Dominions (60) Australie (4)

Un entre-deux-guerres compliqué

L’immédiat après guerre fût compliqué pour la marine royale australienne avec la première mutinerie de sa jeune histoire et bien plus grave la terrifiante grippe espagnole.

La mutinerie toucha le fleuron de la marine royale australienne en l’occurence le croiseur de bataille HMAS Australia. Elle le frappa au retour du navire en Australie alors que les marins de l’équipage n’avaient pas revu l’île-continent depuis près de cinq ans.

HMAS Australia 8

Le HMAS Australia

Cette mutinerie qui resta «bon enfant» comme souvent dans les marines anglo-saxonnes était liée à une fausse rumeur de prolongation de l’escale. Le navire arrive à Fremantle le 28 mai et la mutinerie éclate le 1er juin 1919, mutinerie de gentleman comme nous l’avons déjà dit.

Les condamnations furent lourdes : deux peines de deux ans de prison avec révocation de la Marine, une peine de dix-huit mois d’emprisonnement avec révocation et deux peines d’un an d’emprisonnement.

Pour la marine l’incident est clos mais l’opinion publique est outrée et le gouvernement est prêt à faire preuve de souplesse mais deux amiraux menacent de démissionner.

Finalement un compromis honorable est trouvé : la grâce est prononcée mais les équipages sont informés qu’il s’agit d’une mesure de clémence exceptionnelle et en conséquence les deux amiraux retirent leur démission et les cinq coupables sont libérés le 20 décembre, c’est-à-dire au bout de six mois de peine.

L’autre événement marquant pour l’Australie et donc sa marine fût la spanish influenza aka la grippe espagnole qui entre avril 1918 et mai 1919 tua environ 25 millions de personnes (certaines évaluations vont jusqu’à 50 millions !).

Cette terrifiante épidémie n’épargna pas l’Australie même si une politique stricte de quarantaine fût imposée. 11500 australiens furent tués, les marins de la RAN furent les plus touchés et furent également les principaux vecteurs de l’épidémie en l’absence à l’époque de transport aérien (on tremble à l’idée d’imaginer une telle pandémie de nos jours avec un virus aussi meurtrier et une place si importante pour le transport aérien).

Pourquoi la maladie se répandit aussi rapidement sur les navires de la RAN ? Très simple, les navires étaient surpeuplés peu ou pas ventilés sans compter que les symptômes de la grippe espagnole déroutèrent nombre de spécialistes ce qui retarda la prise de mesures nécessaires à l’endiguement de la pandémie. 26 marins de la RAN succombèrent à la maladie.

L’épidémie arriva dans le Pacifique Sud via le cargo S.S Talune qui appareilla d’Auckland le 30 octobre 1918 avec à bord des malades. Le navire fit escale à Fidji, à Samoa, à Tonga et Nauru.

Les autorités locales furent prises au dépourvu ce qui entraîna la multiplication des cas de grippe. Il y eut même un vrai laissez-aller de la part de l’administration néo-zélandaise de l’ancien territoire allemand des Samoa qui refusa même l’assistance des autorités des Samoa américaines.

C’est en 2002 que le gouvernement néo-zélandais présenta ses excuses au peuple samoan.

Le 29 novembre 1918 le gouvernement militaire d’Apia demanda l’aide de Wellington mais cette demande fût rejetée car on avait besoin de tous les médecins disponibles en Nouvelle-Zélande. Ce fût donc l’Australie qui fût sollicitée pour envoyer du personnel médical.

Le HMAS Encounter appareille de Sydney le 24 novembre 1918. Signe de la gravité de la situation, les 450 membres de l’équipage furent vaccinés deux fois pour éviter de nouvelles contaminations le navire ayant souffert de 74 cas à Fremantle plus tôt dans l’année.

Le navire arriva à Suva le 30 novembre pour se ravitailler en charbon et en eau. Une stricte quarantaine fût imposée pour empêcher toute contamination.

L’Encounter arrive à Apia le 3 décembre et en moins de six heures les médecins et les fournitures médicales sont mises à terre, le navire australien ralliant ensuite Nukuʻalofa, la capitale des Tonga le 5 décembre pour débarquer ce qu’il restait de personnel médical et de fortnitures.

Le navire repasse par Suva le 7 décembre 1918 et rentrer à Sydney le 17, étant immédiatement placé en quarantaine. La mission de l’Encounter fût la première mission d’assistance humanitaire, une mission qui allait profondément marquer la RAN.

L’avenir de la marine australienne se pose. La première guerre mondiale à complètement bouleversé les rapports entre la métropole et ses dominions, l’empire ne sera plus jamais le même, les pertes aux Dardanelles étant la meilleure garantie pour les australiens que les britanniques les considèrent autrement que comme une partie de leur empire.

Plus concrètement il s’agit de savoir quel format doit adopter la Royal Australian Navy (RAN) dans une région où le Japon reste toujours menaçant avec un programme naval très ambitieux (huit cuirassés et huit croiseurs de bataille programme dit «8-8»).

La politique navale australienne étant réglée par les recommandations Henderson de 1911 une mise à jour s’imposait. Canberra envoya une invitation à l’amiral Jellicoe, le commandant en chef de la Grand Fleet lors de la bataille du Jutland.

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John Jellicoe

John Jellicoe arrive en Australie en mai 1919 à bord du HMS New Zealand sister-ship de l’Australia y passant trois mois, rentrant en Grande Bretagne en passant par la Nouvelle-Zélande et le Canada. Ses conclusions furent publiées en août 1919 sous le titre de Report of the Naval Mission to the Commonwealth (rapport de la mission navale dans le Commonwealth).

Le rapport recommandait un renforcement de la présence navale britannique dans l’océan Pacifique, une relation très étroite entre la Royal Navy et la Royal Australian Navy (RAN) avec une utilisation des mêmes méthodes et des mêmes procédures administratives, un échange permanent d’officiers.

L’amiral de la flotte réclamait également la création d’une puissante flotte en Extrême-Orient composée de cuirassés mais aussi de porte-avions, le coût de cette flotte devant être partagée entre la Grande Bretagne (75%), l’Australie (20%) et la Nouvelle-Zélande (5%).

En ce qui concerne l’apport australien il se montait à un porte-avions, deux croiseurs de bataille, huit croiseurs légers, un conducteur de flottille, douze destroyers, un ravitailleur de destroyers, huit sous-marins, un ravitailleur de sous-marins et d’autres navires auxiliaires.

On connait la suite, la crise économique, le pacifisme de l’opinion mais aussi le traité de Washington de 1922 firent que les recommandations de celui «qui pouvait perdre la guerre en une après-midi» (W. Churchill) restèrent lettre morte.

Craignant la menace japonaise, l’Australie était le partisan le plus enthousiaste de l’alliance anglo-japonaise tout comme la Nouvelle-Zélande alors que le Canada était opposé car considérant que cette alliance gênait les relations de l’empire britannique avec la Chine et les Etats-Unis.

Le traité de Washington (1922) consacra la supériorité navale anglo-saxonne sur le Japon et fût vu comme le gage d’une supériorité de la Royal Navy dans l’Océan Pacifique et comme gage de sécurité pour l’île-continent, oubliant un peu vite que Londres avait pour cela sacrifié son alliance avec Tokyo en vigueur depuis 1902, alliance qui ne lui était de toute façon plus d’aucune utilité puisque la menace de la flotte allemande avait disparu.

Tout comme bien d’autres pays, la période 1919-1939 («Rethondes-Coblence») fût une période où les budgets militaires ne cessèrent de se réduire sous le triple effet d’une économie pas toujours florissante (la crise de 1929 mais aussi la crise moins connue de 1919/1920), le pacifisme des opinions et bien entendu les différents traités de limitation des armements navais.

Symbole de ce désinvestissement naval pour l’Australie : le désarmement du croiseur de bataille HMAS Australia. Cette unité de classe Indefatigable avait été financée dans le cadre d’une prise en charge de leur défense par les dominions.

Lors de la conférence impériale de 1909 on proposa ainsi la constitution de marines autonomes dans les Dominions (Australie, Nouvelle-Zélande, Canada et Afrique du Sud), marine devant se composer d’un croiseur de bataille type Invincible, de trois croiseurs légers de type Bristol et de six destroyers.

Seuls les dominions du Pacifique acceptèrent ce plan mais seule l’Australie pu mettre en œuvre «son» croiseur de bataille car la Nouvelle-Zélande ne possédait pas encore de marine autonome (il faudra attendre les années quarante pour cela) et probablement pas les ressources humaines nécessaires pour armer un tel navire et une telle flotte. Le New Zealand allait donc à la différence de l’Australia être utilisé par la RN avec fort peu de néo-zélandais à bord.

Le premier conflit mondial terminé l’utilité de posséder un tel navire se pose. C’est finalement le traité de Washington qui impose sa destruction.

Il est mis en réserve dès décembre 1921 puis sabordé à 25 miles nautiques au nord-est de Sydney en présence du British Special Service Squadron (croiseurs de bataille HMS Hood et Repulse) le 12 avril 1924. Il repose à 400m de profondeur hors d’atteinte de l’homme.

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Sabordage du croiseur de bataille HMAS Australia

En 1924 cependant un plan de construction sur cinq ans fût lancé pour obtenir des navires modernes. Ce fût l’acte de naissance des croiseurs lourds Australia et Canberra de type County (toujours en service quand éclate le second conflit mondial) mais aussi du ravitailleur d’hydravions Albatross.

HMAS Albatross

Le HMAS Albatross futur HMS Albatross

L’investissement était conséquent et fût partiellement financé par la vente à la démolition des croiseurs légers de classe Town Brisbane Melbourne et Sydney ainsi que de la majorité des destroyers.

La crise consécutive au krach boursier de 1929 entraina des coupes sombres dans les budgets et une réduction des effectifs.

Il n’y avait cependant pas de problème de recrutement puisqu’en raison de la crise économique les volontaires se bousculaient sans compter que la paye était supérieure à celle proposée dans le civil.

Les effectifs tombèrent à seulement 3117 officiers et marins plus 131 membres des services navales auxiliaires, les réservistes étant en 1932 5446. Les fonds restreint impose au début des années 30 le transfert du Royal Australian Naval College (l’école navale australienne créée en 1915) de Jervis Bay au dépôt naval de Flinders dans l’Etat de Victoria.

En 1933 cependant des commandes de navires neufs sont passés en l’occurence trois croiseurs légers type Leander qui allaient pour certains servir quelques temps dans la marine britannique (HMAS Perth Hobart et Sydney), le financement du Hobart imposant la vente à la RN du ravitailleur d’hydravions Albatross dont l’utilité se révéla discutable car censé accompagner les croiseurs il était bien trop lent pour cela. De vieux destroyers type V & W furent également acquis, navires regroupés sous le nom de Flottille de la Ferraille (Scrap Iron Flottilla).

Quand la guerre de Pologne éclate en septembre 1939 la marine australienne n’est plus que l’ombre de son ainée de 1914.

La reconstruction : la Royal Australian Navy (RAN) dans la Pax Armada

Quand la guerre de Pologne éclate, la marine australienne n’est certes pas négligeable mais elle est loin d’atteindre le niveau de sa devancière de 1914. Pas de cuirassé, pas de porte-avions, des croiseurs lourds vieillissants, des destroyers dépassés. Seuls les trois Leander sont modernes et efficaces.

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Le HMAS Sydney

Contrairement à ce qui c’était passé en août 1914, l’essentiel des navires australiens restent sous commandement australien, quelques unités étant détachées auprès de la marine britannique.

La courte durée du conflit fait que la marine australienne n’à pas le temps de s’engager et a fortiori de s’illustrer.

Les croiseurs vont essentiellement couvrir les convois transportant deux divisions d’infanterie au Moyen-Orient et traquer les raiders allemands qui s’attaquaient à une navigation alliée qui ne pouvait pas être complètement encadrée par des convois.

Le conflit terminé se pose la question de l’avenir de la marine. Des investissements sont nécessaires et personne ne le conteste mais quelle doit être leur ampleur et où doivent aller les financements.

Quand débute la Pax Armada les principales unités de la marine australiennes sont les deux croiseurs lourds type County (Australia et Canberra), trois croiseurs légers type Leander modifié (Hobart, Perth et Sydney), le vieux croiseur léger classe Town (Adelaïde), quatre sloops (Swan et Yarra en service, Warrego et Parramatta en construction), cinq vieux destroyers type V et de nombreux navires de soutien.

Une commission se réunit en janvier 1940 pour décider de l’avenir de la marine royale australienne, une commission qui rend ses conclusions en septembre 1940. un Australian Naval Defense Act est voté en janvier 1941 pour un programme de construction décennal avec chaque année des budgets dédiés aux constructions navales.

La priorité est d’abord donnée au renouvellement de la force de combat de surface à savoir le remplacement des vieux destroyers type V et du croiseur léger Adelaïde.

Plusieurs hypothèses ont été étudiées (torpilleurs commandés par des croiseurs-éclaireurs semblables aux Dido, destroyers……) mais finalement l’Australie décide de faire construire au pays huit puissants destroyers de classe Tribal qui avec leurs huit canons de 120mm en quatre tourelles doubles sont de véritables mini-croiseurs.

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Le HMAS Arrunta classe Tribal

Les deux croiseurs lourds de classe County ont déjà dix ans de service en septembre 1939 et donc plus proches de la fin que début.

Leur remplacement est étudié, on demande des plans à différents pays (l’acquisition d’un Baltimore américain est connue mais il semble que les projets C5 français et britanniques classe Admiral ont aussi été étudiés) mais on décide de ne rien décider à part de mener une profonde modernisation concernant le flotteur, la propulsion et l’armement (renforcement de la DCA notamment).

Quand la question de la construction d’un croiseur lourd moderne se posera à nouveau on préféra commander un porte-avions léger type Colossus à Vickers, le futur HMAS Galipolli.

Outre les constructions neuves, la marine australienne va récupérer des navires initialement construits pour la marine britannique en l’occurrence six des huit destroyers type N (les deux derniers équipant la marine polonaise libre en remplacement de deux vieux torpilleurs d’escadre de construction française).

Aux côté des croiseurs et des destroyers, la marine australienne va construire des corvettes type Flower, des frégates type River mais aussi des destroyers légers type Hunt.

L’acquisition de sous-marins fût étudiée mais les budgets ne furent jamais débloqués sans compter qu’on s’interrogeait sur la capacité du «réservoir humain» à mettre en œuvre des submersibles.

L’aéronavale n’est pas oubliée avec la constitution d’un groupe aéronaval embarqué et la constitution de squadrons d’hydravions. Comme dans toutes les armées anglo-saxonnes, les squadrons d’hydravions de grande endurance ainsi que les avions de patrouille maritime dépendent de l’armée de l’air (RAAF).

Les infrastructures sont modernisées qu’il s’agisse de Sydney, de Darwin ou de Perth sont modernisées et agrandies pour pouvoir accueillir tous ces beaux navires. Les défenses côtières ne sont pas oubliées même si la menace est faible.

Quand aux unités d’infanterie de marine, il faudra attendre le second conflit mondial pour voir la naissance des Australian Marines.

Quand le second conflit mondial éclate en septembre 1948, la marine royale australienne est sure de sa force et de ses capacités même si personne ne doute que le conflit à venir sera long et (très) pénible.

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