Benelux (27) Pays-Bas (27)

ARMEE DE TERRE NEERLANDAISE

Une brève histoire militaire des Pays-Bas

Aux temps jadis (ou presque)

De Zeven Provincien 2

Arquebusiers néerlandais au 16ème siècle

La Koninklijke Landmacht est officiellement créée le 9 janvier 1814 mais l’armée néerlandaise à des origines nettement plus anciennes puisqu’elle peut revendiquer avoir des racines remontant à 1572 quand la Staatse Leger ou l’Armée des Etats voit le jour dans le cadre de la Guerre des Quatre-Vingt Ans, la guerre d’indépendance des Provinces-Unies qui se termine en 1648 (1568-1648).

Cette armée est une armée de mercenaires. Il n’y à eu aucune volonté de créer une armée de conscription (en l’absence de sentiment national ?) ou une armée de volontaires nationaux (crainte d’un coup d’état contre les Etats Généraux ? Crainte d’armer le «peuple» ?).

Les mercenaires étaient certes des soldats expérimentés mais dès que l’argent n’était pas versé, ils vivaient sur le pays pour le plus grand malheur des populations. De plus les responsables avaient tendance à ménager leurs troupes qui étaient leur gagne pain.

Les effectifs ont beaucoup fluctué avec 20500 hommes en 1588 mais 127000 en 1748 à la fin de la guerre de succession d’Autriche. Généralement, ils tournaient entre 40 et 70000 hommes ce qui n’était pas négligeable pour un petit état comme les Provinces-Unies qui devaient également entretenir une puissante marine de guerre.

Si on prend l’année 1701, les effectifs étaient de 74515 hommes répartis entre soixante-dix huit régiments à pied et treize escadrons de cavalerie sans compter de l’artillerie.

La structure régimentaire à mis du temps à s’imposer. Longtemps c’est le bataillon qui dominait, une unité un peu plus petite que le Tercio espagnol mais qui après les réformes de Maurice de Nassau disposait d’une plus grande puissance de feu.

L’unité de base était pour l’infanterie la compagnie à pied ou Vendel dont les effectifs pouvaient varier de 89 à 200 hommes selon les époques. Dirigée par un capitaine, elle était organisée en quatre sections appelées esquadres ou corporaalschappen car dirigées par un caporal.

Du côté de la cavalerie, l’unité de base était la compagnie montée ou Voran dirigée par un maître de cavalerie (Ritmeester) avec des effectifs variant entre 80 et 150 hommes.

Cette armée après la fin de la guerre d’indépendance va participer à d’autres conflits, certains connus en France (parce que notre pays est engagé) mais d’autres plus confidentiels comme la guerre entre le Danemark et la Suède entre 1658 et 1660.

Ce n’est pas le premier conflit opposant les deux nations scandinaves mais le premier dans lequel les Provinces-Unies sont engagées. Elle dure du 5 août 1658 au 26 mai 1660. Il se termine par le traité de Copenhague qui voit le Danemark récupère Bornholm et le Trøndelag. La Suède affronte une alliance du Danemark-Norvège, des Provinces-Unies, du Brandebourg-Prusse et de la Pologne-Lituanie.

Les suédois prennent l’initiative de l’attaque et mettent le siège de Copenhague, la victoire est proche mais cet espoir s’effondre quand les néerlandais entrèrent dans le conflit, les Provinces-Unies aidant le Danemark sur le plan naval et secondairement sur le plan terrestre.

La guerre s’achève en 1660 après que l’intervention de la France et de l’Angleterre aux côtés de la Suède dissuada le Danemark-Norvège et ses alliés de continuer la lutte.

L’armée des Etats est en première ligne durant la guerre de Hollande où elle ne brille pas vraiment par son efficacité au point qu’on doit mobiliser les fusiliers marins néerlandais pour éviter un effondrement total de l’Union d’Utrecht.

Elle participe ensuite à la guerre de Neuf Ans ou guerre de la ligue d’Augsbourg, la guerre de Succession d’Espagne, la guerre de Succession d’Autriche en attendant les guerres de la Révolution et de l’Empire.

La Staatse Leger reste une armée composée essentiellement de mercenaires. Elle dispose par exemple de quatre régiments suisses, des unités d’infanterie composée de deux bataillons à six compagnies, compagnies mêlant fusiliers et grenadiers (contrairement à l’organisation adoptée en 1795 par la nouvelle armée de la république batave) et deux régiments de hussards.

Comme jadis les nobles français, les orangistes devenus persona non grata dans leur pays vont créer une unité de combat dans l’espoir de restaurer la maison d’Orange. Ce sera fait mais il est probable que la plupart ne pensaient pas qu’il faudrait près de vingt ans pour cela.

Cette unité est une brigade d’émigrés (Dutch Emigrant Brigade) formée à Lingen (Basse Saxe) en août 1799. Ils intègrent de nouveaux venus ainsi que des vétérans qui s’étaient déjà rassemblés à Osnabrück en 1795 par le stathouder déchu Guillaume V.

Ils participent à la campagne menée contre la république batave à l’automne 1799 par le prince héritier et futur Guillaume 1er des Pays-Bas. Leur action n’est pas concluante et ils doivent se replier sur Emden. Ils vont ensuite prendre la mer direction Den Helder pour soutenir la force d’invasion anglo-russe. Les britanniques préfèrent renvoyer la brigade en Angleterre, la brigade débarquant à Yarmouth le 14 octobre 1799.

Composée alors de 5000 hommes, elle est désormais connue sous le nom de Royal Dutch Brigade et ne tarde pas à rallier l’île de Wight où ses moyens sont renforcés de prisonniers libérés sur parole et de déserteurs de l’armée batave. Des étrangers intègrent également la brigade, des hommes venant de la principauté de Nassau et d’autres états allemands, des suisses et des émigrés (venus de France).

Elle était alors composée de quatre régiments d’infanterie à dix-huit compagnies (sic) chacun, un régiment de Jäger (chasseurs) à dix-huit compagnies (re-sic), un bataillon d’artillerie à six compagnies, une compagnie de pionniers et un détachement du génie.

En octobre 1799, la brigade est placée sous le commandement nominal du duc d’York, Frédéric (deuxième fils de George III aka le roi fou). Le 27 novembre 1800, l’unité est réorganisée avec les deux compagnies de flanqueurs (infanterie légère) de chaque régiment qui sont amalgamées en deux bataillons à quatre compagnies chacun (420 hommes par bataillon sur le papier).

A une date inconnue, les ingénieurs sont absorbés par l’artillerie. Deux régiments de la brigade sont envoyés à Spitehead sur la Tamise pour une expédition au Portugal mais ces unités restent finalement en Grande-Bretagne.

Le 11 décembre 1800, la brigade est embarquée sur des navires britanniques et envoyée à Cork pour y maintenir l’ordre. A cette brigade s’ajoute un escadron néerlandais qui avait été cédé par le stathouder déchu au service des britanniques.

Les deux bataillons de flanqueurs restèrent à Cork tandis que les autres régiments marchèrent sur Wexford, Waterford, Kilkenny et d’autres forts sur la côte. Sa mission terminée, la brigade est renvoyée sur l’île de Wight et d’autres îles pour les protéger contre une éventuelle invasion française.

Suite à la paix d’Amiens, les britanniques cessent de verser les subsides aux unités de recrutement étranger. Conséquence, la brigade est dissoute par le prince héritier le 12 juillet 1802.

Les démobilisés rentrèrent soit aux Pays-Bas ou rallièrent Fulda qui était une possession du prince d’Orange. D’autres encore s’engagèrent dans l’armée britannique proprement dite ou gagnèrent les rangs de la King’s German Legion.

République Batave (1795-1810) 56

Fantassins de la république batave

Après avoir lutté contre la France révolutionnaire, les néerlandais ou du moins une partie d’entre-eux vont combattre aux côtés de la «Grande Nation» suite à la révolution de 1795 qui remplace les Provinces-Unies par une république batave, une des «républiques-soeurs» chargée à la fois de propager les idées de la Révolution, de servir de bouclier mais aussi de vache à lait pour un Directoire perpétuellement à court d’argent.

Une nouvelle armée remplace la Staatse Leger et va combattre aux côtés de la France du Directoire en attendant celle du Consulat et de l’Empire.

La nouvelle armée est épurée de ses régiments ayant des connections avec la maison d’Orange ainsi que des unités recrutées en Suisse et dans les pays allemands. Les unités restantes sont réorganisées sur le modèle français.

C’est ainsi que le 8 juillet 1795 sont créées six demi-brigades ou Halve Brigade composées chacune de trois bataillons eux mêmes organisés en neuf compagnies, une compagnie de grenadiers et huit compagnies de fusiliers.

Chaque bataillon dispose sur le papier de 700 hommes, chaque demi-brigade de 2093 hommes même si comme souvent dans les armées de l’époque les effectifs étaient rarement atteints. Un temps, chaque demi-brigade disposait également d’une compagnie de six canons de 4 livres.

Le 22 septembre 1795, une septième demi-brigade est mise sur pied avec la même organisation interne que les six premières.

Au combat, les compagnies de grenadiers forment une bataillon ad-hoc qui dépend de sa demi-brigade du temps de paix, uniformisant les autres bataillons qui ne disposent plus alors que de compagnies de fusiliers.

En 1806, la république batave devient le royaume de Hollande mais cela ne change pas grand chose à la situation de l’armée.

Si on s’intéresse à l’artillerie, on trouve un régiment connu sous le nom de Regiment Artillerie te Voet à trois bataillons à six compagnies. Une compagnie de pontonniers et une compagnie de sapeurs étaient intégrés au bataillon tout comme une compagnie de garde-artillerie, la compagnie Garde-Artillerie te Voet dont le rattachement est nominal. On trouve également un corps d’artillerie à cheval, le Kors Rijdende Artillerie à deux compagnies d’artillerie à cheval. De leur côté le génie disposait de son propre corps (Korps Directeurs en Ingenieurs).

Le 18 juillet 1806, le Regiment Artillerie te Voet est réorganisé. Chaque 1ère compagnie devient une compagnie d’élite. La compagnie de garde-artillerie devient la compagnie d’élite du 1er bataillon et les deux compagnies d’artillerie à cheval deviennent les compagnies d’élite des deux autres bataillons. Au même moment un bataillon du train à quatre compagnies s’ajoute au régiment.

A la même époque le royaume de Hollande à perdu ses colonies occupées par les britanniques ou plutôt réoccupés par la «Perfide Albion». Le personnel militaire rapatrié en métropole intègre ainsi le régiment.

Le 1er bataillon intègre des hommes venus de la 4ème compagnie indépendante d’artillerie, le 2ème bataillon des éléments des 1ère et 2ème compagnies indépendantes ainsi que des éléments du dépôt d’artillerie des Indes occidentales alors que le 3ème bataillon intègre des éléments de la 3ème compagnie indépendante d’artillerie, du 5ème bataillon d’artillerie et des éléments du dépôt d’artillerie de l’ancienne colonie néerlandaise du Cap.

Le 17 septembre 1806, le régiment est rebaptisé Koningklijk Korps Artillerie en Genie soit en bon français Corps Royal d’Artillerie et du Génie. Outre les éléments déjà présents, l’armée ajoute quatre compagnie de mineurs et sapeurs, un bataillon d’ouvriers d’artillerie (Artillerie-werklieden) à deux bataillons qui incluait les pontonniers, trois compagnies d’artillerie de côte ainsi qu’un bataillon du train.

Du 6 au 27 novembre 1806, l’artillerie de l’armée royale néerlandaise est temporairement augmentée de quatre brigades d’«artilleurs citoyens» (Burger-Artilleristen) levés par la vile d’Amsterdam.

Le 23 novembre 1806, nouveau changement avec le regroupement de l’artillerie à cheval dans un régiment séparé composé de deux squadrons totalisant quatre compagnies d’artillerie et deux compagnies du train.

Au même moment, l’artillerie à pied de la Garde (royale) est convertie en artillerie à cheval avec également la création d’une troisième compagnie d’artillerie le 21 décembre 1806, l’organisation devant être achevée le 1er mars 1807.

Le 9 décembre 1806, deux compagnies d’artillerie auxiliaire (Auxiliare Artillerie) sont mises sur pied en puissant dans le vivier de la marine.

Le train d’artillerie est portée à huit compagnies le 23 février 1807. La 1ère compagnie était destinée à la troisième compagnie d’artillerie à cheval, la 2ème et la 7ème doivent aller aux deux compagnies d’artillerie à cheval, les autres aux compagnies d’artillerie à pied. Néanmoins le 3 décembre 1807, le train est réduit à une seule compagnie.

Le 26 décembre 1807 l’artillerie se compose du Regiment Artillerie te Voet à trois bataillons de sept compagnies chacun, une brigade d’artillerie à cheval avec une compagnie de ligne et une compagnie dite de garde, une compagnie du train, un bataillon d’ouvriers à deux compagnies d’Artillerie-werkllieden, une compagnie de pontonniers, une compagnie d’armuriers et une compagnie de sapeurs-mineurs.

Un bataillon de volontaires d’artillerie (Vrijwillige Artilleristen) est créé le 19 août 1809 pour former le 4ème bataillon du Regiment Artillerie te Voet. Le 24 août, le train d’artillerie est à nouveau augmenté avec un état-major et cinq compagnies.

Le 7 septembre 1809 le corps d’artillerie est rebaptisé Korps Koninklijke Artillerie (Corps Royal d’Artillerie) composé d’un régiment d’artillerie à cheval à quatre compagnies (chacune de ces compagnies servant à tour de rôle au sein de la Garde), deux régiments d’artillerie à pied à deux bataillons chacun, des unités de train d’artillerie, d’ouvriers d’artillerie et de sapeurs-mineurs.

Le 17 octobre 1809, la 1ère compagnie d’artillerie à cheval est dissoute, la 2ème devenant la 1ère et la 3ème la 2ème. Il est également proposé de séparer artilleurs et sapeurs.

Début 1810, le corps royal d’artillerie comprend un régiment d’artillerie à pied à vingt et une compagnies, une brigade d’artillerie à cheval à deux compagnies, un bataillon d’ouvriers d’artillerie à cinq compagnie, un bataillon du train à quatre compagnies. Il n’est néanmoins pas certain que cette réorganisation ait été effectivement mise en place surtout que le royaume de Hollande disparaît au cours de cette année.

Pays-Bas 53

Garde-Grenadier et Garde-Chasseur de l’armée du royaume de Hollande

Des unités hollandaises s’illustrent sur les champs de bataille de l’Empire comme le Korps Rijende Artillerie, le corps royal d’artillerie à la bataille de Friedland (1807) et à la prise de Stralsund (1807 et 1809). Une brigade néerlandaise opère en Espagne de 1808 à 1810.

En 1810, l’indépendance du royaume de Hollande prend fin, les territoires concernés étant annexés à l’Empire français. C’est ainsi que le régiment des grenadiers à pied de la garde royale devient le 3ème régiment de grenadiers de la garde (impériale), les hussards hollandais sont transformés en 2ème régiment de chevau-légers lanciers ou lanciers rouges.

Les régiments de ligne et d’infanterie légère sont intégrés à l’armée régulière, le célèbre 126ème RI de Brive (intégré en septembre 1948 à la 23ème DI qui dépend du 13ème CA et de la 5ème Armée ou Armée des Alpes) ont pour origine un régiment et un bataillon hollandais.

Les hollandais sont également engagés dans la terrible campagne de Russie. C’est ainsi que les pontonniers du générale Elbé sur la Bérezina sont hollandais, étant couverts par le 126ème RI. La moitié du contingent survit à cette campagne.

En 1813, les français évacuent les Pays-Bas et un gouvernement provisoire se met en place en attendant l’arrivée du prince d’Orange (futur Guillaume 1er).

Une armée mobile néerlandaise est mise sur pied et va participer aux batailles de la septième coalition notamment Waterloo où les troupes du duc de Wellington sont anglo-hollandaises (avec une légion belge).

Pays-Bas 50

Les régiments belges de l’armée néerlandaise en 1815

La Koninklijke Landmacht participe à un dernier conflit européen dans le cadre de la révolution belge. Ce sera sont dernier engagement sur le vieux continent avant le second conflit mondial soit plus de cent ans !

Pays-Bas (1916) 2

Fantassins néerlandais en 1916

 

Dès le début du premier conflit mondial, les Pays-Bas se déclarent neutre. C’est la meilleure stratégie à adopter pour ménager les susceptibilités des belligérants (qui y trouveront leur compte en se servant du royaume des Pays-Bas comme intermédiaire discret) mais aussi de la famille royale puisque si la reine Wilhelmine était plus pro-alliée, son mari un prince allemand inclinait davantage vers les empires centraux.

Signe de la détermination des néerlandais, la mobilisation générale est décrétée dès le 31 juillet 1914. 200000 hommes vont être mobilisés entre soldats d’active, réservistes et miliciens.

Le dispositif néerlandais repose à la fois sur du statique (inondations, forteresses, troupes à vocation territoriale) et des unités mobiles qu’il s’agisse de l’armée mobile ou Veldleger (88770 hommes quasi-exclusivement des militaires de carrière) ou de troupes d’assaut qui peuvent être comparées toutes proportions gardées à des commandos.

Quelques incidents de frontière ont lieu mais ils ne dégénèrent pas en conflit ouvert, la plupart étant d’ailleurs totalement involontaires liés à des soldats s’égarant.

Comme dans les autres pays, les investissements concernant l’armée sont très limitées aux Pays-Bas. Se sentant peu ou pas menacés, les néerlandais négligent fortement leur outil militaire.

En septembre 1939, l’armée néerlandaise aligne 270000 hommes répartis en quatre corps d’armée soit huit divisions d’infanterie numérotées (1 à 8). A cela s’ajoute une division de cavalerie, la 1ère division légère, quatre divisions de réserve (A,B,G et Peel), une brigade du génie, une brigade de défense antiaérienne et des positions fortifiées.

La Haye ayant proclamé sa neutralité, l’armée royale organise des patrouilles le long de la frontière néerlando-germanique et en coopération avec la Belgique sur sa frontière méridionale. Il y eut quelques incidents terrestres, aériens et navals mais rien de bien sérieux.

Pour trouver des néerlandais durablement au combat, il faut se replier sur les Indes Néerlandaises dont la défense était assurée par une armée spécifique, une armée coloniale, la Koninklijke Nederlands Indisch Leger ou en français «Armée Royale aux Indes Néerlandaises». Elle voit le jour le 14 septembre 1814.

Cavalerie Néerlandaise 2

Unité montée de la KNIL aux Indes Néerlandaises. Lieu et date inconnue.

Elle est créée au moment où les néerlandais changent d’objectif en matière coloniale. Jusqu’ici, ils se contentaient dans la région de comptoirs commerciaux. Désormais ils décident de se tailler un véritable empire colonial, peut être aiguillonnés par la perte définitive de la colonie du Cap et de Ceylan.

Pour cela il faut donc une armée. Cette Koninklijke Nederlands Indisch Leger ou KNIL est une armée distinctive de la Koninklijke Landmacht. Elle passe quasiment son premier siècle d’existence au combat.

Elle participe ainsi à la guerre Padri (1803-1837), à la guerre de Java (1825 à 1830), met fin à la résistance organisée à Bali en 1849 (même si il faudra attendre…..1908 pour que l’île soit considérée comme pleinement sous contrôle néerlandais), participe à l’interminable guerre d’Aceh (1873-1904), annexe Lombok et Karangasem en 1894.

La guerre Padri commence en 1803 entre les padris des musulmans radicalisés par le pélerinage à La Mecque et les adats qui étaient les autorités traditionnelles de Sumatra. Ce n’est qu’à partir de 1821 que les néerlandais interviennent aux côtés des adats permettant le triomphe de ces derniers mais faisant entrer le «loup dans la bergerie».

La guerre de Java se déroule donc entre 1825 et 1830. Elle oppose les néerlandais (dont des recrues venues d’Afrique Noire appelés en anglais Black Dutchmen) associés aux forces des sultanat de Yoayakarta et de Sunanate (environ 50000 hommes) face à 100000 hommes composés de rebelles javanais et de mercenaires chinois.

Le chef des rebelles est le prince Diponegro qui tel un Guillaume le Taciturne javanais avait d’abord travaillé avec les néerlandais avant de lever l’étendard de la révolte.

Comme souvent les néerlandais et leurs alliés ont d’abord le dessous avant de l’emporter après cinq ans de durs combats. Le prince Dipongero invité à une conférence de paix est trahit et arrêté.

Cette guerre coûteuse pousse les néerlandais à investir dans l’économie locale pour réduire le montant de la facture si je peux utiliser cette expression.

L’armée coloniale néerlandaise va également intervenir à Bali et ce à quatre reprises à savoir en 1849, en 1858, en 1906 et enfin en 1908.

La première intervention en 1849 fait suite à deux échecs en 1846 et 1848. En dépit de moyens importants (100 navires avec 3000 marins, 5000 soldats de métier), les résultats sont contrastés mais les néerlandais parviennent à s’établir à Bali en jouant des rivalités ancestrales, jouant un chef contre un autre, empêchant toute résistance unie. La pratique des suicides massifs ou puputan montre aux néerlandais que conquérir Bali sera tout sauf une partie de plaisir. 34 soldats néerlandais et plusieurs milliers de balinais sont tués.

La deuxième est une simple expédition punitive avec l’engagement de 700 hommes qui par la démonstration de force exécutée parviennent à ramener le calme sur l’île de Bali. En revanche les interventions de 1906 et 1908 sont nettement plus musclées et ayant pour but clair d’imposer l’ordre néerlandais sur l’ensemble de l’île même si comme dans quasiment tous les empires coloniaux, les colonisateurs européens préféraient s’appuyer sur les chefs locaux pour diminuer le fardeau militaire que représentait l’occupation d’immenses territoires et leur pacification.

Entre 1873 et 1904 à lieu la très longue guerre d’Aceh, un sultanat situé au nord de l’île de Sumatra, île stratégique puisqu’elle forme avec la péninsule malaise le détroit de Malacca. Si on prend en compte les soubresauts et quelques combats isolés, la région ne sera considérée comme pacifiée qu’en 1914 soit quarante et une années de conflit !

Les effectifs vont naturellement varier, les néerlandais engageant 3000 hommes lors de la première expédition, 13000 hommes pour la deuxième et on comptait 35000 hommes en 1903 alors que le conflit touchait à sa fin !

Signe des temps, si au début les troupes engagées étaient exclusivement néerlandaises, en 1903 on comptait 12000 néerlandais sur 35000, le reliquat étant constitué de troupes indigènes c’est-à-dire de recrutement local, des troupes qui avaient l’avantage de connaître le terrain et qui surtout coûtait moins cher car recrutées sur place.

Les pertes ont été très importantes, les néerlandais et leurs alliés 37000 morts (dont beaucoup en raison du choléra) alors qu’en face, les forces d’Aceh qui alignèrent entre 10 et 100000 hommes selon les époques perdirent deux fois plus d’hommes, eux aussi majoritairement victimes du choléra.

Selon le traité anglo-néerlandais de 1824, le sultanat d’Aceh était indépendant bien que protectorat de l’empire ottoman. Ai-je besoin de préciser que Constantinople était l’impossibilité totale d’intervenir…… .

Dans les années 1820, Aceh devient la plaque tournante du commerce mondial des épices et attire donc les principales puissances qui cherchent à obtenir des avantages diplomatiques et douaniers ce qui ne peut qu’inquiéter les néerlandais peu désireux de voir des intrus dans leur jardin.

De plus le sultan d’Aceh cherche à s’étendre vers le sud, se heurtant aux néerlandais déjà présents à Sumatra. En 1869 l’ouverture du canal de Suez change le tracé des routes commerciales et deux ans plus tard, un nouveau traité anglo-néerlandais laisse les mains libres à La Haye sur l’île de Sumatra. Rien ne s’oppose à l’occupation totale de l’île de Sumatra par les néerlandais.

La première expédition menée en mars 1873 avec des moyens limités est un échec. L’espoir qu’un simple raid pourrait permettre de l’emporter est vite balayé. Les néerlandais vont tout tenter : blocus naval, réconciliation, blocus terrestre avec une série de forts. Rien ne marche vraiment pleinement et le coût provoque même la faillite du gouvernement colonial.

La deuxième expédition est organisée en novembre 1873 avec quatre fois plus d’hommes (13000 contre 3000). Cette expédition à lieu alors qu’une épidémie de choléra ravage la région et tout le monde sait qu’une épidémie ne prend jamais parti. En janvier 1874, Banda Aceh la capitale est abandonnée, les troupes d’Aceh se réfugiant à l’intérieur. Les néerlandais pensent avoir gagné mais ils ne tardent pas à comprendre leur erreur.

A partir de 1880, la KNIL abandonne les attaques massives au profit de la défense des zones qu’ils occupent déjà. Un mélange de pression diplomatique et militaire est utilisé pour convaincre les chefs locaux de se rallier aux néerlandais avec des résultats mitigés.

La guerre connait une pause entre 1880 et 1883. Pour compenser leur infériorité militaire, les rebelles d’Aceh utilisent la classique tactique de la guérilla en harcelant les néerlandais et en montant de meurtrières embuscades.

Débute le cycle infernal des attaques et des représailles qui n’épargne aucunement les civils.

Même la levée de troupes locales peut tourner au fiasco, certains ralliés aux néerlandais se retournant contre eux une fois les armes livrées et les unités formées, le cas le plus célèbre étant celui de Teuku Umar. Le volet religieux n’est pas absent, certains y voyant une guerre sainte contre l’impérialisme occidental.

En 1898, l’essentiel du sultanat d’Aceh est conquis. Une nouvelle politique de coopération est choisie pour isoler les rebelles et comme le diront plus tard les américains durant la deuxième guerre du Vietnam (1970-1977) «gagner les cœurs et les esprits».

Sur le plan militaire, la stratégie évolue et s’oriente vers la petite guerre, la contre-insurrection, les néerlandais utilisant des unités type gendarmerie (appelées Marechaussee) mais n’hésitant pas à recourir également à la politique de la terre brûlée. Cette dernière politique est responsable de la mort de 2900 acehnese dont une majorité d’enfants.

Les derniers chefs importants capitulent en 1903 et en 1904 la région est globalement sous contrôle néerlandais. Un gouvernement indigène est mis en place à Aceh, gouvernement coopérant avec le pouvoir colonial de Batavia. L’heure est alors à la réconciliation et à la tolérance pour éviter que les braises ne soient ravivées.

Cette guerre va également pousser les néerlandais à annexer d’autres états indépendants à Bali, aux Moluques, à Borneo et à Sulawesi entre 1901 et 1910.

La région d’Aceh bien que pacifiée en 1914 connaissait de réguliers pics de tension et d’instabilité, rendant la région insécure pour les néerlandais.

A partir des années 1910, les Indes Néerlandaises sont considérées comme pacifiées et la KNIL réoriente ses moyens et sa stratégie vers une défense contre un adversaire extérieur et étranger même si dans la pratique, elle va surtout servir de force de police coloniale avec les avantages (souplesse, combat décentralisé, appétence pour ce que Clausewitz appelait la «petite guerre») et les inconvénients (moyens limités, découplage avec des capacités militaires nécessaires pour un combat européen ce qui aurait été problématique en cas d’engagement dans le premier conflit mondial).

En 1917 pour diminuer le coût lié à l’engagement de militaires venant des Pays-Bas, décision est prise de mettre en place un service militaire obligatoire pour tous les hommes. En théorie cela ne concerne que le ressortissants néerlandais mais on verra aussi des britanniques, des français et quelques australiens intégrés la KNIL suite à un accord avec les gouvernements concernés.

En 1922, une garde nationale ou Landstorm est mise sur place pour tous les conscrits ayant dépassé l’âge de 32 ans.

La KNIL aligne donc au début des années quarante à la fois des engagés qu’ils soient européens (6000) ou indigènes comme on disait à l’époque (28000) et des conscrits qui étaient au nombre de 42000 en 1941 portant le total des effectifs 77000 hommes en comptant les 1000 officiers. On trouve également 6000 miliciens, un patchwork improbable de gardes locales, de gardes indigènes, de civils armés.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s