URSS (57) Armée de Terre (5)

Les guerres russes du XIXème siècle

Depuis le début des années 1820, les grecs se sont révoltés contre leurs maîtres ottomans. La cause hellénique est à la mode, la bonne société européenne en plein romantisme se prenant de passion pour les rebelles grecs.

La Russie mais aussi la Grande-Bretagne et la France vont profiter de la faiblesse endémique de l’empire ottoman alias l’homme malade de l’Europe.

En 1826 alors que les ottomans répriment férocement la révolte grecque, les russes obtient la protection du tsar sur les principautés roumaines et la Serbie tout en restant tributaires de l’empire ottoman.

A l’époque la Grande-Bretagne avait voulu se rapprocher de la Russie mais Londres s’inquiète de la poussée russe en direction des «mers chaudes». Elle propose à la France de rejoindre la Grande-Bretagne et la Russie pour obliger l’empire ottoman à créer un état grec autonome.

Navarin

Bataille de Navarin (1827)

Le 20 octobre 1827 une flotte anglo-franco-russe écrase la marine ottomane à Navarin mais cette victoire à un goût amer, la Grande-Bretagne et son premier ministre le duc de Wellington menaçant la Russie vue comme une menace pour l’équilibre de la région.

Il faut aussi se rappeler qu’à l’époque la Grande-Bretagne et la Russie étaient en rivalité en Asie Centrale («grand jeu»), que Londres voulait garder l’empire ottoman et la Perse dans son orbite.

Le 26 avril 1828, le tsar Nicolas 1er déclare la guerre à l’empire ottoman. 92000 russes affrontent 150000 ottomans. Une partie des troupes russes rentrent en Valachie, s’emparent de Braila et de Bucarest où l’accueil des populations est enthousiaste.

Le gros de l’armée tsariste dirigée par le tsar en personne traverse le Danube et pénètre en Dobroudja. La ville de Varna est prise le 29 septembre mais les sièges de Choumen et de Silistra sont des échecs, l’armée russe devant se retirer en Bessarabie.

En mai 1829 l’armée russe (60000 hommes) franchit à nouveau le Danube pour assiéger Silistra puis le 30 mai met en déroute une armée ottomane de 40000 hommes (bataille de Kyoulevtcha) ce qui entraîne la chute de la ville le 19 juin 1829.

A la même époque une nouvelle guerre russo-ottomane avait lieu, une guerre terminée à l’avantage de Saint-Pétersbourg. Durant cette neuvième guerre russo-ottomane, les russes poursuivent leur conquête du Caucase avec la prise d’Anapa en Abkhazie, de Poti et du littoral de Mingrélie.

La forteresse ottomane de Kars tombe à l’été 1828 suivit d’Akhalkalaki et de Akhaltsikhe. Les russes s’emparent ensuite d’une série de petites forteresses ( Artzkoura, Beyazit,Ardahan, Toprakkale et Diyadin) avant de revenir hiverner à Tiflis (auj. Tbilissi).

Au printemps 1829, les ottomans contre-attaquent en direction de Akhaltsikhe et de Kars. Les troupes russes sont en infériorité mais réagissent efficacement, entrant en Adjarie, battant les ottomans près de Poti, obligeant les troupes ottomanes à lever le siège d’Akhaltsikhe. Au même moment, le pacha de Van à mis le siège devant de Beyazit avec 10000 hommes.

En mai 1829 le général russe Paskevtich rassemble 14 bataillons d’infanterie, deux régiments de cavalerie de ligne, cinq régiments de cosaques, 3000 irréguliers asiatiques et 70 canons. Son objectif est d’empêcher la liaison entre les deux armées ottomanes (une armée de 30000 et une autre de 20000 hommes). Non seulement les deux armées ne peuvent s’associer mais elles sont successivement battues.

Les russes entrent à Köprükïy, s’emparent de Hasankale et Erzurum. C’est ensuite autour de Hinis et de Bayburt d’être prises par les russes. L’armée russe s’apprêtait à marcher à Trébizonde quand la paix d’Andrinople est signée, paix qui stoppe les troupes russes à soixante-huit kilomètres de Constantinople.

La paix d’Andrinople signée le 14 septembre 1829. L’empire ottoman reconnaît la souveraineté russe sur la Géorgie, une partie de l’Arménie et le delta du Danube (qu’elle gardera jusqu’en 1856), la principauté de Serbie devient autonome au sein de l’empire ottoman.

La Russie est autorisée à établir un protectorat sur la Moldavie et la Valachie, une garantie pour le paiement de lourdes indemnités de guerre.

Constantinople doit accepter le protocole de Londres (1829) qui établit l’autonomie grecque au sud de la ligne Arta-Volos. La question des détroits n’est réglée qu’en 1833 (traité d’Unkiar-Skelessi), un an après l’intervention russe en Egypte pour y rétablir l’autorité du sultan.

Au vu de l’ampleur de la défaite ottomane, le traité est plutôt modérée, les seules acquisitions stratégiques étant les forteresses de Poti et d’Anapa, le delta du Danube.

Le grand conflit dans lequel est engagé l’armée russe après les guerres napoléoniennes est bien entendu la guerre de Crimée, première guerre également de Napoléon III qui avait pourtant dit «l’empire c’est la paix».

Siège de Sebastopol.jpg

Le siège de Sébastopol

Débutant le 4 octobre 1853 et s’achevant le 30 mars 1856, la guerre de Crimée est le premier conflit majeur en Europe depuis 1815. Ce conflit à pour origine l’affaiblissement durable de l’empire ottoman («l’homme malade de l’Europe») et la montée en puissance de la Russie.

1.2 millions de soldats russes vont affronter 673000 soldats alliés avec 250000 ottomans, 310000 français, 98000 britanniques et 15000 sardes. Si des opérations ont eu lieu en mer Baltique, en mer Blanche, en Extrême-Orient et dans les Balkans, l’essentiel des opérations se concentra sur la prise de la base navale de Sébastopol en Crimée.

Les pertes furent particulièrement lourdes avec 450000 russes tués contre 120000 turcs, 95000 français, 22000 britanniques et 2200 sardes, l’essentiel des pertes ayant pour cause la maladie comme lors de tout conflit des temps modernes.

Ce n’est qu’avec la première guerre mondiale (1914-18) que le rapport morts de maladie/tués au combat se renversa pour aboutir aujourd’hui à des morts quasi-exclusivement liées aux combats.

Ce conflit comme plus tard la guerre russo-japonaise de 1904/05 révèle les profondes lacunes de la Russie et comme une armée est quasiment toujours à l’image du pays, l’armée russe doit se remettre en question pour ne pas subir une nouvelle humiliation.

Les réformes sont pilotées par le comte Dimitri Milyutin qui bénéficie de la confiance d’Alexandre II puisqu’il reste en poste du 16 mai 1861 au 21 mai 1881. le système archaïque de l’enrôlement à vie est remplacé en 1874 par un système de conscription pour tous les hommes âgés de 20 ans qui doivent passer six ans dans l’armée et neuf en réserve.

Attention à ne pas se méprendre, ce n’est pas encore l’égalité puisqu’on pratique encore le tirage au sort permettant à certains d’échapper à l’enrôlement (j’ignore par contre si comme en France on peut payer un remplaçant en cas de mauvais numéro).

La chose positive c’est qu’en six ans on peut devenir un bon soldat et surtout le passage dans la réserve permet à la Russie de bénéficier d’un noyau de réserviste rapidement mobilisable pour par exemple faire le lien avec des recrues de fraîche date sortant à peine de l’entrainement.

Cette politique qui voit aussi la mise en place de casernes permanentes (mettant fin au logement chez l’habitant, source infinie de problèmes et de récriminations diverses et variées) et surtout marque une rupture avec la politique suivie depuis Pierre le Grand à savoir une armée de volontaires.

Ce système est toujours en vigueur aujourd’hui en Russie, les projets d’une armée composée uniquement de professionnels se heurtant au manque de moyens financiers et à une attractivité limitée du métier des armes.

Cette armée régénérée participe à une nouvelle guerre contre les turcs dans les Balkans. Comme souvent c’est une révolte chrétienne (les chrétiens orthodoxes de Bosnie-Herzégovine) qui déclenche le mécanisme amenant d’abord à une intervention serbe et monténégrine en 1876 puis à une intervention russe soutenue par la Roumanie et la Grèce.

Même chose pour les théâtres d’opérations : la péninsule balkanique et le Caucase récemment pacifié après des décennies d’une guérilla endémique.

Ce conflit aboutit au traité de San Stefano signé en mars 1878. La Russie annexe la Bessarabie du Sud cédée par la Roumanie qui récupère elle la Dobroudja bulgare, les régions caucasiennes de Kars, Ardahan et Batoumi sont aussi annexées à l’empire russe. L’Autriche-Hongrie reçoit l’administration de la Bosnie-Herzégovine.

Ce traité inquiète les autres puissances européennes qui craignent encore et toujours l’écroulement de l’empire ottoman. Le congrès de Berlin se réunit en juin-juillet 1878 pour réviser le traité de San Stefano.

La Serbie, le Monténégro, la Roumanie conservent leur indépendance mais doivent renoncer à une partir de leurs acquisitions territoriales. La Russie conserve la Bessarabie méridionale et ses conquêtes du Caucase, l’Autriche-Hongrie reçoit l’administration de la Bosnie-Herzégovine et le dusa ndjak de Novipazar entre la Serbie et le Monténégro. La Bulgarie voit son territoire réduit et divisé en deux principautés autonomes (la Bulgarie et la Roumélie orientale).

La Russie est désormais au contact de la Perse et de l’Afghanistan ce qui inquiète la Grande-Bretagne présente aux Indes. C’est le début du «grand jeu» cher à Kypling, grand jeu qui ne s’achèvera vraiment qu’avec la signature d’un traité d’alliance anglo-russe en 1907. La Russie s’étend en direction de l’Extrême-Orient, occupant la partie méridionale de la péninsule de Sakhaline en échange des Kouriles (1875). Elle cède en 1867 l’Alaska aux Etats-Unis.

Comme jadis l’US Army avait son Far West, la Russie avait son front pionnier, son Far East, les territoires depuis longtemps connus et reconnus sont peu à peu colonisés avec des activités agricoles mais aussi industrielles. La souveraineté russe est défendue par les Cosaques.

Le XXème Siècle : de mal en pi

Révolte des Boxers et guerre russo-japonaise

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Montage photo de la guerre russo-japonaise

Quand commence le nouveau siècle, l’armée impériale russe n’à pas connu de conflit important depuis la guerre de 1877. En 1900 la révolte des Boxer voit l’engagement de 100000 hommes en Mandchourie pour protéger les lignes de communication. Il y à des batailles entre russes et chinois (troupes régulières et Boxer) avec son lot d’atrocités et de mutilations de cadavres.

Cet engagement ne doit pas masquer une profonde crise morale avec un investissement budgétaire en déclin (la part du budget consacrée aux affaires militaires passe de 30 à 18% entre 1881 et 1902) et au moment où Saint-Pétersbourg s’apprête à être humiliée par l’armée japonaise, la Russie dépense respectivement 57% et 63% de ce que dépense l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. Un chiffre illustre cette crise : 1500 comme le nombre de protestations de l’armée entre 1883 et 1903 (NdA quoi mettre derrière ce terme de protestations ? Mauvaise humeur ? malaise ? Mutineries ? Je ne le sais).

Du 8 février 1904 au 5 septembre 1905, la Russie et le Japon s’affrontent pour le contrôle du Pacifique Nord, de l’Extrême-Orient et de la Chine «l’homme malade de l’Asie». Ce conflit qui va se terminer par la victoire du Japon est un seisme.

Non seulement une puissance issue d’une race dite «inférieure» à battu l’armée d’une puissance issue d’une race dite «supérieure» mais en plus ce conflit provoque une première révolution et révèle ce que certains pressentaient : la Russie de Nicolas II est un colosse aux pieds d’argiles aux indéniables réussites mais aux immenses défauts, aux immenses failles, aux immenses faiblesses.

Cette guerre est un conflit de masse (plus de 2 millions d’hommes engagés, 156000 morts, 280000 blessés, 77000 prisonniers) préfigurant le premier conflit mondial avec l’importance de l’artillerie, de la logistique, l’utilisation massive d’armes automatiques.

Les japonais prennent vite le dessus sur terre, occupant la Corée, assiégeant Port Arthur. La décision se fera sur mer avec notamment la victoire de Tsushima en mai 1905. Les pertes sont lourdes et de l’automne 1905 à juin 1906 près de 400 mutineries frappe une armée russe découragée et déboussolée.

La première bataille majeure du conflit à lieu à Liaoyang dans le sud de la Chine entre le 25 août et le 5 septembre 1904. Les japonais alignent 115 bataillons d’infanterie, 33 escadrons de cavalerie, 484 canons soit un total de 127360 hommes. Face à eux les russes sont quasiment deux fois plus nombreux (245300 hommes), alignent plus de bataillons d’infanterie (208), cinq fois plus d’escadrons de cavalerie (153), plus de canons (673).

Cette bataille se termine par une victoire japonaise avec des pertes plus élevées pour les japonais que pour les russes (5537 tués contre 3611, 18603 blessés contre 14301).

La dernière bataille du conflit à lieu à Mukden du 20 février au 10 mars 1905. C’est la plus grande bataille de l’ère moderne avant le premier conflit mondial. Plus de 600000 hommes sont engagés !

Les japonais alignent 262900 fantassins, 7350 cavaliers, 992 canons et 200 mitrailleuses alors que les russes disposent de 340000 hommes, 1219 canons et 88 mitrailleuses.

Cette bataille annonce également par sa consommation de munitions le premier conflit mondial avec 20 millions de cartouches tirées par les japonais qui consomment également 279394 obus en dix jours soit plus que toute l’artillerie allemande durant la guerre franco-allemande de 1870/71 !

Si on fait le bilan des affrontements terrestres force est de constater que les japonais ont connu une série quasi-ininterrompue de succès avec une victoire sur le Yalu _le fleu frontière entre la Chine, la Russie et la péninsule coréenne_ (30 avril-1er mai 1904), une victoire à Nanshan (25-26 mai 1904), une victoire à Te-li-Ssu (14-15 juin 1904), une victoire dans la passe de Motien (17 juillet 1904), une victoire à Tashihchiao (24 juillet 1904), une victoire à Hsimucheng (31 juillet 1904), la victoire de Liaoyang (25 août-3 septembre) s’empare de Port Arthur le 2 janvier après quasiment cinq mois de siège (19 août 1904-2 janvier 1905).

Si les batailles de Shaho (5-17 octobre 1904) et Sandepu (26-27 janvier 1905) sont indécises, la bataille de Mukden scelle la supériorité japonaise, obligeant les russes à tenter de redresser la situation sur mer. La suite est connue, c’est la bataille de Tsushima et le triomphe de l’amiral Tojo.

Cette guerre est observée attentivement par des attachés militaires étrangers. Leurs rapports confirment ce que disait le futur maréchal Pétain «le feu tue» mais à plusieurs milliers de kilomètres de là on est persuadé que si un conflit est meurtrier, il sera aussi très court ce qui in fine limitera ces pertes.

Cette vision sera confirmée par les guerres balkaniques (1911-1913) mais là encore les différentes armées ne varieront pas dans leur façon de voir un futur conflit notamment en France où l’offensive était vue comme la seule stratégique viable et légitime.

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