Benelux (45) Belgique (6)

De l’engagement à la neutralité (1919-1936)

La Conférence de Paris ouverte en janvier 1919 ne considère par la Belgique comme une grande nation. Les envoyés belges et même le roi doivent s’employer pour obtenir l’annexion des cantons germanophones d’Eupen et de Malmedy, un mandat sur le Ruanda-Urundi, la démilitarisation des frontières et des indemnités de guerre, ces acquis qui peuvent paraître faibles par rapport aux sacrifices consentis se doublent de l’abandon de la neutralité par la signature d’un traité d’alliance franco-belge en 1920.

Albert 1er (1909-1934) 110

Statue du roi Albert 1er

Albert 1er tente de signer un accord identique avec la Grande-Bretagne pour contrebalancer l’influence française et éviter que Londres ne prenne peur que la Belgique devienne un état-satellite mais sans succès.

En 1925 est signé le Traité de Locarno. Ce traité à pour origine la volonté du chancelier allemand Gustav Streseman de ramener l’Allemagne dans le concert des nations. Les frontières belgo-allemandes et franco-allemandes sont garanties par l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, la Belgique et l’Italie. Le caractère démilitarisé de la Rhénanie est confirmé.

A la même époque on assiste à un regain de popularité du nationalisme flamand. Ce mouvement flamingant naît quasiment dès la naissance de la Belgique, les flamands craignant d’être mis à l’écart par les wallons, la Wallonie avec ses mines et des usines sidérurgiques étant bien plus riche que la Flandre.

Bien que les wallons dominent politiquement, il est faux de penser que les flamands soient marginalisés, une loi de 1878 prévoyant l’utilisation du néerlandais en matière administrative (alors que la français était à l’époque la seule langue officielle) à Bruxelles et dans les provinces du Nord. Certes les cas étaient limités mais c’est comme qui dirait un premier pas.

Le suffrage universel décrété en 1893 (mais vraiment appliqué en 1921) renforce le poids des citoyens néerlandophones. La loi du 18 avril 1898 dite loi d’égalité impose que les lois soient votées, sanctionnées, promulguées et publiées en langue française et en langue néerlandaise.

Naturellement un mouvement wallon émerge en réaction au mouvement flamingant, ce mouvement s’opposant au bilinguisme que la loi de 1898 semble devoir imposer à l’ensemble du pays alors que les députés francophones pour la plupart ne maîtrisent par le néerlandais puisque le français était je le rappelle l’unique langue officielle.

Ce mouvement produit un manifeste centré sur l’idée d’une séparation administrative du pays en deux régions distinctes, qui auraient chacune leurs règles propres en terme d’emploi des langues.

En clair c’est la mise en place d’une frontière linguistique. Durant le premier conflit mondial, la langue de commandement est le français ce qui permet aux flamingants les plus extrémistes de lancer la légende de soldats flamands envoyés au casse-pipe car ne comprenant par les ordres donnés par leurs officiers.

Cette légende comparable à celle des tirailleurs sénégalais employés comme chair à canon (alors qu’à cause de l’hivernage, le taux de perte était inférieur à celui des troupes métropolitaines) ne repose sur rien de tangible car non seulement il y avait des sous-officiers et des officiers néerlandophones mais aussi parce que les officiers devaient se faire comprendre de la troupe ce qui imposait une maîtrise du néerlandais a minima.

On note d’ailleurs dans la période 1919-1939 le développement d’un nationalisme flamand alors qu’en Wallonie c’est une mémoire nationale belge qui se développe, les nationalistes wallons étaient ultra-minoritaires.

La loi du 31 juillet 1921 met en place une frontière linguistique administrative qui découpe le pays en trois régions : les communes du nord doivent désormais utiliser exclusivement le néerlandais, celles du sud le français, la région bilingue de Bruxelles est redéfinie de façon plus restrictive.

Cette loi est complétée par une autre loi du 28 juin 1932 qui définit la région composée de communes germanophones (liées aux territoires récupérés grâce au traité de Versailles) et déterminent l’appartenance linguistique d’une commune, la frontière linguistique étant mobile ce que ne pouvaient pas accepter les flamingants car la région de Bruxelles voyait un développement de l’usage du français.

Initialement la loi de 1932 imposait une révision décennale de la frontière mais en 1942, les députés flamands obtiennent une révision tous les quinze ans. Cette nouvelle révision eut donc lieu en 1957 en faveur des wallons.

Cette question va rester lancinante jusqu’à l’entrée en guerre de la Belgique en mai 1949. On ira jusqu’à créer en 1938 des régiments wallons et flamands dont le comportement variera beaucoup durant la campagne de Belgique du printemps 1949.

Cette politique de séparation linguistique ne sera pas strictement appliquée durant la Pax Armada notamment en raison de l’opposition du roi Léopold III qui refusait disait-il d’être le fossoyeur de la Belgique, comprenant que mettre le doigt dans cet engrenage linguistique risquait de fragiliser l’armée avec des conséquences terribles en cas d’invasion du pays.

Comme tous les pays européens, la Belgique est impactée par la crise de 1929. L’indice de production qui atteint 140 en 1929 tombe à 108 dès 1930 et à seulement 67 en 1934.

Il remonte un peu avant de connaître en 1939/40 un nouveau petit décrochage. L’indice de production ne retrouve son niveau de 1929 qu’en 1946.

Comme partout ailleurs, le chômage est élevé mais paradoxalement certains salariés s’en sortent mieux car à salaire égal, ils vivent mieux en raison d’une baisse importante des prix qui à en revanche un impact négatif pour certains professions notamment les agriculteurs.

Le gouvernement belge tente d’abord une politique déflationniste mais devant l’échec de cette politique, elle applique les recettes keynésiennes en lançant une politique de grands travaux, politique censée stimuler l’économie, permettre la diminution du chômage et en retour désendetter l’état.

Des lois sociales sont également votées pour élargir la liberté syndicale, instaurer des congés payés, un salaire minimum, les 40h dans certains secteurs mais aussi pour augmenter les allocations et limiter la casse causée par la crise économique.

Des gréves générales assez violentes ont lieu en 1932 et 1936, favorisant la poussée des partis extémistes qu’ils soient de gauche comme le parti de gauche ou de droite comme le mouvement rexiste de Léon Degrelle ou le Vlaams National Verbond, le parti nationaliste flamand.

Degrelle,_Leon

Léon Degrelle

Signe qui ne trompe pas, en 1937, le leader rexiste Léon Degrelle affronte Paul Van Zeeland, le premier ministre soutenu par tous les partis. La défaite de Léon Degrelle entraîne le déclin de l’idéologie rexiste (qui avait connu un succès formidable aux élections de 1936) qui hélas fera reparler d’elle durant le second conflit mondial.

Plus généralement la vie politique belge devient plus instable et surtout se communautarise sur le plan linguistique avec des partis wallons et des partis flamands.

Le 17 février 1934, le roi Albert 1er meurt lors d’une chute dans les rochers de Marche-les-Dames dans la vallée de la Muse près de Namur. Son fils Léopold III lui succède.

Le 7 mars 1936, au mépris des clauses du traité de Versailles, l’Allemagne réoccupe la Rhénanie sans que les puissances garantes de cette démilitarisation ne réagissent. La Belgique propose d’intervenir militairement aux côtés de la France (comme elle l’avait fait en 1923 dans la Rhur pour obtenir la reprise du versement des réparations) mais Paris influencé par Londres refuse.

La signature ultérieure par la France de pactes d’assistance avec la Tchécoslovaquie et l’URSS fait craindre à la Belgique la possibilité d’être entraînée contre son gré dans une nouvelle guerre ce qu’elle refuse.

Elle décide de reprendre sa liberté et par une déclaration devant la SDN en date du 24 avril 1937 annonce qu’elle retourne à son statut de pays neutre, dénonçant le traité d’alliance franco-belge de 1920. Paris et Londres se contentent de prendre acte et promettent leur aide en cas d’agression.

Sous le règne de Léopold III, sept premiers ministres vont se succéder. On trouve d’abord trois personnes issus du parti catholique, Charles de Broqueville _déjà en poste sous Albert 1er_ et qui quitte son poste le 20 novembre 1934, remplacé par un autre catholique Georges Theunis en poste jusqu’au 25 mars 1935.

Paul_van_Zeeland,_1937

Paul von Zeeland

Le troisième homme à gouverner la Belgique au nom du parti catholique sous le règne de Léopold le Troisième est Paul Van Zeeland en poste du 25 mars 1935 au 24 novembre 1937. Il est alors remplacé par une personne du parti libéral, Paul-Emile Janson qui reste en poste moins de six mois et ce jusqu’au 15 mai 1938.

Paul-Henri Spaak

Paul Henri Spaak

Arrive alors un personnage politique majeur de cette époque, Paul-Henri Spaak qui dirige un gouvernement travailliste et qui est en poste jusqu’au 22 février 1939. Lui succède Hubert Pierlot du Bloc Catholique (un gouvernement de coalition organisé autour du parti catholique) qui va rester en poste quasiment six ans jusqu’au 12 février 1945.

Hubert Pierlot

Hubert Pierlot

Il est remplacé par Paul-Henri Spaak qui toujours à la tête d’un gouvernement travailliste va diriger la Belgique du 12 février 1945 au 14 octobre 1948.

Il est remplacé par un revenant de la vie politique belge, Paul Van Zeeland qui après une traversée du désert de dix ans redevient premier ministre dans un contexte troublé puisqu’il sera premier ministre en exil, le gouvernement belge à la différence du roi se réfugiant en France non pas à Sainte-Adresse comme durant le premier conflit mondial mais à Caen. Il quitte le pouvoir le 5 septembre 1954, trois jours après la capitulation japonaise. Il est remplacé par Paul-Henri Spaak qui avait été ministre des Affaires Etrangères dans le gouvernement en exil.

Léopold III (1936-1959)

Léopold III (1934-1951) 11

Léopold Philippe Charles Albert Meinra Hubertus Marie Miguel plus connu sous le nom de Léopold III est né à Bruxelles le 3 novembre 1901 à Bruxelles où habitent ses parents, Albert _futur Albert 1er_ et Elisabeth en Bavière.

Il est connu de sa naissance à l’an 1909 comme Son Altesse royale le prince Léopold de Belgique avant de devenir en 1909 l’héritier du trône sous la désignation de Son Altesse royale Léopold, duc de Brabant, prince de Belgique. Il est appelé Sa Majesté le roi des Belges de 1934 à son abdication en 1959. Une fois remplacé par son fils Baudouin 1er, il est connu comme Sa Majesté le roi Léopold de Belgique.

Âgé de seulement treize ans, il s’engage dans le 12ème régiment de ligne même si naturellement il ne participe pas aux combats en première ligne. La guerre terminée, il part en Californie pour suivre des études. Il participe même du 23 septembre au 13 novembre 1919 à la visite officielle avec ses parents, le roi et la reine de Belgique.

Le 4 novembre 1926, il épouse la princesse Astrid de Suède (née le 17 novembre 1905), fille du prince Carl de Suède et d’Ingebord de Danemark et nièce du roi Gustav V. De ce mariage naissent trois enfants, Joséphine-Charlotte future grande-duchesse de Luxembourg, épouse du grand duc Jean, Baudouin, comte de Hainaut puis duc de Brabant et futur roi des Belges et enfin Albert, prince de Liège et qui deviendra lui aussi roi, son frère n’ayant pas d’héritier.

Léopold devient donc roi le 17 février 1934 suite à la mort accidentelle de son père. Son accession est officielle le 23 février, Léopold devenant Léopold III, roi des Belges. Il n’à guère le temps de savourer cette accession au trône car le 29 août 1935, la reine Astrid décède dans un accident de voiture en Suède, le roi qui conduisait est blessé.

Après un temps de veuvage, il épouse le 11 septembre 1941 sa maîtresse Lilian Baels. Ce mariage est un mariage morganatique qui exclut les enfants (Alexandre, Marie-Christine et Marie-Esméralda) et leurs descendants de tout droit à la couronne de Belgique.

Ce mariage à fait polémique en Belgique même si sur le plan juridique tout à été respecté avec notamment le contre-seing ministériel et l’accord du parlement. Après un temps où l’opinion la considéra froidement, la nouvelle comtesse de Rethy allait charmer l’opinion belge sans toutefois faire oublier la «bonne reine Astrid».

Sur le plan politique, Léopold III semble suivre les idées de son père même si il n’à ni le charisme ni la personnalité du Roi-Chevalier. Certains le compare à Léopold II nettement plus discret que son père, Léopold 1er.

Il reste dans son rôle de roi constitutionnel sans vraiment intervenir dans les affaires politiques mais jouant néanmoins de son influence pour favoriser la meilleure solution.

Il est néanmoins inflexible sur l’unité de la Belgique, rappelant dans un discours du trône prononcé en 1945 que «Flamands et Wallons sommes deux faces d’une même pièce, nous sommes indissociables, nous devons nous entendre et nous unir pour survivre sans pour autant renier ce que nous sommes».

Ce discours modéré ne plait pas vraiment aux flamingants extrémistes mais plait beaucoup aux modérés qui le voit comme le gage de l’unité du pays face aux tensions que connait le petit royaume quasiment depuis sa création.

En 1936, il suit son gouvernement dans sa volonté de revenir à la neutralité d’avant 1914 mais qui dit neutralité ne veut pas dire faiblesse, un vaste programme de réarmement est lancé, un programme qui sera très critiqué par les pacifistes et les travaillistes mais quand ces derniers arriveront au pouvoir, ils se garderont bien de le remettre en cause.

Durant la Pax Armada, les relations avec la France passent du glacial à une coopération qui sans être pleine et entière est plus proche et plus nette qu’avec les Pays-Bas. Sans revenir à une alliance militaire comme entre 1920 et 1936, une coopération s’instaure avec la France avec un échange d’information et quelques échanges d’officiers.

Quand la Belgique est envahie en mai 1949, le roi Léopold III prend la tête de ses armées comme son père avant-lui.

Il à cependant moins de chance que son père puisque la totalité de la Belgique est envahie. Le 27 juin 1949, les troupes belges capitulent, le roi après avoir visiblement envisagé de se replier en France pour continuer pleinement le combat aux côtés des alliés décide de rester en Belgique.

Sans le savoir, le quatrième roi des belges lance le mécanisme d’une machine infernale qui allait aboutir le 10 octobre 1959 à son abdication au profit de son fils ainé Baudouin qui devient Baudoin 1er, roi des Belges.

Durant l’occupation allemande, le roi des Belges se considère comme prisonnier dans son château de Laeken, refusant tout contact avec les autorités militaires allemandes (la Belgique est dirigée par une administration militaire tout comme le nord de la France occupé) et a fortiori avec les différents mouvements collaborationnistes.

Tout juste se contente-t-il d’appeler au calme et à la mesure alors que nombre de belges qu’ils soient flamands ou wallons ne songent qu’à rejoindre Caen pour se mettre au service du gouvernement belge en exil qui considérant que le roi est «empêché» se passe du bon vouloir royal pour gouverner les territoires encore sous domination belge comme le Ruanda-Urundi et le Congo-Belge.

Certains y ont vu un accord secret entre le roi et son premier ministre Paul Van Zeeland mais cette légende du bouclier et de l’épée à été récemment torpillée par des historiens. L’attitude du roi qui refusa jusqu’à sa mort en mai 1983 de s’expliquer clairement reste nimbée de mystère.

Les hypothèses sont nombreuses : pensait-il que les alliés allaient perdre ? Craignait-il une division du royaume en son absence ? L’abolition de la monarchie ?

Peut être aurons nous une réponse à partir de 2033 quand les papiers personnels du roi seront accessibles aux historiens.

En janvier 1952, il est forcé de quitter Bruxelles et de gagner l’Allemagne, étant assigné en résidence dans un château en Bavière. Il est en libéré le 7 janvier 1954 par une audacieuse opération commando menée par des commandos français, britanniques et belges.

Il rentre immédiatement à Bruxelles où l’accueil de la population est poli mais plutôt froid comme si la population bruxelloise ne savait sur quel pied danser.

La fête nationale le 21 juillet 1954 est l’occasion de voir à quel point la population belge est divisée puisque les acclamations se mêlent aux sifflets.

Sentant qu’il faut lâcher du lest, le roi Léopold III propose en février 1955 au parlement nouvellement élu de se mettre en retrait _le mot abdication n’est pas prononcé_ le temps que la question royale soit tranchée.

Le parlement propose en échange un référendum sur le maintien ou non de Léopold III sur le trône de Belgique. Ce référendum organisé le 20 octobre 1955 ne satisfait personne : le oui sur le maintien du fils d’Albert 1er l’emporte mais les chiffres sont faibles (50.2% de oui mais une participation de 45%, les 55% d’abstentionnistes préférant payer l’amende plutôt que de voter).

Léopold III obtient un sursis mais la situation devient de plus en plus tendue. Finalement le 10 octobre 1959, il abdique au profit du prince Baudouin de Belgique, duc de Brabant qui devient roi des Belges sous le nom de Baudouin 1er.

Il part avec sa deuxième épouse s’installer en Suède _pays de sa première épouse la reine Astrid_ et en profite pour voyager dans le monde comme si il cherchait à se faire oublier. Il ne rentrera en Belgique qu’en 1972, restant d’une grande discrétion jusqu’à sa mort.

Le bon mot de l’historien Ronald Gehart «Léopold III, le roi incompris et incompréhensible» résume bien le malaise qui pointe le bout de son nez quand on parle du quatrième roi des Belges et en particulier de son attitude durant la guerre.

Affaire à suivre comme on dit

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