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Raids Fenians et guerre des Boers : l’armée de terre canadienne jusqu’au premier conflit mondial

A peine sur pied donc la milice canadienne va devoir contrer une menace extérieure. Non pas celle des Etats-Unis (plus préoccupés par la reconstruction du Sud après la terrible guerre de Sécession) mais celle des fenians, un groupe de radicaux irlandais.

Ces derniers dont certains déclarèrent former l’Armée Républicaine Irlandaise en anglais Irish Republican Army (IRA). A notre connaissance c’est la plus ancienne utilisation de ce terme.

Le but des fenians ou fenians n’était pas de conquérir le Canada mais de faire pression sur Londres et les britanniques pour les obliger à se retirer d’Irlande.

Ces raids vont provoquer une division entre les canado-irlandais. Si les protestants restent loyaux à la couronne, les catholiques se divisent entre modérés (attachés à leur nouvelle patrie) et radicaux.

Les Etats-Unis vont être accusés d’avoir fermé les yeux sur les préparatifs des raids pour punir Londres de son attitude ambiguë durant la guerre de Sécession. Très vite cependant Washington va mettre le ola aux manœuvres féniennes.

Cinq raids fénians vont ainsi avoir lieu. Le premier contre l’île de Campobello dans le Nouveau-Brunswick en 1866 est un véritable coup d’épée dans l’eau car les 700 hommes qui se rassemblent sont dispersés par des soldats de l’Union.

Il est suivit par un raid mené le 2 juin 1866 dans la vallée du Niagara. 800 hommes qui se considèrent comme formant l’IRA combattent la jeune milice canadienne mal équipée et mal formée alors qu’en face les fenians sont pour un nombre importants des vétérans de la guerre de Sécession. La bataille de Ridgeway est une victoire féniane mais très vite la fermeture de la frontière empêche la suite de l’expédition, 3000 hommes restant bloqués aux Etats-Unis.

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Représentation de la bataille de Ridgeway

Cinq jours plus tard, le 7 juin 1866 est lancé un nouveau raid sur Pigeon Hill, 1000 hommes entrant au Canada mais cette fois la nouvelle milice canadienne repousse les envahisseurs.

Il faut ensuite attendre 1870 pour assister au quatrième raid fenian, un raid dans le comté de Missisquoi (frontière Québec/Vermont) mais ce raid à été tué dans l’oeuf grâce à de précieux renseignements.

Le cinquième et dernier raid fenian est le raid mené en direction du Manitoba en 1871. trente-cinq hommes seulement espérèrent passer au Manitoba pour se joindre aux métis de Louis Riel. Ce raid se transforma en tragicomédie puisque suite à un problème d’orientation les fenians se rendirent compte qu’ils étaient encore aux Etats-Unis. De plus les métis ne bougent pas.

Cette menace féniane va définitivement s’estomper au début des années 1890. Il y eu bien une agitation mais cela resta un épiphénomène.

Durant les raids fenians, la milice canadienne fût également engagée contre les métis de Louis Riel qui refusaient de déposer les armes. En 18700 400 soldats britanniques du British Kings’ Royal Rifle Corps associés à 644 miliciens de l’Ontario sont engagés dans la région de la rivière Rouge pour mettre fin à la rébellion métis.

Cette expédition ne servit qu’à une démonstration de force, Louis Riel et ses hommes acceptant l’accord de déposer les armes en échange de la création d’une cinquième province au sein du Dominion, la province du Manitoba.

En 1871 le traité de Washington marque peu à peu le retrait des soldats britanniques encore présents en nombre.

Ce retrait s’explique par les besoins de la conquête coloniale et l’amélioration des relations canado-américaines. Le gouvernement du Dominion reçoit la direction de la défense du Canada, Londres laissant des garnisons uniquement dans les ports d’Halifax et d’Esquimalt (Colombie Britannique), la Royal Navy continuant à assurer la défense du Canada faute de marine canadienne.

La même année sont créées deux batteries d’artillerie de garnison, les batteries A et B, batteries stationnées à Kingston (futur Toronto) et Québec City. Une troisième batterie («C Battery») est autorisée en 1883 mais n’est formée qu’en 1887 à Esquimalt. Ces batteries vont être ultérieurement intégrées au sein du Regiment Royal Canadian Horse Artillery (1895).

En 1876 est créé le Royal Military College pour former les officiers de la Permanent Active Militia et en attendant, des officiers britanniques continuant à seconder les officiers supérieurs de la milice.

Le 21 décembre 1883 sont créés les Cavalry School Corps (futur Royal Canadian Dragoons) et Infantry School Corps (futur Royal Canadian Regiment).

En l’absence de menace extérieure, la milice fût peu à peu délaissée, devenant une sorte de force de sécurité paramilitaire pour par exemple mettre fin aux émeutes opposants catholiques et orangistes.

Les officiers sont choisis pour des raisons politiques et non pour leurs compétences, les miliciens du rang sont peu motivés, mal entraînés et mal équipés (seulement douze jours d’entrainement par an).

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Louis Riel

En 1885 éclate la rébellion du Nord-Ouest. Du 26 mars au 12 mai 1885, les métis menés notamment par Louis Riel se révolte dans le Saskatchewan. C’est la première opération où les canadiens vont devoir se débrouiller seuls sans soutien britannique (même si des officiers britanniques servaient de conseiller).

Cette expédition montre les faiblesses de la milice, imposant des réformes pour améliorer son efficacité. C’est à cette occasion que sont créés le Royal Canadian Regiment of Infantry, le Royal Canadian Dragoons et différentes batteries d’artillerie.

Cette réformes ne se font pas sans mal, tant elles remettent en cause des privilèges et autres positions acquises. Le réformateur en chef, le colonel Ivo Herbert est ainsi démis en 1894 quelques mois seulement après son arrivée.

En 1896 arrive au pouvoir un premier ministre libéral, sir Wilfrid Laurier. Il nomme à la tête du ministère de la Défense sir Frederick Borden qui va rester en poste jusqu’à la défaite libérale aux élections en 1911. Il nomme à la tête de la milice le colonel Edouard Hutton de l’armée de terre britannique.

Sous son commandement, la milice permanente s’enrichit d’un corps médical, d’un corps de transport, d’un corps de transmissions et d’un corps de soutien logistique.

En 1899, la guerre menace entre les boers du Transvaal et la Grande-Bretagne. Les canadiens anglophones très attachés à l’Empire espère voir Ottawa s’engager pleinement aux côtés de Londres alors que les canadiens francophones sont totalement opposés.

Le colonel Sam Hughes, un millionnaire conservateur et officier de la milice offre de lever lui-même un régiment pour combattre en Afrique du Sud, une offre qu’accepte Hutton car cela permettait de jouer sur deux tableaux : cela calmait les anglophones et cela donnait une excuse au gouvernement fédéral canadien de ne pas engager la milice permanente à plusieurs milliers de kilomètres de la mère-patrie.

Le 3 octobre 1899, le gouvernement Laurier reçoit les remerciements du Colonial Office pour l’envoi de 250 soldats en Afrique du Sud. Cela n’éteignait pas la polémique et le débat qui divisait jusqu’au parti libéral.

Le 14 octobre 1899 Wilfried Laurier annonce la levée d’une force de volontaire destinée à combattre en Afrique du Sud, une force payée par Londres. Devant les divisions de sa majorité parlementaire, Laurier renonce à demander un vote parlementaire, préférant prendre un décret.

Le 30 octobre 1899, 1061 volontaires quittent Québec City à bord du paquebot SS Sardinian. Ils sont débarqués au Cap. Une fois pleinement entraînes et équipés, ils sont engagés le 27 février 1900 à la bataille de Paardeberg jouant un rôle clé salué par les britanniques.

Wilfried Laurier autorise l’envoi de 1320 volontaires pendant que le millionnaire lord Strathcona tel un noble des temps jadis lève à ses frais un régiment, le Strathcona’s Horse Regiment, un régiment de cavalerie destiné à combattre en Afrique du Sud.

Durant le conflit anglo-boer les faits d’arme canadiens sont magnifiés mais les problèmes en matière d’armement et d’équipement sont pudiquement passés sous licence.

En 1904 un nouveau Militia Act est voté pour réformer la milice permanente. Les officiers canadiens devenaient l’équivalent des officiers britanniques, le gouverneur-général cessant de commander la milice. La même année un premier officier canadien prend la tête de la milice.

Une réforme importante est passée pour améliorer les capacités du corps médical, la majorité des soldats canadiens morts en Afrique du Sud étant mort de maladie ou d’une hygiène défectueuse et non des coups de l’ennemi (comme ce fût le cas jusqu’au premier conflit mondial).

Le 1er juillet 1905 les dernières garnisons britanniques quittent le Canada. Désormais la défense des bases navales d’Halifax et d’Esquimalt est assurée par la milice. A noter qu’à l’époque le corps des officiers de la milice est quasi-exclusivement anglophone car les corps du Royal Military College sont en anglais et que les cours des collèges et lycées du Québec sont effectués en français. Un véritable cercle vicieux.

La situation ne risque pas de s’améliorer avec le bouillant Samuel Hughes, ministre de la défense en 1911, un anglophone qui masquait mal son hostilité aux catholiques et aux francophones. Il interdit ainsi aux miliciens de participer aux processions catholiques. Sur le plan budgétaire, on passe de 7 à 11 millions de dollars.

Néanmoins quand le premier conflit mondial éclate, «l’armée de terre canadienne» est loin d’être prête à combattre.

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