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Le XVIIIème siècle néerlandais

Les Provinces-Unies sont une exception dans cette Europe du 18ème siècle : c’est une république mais c’est tout sauf un choix conscient puisqu’il initialement l’Union d’Utrecht souhaitait trouver un roi pour gouverner les provinces calvinistes.

Comme aucun candidat n’accepta, la forme républicaine fût choisie. Il ne s’agissait pas d’une république démocratique comme de nos jours mais une république oligarchique où les classes marchandes accaparaient tous les postes.

Si chaque province était dirigée par un stathouder, les Provinces-Unies étaient dirigées par une instante collégiale, les Etats-Généraux. Comme il fallait bien un minimum de pouvoir exécutif, des grands-pensionnaires furent aussi nommés mais leurs pouvoirs étaient bien plus faibles que ceux de l’Assemblée.

Jusqu’à la guerre de Succession d’Espagne, les Provinces-Unies restent une puissance avec laquelle il faut compter. Le traité d’Utrecht sonne le glas d’une politique extérieure ambitieuse. Désormais La Haye devient un acteur de second plan, se maintenant dans une stricte neutralité, position qui ne pourra résister à la tornade de la Révolution Française et de son corollaire le Premier Empire.

Sur le plan sociétal, si la province de Hollande avait une bourgeoise marchande puissante et organisée mais une noblesse faible et surtout refusant tout contact avec les marchands. C’est le contraire dans les six autres provinces où la noblesse est puissante, la bourgeoise marchande très faible.

Les Provinces-Unies apparaissent également comme un eldorado pour les persécutés de toute l’Europe notamment les différentes sectes protestantes (puritains, anabaptistes), les juifs mais aussi des penseurs dont les écrits sont jugés dangereux.

Sur le plan intérieur, la politique néerlandaise est marquée par une lutte importante entre les «républicains» partisans des Etats-Généraux et les «orangistes» partisans d’un stadhouderat général à la tête des Provinces-Unies, poste qui ne pouvait être occupé que par un membre de la maison d’Orange-Nassau.

En 1650, Guillaume II d’Orange-Nassau meurt subitement. Il laisse un fils nourrisson et il n’y à aucun leader crédible pour prendre le relais à la tête du camp orangiste. Les régents qui dirigent les Etats-Généraux ne laissent pas passer une telle opportunité pour s’emparer du pouvoir.

Johan de Witt

Johan De Witt

C’est la première période (Eerste Stadhouderloze Tijdperk) sans stadhouder qui va durer jusqu’en 1672 avec la personnalité dominante de Johann De Witt, une personnalité remarquable, assassinée avec son frère lors de l’année terrible («Rampjaar»).

En 1672 alors que les Provinces-Unies sont envahies, que la situation militaire est critique, Johann De Witt et son frère sont assassinés par une foule en furie, Guillaume III d’Orange-Nassau devenant stathouder de Hollande, de Zélande, de Utrecht, de Gueldre et de Overijseel. Il va occuper ce poste pendant trente ans jusqu’à sa mort en 1702 alors qu’il était depuis 1688 roi d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande.

Guillaume III d'Orange Nassau 24

Guillaume III 

Sa mort sans descendant direct ouvre la deuxième période sans stadhouder (Tweede Stadhouderloze Tijdperk) qui va durer jusqu’en 1747 quand Guillaume IV membre d’une branche cadette de la maison d’Orange-Nassau va reprendre le flambeau.

Durant cette période «républicaine», l’office de stathouder fût laissée vacante dans les provinces de Hollande, de Zélande et d’Utrecht alors que dans les autres provinces, l’office était occupé temporairement par la maison de Nassau-Dietz, une branche cadette de la maison d’Orange qui allait devenir la maison d’Orange-Nassau.

L’économie décline considérablement au point qu’on parle de décadence (terme que les historiens modernes contestent fortement), les élites marchandes deviennent plus rentières qu’audacieuses ce qui entraîne une contestation de leur pouvoir et de leur influence. Une crise militaire va entraîner la restauration du stadhouderat mais la situation n’allait pas forcément s’améliorer.

De 1740 à 1748 eut lieu la guerre de succession d’Autriche liée à l’avènement de Marie-Thérèse et à l’appétit carnassier de Fréderic II de Prusse. Cette guerre éclate alors que Anthonie van der Heim est Grand Pensionnaire depuis 1737 et jusqu’en 1746.

La république essaya de rester neutre mais ce fût difficile car il du maintenir des garnisons dans de forteresses situées dans les Pays-Bas autrichiens. Les critiques françaises imposèrent aux Provinces-Unies d’augmenter sérieusement ces effectifs militaires avec 84000 hommes en 1743.

En 1744 et 1745, la France attaque les forteresses néerlandaises de Menen et de Tournai ce qui pousse les Provinces-Unies à rejoindre la Quadruple Alliance.

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Maurice de Saxe

Cette alliance est défaite à Fontenoy le 11 mai 1745 («messieurs les anglais tirez les premiers). Les Pays-Bas autrichiens sont majoritairement occupés par les français puis en avril 1747 la plus grosse partie de la Zélande est occupée.

Cette invasion, cette crise militaire entraîne le retour de l’idée de rétablir le stadhouderat. Un candidat est tout désigné, Guillaume IV qui n’est pas un descendant direct de Guillaume III mais le membre d’une branche cadette, le roi d’Angleterre s’étant éteint sans descendance.

Ses partisans menèrent une série de manœuvres politiques pour permettre à Guillaume IV de devenir le «patron» de la République néerlandaise ce qui est chose faite le 22 novembre 1747. Son stathouderat va cependant être de courte durée car il meurt à l’âge de 40 ans le 22 octobre 1751.

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Guillaume V 

Son fils Guillaume V lui succède mais c’est un enfant de trois ans ce qui impose une longue régence assurée par Bentinck et son favori, le duc Louis Ernest de Brunswick-Lüneburg. En 1766 à l’âge de 18 ans, Guillaume V devient stadhouder de jure sans savoir qu’il sera le dernier.

En 1767, il se marie avec la princesse Wilhelmine de Prusse, la fille d’Auguste-Frédéric de Prusse et nièce de Frédéric le Grand.

Durant la guerre d’indépendance américaine, les néerlandais restèrent neutres même si Guillaume V était plus pro-britannique que le gouvernement qui était plus pro-indépendance et pro-français ce qui imposait une neutralité de compromis. Cette neutralité devint impossible quand les néerlandais tentèrent de rejoindre la Ligue des Neutres menée par les russes.

Ce fût l’élément déclencheur de la quatrième guerre anglo-néerlandaise (1780-1784). Durant ce conflit, les Provinces-Unies vont reconnaître le Congrès Continental en avril 1782 suivit d’un traité d’amitié et de commerce en octobre suivant.

Il n’y eut pas de combats en Europe mais les colonies néerlandaises furent victimes de raids et d’attaques britanniques. Le traité de Paris de 1783 est vu comme la fin définitive de la puissance néerlandaise.

Une première révolution patriote à lieu entre 1780 et 1783 menée par un mouvement regroupant des Patriotes qui voulaient mettre fin au déclin du pays. Les leaders sont pour la plupart des membres des élites municipales et provinciales qui contestent la concentration des pouvoirs entre les mains de Guillaume V. Ce mouvement n’est pas isolé puisque certains principes se rapprochent de ceux des insurgents américains ou des parlementaires français de 1780.

Progressivement le mouvement se radicalise avec des revendications d’une classe commerçante qui voulait une république plus démocratique, rompant avec le passé mythifié de l’Union d’Utrecht.

En 1787, l’intervention de l’Angleterre et de la Prusse entraine la fin de la révolution. Guillaume V est rétabli dans ses pouvoirs et de nombreux Patriotes s’exilent, notamment en Belgique et en France dans la région de Dunkerque et à Paris.

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