Benelux (10) Pays-Bas (10)

Les Pays-Bas dans le second conflit mondial (1948-1954)

Juliana, reine des Pays-Bas

Juliana (1948-1980)

Juliana des Pays-Bas est née le 30 avril 1909. C’est la fille unique de la reine Wilhelmine et du prince Henri, duc de Mecklembourg-Schwerin. C’est un peu l’enfant du miracle puisque sa mère à fait quatre fausses couches avant d’avoir enfin une héritière pour le trône des Pays-Bas.

Voilà pourquoi les relations entre la mère et la fille ont été fusionnelles avec parfois des tensions notamment dans les années quarante quand la question de l’abdication de la reine Wilhelmine va commencer à se poser.

Elle épouse le 7 janvier 1937 le prince Bernhard zur Lippe Biesterfeld qui devient également altesse royale. Le couple n’aura que des filles avec la future reine Beatrix née en 1938, sa sœur la princesse Irène née en 1939, la prince Margriet née en 1943 et enfin la princesse Christina née en 1947.

Rapidement formée à son futur métier de reine, elle occupe à deux reprises la régence (mars-juin 1943 et septembre à décembre 1947) et devient à partir de 1943 l’espoir du camp voulant mettre fin au long règne de Wilhelmine qui était alors au pouvoir depuis plus d’un demi-siècle.

La princesse Juliana est clairement embarrassée, tiraillée entre sa volonté de faire son devoir et son amour filial. Les relations entre la mère et la fille s’en ressentent au point que la princesse Juliana effectua au printemps 1945 une longue tournée dans les colonies néerlandaises en compagnie de son mari.

Officiellement il s’agissait d’une tournée d’inspection des défenses néerlandaises _le prince Bernhard occupait le poste d’inspecteur général des forces armées royales néerlandaises_ mais officieusement il s’agissait de s’éloigner d’un milieu vicié par les rumeurs et les calomnies venant de tous les bords.

Rentrée en septembre 1945, la princesse Juliana appelle au respect de la personne royale et des institutions, une façon de fâcher personne.

Sa popularité est très élevée en raison notamment de sa simplicité et de son peu de goût pour le protocole. Elle est néanmoins intraitable sur le respect qui lui est du en temps qu’héritière du trône des Pays-Bas.

Après des années de tension voir de crise, la reine Wilhelmine abdique le 14 janvier 1948. Le lendemain, la princesse royale Juliana prête serment et devient la nouvelle reine des Pays-Bas.

Elle arrive sur le trône alors que les tensions en Europe atteignent un tel niveau qu’un nouveau conflit semble être une question de mois plus que d’années.

Elle espère maintenir la neutralité du pays mais les informations recueillies par le gouvernement laisse peu de place aux doutes : les Pays-Bas ne pourront échapper à la tempête. Elle va faire de son mieux en encourageant les citoyens néerlandais à se tenir prêts à toute éventualité.

Suite à l’occupation du pays au printemps 1949, la reine s’installe à Londres en compagnie du gouvernement néerlandais en exil. Elle encourage la résistance passive et active en multipliant les causeries sur Radio Oranje, une radio mise en place avec le soutien britannique. Elle stimule même le gouvernement en recadrant certains ministres timorés.

Elle n’hésite pas revenir aux Pays-Bas alors que le front coupe encore le pays en deux. Ce n’est pas sans risque car deux heures après avoir visité le Limbourg symboliquement libéré par des unités néerlandaises, un bombardement frappe le village où elle était venue. Le gouvernement met alors son veto à toute visite royale jusqu’à ce que le pays soit libéré.

Elle rentre triomphalement le 8 mai 1954 à Amsterdam, reprenant son rôle de reine constitutionnelle jusqu’à sa propre abdication en mai 1980, une abdication cette fois totalement et pleinement volontaire, abdication dont profite naturellement sa fille Juliana qui devient la troisième reine des Pays-Bas.

Situation des Pays-Bas en septembre 1948

Quand les premières bombes allemandes tombent sur Copenhague et Oslo, le gouvernement néerlandais prend immédiatement des mesures de réassurance et réaffirme sa neutralité.

Une note en ce sens est transmise à l’ambassadeur d’Allemagne aux Pays-Bas qui répond par un sarcastique «C’est sûrement pour cela que des officiers néerlandais sont présents à Vincennes».

Le premier ministre Pieter Sjoerds Gerbrandy du parti anti-révolutionnaire dément cette information mais ne semble pas dupe de son propre mensonge.

En cet automne 1948, la neutralité néerlandaise est en effet élastique. Tout en discutant avec les franco-britanniques, les néerlandais commandent des armes allemandes. C’est ainsi que leurs trois croiseurs de bataille déployés aux Indes Néerlandaises sont armés de canons allemands et vont probablement devoir tirer sur des navires d’un pays allié à Berlin !

Peu de gens doutent que les Pays-Bas vont être attaqués par les allemands. Déjà durant la guerre civile allemande (1943-1945), des incidents de frontière ont opposé l’armée néerlandaise aux différentes factions allemandes qui se disputaient le pouvoir. Des échanges de tir ont eu lieu, des patrouilles de chasse envoyées pour démontrer la détermination nouvelle des néerlandais.

A ceux qui lui reproche de «provoquer», Gerbrandy répond que neutralité ne veut pas dire faiblesse et que la neutralité impose au contraire des investissements et un effort supplémentaire aux pays choisissant volontairement de se priver d’un allié.

C’est suite aux révélations du colonel Oster que les Pays-Bas ont accru leurs dépenses militaires qui avaient déjà augmenté entre 1936 et 1939. Le gros des investissements va à la marine pour protéger le joyau de l’empire colonial _les Indes Néerlandaises_ mais l’armée de l’air (qui est en réalité l’aviation de l’armée) et l’armée de terre ne sont pas négligées.

Les plus optimistes pensent que cet investissement sera suffisant pour dissuader les allemands d’utiliser le territoire néerlandais comme champ de bataille, les raisonnables pensent que Berlin se contentera d’une prise de gage pour couvrir son avancée en Belgique mais les plus lucides ou les pessimistes pensent que cela ne suffira pas.

On le sait aujourd’hui mais dès décembre 1948, l’ambassadeur des Pays-Bas en Grande-Bretagne reçoit pour consigne de préparer l’installation d’un gouvernement en exil avec ou sans la reine Juliana.

Une consigne semblable est transmise à son homologue en France. Des juristes sont consultés pour si besoin adapter la loi fondamentale à cette situation inédite dans l’histoire du pays.

On le voit les Pays-Bas en cet automne 1948 fait preuve de lucidité et de détermination mais en dépit des demandes de la France et de la Grande-Bretagne, la Belgique et les Pays-Bas ne vont pas jusqu’à déclarer la guerre à l’Allemagne. Des officiers de liaison rallient les états-majors alliés au cas où mais guère plus.

Des plans ont été étudiés durant la Pax Armada mais à part des simulations sur carte (des kriegspiels comme disent les allemands) aucune manœuvre en terrain libre n’à pu vérifier par exemple la capacité de l’armée néerlandaise à tenir suffisamment longtemps pour permettre aux troupes alliées de lui porter secours.

En 1939, le prédécesseur du général Villeneuve, le général Gamelin avaient étudié une manœuvre ambitieuse appelée Dyle-Breda qui prévoyait l’entrée en Belgique de l’aile marchante du dispositif alliés (1ère et 7ème Armée, Corps Expéditionnaire Britannique) pour renforcer les troupes belges et la petite armée néerlandaise.

L’exécution de ce plan avait fait l’objet d’une simulation dont les résultats avaient consterné les participants présents : scepticisme quand à une victoire française en combat de rencontre dans les plaines belges, doutes sérieux sur la capacité de l’armée néerlandaise à tenir plus de deux jours face à une attaque motorisée allemande……. .

Général Villeneuve aka Ailleret

le général Villeneuve

En septembre 1948, le général Villeneuve est plus optimiste. Son plan d’action baptisé AUSTERLITZ est une mise à jour du plan Dyle-Breda avec cependant un renforcement du pivot dans les Ardennes, une réorganisation des groupes d’armées n°2 et n°3 sans oublier la constitution d’une puissante masse de réserve sur un arc de cercle allant grosso modo de la Normandie à la Bourgogne.

Ce sont pas moins de seize divisions répartis en huit corps d’armées qui sont placés en réserve, réserves auxquelles doivent s’ajouter deux DLI (Divisions Légères d’Infanterie) à vocation expéditionnaire et une Armée Polonaise en France composée de trois corps d’armée à trois divisions d’infanterie plus un corps de cavalerie à deux divisions blindées soit un total de 29 divisions en réserve stratégique.

Certains s’indignent d’une telle masse mais le déroulement du conflit montrera la pertinence d’une telle réserve que le «Général Tornade» utilisera comme un barrage hydroélectrique : engageant des moyens tout en retenant suffisamment pour ne pas être pris au dépourvu.

Comme le reconnaîtra l’un de ses contempteurs «Si nous avions engagé tous nos moyens dans la Bataille de France» nous l’aurions perdu». Récompense d’une telle lucidité, le général Villeneuve est fait maréchal de France en septembre 1952.

L’armée de terre néerlandaise affiche un visage nettement plus sécurisant pour les alliés qu’en septembre 1939 où son seul char était un Renault FT hors service…… .

Renault FT mitrailleur 10.jpg

Renault FT en version mitrailleur

Après la mobilisation, la Koninklijke Landmacht aligne douze divisions d’infanterie partiellement motorisées, une division légère (cavalerie), des unités d’artillerie, du génie et de soutien.

L’équipement s’est amélioré tout comme l’entrainement. Les fortifications renforcées qu’elles soient naturelles (inondations) ou artificielles avec remise en état des forts pour protéger les Pays-Bas utiles résumé globalement dans un quadrilatère Amsterdam/La Haye/Utrecht/Rotterdam.

Cela ne veut pas dire que le reste du territoire soit abandonné sans combats mais les combats ont uniquement pour but de gagner du temps en déclenchant le plan d’inondation.

Le haut commandement néerlandais espère ainsi résister le plus longtemps possible sur une ligne Amsterdam/Utrecht/Eindhoven. Il compte également sur un soutien belge pour prolonger cette ligne de résistance jusqu’à Liège.

Le territoire national n’est pas le seul territoire néerlandais menacé. Les Indes Néerlandaises sont clairement dans le collimateur japonais, Tokyo lorgnant sur les ressources du joyau de l’empire batave notamment le pétrole et le caoutchouc.

Là-bas c’est une armée spécifique qui en assure la défense, la Koninklijk Nederlands Indisch Leger ou KNIL.

Cette armée coloniale est longtemps restée une force de pacification et de maintien de l’ordre mais à partir de 1940, un plan d’investissement important _tout est relatif_ est lancé pour faire de la KNIL une force moderne capable de repousser un envahisseur étranger sous entendu japonais.

Cependant personne ne se fait vraiment d’illusions. Tout comme les français en Indochine, les néerlandais aux Indes se disent que si le Japon veut la future Indonésie il l’aura d’autant qu’on sait que l’envoi de renforts venus de métropole est improbable pour ne pas dire impossible. Il faudra faire le maximum avec ce qu’il y à sur place.

Les Pays-Bas dans le second conflit mondial (1) : Europe du Nord-Ouest

Entre septembre 1948 et mai 1949, plusieurs incidents ont lieu aux frontières néerlandaises. Ils sont aériens, navals et parfois terrestres.

Dornier Do217

Dornier Do-217 en vol

Le 17 septembre 1948, un bombardier allemand Dornier Do-217 est abattu au dessus de Enschede ce qui suscite les protestations allemandes. Les néerlandais calment le jeu en rendant les aviateurs allemands mais pendant un temps ces incursions aériennes s’arrêtent totalement signe que ce geste de fermeté à eu son petit effet.

Au large des côtes, plusieurs mines sont repérées et neutralisées non sans avoir provoqué des pertes. A chaque fois le gouvernement de Sodjernik proteste et les allemands s’excusent, racontant qu’il s’agissait d’une erreur de navigation ou d’un problème technique.

Plusieurs navires sont coulés ou sérieusement endommagés par des sous-marins qui sont officiellement «non-identifiés». Pendant des décennies on à tous mis sur le dos des U-Boot mais il semble aujourd’hui admis que certains navires néerlandais pris pour des navires allemands ont été victimes de sous-marins britanniques ou français.

Des incidents terrestres ont également lieu que ce soit à la frontière néerlando-allemande ou même à la frontière néerlando-belge où un échange de tir oppose soldats néerlandais et soldats belges, les deux camps étant persuadés d’avoir à faire à des allemands ! Ce dernier incident reste heureusement tragicomique car il n’y à pas de morts.

Le 10 mai 1949, les allemands déclenchent l’opération FALL GELB (plan jaune), l’offensive majeure à l’ouest. Ce plan est classique avec une offensive massive dans les plaines belges et néerlandaises avec des diversions en direction du Luxembourg et d’Alsace.

A l’aube l’aviation allemande fond sur les aérodromes néerlandais, belges et français dans l’espoir de surprendre les avions au sol où ils sont plus faciles à détruire qu’en vol. Ces opérations sont perturbés par le mauvais temps (pluie et brouillard) et ne remportent qu’un succès partiel. En fait plus que les pertes matérielles ces raids provoquent davantage de perturbations et de confusion.

Autre source de confusion, le largage de troupes aéroportées sur les aérodromes néerlandais. Ce n’était pas une première puisque les Fallschirmjäger de la Luftwaffe avaient opéré à petite échelle en Pologne et en Scandinavie.

Les troupes au sol sont surprises d’autant que les paras attaquent de manière agressive. Certains aérodromes sont pris (Utrecht, Eindhoven) mais sur d’autres sites (Rotterdam, La Haye, Amsterdam), de vigoureuses contre-attaques provoque de lourdes pertes chez les paras, certains se rendant, d’autres se cachant en attendant l’arrivée de la 18ème Armée allemande en charge de la conquête des Pays-Bas.

Les troupes de la XVIIIème Armée pensent bousculer facilement les troupes néerlandaises mais la résistance des Bataves se montre vigoureuse. Le message est clair : vous aurez peut être notre pays mais il faudra nous passer dessus.

L’aviation allemande doit intervenir régulièrement sur les points de résistance. Les trois premiers jours (10-13 mai), l’aviation néerlandaise dispute la maîtrise de l’espace aérien à la Luftwaffe avec l’aide de la RAF et de l’Armée de l’Air mais après trois jours d’intenses combats la Luchtvaartafdeling est virtuellement éliminée.

Les pilotes néerlandais sont évacués en Grande-Bretagne pour reprendre la lutte mais après la capitulation néerlandaise. Ils vont former quatre squadrons de chasse, deux squadrons de bombardement, un squadron de reconnaissance et un squadron de transport qui vont opérer d’abord depuis les îles britanniques avant de repasser sur le continent.

Les troupes au sol font ce qu’elles peuvent mais sont vites débordées, les trois Panzerdivisionen de la 18ème Armée cassant le front, se répandant sur les arrières en laissant l’infanterie réduire les points de résistance.

Utrecht tombe le 14 mai, Eindhoven le 18 mai, Amsterdam le 20 mai, Alkmaar le 21, Den Helder le 22 mai.

Les combats sont toujours violents mais les troupes néerlandaises fatiguent tandis que les alliés commencent à se replier car les belges se replient vers le sud, évacuant rapidement Anvers après avoir consciencieusement saboté les installations portuaires.

La capitale politique La Haye tombe le 23 mai suivit de Rotterdam le 25. L’armée néerlandaise capitule le même jour même si quelques unités isolées vont résister jusqu’au début du mois de juin.

De nombreux soldats parviennent à rallier la Belgique puis la France ou sont directement évacués vers la Grande-Bretagne. A peine 7500 soldats néerlandais sont faits prisonniers et rapidement envoyés dans des stalag et des oflag implantés sur le territoire allemand.

La reine Juliana, la famille royale et le gouvernement ont rallié la Grande-Bretagne pour continuer la lutte depuis Londres.

L’armée néerlandaise va être recréée en France avec essentiellement un armement britannique suite à un accord franco-anglais, la France se chargeant de ré-équiper l’Armée Belge Libre.

Cette Armée Belge Libre (puis 1ère Armée belge) comprend deux corps d’armée belges (un corps d’armée à deux divisions d’infanterie et un corps d’armée à une division d’infanterie et une division blindée) et un corps d’armée néerlando-belge à deux divisions néerlandaises et une division belge.

Cette armée n’est pas immédiatement engagée au combat ce qui suscite l’ire des gouvernements belges et néerlandais mais les alliés promettent un engagement ultérieur.

Les troupes alliées passent La Seine le 18 juin 1951 (opération AVALANCHE), les néerlando-belges étant engagés en relève des troupes canadiennes, britanniques et françaises épuisées par de très violents combats, violence guère moins élevée que ceux sur le front russe.

Ultérieurement le corps d’armée néerlando-belge devient «100% néerlandais» avec deux divisions d’infanterie et une division blindée, la division «Princesse Irène» du nom de la sœur de la reine, marraine de la division.

Toujours intégrée à la 1ère Armée Belge, le 1st Nederland Army Corps opère en pointe du dispositif allié, participant à la libération du territoire national pour la plus grande joie des néerlandais qui ont vécu plus de quatre ans sous la botte allemande.

Le territoire national est entièrement libéré en novembre 1953. Le territoire à été sérieusement endommagé, les combats ont été particulièrement violents. De plus une quasi-guerre civile à ensanglanté le pays, opposant collaborateurs et résistants, les Pays-Bas ayant été dirigés pendant la guerre par un Haut-Commissaire.

Le 1er Corps d’Armée Néerlandais termine la guerre dans le nord de l’Allemagne, étant à Brême quand l’Allemagne capitule le 30 avril 1954.

Le service aéronautique de l’armée de terre assure l’appui des troupes néerlandaises durant les durs combats en France, en Belgique et sur le territoire national.

Les avions utilisés sont britanniques et américains, l’industrie aéronautique néerlandaise étant aux mains des allemands, produisant des avions pour les allemands ce qui allait susciter une polémique monstre quand le sujet longtemps passé sous licence allait resurgir au cours des années soixante-dix alors que la jeune génération jugeait très, trop sévèrement l’attitude de leurs parents durant le second conflit mondial.

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Le HMNLS Tromp

 

La marine néerlandaise est peu engagée en Europe. En septembre 1948, elle disposait au Helder d’une petite escadre composée de deux croiseur légers, de six destroyers, de six torpilleurs légers, de six sous-marins sans oublier les vedettes lance-torpilles et des navires de soutien.

Elle va faire ce qu’elle peut pour ralentir l’avancée allemande, évacuant des troupes encerclées, appuyant les troupes au sol avec ses puissants canons de 152 (croiseur léger) et 120mm (destroyers).

Elle subit des pertes avec deux destroyers, trois torpilleurs légers et deux sous-marins coulés par l’aviation, par des S-Boote voir par les mines. Les navires survivants rallient les îles britanniques et continuer à opérer sous commandement britannique, formant une Nederland Task Force [Royal Navy] qui bénéficie de l’aide alliée en recevant des navires neufs pour remplacer des navires usés et/ou détruits qui ne pouvaient pas être remplacés, la Koninklijke Marine n’ayant pu évacuer tous ses stocks de pièces détachées et de munitions.

Les Pays-Bas dans le second conflit mondial (2) : Asie-Pacifique

Tout comme l’empire britannique, le joyau de l’empire colonial néerlandais se trouvait en Asie sous la forme d’un ensemble appelé Indes Néerlandaises (Nederland Indisch) qui correspond à l’Indonésie actuelle.

Cet ensemble gigantesque peuplé de 60 millions d’habitants intéresse le Japon officiellement pour libérer l’Asie des européens et pour créer une sphère de coprospérité mais en réalité les objectifs réels de Tokyo sont nettement plus prosaïques et nettement plus cyniques : s’emparer de ressources dont son territoire est privé notamment le pétrole et le caoutchouc, deux matières vitales pour la guerre moderne.

Cet objectif sera brutalement rappelé aux populations indigènes qui pensaient être «libérés» de la férule européenne quand dès la conquête les exactions ont fait passer la domination européenne pour une douce caresse.

La défense des Indes Néerlandaises repose principalement sur la marine et sur l’aviation, la Militaire Luchtvaart van het Koninklijk Nederlands-Indisch Leger (ML-KNIL) mais il faut aussi des unités terrestres et une armée de terre spécifique existe depuis le 14 septembre 1814, une armée appelée Koninklijk Nederlands Indisch Leger (KNIL).

Après avoir assuré la conquête, la KNIL va mener uniquement des missions de maintien de l’ordre ce qui n’est guère compatible avec la faculté de devoir repousser un envahisseur disposant de troupes bien équipées et bien entraînées.

Dans un premier temps, la KNIL ne bénéficie guère d’investissements en raison de la priorité donnée à l’armée de terre en métropole, à la marine et à l’armée de l’air.

Ce n’est qu’à partir de septembre 1945 qu’enfin le gouvernement néerlandais se préoccupe de réorganiser, réentrainer et rééquiper la KNIL. Des armes modernes comme des chars et de nouveaux canons sont envoyés de métropole, un programme d’entrainement mis en place.

Le personnel indigène reçoit de nouvelles responsabilités, La Haye pratiquant une politique appelée «jaunissement» pour préparer l’avenir même si on ne parle pas encore d’indépendance.

Reste un problème : impossible de défendre tout le territoire, il faudrait des millions d’hommes pour le faire et de toute façon cela n’à guère d’intérêt car les néerlandais connaissent les intentions profondes de l’ennemi nippon. Il faut également tenir compte des alliés même si la coordination anglo-néerlando-franco-américaine sera très imparfaite.

Le haut-commandement néerlandais privilégie la couverture de l’île de Sumatra et notamment la capitale des Indes Néerlandaises, Batavia (auj. Djakarta) mais aussi les îles de Borneo (et ses précieux puits de pétrole) et de Java. Ailleurs on se limite à des combats retardateurs avec le sabotage des voies de communication.

En mars 1950, la KNIL dispose de moyens relativement importants même si tout est relatif pour s’opposer à l’armée nippone. On trouve ainsi deux divisions sur l’île de Borneo, une division sur l’île de Java, une quatrième sur l’île de Sumatra et des unités de la taille du bataillon sur d’autres îles.

Renault R-40

Char léger modèle 1940R dit Renault R-40

On trouve également de l’artillerie, du génie mais aussi des chars en l’occurence seize Renault R-40 et vingt-quatre gevechstank modèle 1944 soit quarante chars à canon de 47mm.

Ces quarante chars sont divisés en trois compagnies, deux de treize et une de quatorze. La 1ère compagnie est déployé à Batavia avec huit R-40 et cinq gevechstank , la 2ème est déployée sur l’île de Borneo avec huit R-40 et cinq gevechstank et la 3ème sur l’île de Sumatra avec quatorze gevechstank. Ces chars sont clairement destinés au soutien de l’infanterie et non à la manœuvre.

Il semble que l’acquisition de chars supplémentaires à été envisagée mais n’à pas pu déboucher avant l’invasion japonaise. On à ainsi parlé de l’acquisition de M-4 Sherman ou de Sentinel australiens.

Le 20 mars, les japonais attaquent à Hong-Kong puis lendemain lancent une opération de décapitation contre Pearl Harbor dans l’espoir de neutraliser au nid la Pacific Fleet. Les unités de la KNIL sont mobilisées et attendent l’assaut japonais qui tarde à venir au point que certains espèrent que le Japon va renoncer.

Cette espérance est vite balayée par la défaite alliée dans le bataille du Golfe de Thaïlande (30-31 mars 1950) qui voit la perte d’un croiseur de bataille néerlandais pendant qu’un second est sérieusement endommagé.

Les pertes japonaises sont lourdes mais sur le plan psychologique, l’impact est dévastateur pour les alliés qui renoncent à disputer la maîtrise des mers aux océans en dépit des appels désespérés des terriens et des aviateurs. Les marines alliées sont se contenter d’opérations secondaires avec unités légères, sous-marins et mines essentiellement avec des résultats mitigés.

Le 3 avril 1950, les japonais prennent pied aux Philippines. Trois jours plus tard, le 6 avril, ils débarquent à Borneo dans la partie britannique. La partie néerlandaise est défendue notamment par deux divisions, les 2. et 3. Oost-Indische Division.

Les plans d’avant-guerre prévoyaient l’engagement d’une division néerlandaise aux côtés des britanniques et des australiens mais ce plan n’est pas exécuté. Il faut dire que les premiers jours au sein des troupes alliées c’est un peu panique à bord et que le commandement local néerlandais hésite à engager ses divisions aux côtés des alliés. Il faut attendre le 10 pour la situation se stabilise et que les britannico-australo-néerlandais se ressaisissent.

Le combat terrestre est extrêmement âpre et accroché, le terrain rend la manœuvre quasiment impossible, le combat frontal est souvent la seule solution. L’artillerie alliée montre son efficacité mais l’aviation est vite mise sous pression par les japonais. L’action des forces navales se résume essentiellement à l’action d’unités légères et de sous-marins avec des résultats mitigés pour des pertes qui ne le sont hélas pas.

Les chars néerlandais contre-attaquent à plusieurs reprises mais ne peuvent pas être partout. Ils subissent rapidement des pertes assez sérieuses au point qu’après un mois de lutte, il ne reste plus que six chars opérationnels. Le combat va essentiellement être un combat d’infanterie, un combat violent (très peu de prisonniers), éreintant mais en septembre 1950, l’île de Borneo est toute entière aux mains des japonais.

Entre-temps les japonais ont débarqué sur l’île de Sumatra (17 avril) puis sur l’île de Java (24 avril), des combats toujours aussi violents alors que les alliés ne peuvent recevoir de renforts à la différence des japonais qui sont néanmoins sur la corde raide.

En effet, ils doivent combattre en Indochine, aux Philippines, en Malaisie et aux Indes néerlandaises. Certains historiens estiment que des renforts modestes auraient permis de renverser la situation mais c’est sûrement refaire l’histoire de manière un peu trop facile car on sait aujourd’hui bien plus de choses que les acteurs de l’époque.

Batavia tombe le 24 novembre 1950 mais une partie des Indes Néerlandaises sont encore hors de l’emprise des japonais qui ne finiront par l’emporter qu’à la fin du mois de février 1951.

Les troupes néerlandaises ont subit de très lourdes pertes mais une partie parvient à se replier en Australie où se pose la question de savoir qu’en faire ? Reconstituer une armée autonome ? Les intégrer aux unités alliées ?

Finalement en juillet 1951 est reconstituée à Darwin, une Nouvelle Armée Néerlandaise (Nieuw Nederlands leger) composé de trois divisions légères avec trois bataillons de chars, de l’artillerie, du génie et des services.

Cette armée peine à monter en puissance, le gouvernement néerlandais en exil à Londres peinant à trouver suffisamment de moyens pour les troupes néerlandaises en Europe et en Australie. On considère que la NNL ne sera vraiment opérationnelle qu’en juillet 1952.

La 1ère division participe sous commandement américaine à la campagne de Nouvelle-Guinée (juillet 1952-janvier 1953) qui permet la libération d’une partie des Indes Néerlandaises. Elle reste déployée en Nouvelle-Guinée néerlandaise pour nettoyer le territoire de troupes japonaises isolées, de nationalistes armées par ses derniers, de bandits, de déserteurs.

La 2ème division est engagée dans la reconquête de la partie néerlandaise du Timor (partie occidentale), une opération menée en février 1953 par les seuls néerlandais avec néanmoins le soutien aérien et naval des alliés. Cette victoire rapide est particulièrement mise en valeur par la propagande néerlandaise.

La 3ème division qui est une division mixte infanterie/cavalerie va devoir patienter jusqu’en novembre 1953 pour participer aux combats. C’est l’opération ZIPPER, une opération engageant troupes britanniques, françaises, australiennes et néerlandaises avec l’appui américain.

Les moyens déployés sont importants avec quatre divisions britanniques (trois divisions d’infanterie et une division blindée), deux divisions françaises (deux divisions d’infanterie) et une division néerlandaise, la 3ème division légère mixte. Ultérieurement, un corps d’armée australien à deux divisions d’infanterie s’y ajoutera soit un total de neuf divisions.

On trouve ainsi le 1st British Nederland Army Corps composé d’une division d’infanterie britannique et d’une division mixte néerlandaise, le 7th Britsh Corps avec deux divisions d’infanterie et une division blindée toutes britanniques, le 17ème Corps d’Armée avec deux divisions d’infanterie, la 3ème DIC (3ème Division d’Infanterie Coloniale) et la 15ème DIM (15ème Division d’Infanterie Motorisée) et le 3rd Australian Army Corps avec la 3ème et la 8ème DI. Ultérieurement un corps d’aéroporté allié y sera envoyé avec la 11ème DP et la 1st Airborne (UK).

Cette opération ZIPPER va durer de novembre 1953 à août 1954 soit neuf mois de combats avec huit opérations successives sur un immense territoire puisqu’il couvre les actuels pays de Malaisie, des Indes Néerlandaises et de Singapour.

Elle combine opérations amphibies, raids aéroportées et offensives terrestres motorisées. Des raids commandos sont aussi menés pour déstabiliser encore davantage les japonais voir tendre la main à des groupes nationalistes qui n’étaient guère intéressés à aider les troupes des anciennes puissances coloniales.

ZIPPER I est déclenchée le 9 novembre 1953 dans la péninsule malaise au sud d’Alor Setar alors que l’opération OVERLORD engagée depuis mars avait isolé les troupes japonaises en occupant la Thaïlande avant de libérer l’Indochine.

Elle est suivie par ZIPPER II en décembre (débarquement à Aceh dans le nord de l’île de Sumatra), ZIPPER III en janvier 1954 (débarquement sur l’île de Sumatra), ZIPPER IV en février 1954 (libération de Singapour), ZIPPER V (sud de l’île de Borneo mai 1954), ZIPPER VI (nord de l’île de Bornéo juin 1954), ZIPPER VII (Célèbres juillet 1954) et ZIPPER VIII (Moluques juillet 1954).

La 3ème division légère néerlandaise va participer à ZIPPER I puis à ZIPPER III avant de terminer par ZIPPER VIII.

Les troupes néerlandaises vont aussi participer à l’opération PHENIX en Corée. En effet une brigade belgo-néerlandaise à été intégrée à la 25ème Division Parachutiste (25ème DP), division larguée dans le sud de la péninsule, la Belgian Nederland Airborne Brigade dont les effectifs étaient aux deux tiers belges et un tiers néerlandais étant larguée lors de la 2ème vague.

Elle va opérer en Corée jusqu’en décembre 1954 quand elle est rapatriée en Europe puis dissoute pour permettre la constitution d’unités aéroportées dans les armées de deux pays, l’idée d’une armée du Benelux n’étant pas encore à l’ordre du jour.

Bilan à la fin du conflit

Les Pays-Bas sortent du conflit très affaiblis même si une participation active en Europe et en Asie-Pacifique rend le constat un peu moins amer. La métropole à souffert des combats, nombre d’infrastructures (digues, routes, voies de chemin de fer) ont été détruites par les combats ou par un manque d’entretien voir les deux pour les plus chanceuses.

Le gouvernement revient à La Haye le 31 mars 1954 alors que le conflit n’est pas terminé. La reine Juliana attendra le 8 mai soit huit jours après la capitulation sans conditions de l’Allemagne.

De nouvelles élections sont organisées en septembre 1954. Une coalition libérale-conservatrice arrive au pouvoir. Elle se lance dans un lent et long travail de reconstruction qui ne sera vraiment achevé qu’à la fin des années soixante.

Sur le plan diplomatique et militaire, La Haye abandonne la neutralité pour rejoindre une alliance occidentale sous le patronage des Etats-Unis. Des troupes américaines sont ainsi déployées aux Pays-Bas, des unités néerlandaises l’étant dans ce qu’on appelle désormais les Nouveaux Pays Allemands.

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