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La marine néerlandaise sous la Révolution et l’Empire

Bien entendu, la marine néerlandaise ne va pas échapper à la tornade de la Révolution Française et de l’Empire. Elle est même aux premières loges et sa marine va être mise à contribution par la France dans une vaine tentative de rétablir l’équilibre avec la Royal Navy.

Elle va aussi rentrer dans l’histoire d’une façon dont elle se serait bien passée puisque c’est la seule marine dont les navires furent un jour capturé par la cavalerie !

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Capture de la flotte néerlandaise par les troupes françaises

Cet événement unique dans les annales militaires eut lieu dans la nuit du 23 janvier 1795. le 8ème régiment de hussards et un bataillon du 15ème régiment d’infanterie légère s’emparèrent des navires néerlandais pris dans les glaces au Helder.

Quatre jours plutôt, les troupes du général Pichegru s’étaient emparés d’Amsterdam, y prenant leurs quartiers d’hiver.

Apprenant qu’une flotte néerlandaise était stationnée à 80km au nord, il chargea le général de brigade Jean-Guillaume de Winter, un néerlandais servant la France depuis 1787 de s’en emparer ou du moins d’empêcher les navires néerlandais de rallier la Grande-Bretagne.

Les hussards embarquèrent en croupe un fantassin et donnèrent l’assaut sans éveiller les soupçons des marins bataves qui n’auraient de toute façon pas pu faire grand chose, les canons inclinés ne pouvant tirer que bien au dessus des cavaliers.

Cinq vaisseaux de ligne, trois frégates et six corvettes soit un total de 850 canons plus des navires marchands furent ainsi capturés. Ces navires intégrèrent la marine de la république batave, marine alliée à la France.

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Drapeau de la république batave

L’avènement de la république batave entraîne un bouleversement des structures de la marine néerlandaise. A la structure décentralisée de feu des Provinces-Unies on préfère une organisation centralisée avec un commandement implanté à La Haye.

Après la capitulation d’une escadre en baie de Saldanha (actuelle Afrique du Sud) en 1796, cette marine subit une terrible défaite à Camperduin (ou Camperdown) le 11 octobre 1797. Durant tout l’été la flotte britannique de l’amiral Duncan avait étroitement surveillé la flotte néerlandaise mouillée au Texel, flotte commandée par Jean-Guillaume de Winter.

Le 3 octobre, les navires britanniques avaient du rallier Yarmouth pour ravitaillement et réparations, la mauvaise saison approchant et la flotte néerlandaise ne semblant pas présenter une menace de première importance.

Le 9 octobre, l’amiral Duncan reçoit des informations comme quoi les navires néerlandais sont sortis. Le but de cette sortie est incertain : attaquer tout navire britannique à portée ? Rallier Brest pour renforcer l’escadre française chargée d’une opération en Irlande ?

Ce qui est certain c’est que le lendemain 10 octobre à son arrivée devant le Texel, Duncan ne trouve que vingt-deux navires marchands. Cela signifie que la flotte néerlandaise à bien pris la mer.

Il se met à sa recherche et la retrouve à Camperduin (en anglais Camperdown), une petite ville située à 12km au nord-ouest d’Alkmaar.

La bataille à lieu le 11 octobre. Elle est acharnée avec des néerlandais qui se battent avec l’énergie du désespoir. Finalement onze navires néerlandais sont capturés. Les pertes sont lourdes avec 203 tués et 622 blessés côté britannique, 540 tués et 620 blessés dans l’autre camp.

Ce n’est pas la fin de la «puissance n avale» néerlandaise puisque étant un état satellite de la France, la république batave doit fournir un certain nombre de navires.

C’est ainsi qu’en 1800 la marine du Consulat dispose de 154 vaisseaux et de 99 frégates soit 253 navires qui s’opposent aux 285 navires de la Royal Navy. Sur les 253 navires, la république batave fournit 16 vaisseaux et 6 frégates soit à peine 9% du total.

En 1805, l’année de Trafalgar, la France peut compter sur 116 vaisseaux et 82 frégates soit un total de 198 navires parmi lesquels on compte 15 vaisseaux et 10 frégates soit une très légère augmentation alors que l’année suivante en 1806, la république batave cède la place au royaume de Hollande.

Contrairement à ce qu’on à longtemps cru, la déroute de Trafalgar ne met pas fin à l’ambition navale de l’empereur des français qui sait parfaitement que sans l’or anglais les coalitions auraient bien du mal à se monter.

Il faut donc frapper la puissance britannique à son cœur notamment à son commerce. Il faut donc une puissante marine que Napoléon s’emploie à reconstruire en mobilisant toutes les ressources du continent.

Etait-ce possible ? Peut être mais le retard était tel qu’il aurait fallu des années de paix sur le continent pour qu’un tel effort naval soit mené à bien et il ne faut pas être un génie pour comprendre que Londres aurait tout fait pour contrer cet effort en attaquant les chantiers navals, en soudoyant des pays alliés à la France…… .

Et même si les navires avaient été construits il aurait fallu des marins motivés, compétents avec une stratégie claire pour tenter de renverser l’emprise de Britannia sur les eaux. Autant dire beaucoup de paramètres à combiner et surtout une question qu’aucun empire européen ne parvint à résoudre : est-il possible d’être puissant sur terre et sur mer ?

Le royaume de Hollande peu avant sa disparition fournit encore treize vaisseaux et sept frégates sur un total respectif de 89 et de 55 soit peu de choses surtout face à une Royal Navy qui aligne 152 vaisseaux et 183 frégates.

Cet effort est contré par les captures, la marine britannique s’emparant de 1803 à 1815 de 310 navires dont 40 navires hollandais.

Outre la construction de navires, Napoléon Bonaparte se préoccupe des infrastructures, indispensables pour toute marine. Comme le dira Alfred T. Mahan «une marine sans ailes _c’est à dire sans bases_ appartient au passé».

Il poursuit la politique royale de l’Ancien Régime qui avait permis la construction de bases et d’arsenaux à Brest, à Lorient, à Rochefort, à Cherbourg et à Toulon.

De nouveaux arsenaux sont prévus à Cherbourg (les travaux étaient à peine entamé sous l’Ancien Régime), à Neuw Diep (près du Helder), à Anvers (chantier naval et base avec une annexe à Flessingue), Bremerhaven et Wilhemshaven, La Spezia et Trieste. Des travaux sont également menés à Bordeaux, Gênes, Ancone,Corfou et Venise.

La marine néerlandaise au 19ème siècle

Le 7 décembre 1813, les Pays-Bas retrouvent leur indépendance. Logiquement ce nouveau royaume remet sur pied une armée de terre et une marine. Tout au long du XIXème siècle, la marine néerlandaise va souffrir d’un manque criant de main d’oeuvre obligeant le gouvernement à faire appel aux colonies. Les effectifs passent ainsi de 5000 hommes en 1850 à un peu plus de 10000 en 1900.

Les servitudes de la marine néerlandaise ont augmenté avec la faillite de la VOC. 60% des moyens matériels et humains de la marine néerlandaise sont ainsi déployés outre-mer à partir des années 1850. Ce déséquilibre s’explique en partie par la neutralité néerlandaise et le fait que les Pays-Bas n’ont pas participé à un conflit majeur depuis 1839 et ce jusqu’en 1949.

Tout comme les autres marines, la Koninklijke Marine (En 1905, la marine néerlandaise devient la marine royale néerlandaise) abandonne progressivement les navires à voile à coque en bois au profit de navires à coque en fer propulsées par des machines à vapeur entraînant des hélices sous-marines. Les premiers navires sont acquis à l’étranger mais dès 1867, le Rijkswerf d’Amsterdam peut produire des navires modernes pour la marine néerlandaise.

Dans les années 1890, une nouvelle phase de modernisation est menée avec des croiseurs protégés et des cuirassés garde-côtes. Ce type de navire typique des marines scandinaves et du nord de l’Europe est destiné à défendre les côtes et non à opérer en haute-mer.

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Le cuirassé garde-côtes Piet Hein

Les premiers cuirassés garde-côtes néerlandais sont mis en service en 1895/96, les trois unités de classe Evertsen (Kortenaer, Evertsen,Piet Hein), des navires de 3464 tonnes, filant à 16 nœuds avec un armement composé de trois canons de 210mm (une tourelle double et une tourelle simple).

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Le Koningin Regente

Ils seront suivis par les trois unités de classe Koningin Regente (Koningin Regente,De Ryuter,Hertog Hendrik) mis en service en 1902 (deux premiers) et en 1904 (la troisième), des navires légèrement plus gros que les précédents (5002 tonnes), plus rapides (16.5 nœuds) mais avec paradoxalement un armement plus faible (une tourelle double de 240mm et quatre canons de 150mm). D’autres navires seront mis en service au 20ème siècle.

La marine néerlandaise au 20ème siècle : longue neutralité

En 1910, la marine royale néerlandaise met en service ses premiers sous-marins et sept ans plus tard va mettre en service des aéronefs. Durant le premier conflit mondial, elle mettra également sur pied des unités d’assaut au cas où la première guerre mondiale aurait débordé sur le territoire national.

Comme nous l’avons vu plus haut la marine néerlandaise à mis en service à la fin du 19ème siècle et à l’orée du 20ème siècle des navires garde-côtes appelés dans la langue batave Pantserschip ou navire blindé.

D’autres navires de ce type vont être mis en service avant le premier conflit mondial tandis qu’on va débattre sur l’utilité pour le petit royaume des Pays-Bas de posséder un véritable corps de bataille capable non pas de rivaliser avec les autres pays européens mais de dissuader anglais, allemands, français voir russes d’utiliser les eaux néerlandaises pour leurs opérations.

On peut aussi penser à la défense des colonies contre un pays ayant une volonté féroce d’expansion coloniale (Japon, Allemagne par exemple).

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Le HMNLS Marten Harpetszoon Tromp

De 1906 à 1927, le HMNLS Marten Harpetszoon Tromp est en service dans la Koninklijke Marine, un navire de 5210 tonnes, une vitesse maximale de 16.5 nœuds et un armement composé de deux canons de 240mm et de quatre canons de 150mm. Il est suivit par le HMNLS Jacob Van Heemskerck en service de 1908 à 1941, un navire de 4920 tonnes, une vitesse de 16.5 nœuds et un armement composé de deux canons de 240mm (deux tourelles simples) et six canons de 150mm.

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Le dernier cuirassé garde-côtes de la marine néerlandaise est le HMNLS De Zeven Provincien en service à partir de 1909. C’est un navire de 6530 tonnes, une vitesse maximale de 16.5 nœuds avec un armement composé de deux canons de 280mm et de quatre canons de 150mm.

Ce navire s’illustra en février 1933 par une mutinerie réprimée de manière brutale, une attaque aérienne tuant 23 mutins suite à une erreur des pilotes alors que l’ordre était de larguer la bombe devant le navire. Le navire rebaptisé Soerabaja en 1936 est désarmé en mars 1942, utilisé comme ponton et coulé par les japonais en mars 1950.

En 1906 apparaît au sein de la Royal Navy le HMS Dreadnought, le premier cuirassé à artillerie monocalibre (All Big Gun Battleship). Tous les pays majeurs vont construire ce type de navires et d’autres vont s’interroger comme les Pays-Bas.

Le débat est lancé en 1912. A l’époque les néerlandais s’inquiètent de la montée en puissance de la marine japonaise et du retrait britannique qui en profitant du traité anglo-nippon de 1902 à regroupé ses cuirassés et ses croiseurs de bataille en Europe.

Une commission royale est formée en juin 1912 et rend son rapport en août 1913 recommandant l’acquisition de neuf cuirassés, cinq pour défendre les Indes Néerlandaises et quatre pour défendre le territoire métropolitaine.

A cette acquisition de cuirassés devait s’ajouter six croiseurs-torpilleurs de 1200 tonnes, huit destroyers de 560 tonnes, huit torpilleurs, huit sous-marins et deux mouilleurs de mines. Cela aurait nécessité un investissement jusqu’en 1949 !

En ce qui concerne les cuirassés, la commission proposait qu’il y ait quatre cuirassés en service aux Indes Néerlandaises plus un cinquième en réserve là bas. Les quatre derniers devaient être basés aux Pays-Bas. Les cuirassés déployés aux Indes devaient passer douze ans, revenir en Europe pour huit années avant d’être démolis.

Sept compagnies étrangères soumirent des projets avec semble-t-il une préférence néerlandaise pour le projet de la firme Friedrich Krupp Germaniawerft, un navire de 27280 tonnes armé de huit canons de 343mm en quatre tourelles doubles et une arrtillerie secondaire composée de seize canons de 150mm.

Le dernier projet daté du 13 mars 1914 donnait un cuirassé de 25000 tonnes, une artillerie principale composée de huit canons de 356mm en quatre tourelles doubles, une vitesse maximale de 22 nœuds et une distance franchissable de 6000 miles nautiques. La protection était en revanche assez faible ce qui aurait pu poser des problèmes avec l’augmentation de la portée des obus qui auraient pu frapper les ponts légers des cuirassés néerlandais.

La principale question de ce projet concerne naturellement le coût. Le gouvernement réduisit le projet à quatre cuirassés _tous stationnés aux Indes Néerlandaises_ ce qui était déjà important pour un petit pays.

Un projet de loi pour les financer est présenté au parlement en août 1914 mais suite au déclenchement du premier conflit mondial le projet est retiré. Le projet est relancé après guerre mais la commission n’estime plus nécessaire l’acquisition de cuirassés et le projet ne débouchera pas.

La marine néerlandaise va longtemps rester une marine secondaire dont les plus gros navires étaient des croiseurs légers.

A la fin des années trente cependant le gouvernement néerlandais relance la possibilité de bâtir une puissante flotte pour défendre les Indes Néerlandaises.

En septembre 1939 quand éclate la guerre de Pologne, la marine néerlandaise à entamé un processus d’expansion qui allait aboutir à une puissante marine, la plus petite des grandes marines ou la plus grande des petites marines.

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