URSS (58) Armée de Terre (6)

L’armée impériale russe et le premier conflit mondial

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Soldats russes au début du premier conflit mondial. Le « rouleau compresseur » russe suscite énormément d’espoirs en France. La désillusion ne sera que plus grande. 

Après des années de tension, des années de crispation, le geste d’un étudiant serbe provoque l’implosion de l’Europe. Les grandes puissances liées entre-elles par des traités d’alliance mobilisent, persuadés que le conflit sera bref.

Hélas pour des millions d’hommes, ils ne seront pas rentrés à la maison pour Noël. Ils vont entamer quatre ans et trois mois d’un conflit meurtrier, un conflit qui allait marqué l’histoire et traumatiser toute une génération ce qui expliquera nombre de positions politiques et nombre de comportements dans la période qu’on à ultérieurement baptisé «Rethondes-Coblence» (1919-1939).

La géographie impose ses contraintes à la stratégie et dans ce domaine l’Allemagne est encerclée par des puissances ennemies. Si la Triplice germano-austro-italienne forme un bloc compact et homogène, il doit combattre à l’ouest comme à l’est.

Convaincus de la validité du concept de la bataille décisive ( Entscheidungsschlacht), les allemands décident de jouer leur va-tout dans un plan risqué inspiré de la bataille de Cannes de la deuxième guerre punique : le plan Schlieffen.

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Alfred von Schlieffen

Ce plan prévoit un gigantesque coup de faux à travers les plaines belges pendant que des forces déployées en Alsace et en Lorraine fixeraient les troupes françaises. Tout doit être réglé en six semaines ce qui permettra à l’armée allemande de se retourner contre une Russie lente à mobiliser.

En effet si la Russie doit mobiliser quinze millions d’hommes elle ne peut le faire immédiatement, il faut du temps et des moyens. Même si la Russie connait une vraie modernisation industrielle depuis plusieurs décennies, les failles et les faiblesses sont nombreuses.

Si l’équipement n’est pas forcément plus mauvais que celui des allemands, le «matériau humain» se caractérise par un niveau inégal et hétérogène entre un corps d’officiers généraux plein de morgue et de mépris, des officiers subalternes parfois bons, parfois incompétents mais souffrant du mépris de leurs supérieurs.

Le corps de troupe essentiellement d’origine paysanne se caractérise par son endurance, sa discipline mais manque d’esprit d’initiative ce qui à souvent de sérieuses conséquences au combat.

De plus la politique de russification mécontente de nombreuses nationalités et rends les troupes levées parmi elles comme peu sures, le recensement de 1897 montrant que seulement 45% de la population était russe.

Voilà pourquoi si l’armée russe possède 4 millions en 1914 et peut sur le papier bénéficier d’un réservoir de vingt-sept millions de réservistes, seulement la moitié peut être effectivement appelée sous les drapeaux puisque les musulmans, les fils uniques et les soutiens de famille sont exemptés.

L’industrie peut difficilement faire face aux besoins colossaux d’une guerre industrielle. Les alliés tenteront de ravitailler le pays mais les besoins ne seront jamais totalement couverts.

En réalité le conflit est arrivé trop tôt. Le programme de modernisation lancé en 1913 doit normalement s’achevé en 1917.

Le front oriental du premier conflit mondial voit l’engagement de plusieurs millions d’hommes allemands, austro-hongrois, russes mais aussi roumains, bulgares et ottomans.

Face aux quinze millions de soldats russes, les allemands alignent «seulement» un million d’hommes, les austro-hongrois six millions. Bien entendu tous les soldats ne sont pas engagés immédiatement et simultanément.

Fin septembre 1914, cinquante-deux divisions allemandes et austro-hongroises affrontent quatre-vingt dix divisions russes. A la fin de l’année, le nombre passe à soixante et un du côté des puissances centrales mais tombe à quatre-vingt deux dans le camp d’enfance.

Après l’échec de l’automne 1914, les russes vont privilégier le front austro-hongrois où l’adversité est plus faible. Les faiblesses des troupes de la Double-Monarchie oblige même les allemands à envoyer des troupes pour soutenir leur allié méridional. Mieux même l’offensive Broussilov va avoir un impact stratégique en obligeant à l’arrêt d’offensives sur les fronts italiens et occidentaux.

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Alexei Broussilov 

L’infanterie russe est nombreuse mais mal équipée et souvent mal formée. Il n’y à pas suffisamment d’armes et de munitions. La cavalerie est nombreuse, bien formée mais n’est pas l’arme la mieux adaptée pour casser le front où la fortification et la puissance de feu dominent.

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Le Mosin-Nagant modèle 1891 était le fusil standard de l’armée russe durant le premier conflit mondial et sera encore largement présent durant le second en dépit de la présence d’armes plus modernes 

L’artillerie manque de pièces même si paradoxalement le nombre de canons et de mortiers va augmenter.

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Canon de 107mm modèle 1910. Si ce canon vous en rappelle un autre c’est tout à fait normal puisque le canon de 105mm Schneider modèle 1913 lui doit beaucoup

En 1914, on comptait 8030 pièces en ligne (7237 légers,512 mortiers,240 canons lourds) mais en 1917 on comptait 10487 pièces en ligne qui se répartissent entre 9562 canons légers,1054 mortiers,1430 canons lourds et nouveauté 329 canons antiaériens.

A la fin 1915, les effectifs ont paradoxalement augmenté mais cette augmentation est grevée par les carences de l’encadrement, la faiblesse des moyens d’information, des méthodes de combat inadaptées, la corruption et l’incompétence de l’intendance qui paralyse des armées qui mal ravitaillées vont progressivement se désagréger, minées également par la propagande révolutionnaire.

Sur le plan stratégique, les russes vont tenter face aux allemands la politique «de l’espace contre du temps» mais si cette stratégie était efficace en 1812 ne l’est plus un siècle plus tard à l’ère du rail.

En 1916 on assiste à un sursaut russe peut être lié à la priorité donné par les allemands au front occidental, ce sursaut culminant comme nous allons le voir avec l’offensive Broussilov du printemps qui aura clairement un impact stratégique.

Hélas pour Nicolas II, le pays est incapable de faire face au prolongement de la guerre. La lassitude, l’épuisement associé à la propagande révolutionnaire provoquent deux révolutions, la première emportant le régime tsariste, la deuxième le régime qui lui avait succédé.

Privilégiant la consolidation du régime sur la défense du pays, Lénine signe le léonin traité de Brest-Litovsk qui provoque le retrait de la Russie de la guerre et un nouvel espoir côté allemand de l’emporter avant l’arrivée massive des troupes américaines. On connait la suite…… .

Les russes passent à l’offensive dès le 17 août en avance sur ce qu’escomptait l’état-major allemand dans son très risqué plan Schlieffen. Deux armées rentrent en Prusse orientale et quatre font mouvement en direction de la Galicie, les deux premières affrontant des allemands, les quatre autres des austro-hongrois.

Cela commence bien pour l’armée tsariste qui bat la 8ème armée allemande à Gumbinnen (auj. Goussev en Russie) (19-20 août 1914). Cette première victoire va annoncer des jours sombres pour l’armée russe.

Cette première bataille majeure du conflit sur le front oriental fait suite à la bataille de Stalluponen trois jours plus tôt, une bataille qui voit les allemands faire 3000 prisonniers. Cela va entraîner une prise de risque inconsidérée, une sous-estimation de l’ennemi, de mauvaises décisions.

La 8ème Armée allemande aligne huit divisions plus la moitié d’une neuvième ce qui représente 102 bataillons d’infanterie, 58 escadrons de cavalerie et 95 batteries d’artillerie soit 130000 hommes qui vont faire face à la 1ère armée russe qui dispose de six divisions plus la moitié d’une septième, quatre-vingt quatorze bataillons, 124 escadrons de cavalerie et 55 batteries d’artillerie soit 60000 hommes seulement alors que les allemands estimaient avoir à faire à 24 divisions.

Sur le papier tout doit aboutir à une éclatante victoire allemande. Les troupes du Kaiser sont mobilisées, fraîches et dispos (elles ont été amenées en train), le dispositif allemand est complètement mobilisé alors que les troupes russes ne sont que partiellement prêtes, que les soldats sont venus à pied (en raison d’un écartement de chemin de fer différent), qu’il n’y à pas de réserve et une artillerie limitée.

Cette action précipitée s’explique par la demande française d’attaquer le plus vite possible pour soulager la pression allemande à l’ouest. Voilà pourquoi les russes ont attaqué à J+15 alors qu’ils pensaient être prêts à J+36.

Et pourtant cette bataille va être une victoire russe. La faute à une attaque précipitée et mal conduite, sans coordination entre les différents corps allemands. L’artillerie russe provoque de lourdes pertes au sein des troupes du Kaiser.

Cédant à la panique, le général Piwitz ordonne la retraite jusqu’à la Vistule, laissant la Prusse orientale aux mains des russes. Cette décision est d’autant plus étrange que le général russe est incapable de poursuivre les troupes allemandes en retraite.

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Phase finale de la bataille de Tannenberg

Guillaume II le remplace par le général Hindenburg qui reçoit comme chef d’état-major Ludendorff, ce tandem va amener des renforts et surtout remobiliser les troupes allemandes qui vont remporter les deux batailles suivantes en écrasant les russes à Tannenberg (27-30 août 1914) et aux lacs Mazures (15 septembre 1914).

La première bataille voit l’engagement côté allemand de la 8ème Armée (166000 hommes avec trois corps d’armée, un corps de réserve, des garnisons de forteresse et une division de cavalerie) alors que côté russe, on trouve la 1ère Armée de Rennenkampf (? hommes, trois corps d’armée, cinq brigades de fusiliers, cinq divisions de cavalerie et une brigade indépendante de cavalerie) et la 2ème Armée de Samsonov (six corps d’armée plus la Garde, une brigade de fusiliers et trois divisions de cavalerie.

Les russes sont persuadés que les allemands sont en pleine retraite voir en déroute. En réalité le repli allemand à été rapidement stoppé par le duo Hindenburg/Ludendorff. Le plan des attaquants est de prendre en tenaille la 8ème Armée allemande et la détruire.

Cela ne va pas se passer comme prévu notamment parce que les deux généraux russes se détestent. Ainsi si Samsonov tente de tendre la main à Rennenkampf, ce dernier manœuvre en direction du nord de Koeningsberg persuadés d’y trouver une armée allemande.

Ce manque flagrant de coordination associé aux problèmes logistiques (vivres, munitions) explique en grande partie le triste sort de la 2ème Armée qui est encerclée, son commandant préférant le suicide à la reddition, 92000 soldats russes étant faits prisonniers.

Après s’être occupé de la 2ème Armée, les allemands vont régler son compte à une 1ère Armée qui n’avait en face d’elle qu’un mince rideau de troupes destiné à jalonner l’avancée russe et surtout l’empêcher de se coordonner avec Samsonov.

La 1ère Armée russe aligne quatre corps d’armée, le 20ème (28ème et 29ème DI), le 3ème (25ème et 27ème), le 4ème (30ème,40ème et 57ème DI) et le 2ème CA (26ème,43ème et 72ème DI).

Les allemands déploient d’abord au sein de la huitième armée un corps de réserve de la garde à deux divisions, un corps de réserve à deux divisions et deux corps d’armée «réguliers» avec le 11ème (22ème et 35ème DI) et le 20ème CA (37ème et 41ème DI).

Ce dispositif doit fixer les troupes russes, deux corps d’armée et deux divisions de cavalerie devant envelopper l’armée russe, le 17ème CA disposant des 35ème et 36ème DI, le 1er CA (1ère et 2ème DI), les 1ère et 8ème divisions de cavalerie complétant le dispositif.

Le 7 septembre 1914, le 17ème CA entament leur mouvement vers le nord de la forteresse Lötzen, les deux divisions de ce corps d’armée devant percer les lignes russes entre les lacs de Mazurie vers Kurklanki et Pozezdrze.

Le 1er corps d’armée allemand soutenu par les deux divisions de cavalerie, participe au mouvement enveloppant, repoussant les unités russes (43ème DI et 1ère Division de Cavalerie). La cavalerie allemande s’empare de Stare Juchy, l’infanterie s’emparant elle de Regulowken et de Wydminy.

Le lendemain, 8 septembre 1914, l’artillerie allemande déclenche le feu de Wotan, obligeant les russes à se replier mais au sud le mouvement enveloppant se heurte à une résistance russe acharnée. Ainsi au prix de lourdes pertes, les russes évitent l’anéantissement mais doivent évacuer la Prusse Orientale.

Entre temps, les troupes austro-hongroises ont attaqué le sud de front mais cette attaque est un échec.

Ils doivent se replier sous la pression russe, retraite qui ne tourne pas la déroute mais depuis un front stabilisé sur les Carpates, les armées de la Double-Monarchie ne peuvent constater qu’une chose : la Galicie et la Bucovine sont perdues. La Première campagne de Galicie s’achève le 11 septembre 1914. Les pertes sont lourdes avec 300000 blessés et 130000 prisonniers soit le double des pertes russes.

Pire, une armée est encerclée à Przemsyl, ce siège s’achevant le 11 mars 1915 par la chute de la ville après l’échec d’une armée de secours dans ce qu’on à appelé la bataille des Carpates.

Du 29 septembre au 31 octobre 1914 à lieu la bataille de la Vistule qui voit les allemands devoir se replier sous la pression russe et devoir évacuer la boucle de la Vistule. Ce sont pourtant les allemands qui prennent l’initiative de l’assaut mais se heurtent rapidement à une solide résistance russe qui impose un repli à partir du 17 octobre.

Cette victoire n’est cependant que tactique, l’initiative est du côté des empires centraux, la poussée allemande sur Lodz et celle austro-hongroise en direction Cracovie au mois de novembre 1914 oblige les russes à stopper toute manœuvre offensive.

Du 3 au 14 décembre 1914, les austro-hongrois remportent une victoire en Galicie qui sauve Cracovie de la conquête russe et bloque l’avancée de l’armée tsariste en direction de la riche Silésie mais cette victoire reste sans lendemain. Entre-temps les turcs ont bombardé les côtes russes de la mer Noire et ont ouvert un nouveau front dans le Caucase (24 octobre-20 novembre 1914).

C’est le début d’une campagne longue de quatre années (24 octobre 1914-30 octobre 1918) qui va aboutir à la création de nouveaux états indépendants.

Les ottomans engagent une 3ème Armée bientôt renforcée par une 2ème Armée. Les effectifs globaux sont de 100 à 190000 hommes, troupes mal équipées au début du conflit. Face à eux, l’armée russe du Caucase aligne 100000 hommes mais après les défaites du front de l’est des unités sont transférées ce qui réduit la qualité et la quantité des troupes déployées sur ce front.

Outre les ottomans et les russes, on verra l’engagement de troupes allemandes, de troupes semi-irrégulières arméniennes et même des troupes occidentales, la Dunsterforce composée de 1000 hommes britanniques, canadiens, australiens et néo-zélandais censés s’opposer à une trop grande influence allemande dans la région. On trouvait également des kurdes qui combattaient à la fois les ottomans et les russes.

La guerre terrestre commence le 1er novembre 1914 quand 25 bataillons d’infanterie, 37 escadrons de cavalerie russes appuyés par 120 canons franchissent la frontière. Les ottomans auraient préféré rester en défensif jusqu’au printemps mais la politique à souvent ses raisons que le militaire ignore. Une contre-offensive est lancée le 7 novembre mais c’est un échec. En quelques jours les russes ont réalisé une percée de 25km en direction d’Erzurum. La fin de l’année se termine par une situation incertaine où aucun camp n’à réellement pris l’avantage.

L’année 1915 commence mal pour les empires centraux avec l’échec d’une offensive dans les Carpates mais cet échec est relatif y compris quand la forteresse de Przesmysl tombe aux mains des russes après plusieurs mois de siège.

En mai 1915, une offensive combinée germano-austro-hongroise est lancée en Galicie, l’armée russe doit évacuer Przesmyl, Lemberg (Lviv), la ligne du Bug est abandonnée et la Pologne entièrement occupée par les empires centraux.

Cette offensive (qui voit l’engagement de deux divisions de cavalerie et seize divisions d’infanterie dont six allemandes) que l’histoire à retenu sous le nom de «offensive de Gorlice-Tarnow» va faire reculer les troupes russes de 150km. C’est un tournant de la guerre sur le front de l’est.

Les allemands portent alors leurs efforts sur le nord du front. Il s’emparent de la ligne du Niemen, du Vilnius mais si les troupes russes sont repoussées, elles ne sont pas anéanties. Le front va se stabiliser sur un axe reliant la mer Baltique au Dniestr. Les pertes russes sont lourdes à double titre : quantitatif et qualitatif ce qui n’augure rien de bon pour l’avenir.

Dans le Caucase, les russes dominent en ce début d’année 1915. Les russes et les occidentaux s’accordent pour coordonner leurs opérations. L’expédition des Dardanelles et de Galipoli outre la capture des détroits et la neutralisation d’un allié des empires centraux devait permettre de tendre la main aux russes et de faciliter le ravitaillement de l’armée.

Comme les arméniens combattaient en nombre au sein des troupes russes, les ottomans signent un décret le 24 avril 1915. C’est le début du génocide arménien.

De violents combats ont lieu autour de Van, le front se stabilise à la fin de l’année ce qui permet au général Ioudenitch de reposer et réorganiser ses unités qui atteignent 200000 hommes et 380 canons fin 1915, faisant face à 120000 hommes et 180 canons.

L’année 1916 débute par l’envoi de troupes russes en France dans le cadre d’un accord allié, troupes qui seront engagées au combat mais qui se rendront surtout tristement célèbre par la mutinerie du camp de La Courtine le 17 septembre 1917.

Le 18 mars 1916, les russes battent les allemands en Lettonie au sud de Dvinsk (auj. Daugavpils) et le 4 juin 1916 commence l’offensive Broussilov.

Cette offensive qui porte le nom du général russe qui l’à lancé voit l’engagement côté russe de 40 divisions d’infanterie (573000 hommes) et de 15 divisions de cavalerie (60000 hommes) alors que les empires centraux (essentiellement des troupes austro-hongroises) engagent 39 divisions d’infanterie (437000 hommes) et 10 divisions de cavalerie (30000 hommes).

Cette offensive est lancée en même temps que l’offensive britannique sur la Somme pour soulager l’infernale pression que subissaient les français à Verdun depuis le mois de février 1916 (et dans une moindre mesure les italiens sur le front du Trentin).

Cette offensive ne surprend pas les empires centraux qui ont remarqué le redéploiement de troupes russes. La supériorité numérique est limitée, le nombre de canons inférieur à celui des allemands et des austro-hongrois.

Hélas pour les russes, l’offensive doit s’arrêter le 18 septembre 1916 devant le raidissement de la défense austro-hongroise, l’essoufflement des troupes russes et comme à chaque fois pour une offensive du premier conflit mondial le manque de moyens pour exploiter rapidement une percée avant que l’ennemi ne ressaisisse.

A la même époque la Roumanie rentre dans le conflit mais après des succès initiaux, le sort des armes n’est pas vraiment favorable à Bucarest. L’arrivée de troupes russes et de la mission militaire française du général Berthelot parvient à limiter la casse.

L’année 1916 commence par une offensive russe lancée en plein hiver. Les troupes de Ioudenitch s’emparent d’Erzurum puis avance au mois d’avri en direction de Trabzon. D’autres unités russes s’avancent vers Mus et Bitlis. Cette dernière ville était la dernière forteresse pouvant empêcher les russes d’entrer en Anatolie et en Mésopotamie.

En juillet, les russes doivent contrer les offensives ottomanes. Comme la meilleure défense c’est l’attaque, le général Ioudenitch attaque vers Erzincan qui tombe le 2 juillet. Cela obligea les turcs à arrêter leur offensive en direction de Trabzon pour stabiliser le front. Le nouveau commandant un certain Mustafa Kemal parvient à des succès partiels.La fin de l’année est relativement calme car les deux camps épuisés consolident leurs positions. De plus, l’hiver particulièrement rude empêcha tout combat.

Quand commence l’année 1917, la Russie semble encore puissante mais ce n’est qu’une vulgaire façade.

Le pays est épuisé et las de la guerre. Certes cette lassitude est commune à tous les pays engagés dans cette boucherie mais c’est en Russie que cette lassitude va déboucher sur deux révolutions, la première balayant une dynastie tricentenaire, la seconde balayant le régime qui avait fait chuter la dynastie Romanov.

La dernière offensive russe dite Offensive Kerensky à lieu du 1er au 19 juillet 1917 mais c’est un échec particulièrement coûteux. Les allemands et les austro-hongrois vont reconquérir la Galicie et le 1er septembre 1917 lancent une nouvelle offensive dans les pays baltes, offensive qui aboutit à la prise de Riga.

Dans le Caucase, la solution n’évolue guère, les soucis intérieurs de la Russie ayant naturellement un impact sur la conduite des opérations de guerre. L’armée russe du Caucase commence à se désintégrer, désintégration favorisée par des épidémies de choléra, de typhus et de scorbut.

Les ottomans auraient pu profiter de la situation mais ce ne fût pas possible en raison de la pression britannique en Palestine et en Mésopotamie.

Après la révolution de Février, le général Ioudenitch est muté en Asie Centrale. Cette mutation entraîne son départ de l’armée. Au 14 septembre 1917, l’armée russe du Caucase n’existe plus, la poursuite de la guerre par le gouvernement provisoire démoralisant un peu plus l’armée.

L’essentiel des troupes déployées étaient donc des troupes locales non russes. Les arméniens alignaient ainsi 32000 réguliers, 40000 miliciens, l’armée russe leur abandonnant 160 canons, 180 mitrailleuses et 160 millions de cartouche.

Le front était bloqué, les ottomans qui connaissaient eux aussi de sérieuses difficultés ne pouvaient profiter de l’état de l’armée russe. Un armistice est signé à Erzincan le 5 décembre 1917 entre russes ottomans. L’année 1917 se termine et il n’y à plus aucune troupe russe dans la région, les ottomans devant faire face à des troupes alliées, des cosaques, des géorgiens et des arméniens.

La révolution d’octobre renverse le gouvernement Kerensky. Plus soucieux de l’avenir du régime que de la participation au conflit, Lenine demande un armistice, armistice valable du 17 décembre 1917 au 4 janvier 1918.

Les négociations patinant, les allemands décident de reprendre le combat. L’opération Fauschslag (coup de poing) est déclenchée le 18 février. Cette offensive voit l’engagement de cinquante-trois divisions allemandes (et ultérieurement de troupes austro-hongroises) est une promenade militaire, l’armée russe s’effondrant littéralement, quelques contre-attaques locales ne changeant rien au cours général de la guerre.

Cette offensive à des conséquences terribles pour la Russie. En position de force, persuadés qu’ils peuvent encore gagner la guerre à l’Ouest, les allemands imposent des conditions bien plus dures qu’au mois de décembre. Lénine qui veut préserver son nouveau régime accepte de signer le traité de Brest-Litovsk le 3 mars 1918. C’est la fin de la participation russe à la première guerre mondiale.

Les combats vont néanmoins continuer dans le Caucase. Le 5 février 1918, les ottomans lancent une offensive dans le Caucase pour reprendre des territoires conquis par les arméniens notamment Trabzon et Erzurum. Au début du mois de mars 1918, les troupes ottomanes étaient revenues à la frontière d’avant-guerre.

Le 3 mars 1918, le traité de Brest-Litovsk est signé entre l’empire ottoman et la Russie. Moscou devait céder Batoumi, Kars et Ardahan soit des territoires conquis par la Russie lors de la guerre de 1877/1878. La Transcaucasie devait être indépendante et une clause secrète imposait le désarmement des forces arméniennes.

Les guerres vont cependant continuer et un traité est signé entre les ottomans et les arméniens le 4 juin 1918, ce traité de Batoumi reconnaissant l’indépendance de l’Arménie mais Erevant devait renoncer à ses ambitions en Anatolie orientale.

Entre-temps le 26 mai 1918, la Géorgie s’était retirée de la fédération de Transcaucasie et proclamé son indépendance suivie deux jours plus tard par l’Azerbaïdjan. Le même jour, la Géorgie signe le traité de Poti avec l’Allemagne. Celle-ci reconnaît l’indépendance de la Géorgie et s’engage à la protéger en échange d’un accord de libre passage pour les troupes allemandes et de grandes facilités économiques.

L’arrivée de troupes allemandes en Géorgie provoqua des crispations entre allemands et ottomans notamment sur la question de Bakou. Une offensive ottomane affronta des troupes germano-géorgiennes ce qui poussa Constantinople à se réorienter en direction de l’Azerbaïdjan et de l’Iran.

Les turcs décident à s’emparer du Caucase affrontèrent ainsi une force britannico-arménienne mais réussirent à s’emparer de Bakou le 14 septembre 1918. l’armistice de Moudros du 30 octobre 1918 met fin aux combats dans le Caucase. Il faudra attendre 1921 pour que les frontières soient fixées et que la stabilité revienne un peu dans la région.

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