Benelux (9) Pays-Bas (9)

Le Royaume des Pays-Bas (1839-1948)

Généralités

La perte de la Belgique constitue un coup dur pour la maison d’Orange-Nassau notamment sur le plan économique. Le pays doit se reconstruire sur de nouvelles bases.

En 1840, Guillaume 1er abdique au profit de son fils qui devient Guillaume II des Pays-Bas. Une réforme libéralise les institutions en 1848, prenant en compte le vent libéral qui soufflait sur l’Europe, vent libéral qui allait déboucher sur une tempête……réactionnaire.

Le règne de Guillaume II est aussi court que celui de son fils Guillaume III est long. En effet si le premier règne neuf ans (1840-1849), le second va régner plus de 40 ans jusqu’en 1890 quand sa fille Wilhelmine lui succède.

Cette succession entraîne l’indépendance pleine et entière du Luxembourg puisque la loi ne permettait pas à une femme de diriger le Grand-Duché. C’est son cousin Adolphe qui devient grand-duc du Luxembourg.

Jusqu’au second conflit mondial, la vie politique néerlandaise va être marquée par une série de phénomènes, de mouvements de fond, certains comparables aux pays voisins (poursuite des réformes libérales, montée en puissance des syndicats et du mouvement socialiste) mais d’autres typiquement néerlandais comme la Verzuiling ou pillarisation avec l’organisation de la société en communautés religieuses hermétiquement séparées avec écoles, journaux, radios puis télévisions propres aux catholiques, aux protestants et aux juifs. On verra également la création de piliers plus politiques concernant notamment les socialistes et les libéraux.

Restant neutre durant le premier conflit mondial, les Pays-Bas sont épargnées par les horreurs de la guerre même si des réfugiés belges et des soldats d’Outre-Quiévrain trouveront refuge chez leurs voisins bataves. Si cette neutralité à été maintenue c’est que comme la neutralité helvétique, elle arrangeait bien les deux parties.

Comme les autres pays, les Pays-Bas vont être frappés par la Grande Dépression causée par le krach boursier d’octobre 1929. Comme d’autres pays, le gouvernement néerlandais va mener une politique de grands travaux pour tenter de résorber le chômage et stimuler l’économie.

L’arrivée des nazis au pouvoir ne passe naturellement pas inaperçu mais nombre de néerlandais sont persuadés qu’en cas de conflit, les allemands respecteront à nouveau la neutralité néerlandaise comme en 1914.

Quand la guerre de Pologne éclate en septembre 1939, La Haye réaffirme sa neutralité, fermant ses frontières aux ressortissants des belligérants, imposants de sérieux contrôles douaniers pour empêcher que le territoire néerlandais ne serve de plate-forme à la contrebande ou au soutien de mouvements séditieux.

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Le colonel Hans Oster

La fin du conflit dès le mois de décembre 1939 semble confirmer la justesse de la position néerlandaise mais quand en janvier 1940 un officier antinazi, le colonel Oster transmet à l’attaché militaire néerlandais à Berlin la preuve qu’en cas d’attaque à l’ouest les Pays-Bas ne seraient pas épargnés, cela provoque un choc dans les hautes sphères néerlandaises qu’elles soient civiles et militaires.

Le pays va s’engager dans d’importants investissements militaires qui aboutiront à faire de l’armée néerlandaise une armée bien préparée capable de défendre le territoire national même si sur la durée, peu se font d’illusions : il faudra le concours des britanniques et des français pour repousser les allemands hors du territoire néerlandais.

Guillaume II des Pays-Bas

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Guillaume II des Pays-Bas

Willem Frederik George Lodewjik van Oranje-Nassau est né le 6 décembre 1792 à La Haye. Il est le fils du futur Guillaume 1er et petit-fils de Guillaume V, dernier stathouder des Provinces-Unies jusqu’à son renversement en 1795.

Roi des Pays-Bas de 1840 à 1849, il est aussi duc de Limbourg et grand-duc de Luxembourg de 1840 à 1849.

Fils ainé du roi Guillaume 1er et de Wilhelmine de Prusse, il se marie avec la grande-duchesse Anna Pavlovna de Russie (1795-1865), fille de Paul 1er. De cette union vont naître sept enfants, six fils (le futur Guillaume III, Henri, Eisenach,Ernest Casimir et Alexandre) et une fille (Sophie).

Il n’à que trois ans quand son grand-père est renversé. Il vit en exil à Berlin jusqu’en 1806 quand la défaite de la Prusse face aux armées de Napoléon 1er l’oblige à un nouvel exil en Grande-Bretagne, le jeune prince intégrant l’armée britannique.

Bien entendu son statut nobiliaire le protège de boulots ingrats et il participe à la guerre d’Espagne comme aide de camp d’Arthur Wellesley, duc de Wellington.

En 1813, il retourne aux Pays-Bas avec son père qui à été proclamé prince souverain puis roi des Pays-Bas. Il devient l’héritier du trône.

En 1815 alors qu’il n’est âgé que de 22 ans, il prend le commandement de l’armée néerlandaise pour combattre Napoléon dans les plaines belges. Il ne joue cependant qu’un rôle secondaire puisque les troupes néerlandaises avaient été placées sous l’autorité duc de Wellington. Il participe à la bataille des Quatre-Bras et de Waterloo où il est blessé (En 1826 un monument est érigé sur la butte du Lion où le prince héritier à été blessé).

Séjournant fréquemment dans les provinces belges, il y jouit d’une certaine popularité. Il s’installe à Bruxelles en octobre 1828 dans un palais néoclassique qui est devenu le palais des Académies.

Ce séjour est bref car il doit quitter la ville suite à la Révolution belge. Dans un premier temps il reste suffisamment populaire pour que les patriotes belges songe à lui confier la couronne du nouveau royaume mais ce projet ne pu voir le jour en raison notamment du bombardement d’Anvers par les troupes néerlandaises.

Le Congrès national belge vote l’exclusion à perpétuité de la maison d’Orange-Nassau du trône de Belgique : « Le nom du Prince d’Orange est à jamais enseveli sous les ruines encore fumantes de la ville d’Anvers. ».

En octobre 1840, le prince d’Orange devient roi sous le nom de Guillaume II suite à l’abdication de son père. Personnellement conservateur, il était cependant plus modéré que son père, accordant une nouvelle constitution nettement plus libérale en 1848, constitution écrite dans un contexte aussi libéral que les années 1820 étaient réactionnaires. Cette constitution est toujours en vigueur aujourd’hui avec naturellement quelques modifications.

Son règne est bref puisqu’il meurt le 17 mars 1849 après à peine huit années de règne. Son fils aîné lui succède sous le nom de Guillaume III.

Guillaume III des Pays-Bas

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Guillaume III

Willem Alexander Paul Frederik Lodewijk van Oranje-Nassau est né le 19 février 1817 à Bruxelles et mort à Apeldoorn le 23 novembre 1890. Il va régner sur les Pays-Bas et le Grand-Duché de Luxembourg du 17 mars 1849 au 23 novembre 1890, succédant à son père et ignorant qu’il allait être le dernier roi des Pays-Bas avant plus d’un siècle.

Fils aîné de Guillaume II et d’Anna Pavlovna, il est ainsi le neveu de Nicolas 1er, le très réactionnaire tsar de Russie de 1825 à 1855.

Le futur roi des Pays-Bas va grandir dans le sud du royaume, dans l’actuelle Belgique et ce jusqu’à ces treize ans quand la révolution belge l’oblige à s’installer dans les Pays-Bas proprement dits.

Il épouse en 1839 Sophie de Wurtemberg (1818-1877) contre l’avis de sa mère, la très orthodoxe Anne des Pays-Bas suivant les canons de sa religion qui prohibait les mariages entre cousins proches. De cette union naquirent trois enfants, Guillaume, Maurice et Alexandre.

Il devient roi en 1849 dans un contexte marqué par la mort à la fois de son père et de son frère cadet Alexandre qui était le préféré de ses parents.

Sur le plan privé, le roi et la reine ne s’entendent pas du tout, le roi est conservateur alors que la reine est libérale, ayant un souverain mépris pour son époux et devant faire face à de mauvaises relations avec sa belle-mère, la reine-mère Anne.

Peu après son avènement son fils cadet Maurice meurt. Le couple se sépare brièvement avant de se réconcilier, réconciliation fructueuse puisqu’un troisième fils Alexandre nait en 1851. Ce n’est que partie remise, le couple se séparant définitivement en 1855.

Suite à la mort de son épouse, Guillaume III épouse à l’âge de 62 ans en 1879 Emma de Waldeck-Pyrmont de 41 ans sa cadette. De cette union naîtra une fille prénommée Wilhelmine et qui allait devenir la première reine des Pays-Bas.

Guillaume III par sa personnalité autoritaire et sa vie privée débauchée devient rapidement très impopulaire. Son fils aîné Guillaume devient lui aussi un débauché notoire, finissant par mourir prématurément dans la misère à Paris qui était la ville de tous les plaisirs pour l’aristocratie européenne.

Il est également opposé à la Loi Fondamentale des Pays-Bas, la constitution accordée en 1848 par son père. Cette constitution imaginée par Johann Rudolf Torbecke promeut la liberté de l’enseignement,la liberté des cultes, la séparation de l’Eglise calviniste de l’Etat et la fin des vexations dont étaient victimes les catholiques.

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Pie IX

En 1853, le pape Pie IX _ancien espoir des libéraux italiens et figure de proue du camp réactionnaire_ créé cinq évêchés aux Pays-Bas ce qui passe mal auprès d’une population majoritairement calviniste.

Guillaume III profite de cette opposition pour pousser Thorbecke à démissioner ce qui est une action tout à la fois autoritaire et anticonstitutionnelle. Des manifestations (mouvement d’Avril) ont lieu, le mécontentement s’apaisant par la nomination de Floris Adriaan van Hall à la tête du gouvernement.

Suite à la guerre austro-prussienne de 1866, le Limbourg et le Luxembourg deviennent indépendant, la confédération germanique étant également dissoute.

Si le premier nommé est rattaché à la couronne néerlandaise, le second intégré à l’union douanière allemande (Zollverein) reste indépendant.

La garnison prussienne doit quitter la ville de Luxembourg, les fortifications démantelées et le grand-duché déclaré perpétuellement neutre, neutralité garantie par les grandes puissances (NdA mais les garanties c’est comme les promesses).

Il s’en ait fallu de peu pour que Guillaume III n’accepte la proposition de Napoléon III qui avait proposé cinq millions de florins-or pour acheter le grand-duché, la France du Second Empire voulant se renforcer face à une Prusse en passe de réaliser l’unité allemande.

Cela va déclencher une crise appelée crise luxembourgeoise. Depuis le 18ème siècle, un pacte de famille régle la succession entre les (nombreuses) branches de la maison de Nassau.

Il prévoit par exemple qu’Adolphe de Nassau qui avait perdu ses possessions personnelles au profit de la Prusse en échange d’une indemnité financière hérite des Pays-Bas en cas d’extinction de la branche régnant sur le pays des bataves. Le roi des Pays-Bas se sent donc libéré du traité.

Bismarck rend public ce projet d’achat, la présentant comme une agression française contre la nation allemande qui met dans le même sac Napoléon III et son oncle.

Cette crise semble devoir déboucher sur une guerre entre la Prusse et la France. L’Angleterre propose ses bons offices et un second traité de Londres est signé le 11 mai 1867, traité qui neutralise le grand-duché qui reste possession personnelle du roi des Pays-Bas.

De 1873 à 1904, les Pays-Bas sont engagés dans la guerre d’Aceh, un sultanat implanté dans le nord de l’île de Sumatra. Une guerre longue et pénible qui suscita de nombreuses oppositions aux Pays-Bas/

Remarié, le roi s’assagit, ayant une fille qui allait devenir reine en 1890, les héritiers mâles potentiels étant décédés avant Guillaume III. Il fait pour cela abroger la loi salique en 1884.

A sa mort, la reine Wilhelmine n’à que dix ans. Elle gouverne donc sous la régence de sa mère qui par sa droiture et sa dignité allait redonner du lustre à la maison royale qui en avait bien besoin.

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Adolphe de Nassau

Si Wilhelmine peut régner sur les Pays-Bas, en revanche c’est impossible pour le Luxembourg. Le vieux duc Adolphe Nassau devient grand-duc de Luxembourg.

Wilhelmine, reine des Pays-Bas

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La reine Wilhelmine

Wilhelmina Helena Pauline Maria von Oranje-Nassau est née le 31 août 1880 à La Haye du second mariage de son père, le très contesté et très contestable Guillaume III. Elle devient reine à l’âge de dix ans sous la régence de sa mère Emma et ce jusqu’au 6 septembre 1898.

 

Ce jour-là à lieu non pas le couronnement _les souverains constitutionnels néerlandais ne sont pas couronnés_ mais la prestation de serment.

Selon une histoire qui n’est pas pleinement confirmée, la presse française la surnomme «petite reine» lors d’une visite officielle dans notre pays en 1896. Comme Wilhelmine est une pionnière dans la pratique du vélo, le surnom de «petite reine» donné au vélo viendrait de là.

Mariée le 7 février 1901 avec le prince Henri de Mecklembourg-Schwerin, elle n’aura qu’une fille prénommée Juliana qui nait le 30 avril 1909 perpétuait la dynastie au pouvoir depuis 1815.

En raison des liés importants avec l’Allemagne, les Pays-Bas vont rester neutres. Mieux même au grand dam des puissances alliées, la reine après accord du gouvernement va accorder l’asile à Guillaume II tout en veillant à ne pas le rencontrer.

Soucieuses de remplir pleinement sa fonction de reine, Wilhelmine se montrera très dur avec le personnel politique, n’hésitant pas à aller jusqu’aux limites de ses pouvoirs pour par exemple imposer le premier ministre de son choix.

Le premier conflit mondial à tout de même un impact sur le Pays avec notamment l’afflux de réfugiés mais aussi une volonté d’y importer les idées de la révolution de 1917 mais cette volonté fait long feu.

L’année 1934 est une année terrible pour Wilhelmine qui perd son mari et sa mère. Trois ans plus tard, en 1937, sa fille épouse un prince allemand, Bernard de Lippe-Biesterfeld.

En septembre 1939, la guerre de Pologne éclate mais le gouvernement appuyé fermement par la reine Wilhelmine décide de maintenir la neutralité du pays persuadé que c’est la seule position viable.

A partir de 1943/44, le comportement de la reine inquiète. Elle devient de plus en plus autoritaire au point qu’on commence à parler à demi-mots de «dictature royale» par sa propension à vouloir imposer un premier ministre contre l’avis du parlement. La popularité de la reine s’en ressent clairement.

Finalement le 14 janvier 1948, Wilhelmine des Pays-Bas abdique en faveur de sa fille Juliana qui devient reine des Pays-Bas le lendemain. C’est elle qui va devoir affronter la tempête du second conflit mondial.

Suite à l’occupation du pays au printemps 1949, la reine-mère Wilhelmina van Oranje-Nassau part en exil en Grande-Bretagne, voulant rester à l’écart de la politique pour ne pas gêner sa fille en exil à Londres et le gouvernement néerlandais.

Elle acceptera finalement de participer à des conférences sur Radio Oranje et de mettre une partie de sa fortune personnelle pour aider les réfugiés néerlandais en Grande-Bretagne. Elle retrouvera un peu de sa popularité perdue.

Rentrée aux Pays-Bas à l’été 1954, elle s’installe au château d’Apeldoorn où elle décède le 28 novembre 1962.

Les conquêtes coloniales néerlandaises

Petit pays européen, le Royaume des Pays-Bas est une grande puissance coloniale avec des confettis dans les Antilles, une colonie américaine (la Guyane néerlandaise futur Surinam) et surtout le joyau, les Indes Néerlandaises la future Indonésie.

VOC

le drapeau de la VOC

Les néerlandais arrivent dans la région au 16ème siècle à la recherche des épices dont le commerce est hautement lucratif. Voilà pourquoi la domination néerlandaise est d’abord menée par une compagnie à charte, la VOC pour Vereenidge Oost-Indische Compagnie.

 

Comme sa cousine anglaise de l’East Indian Company, la VOC est tout autant une compagnie commerciale qu’une entité politico-militaire, disposant de navires et de troupes, négociant des traités avec les chefs locaux pour faciliter les opérations commerciales des Provinces-Unies.

Suite à la faillite de la VOC, la colonisation de la future indonésie est reprise par le gouvernement tout comme le fera le gouvernement britannique après la révolte des Cipaye en Inde en 1857.

Les britanniques justement vont occuper une partie des futures Indes Néerlandaises au moment des guerres napoléoniennes, la république batave étant devenue un royaume placé sous l’autorité d’un napoléonide.

En 1816 le retour de la maison d’Orange à la tête des Pays-Bas permet le retour de la domination néerlandaise dans la région, un traité anglo-néerlandais signé en 1824 établissant les frontières entre les régions sous domination britannique et les régions sous domination néerlandaise.

C’est ainsi que l’île de Bornéo est en grande partie sous autorité néerlandaise avec une partie sous domination britannique. Ces limites n’ont pas bougé jusqu’à nos jours que signifie que les frontières entre l’Indonésie et la Malaisie sont celles fixées par les britanniques et les néerlandais en 1824 !

Selon les périodes la politique néerlandaise alternait entre volonté d’expansion et volonté de consolider les territoires les plus importants comme Java, Sumatra et Bangka. Après 1840 cependant, les néerlandais vont élargir et consolider leur domination pour protéger leur cœur battant des Indes Néerlandaises mais aussi pour éviter que d’autres pays ne les occupent.

Plusieurs guerres sont donc menées avec la guerre Padri de 1821 à 1838, la guerre de Java de 1825 à 1830, la guerre Banjarmasin de 1859 à 1863. Après avoir échoué en 1846 et en 1848, les néerlandais s’emparent de Bali en 1849. Le sultanat d’Aceh à l’extrême nord de l’île de Sumatra donne davantage de fil à retordre aux néerlandais puisque si les opérations commencent en 1873 elles ne vont s’achever qu’en 1912 !

En 1894, l’île de Lombok est prise par les néerlandais qui comme toutes les nations européennes de l’époque sont persuadés d’avoir une mission civilisatrice à assurer. Un ultime effort est mené de 1901 à 1910 pour mettre au pas les ultimes roitelets indépendants.

En 1905/1906, le sud-ouest de Sulawesi est occupé, Bali est entièrement conquise et pacifiée entre 1906 et 1908. On considère que c’est en 1920 que les Indes Néerlandaises ont atteint leurs limites ultimes.

Peu de réformes ont lieu jusqu’au second conflit mondial en dépit de la montée en puissance des nationalistes. Un débat oppose libéraux et conservateurs, les premiers considérant qu’à terme l’indépendance est inévitable alors que les seconds ne veulent pas en entendre parler.

Très pragmatiquement, le gouvernement néerlandais va choisir une position médiane entre libéraux et conservateurs, associant une élite indigène émergeante, des indigènes appelés «évolués» par les européens.

Plusieurs projets de gouvernement autonome sont étudiés mais rien n’aboutira. Comme souvent dans les colonies européennes de l’époque, elles ulcèrent les nationalistes car trop timides mais ulcèrent également les conservateurs qui les estiment trop audacieuses.

Le second conflit mondial va éliminer beaucoup d’hypothèses dont le maintien ad vitam aeternam des Indes Néerlandaises. On caresse un temps l’espoir d’une libre association entre les Pays-Bas et l’Indonésie mais très vite toute autre hypothèse que l’indépendance est caduque. En 1960, les Indes Néerlandaises cèdent définitivement la place à l’Indonésie.

Le reste de l’empire colonial néerlandais se situe en Amérique du Sud avec la Guyane néerlandaise qui deviendra le Surinam à son indépendance en 1975 ainsi que dans les Caraïbes avec des îles appartiennent toujours aux Pays-Bas en 2020 à savoir Aruba, Bonaire, Curaçao, Saba,Saint Eustache et Saint Martin (île partagée avec la France).

Les Pays-Bas dans le premier conflit mondial

Contrairement à ce qui se passera durant le second conflit mondial, les Pays-Bas vont rester neutre durant ce qui devait être la «Der des ders».

Ce choix répond à la fois à des affinités avec l’Allemagne, une position géopolitique complexe au carrefour des deux camps mais aussi parce que cette neutralité comme la neutralité helvétique arrange tout le monde.

Ainsi si en privé la reine affichait volontiers ses sympathies pour les alliés, son mari était naturellement pro-allemand. La neutralité était donc aussi un choix de raison pour éviter de potentiels conflits politiques.

Neutralité ne veut pas dire faiblesse et La Haye va mobiliser son armée pour faire respecter sa frontière mais aussi pour accueillir réfugiés et soldats qui seront internés durant une bonne partie de la guerre.

Du 29 août 1913 au 9 septembre 1918, le pays est dirigé par un seul cabinet, le cabinet dirigé par Pieter Cort Van der Linden.

La mobilisation générale est décrétée le 31 juillet 1914 au lendemain de la déclaration de neutralité auprès des différents belligérants. Le message est clair : La Haye réagira très fermement à toute tentative d’un ou des belligérants d’utiliser son territoire comme champ de bataille.

En comptant réservistes et milices régionales, ce sont 200000 hommes qui sont sur le pied mais quelle est la valeur de ces hommes, quelle est la valeur de cette armée qui n’à pas connu un conflit majeur depuis 1830 ? telle est la question……

Placées sous le commandement du Lieutenant-General Cornelis Snyder _premier roturier à occuper un poste traditionnellement attribué à un prince de la maison d’Orange_ il va s’appuyer sur un système défensif combinant inondations et forteresse.

En voulant impressionner la jeune reine Wilhelmine, l’empereur Guillaume II lui parla de ses gardes du corps dont la taille pouvait atteindre 2m.

La fille de Guillaume III ne se démonta pas et répondit du tac au tac que lorsqu’on ouvrait les écluses, l’eau pouvait monter à 2m50.

Outre ces défenses fixes, la défense des Pays-Bas repose sur une armée mobile ou Veldleger dont les effectifs sont de 88770 hommes en ce qui concerne les troupes d’actives.

Durant le conflit, des troupes d’assaut seront formées par l’armée de terre et la marine. Toutes proportions gardées ce sont l’équivalent de commandos. Mises sur pied en 1917, ces unités reçoivent un casque, un masque à gaz, un couteau de combat et un entrainement spécial.

Outre les hommes mobilisés au pays, des volontaires néerlandais ont servit dans les deux camps, des descendants de Bataves combattant aux côtés des français, des britanniques, des allemands et des austro-hongrois mais leur nombre fût bien entendu limité.

Le conflit mondial déborde parfois sur le territoire néerlandais mais cela reste minimal. On assiste ainsi à des émeutes de la faim en 1917, des incidents navals et aériens comme le 30 avril 1917 quand des avions britanniques larguent huit bombes sur la ville de Zierkzee provoquant la mort de trois personnes. Londres nie d’abord en être à l’origine avant de reconnaître les faits et de proposer des compensations financières au gouvernement néerlandais et aux victimes.

Durant le conflit 107 avions et 24 hydravions se posent aux Pays-Bas, 220 aviateurs sont internés dans des camps spécifiques en fonction de leur camp.

Soixante-sept appareils réparés sont remis en service dans le service aéronautique de l’armée de terre, le Luchtvaartafdeling l’ancêtre de la Koninklijke Luchtmacht.

Le pays est aussi un haut lieu de l’espionnage notamment la ville de Rotterdam où se croisent agents britanniques, français, allemands. Des citoyens néerlandais sont engagés comme espions,la neutralité de leur pays leur permettant de se déplacer sans trop éveiller les soupçons.

Certains paieront cet engagement plus ou moins désintéressé de leur vie notamment la célèbre Mata-Hari fusillée en 1917 par la France car convaincue d’espionnage au profit de l’Allemagne. Au total ce sont sept ressortissants néerlandais qui ont été fusillés et de nombreux autres emprisonnés.

Les Pays-Bas durent aussi faire face à des vagues de réfugiés notamment belges. Près d’un million de citoyens d’Outre-Quiévrain transitèrent par le territoire néerlandais, 100000 y restant durant la guerre.

A cela s’ajoutait plusieurs milliers de soldats d’abord logés dans des casernes vides puis dans des camps de tentes mis en place à proximité. Ces internés ont été pour beaucoup employés dans les usines où ils remplacèrent les soldats néerlandais mobilisés.

Grande Dépression et Pax Armada, une histoire des Pays-Bas de 1919 à 1948.

En novembre 1918, l’armistice de Rethondes met fin à la première guerre mondiale. Les Pays-Bas sont restés neutres comme nous l’avons vu mais ce conflit à eu des répercussions sur le pays qu’il s’agisse d’une émeute de la faim à Amsterdan en 1917 (Aardappeloproer ou rébellion de la patate) ou d’une tentative de révolution socialiste pilotée par Pieter Jelles Toelstra mais cette tentative qui aurait du passer par les urnes fait long feu.

La société néerlandaise reste fortement marquée par le verzuiling ou en français pillarisation. Trois piliers structures la société batave : le pilier protestant, le pilier catholique et le pilier socialiste.

Ces piliers ont un rôle majeur dans l’encadrement des populations avec la présence d’activités pour la jeunesse, de journaux, des radios en attendant la télévision. Ces corsets ont un poids important, les mélanges étant rares. On cite parfois un quatrième pilier, un pilier libéral mais les libéraux néerlandais se démarquent en se déclarant ouverts à tous.

L’après premier conflit mondial est marqué par des réformes démocratiques. En 1918, tous les hommes quelques soit leurs revenus peuvent voter et quatre ans plus tard en 1922 les femmes sont autorisées à voter soit vingt-trois ans avant la France.

Entre 1920 et 1925, les Pays-Bas connaissent un véritable marasme en partie lié aux problèmes économiques que connait l’Allemagne. La situation s’améliore un peu mais pour fort peu de temps.

Comme tous les pays, les Pays-Bas n’échappent pas aux terribles conséquences de la crise de 1929, son impact étant plus fort et plus long que dans bien des pays européens en raison de l’acharnement de La Haye à conserver une stricte politique fiscale et sa longue adhésion à l’étalon-or.

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HMNLS De Zeven Provincien 

Cette crise économique génère naturellement pauvreté, chômage et émeutes. La crise frappe surtout les Pays-Bas de 1933 à 1937 avec notamment la mutinerie du cuirassé De Zeven Provincien aux Indes Néerlandaises, mutinerie mêlant revendications catégorielles et nationalistes en 1933 ou les violentes émeutes du quartier de Jordaan dans la banlieue d’Amsterdam du 4 au 9 juillet 1934, l’intervention de la police et de l’armée faisant six morts et de nombreux blessés.

Les années trente sont marquées par la montée du nazisme, une montée qui ne passe pas inaperçue aux Pays-Bas qui se savent en première ligne en cas de nouveau conflit européen même si il y à débat et division pour savoir si la menace est réelle pour les Pays-Bas ou si comme en 1914, l’Allemagne nazie évitera de violer la neutralité néerlandaise.

Quand la guerre de Pologne éclate en septembre 1939, La Haye réaffirme sa neutralité, fermant ses frontières aux ressortissants des belligérants, imposants de sérieux contrôles douaniers pour empêcher que le territoire néerlandais ne serve de plate-forme à la contrebande ou au soutien de mouvements séditieux.

Une mobilisation partielle permet de renforcer les effectifs de la petite armée néerlandaise qui n’est guère mieux équipée qu’en 1914. Quelques incidents de frontière ont lieu qu’ils soient navals, aériens ou terrestres mais cela ne dégénère pas en conflit ouvert, aucun des deux camps n’ayant visiblement intérêt à ce que la neutralité néerlandaise soit remise en question.

La fin du conflit dès le mois de décembre 1939 semble confirmer la justesse de la position néerlandaise mais quand en janvier 1940 un officier antinazi, le colonel Oster transmet à l’attaché militaire néerlandais à Berlin la preuve qu’en cas d’attaque à l’ouest les Pays-Bas ne seraient pas épargnés, cela provoque un choc dans les hautes sphères néerlandaises qu’elles soient civiles et militaires.

Au cours d’une séance houleuse à huit clos au parlement, le gouvernement est accusé par l’opposition d’avoir sous-investit pour la Défense Nationale ce qui n’est pas totalement vrai puisque le budget de l’armée à été multiplié par trois entre 1936 et 1939.

Si certains doutent de la véracité des informations du colonel Oster _certains craignent une provocation allemande pour pousser les Pays-Bas à la faute en abandonnant la neutralité_ la majorité pense que ces informations sont sincères.

Selon les plans transmis, les allemands prévoyaient une offensive motorisée doublée de raids aéroportés pour s’emparer des ponts et des installations gouvernementales.

L’idée était de capturer la reine Wilhelmine et le gouvernement et de lui imposer une politique pro-allemande, de faire des anciennes Provinces-Unies une base de départ pour des opérations aériennes et navales contre l’Angleterre voir de pousser la Belgique à rallier le camp allemand et mettre un peu plus en difficulté les alliés qui seraient alors privés toute zone de manœuvre.

D’autres documents indiquent un plan proche du plan Schlieffen de 1914 avec cette fois une offensive violant les neutralités belges et néerlandaises pour s’emparer des ports et des aéroports et offrir aux forces armées allemandes de meilleures bases de départ pour une offensive majeure contre la Grande-Bretagne et la France.

Le pays va alors s’engager dans d’importants investissements militaires qui aboutiront à faire de l’armée néerlandaise une armée bien préparée capable de défendre le territoire national même si sur la durée, peu se font d’illusions : il faudra le concours des britanniques et des français pour repousser les allemands hors du territoire néerlandais (NdA plus de détails dans les parties concernées).

A partir de 1943/44, le comportement de la reine Wilhelmine inquiète. Elle devient de plus en plus autoritaire au point qu’on commence à parler à demi-mots de «dictature royale» par sa propension à vouloir imposer un premier ministre contre l’avis du parlement.

La popularité de la reine s’en ressent clairement alors que celle de la prince Juliana monte au zénith comme c’est souvent le cas quand un monarque est contesté, son héritier devient le point de ralliement de tous les mécontents. Les relations entre la mère et la fille jadis fusionnelles se tendent un peu mais sans jamais aller jusqu’à la rupture totale et complète.

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La reine Juliana

Finalement le 14 janvier 1948, Wilhelmine des Pays-Bas abdique en faveur de sa fille Juliana qui devient reine des Pays-Bas le lendemain. C’est elle qui va devoir affronter la tempête du second conflit mondial.

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