paris le long de la côte de La Manche avec des poussées secondaires à l’est de Paris, la «plus belle ville du monde» devant être sautée non pas que le général Villeneuve refusait de libérer la capitale mais il craignait des combats urbains meurtriers.

Après la libération de la France, il était prévu de libérer le Benelux avant de basculer sur le territoire allemand. Initialement il n’était pas prévu de franchir le Rhin côté allemand mais très rapidement le plan à été amendé pour occuper l’Allemagne du Sud et l’Autriche et comme le dira avec humour le général Villeneuve «serrer la main d’Ivan le plus à l’est possible».

La stratégie générale prévoit une poussée en Allemagne, une seconde en Scandinavie et une troisième en Italie, des opérations qui seront codées ECLIPSE, BOREALIS et AURORE.

Reste à savoir quelle place allait occuper l’Armée Belge Libre dans cette future contre-offensive générale.

La Renaissance

Comme nous l’avons vu les troupes belges capitulent le 27 juin 1949 après six semaines d’une héroïque résistance. Les alliés sont admiratifs des prouesses belges, le général Villeneuve disant au général Denis que les soldats belges de 1949 ont été dignes de leurs ainés et peuvent être fiers.

Restent qu’à l’époque des troupes belges sont encore en ligne. L’armée belge ayant officiellement capitulé, les soldats belges qui seraient alors capturés pourraient être considérés comme franc-tireurs (et on connait l’amour que portent les teutons aux francs-tireurs).

Cela explique la décision du généralissime Villeneuve de replier à l’arrière les unités belges qui par la force des combats avaient été amalgamés aux troupes franco-britanniques.

Comme certains veulent continuer de se battre, on leur proposera rapidement de s’engager dans la Légion Etrangère ce qui allait poser un problème au moment de la constitution de l’ABL, Paris rechignant à se séparer de soldats, de sous-officiers et d’officiers expérimentés.

L’Armée Belge Libre (ABL) est officiellement créée le 7 mai 1950. Elle va progressivement montée en puissance, ses effectifs se composant de rescapés des combats de 1949, d’évadés de Belgique, de citoyens belges présents en France n’ayant pas pu satisfaire à leurs obligations militaires mais aussi de jeunes hommes trop jeunes pour l’incorporation en 1948/49 mais qui avaient atteint l’âge requis en 1950. Je pense que je n’ai pas besoin de préciser que certains se sont vieillis de quelques années pour participer aux combats.

Cette ABL est en réalité belgo-néerlandaise avec initialement deux corps d’armée belges (mais avec des unités d’appui tout autant belges que bataves) et un corps d’armée néerlando-belge.

Le 1er Corps d’Armée comprend ainsi deux divisions d’infanterie belges, le 2ème Corps d’Armée comprend une division d’infanterie et une division blindée _toutes les deux belges_ et le 3ème Corps d’Armée ou 1er Corps d’Armée néerlando-belge comprend une division d’infanterie belge, une division d’infanterie néerlandaise et une division blindée néerlandaise.

L’ABL (c’est le nom le plus usité dans les écrits) comprend donc au total cinq divisions d’infanterie et deux divisions blindées plus des unités d’artillerie, du génie et de soutien soit environ 110000 hommes.

Au grand dam des belgo-néerlandais, l’ABL est placée en réserve stratégique en compagnie de la 2ème Armée britannique (qui dispose elle de trois corps d’armée soit un total de sept divisions d’infanterie et deux divisions blindées).

Front français fin 1949

En rouge le front occidental le 18 juin 1951

Elle ne va donc pas participer à la phase initiale de la reconquête, l’opération AVALANCHE déclenchée le 18 juin 1951 (On raconte que certains officiers français fans de Napoléon 1er y ont vu un acte de malice des britanniques puisqu’il s’agissait du 136ème anniversaire de la bataille de Waterloo).

La Seine franchie, les combats sont de plus en plus durs. Les allemands défendent chaque arpent de la terre de France qu’ils occupent depuis plus d’un an maintenant. Pour cela ils disposent de moyens encore importants, moyens renforcés puisque des unités ont même été rappelés du front russe.

De plus depuis l’échec de l’opération NIBELUNGEN, une série de lignes fortifiées à été érigées en s’appuyant sur des fleuves, des lacs, des villes, des lignes baptisées ALARIC, ATTILA, LOTHAR,WOLFANG, GOTHIC et WAGNER.

Les allemands ne vont cependant pas s’enliser dans une défense stérile, conservant des unités mobiles (Panzerdivisionen et PanzerGrenadierDivisionen) pour contre-attaquer et rendre la reconquête encore plus coûteuse pour les alliés.

Ce n’est donc qu’une question de temps avant que les belgo-néerlandais ne soient engagés. C’est ainsi que l’ABL est mise en alerte dès le 2 juillet 1951 et commence à faire mouvement le 9, franchissant la Seine le 12 juillet pour être engagé en Normandie le 27 juillet 1951.

Relevant la 1ère Armée Française (qui passe à son tour en Réserve Stratégique pour reconstitution et rééquipement), l’ABL va progresser le long de la côte en compagnie de l’Armée Canadienne en France, l’ABL étant relevée le 29 septembre 1951 après deux mois de combats par la 2ème Armée Britannique.

L’Armée Belge Libre se replie à 80km du front pour réorganisation. On trouve désormais deux corps d’armée belges, le 1er à trois divisions d’infanterie et le 2ème avec une division d’infanterie et une division blindée et surtout un corps d’armée néerlandais avec une division d’infanterie et une division blindée.

Face aux pertes et au manque de troupes, on augmente la puissance de feu, phénomène qui n’est pas propre aux belges mais concernent toutes les armées. Avec la progression vers la Belgique, on verra les armées alliées recruter sur place des soldats, les former en quelques semaines pour les envoyer au combat.

L’ABL est réengagée début 1952. A l’époque les premières villes belges ont déjà été libérées, Ostende étant prise le 7 novembre 1951 et Zeebrugge le 2 décembre 1951. Relevant la 1ère Armée française, elle participe à la prise de Bruxelles le 7 février 1952 mais à la grande déception de tous, l’ABL devenue la 1ère Armée belge se charge de libérer les Pays-Bas puis de basculer en Allemagne du Nord.

Ce basculement est l’occasion d’une profonde réorganisation du dispositif allié qui est organisé en trois groupes d’armées avec au nord le 21ème Groupe d’Armées britannique, au centre le Groupe d’Armées Françaises du Rhin (GAF-Rhin) et au sud le 1er Groupe d’Armées Américain.

Pour se concentrer sur le 21ème GA [UK], il comprend la 1ère Armée Canadienne (ex-Armée Canadienne en France), les 1ère et 7ème Armées britanniques _la 2ème Armée est placée en réserve stratégique_ et donc la 1ère Armée Belge (qui est en réalité belgo-néerlandaise).

Les troupes belgo-néerlandaises vont donc combattre dans le nord de l’Allemagne, terminant la guerre à Kiel après avoir en mars 1954 fait leur jonction avec les troupes de l’opération BOREALIS executée en Norvège en octobre 1953.

Ces troupes essentiellement américaines (il y avait également une division britannique et une division française) restèrent sous commandement direct des américains mais si la guerre s’était prolongé, il était prévu de l’inclure officiellement au sein du 21ème Groupe d’Armées britannique.

La guerre en Europe terminée, les troupes belges vont commencer à plier bagage en veillant à détruire tout le matériel en surplus (une partie sera rapatrié en Belgique) et en décembre 1954, tous les soldats belges sont rentrés aux pays.

Certains qui se sont découverts une mentalité de guerrier sur le tard rempilent dans l’armée belge reconstituée voir rejoignent la Légion Etrangère.

Une fois pleinement réorganisée, l’armée belge va retourner dans ce qui n’est plus l’Allemagne mais les Nouveaux Pays Allemands. Ils s’installent dans le Hanovre avec un corps d’armée composé de trois divisions d’infanterie et d’une division blindée, cet élément avancé devant participer à la défense des nouveaux pays allemands en liaison avec l’armée hanovrienne qui était considérée à tort ou à raison comme la mieux entraînée et la mieux équipée.

Comme la guerre froide n’à pas dégénéré en conflit ouvert, les troupes belges dans le Hanovre n’ont jamais eu à s’employer vraiment. Certains qui voulaient de l’action se portèrent volontaires pour participer aux opérations de maintien de la paix de l’ONU voir démissionnaient de leur poste pour s’engager dans la Légion Etrangère.

En mars 1992, le gouvernement belge prend la décision de retirer les dernières troupes présentes dans le Hanovre alors qu’on s’achemine vers une réunification allemande. Il restait alors une division d’infanterie et une division blindée. Le dernier soldat belge quitte le Hanovre le 14 janvier 1993.

Depuis les soldats belges sont revenus en Allemagne mais uniquement pour des exercices et des manœuvres avec la nouvelle armée allemande.

La Force Publique au combat

Les soldats belges ont également combattu en Afrique via la Force Publique qui n’est pas vraiment une armée au sens propre ni même une force de police mais plutôt une force du type gendarmerie.

Avec la nécessité de combattre les troupes italiennes, la FP va se muscler et va devenir une véritable armée avec chars de combat et artillerie mais aussi un détachement aérien.

A l’automne 1948, les italiens avaient lancé des offensives au Kenya et au Soudan. L’opération SAVOIA lancée le 21 octobre 1948 vise le Kenya depuis la Somalie italienne (sud de l’actuelle République de Somalie) alors que l’opération SICILIA lancée le 12 novembre 1948 vise le Soudan anglo-egyptien.

Ces offensives sont menées avec des moyens limités et vont vite être stoppées par une logistique défaillante et l’action d’unités de guérilla abyssiniennes encadrées par les franco-britanniques dirigés par deux officiers de talent : le britannique Ordre Wingate et le français Pierre Messmer.

L’offensive en direction du Kenya s’arrête le 5 février 1949, l’offensive en direction du Soudan anglo-egyptien s’arrête dès le 14 janvier 1949. Il faudra attendre le 11 juillet 1950 pour que les alliés contre-attaquent en raison d’un manque de moyens et d’autres priorités.

La Force Publique va y participer. Les troupes sont essentiellement congolaises mais des métropolitains sont présents notamment dans les armes dites savantes comme l’artillerie, les troupes motorisées et le génie. Ces métropolitains étaient soient déjà présents au Congo-Belge ou avaient été envoyés depuis la France en dépit de la volonté de mettre sur pied une nouvelle armée belge.

M-4A3 Sherman 21

Les M-4 Sherman engagés par la Force Publique disposaient de canons de 76mm

 

Le Corps d’Armée Belge en Afrique (CABA) est officiellement créé le 30 octobre 1949. Il va se composer de deux divisions d’infanterie légère, un bataillon de chars équipés de M-4 Sherman, un bataillon d’autos blindées, des unités d’artillerie (deux régiments d’artillerie de campagne, un régiment d’artillerie antiaérienne et antichar) et du génie (déminage et infrastructures essentiellement).

Les troupes belges espèrent mener des combats en première ligne mais en réalité, ils vont réaliser essentiellement des opérations de nettoyage. Ils participent néanmoins à la prise d’Addis Abeba le 7 septembre 1950, la frontière entre l’Erythrée et l’Abyssinie est atteinte à la fin du mois de septembre.

Au printemps 1951, l’Erythrée est occupée par une force mixte composée de la 2ème division d’infanterie sud-africaine, une division d’infanterie légère belge, un régiment de tirailleurs sénégalais et une division indienne.

L’autre division belge est restée en Abyssinie pour sécuriser le pays et remettre sur pied une armée abyssinienne avec les armes italiennes récupérées en attendant la livraison d’armes plus modernes.

Quand le second conflit mondial se termine en septembre 1954, la 1ère DLI belge est en Erythrée, la 2ème DLI en Abyssinie. La 1ère DLI rentre au Congo-Belge au printemps 1955 où elle est démobilisée, devenant une unité de réserve. La 2ème DLI rentre au Congo-Belge à Léopoldville (Kinshasa) en mai 1955, devenant le creuset de la future armée du Congo indépendant.

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