URSS (47) Bases Navales (2)

Flotte de la Mer Noire

Odessa

Située dans l’ouest de l’Ukraine, Odessa doit sa richesse à son ouverture sur la mer Noire et ce depuis sa création par Catherine II en 1794. C’est même un port franc de 1819 à 1859.

Après avoir été un port de commerce et un chantier naval important, le pouvoir soviétique décide d’y développer une importante base navale pour relayer et soulager Sébastopol.

Un bassin artificiel est creusé, protégé par deux digues artificielles. Des quais sont aménagés tout comme des dépôts, des magasins, des soutes à carburant, des logements, des installations de commandement.

Ce n’est qu’ultérieurement que des installations d’entretien sont construites notamment deux formes de radoub et un slipway, évitant aux navires de devoir rallier Sébastopol.

Les défenses côtières ne sont pas oubliées avec des blockhaus d’infanterie pour les fusiliers marins, des batteries d’artillerie, le tout protégé en temps en guerre par des barbelés et des champs de mines.

Située à proximité de la frontière roumaine, la ville est naturellement en première ligne en cas de guerre ce qui explique l’importance des moyens confiés à la garnison avec pas moins de deux divisions de fusiliers, une division blindée, des unités parachutistes sans compter des unités de l’armée de l’air et de la marine.

En dépit d’une résistance acharnée, la ville d’Odessa tombe en octobre 1950 mais derrière cette défaite se cache une victoire tactique, une victoire morale puisque la marine soviétique parvient sans trop de pertes à évacuer la garnison et à la replier sur la Crimée, à temps pour renforcer les défenses de Sébastopol.

Occupée par les roumains, elle connait une occupation particulièrement dure et ce jusqu’à sa libération par une audacieuse opération aéroportée lancée dans le cadre de l’opération PIOTR VELIKY lancée le 11 septembre 1953.

Deux divisions et une brigade indépendante des VDV sont parachutées sur Odessa. Comme souvent les parachutages sont dispersés, pas tous regroupés sur les Drop Zone mais cela à l’avantage de gêner la riposte roumaine mal soutenue par l’Allemagne davantage préoccupée par l’offensive soviétique dans les plaines d’Ukraine et le débarquement amphibie en Crimée.

La ville est libérée début octobre 1953. Elle à été sérieusement endommagée qu’il s’agisse de la ville, du port, des chantiers navals ou de la base navale. Dans un premier temps c’est surtout le port qui est remis en état pour ravitailler les troupes.

Ce n’est qu’après guerre que la base navale et les chantiers navals sont reconstruits pour reprendre leurs rôles respectifs : construction de navires militaires (essentiellement destroyers, escorteurs et autres unités légères) et soutien de la Flotte de la mer Noire.

La base est cédée à l’Ukraine indépendante en 1992 et toujours utilisée aujourd’hui, la flotte russe de la mer Noire étant déployée à Sébastopol selon un bail signé en 1994 et valable jusqu’en 2093.

Sébastopol

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Ville de Crimée, «cité majestueuse» (c’est la traduction de son nom en grec) à été fondée en 1783 sur ordre de Catherine II suite à l’annexion de la Crimée par la Russie. Située sur un site magnifique, elle devient une base navale et un port de premier plan, profitant de la présence de huit baies en eaux profondes.

La base navale comme l’arsenal et le port de commerce sont fondés dès la création de la ville. Son importance n’échappe pas aux alliés durant la guerre de Crimée qui après un échec dans les Balkans décident de débarquer en Crimée et de s’emparer de Sébastopol.

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Une attaque immédiate aurait débouché devant la faiblesse des forces russes et la panique dans la ville sur une capture immédiate mais des divergences entre français et britanniques permet aux russes de se ressaisir. C’est le début d’un siège de onze mois qui va durer du 9 octobre 1954 au 11 septembre 1855.

Le conflit terminé, Sébastopol et la Crimée sont démilitarisés, la Russie comme l’empire ottoman ont interdiction de disposer de flottes en mer Noire.

Ces dispositions seront levées en mars 1871 lors d’une conférence réunie à Londres, Saint-Petersbourg profitant de la faiblesse d’une France vaincue par l’Allemagne nouvelle unifiée pour obtenir la suppression des clauses militaires du traité de Paris de 1856.

La base est immédiatement remise en état tout comme l’arsenal qui lui est lié. Des fortifications modernes sont également construites.

Avec Krondstadt, Sébastopol est la principale base de la marine russe. Elle sert de base d’action durant la première guerre mondiale contre l’empire ottoman aidé par son allié allemand (qui lui à fait cadeau d’un croiseur de bataille le Goeben et d’un croiseur léger le Breslau).

Elle n’est pas épargnée par la terrible guerre civile russe. La «Cité majestueuse» est successivement prise par les allemands, les bolcheviques, par les blancs des amiraux Denikhine et Wrangel mais aussi par la France qui occupe la Crimée fin 1918-début 1919 pour soutenir ses alliés Blancs, un soutien limité tant cette opération est impopulaire pour la troupe comme pour les marins dont certains se mutinent.

En 1921, Sébastopol intègre la république socialiste soviétique autonome de Crimée qui dépend de la RSS de Russie. En 1945 la Crimée devient un oblast dépendant de la RSS de Russie, situation qui va durer jusqu’en 1965 quand la Crimée est transférée à la RSS d’Ukraine sauf Sébastopol qui en tant que zone militaire fédérale reste sous l’autorité directe de Moscou.

Entre-temps les bolcheviques ont réorganisé la base navale. L’arsenal devient un chantier naval autonome qui assure aussi bien des constructions neuves que l’entretien des navires en service bénéficiant pour cela de trois bassins.

Si le bassin n°1 mesure 290m de long sur 36m de large et 11m de profondeur, le bassin n°2 mesure 173.4m de long sur 25.8 de large et 11m de profondeur alors que le bassin n°3 est une petite forme avec 152m de long sur 25.8m de large et 8.1m de profondeur. On trouve également un slipway pour le carénage des petites unités.

Peu de travaux sont menés dans les années trente. On ajuste simplement les ateliers, les magasins et les dépôts de carburant aux nouveaux navires mis en service notamment les plus grosses unités.

Les défenses côtières sont cependant renforcées avec des canons plus modernes, des blockhaus pour l’infanterie, des champs de mines terrestres et maritimes, des excavations. Bref tout pour faire de Sébastopol une forteresse inexpugnable.

L’objectif est double : permettre à la fois à la Flotte de la mer Noire d’opérer le plus longtemps possible depuis cette base et en cas d’invasion du territoire de servir d’abcès de fixation pour ralentir la progression des troupes ennemies et permettre aux troupes amies de s’appuyer sur une solide position défensive.

Avec Odessa, Sébastopol est la cible prioritaire du Heeresgruppe Süd composé essentiellement de troupes allemandes mais aussi d’unités italiennes (le CSIR), hongroises, roumaines et bulgares.

Les combats sont extrêmement violents dans les plaines ukrainiennes. La résistance acharnée d’Odessa jusqu’en octobre 1950 préserve Sébastopol d’un assaut éclair mené par un Panzerkorps qui est stoppé fin août à moins de 150km de la principale cité de Crimée.

Comme la flotte de la mer Noire est bien plus puissante que celles cumulées de la Roumanie et de la Bulgarie, impossible de mener un débarquement amphibie pour tourner le dispositif soviétique.

Il faut donc se lancer dans une offensive terrestre grand style avec aviation, artillerie et blindés. Un premier assaut est repoussé mi-septembre suivit d’un deuxième début novembre 1950.

Les allemands décident s’assiéger la ville, en utilisant une puissance de feu toujours plus importante avec l’aviation, l’artillerie et donc les chars. Sébastopol est finalement prise en février 1951 juste à temps pour permettre le déclenchement de l’opération FRIEDRICH.

La ville est détruite à 90%, les chantiers navals consciencieusement sabotés. Les roumains qui avaient espéré pouvoir y installer leurs navires pour traquer les navires ennemis doivent renoncer à déployer autre chose de plus gros que des sous-marins de poche ou des vedettes lance-torpilles.

L’occupation ennemie va durer deux ans et demi. Le 11 septembre 1953, les soviétiques déclenchent l’opération PIOTR VELIKY, une audacieuse et complexe opération qui combine une offensive blindée-mécanisée dans les plaines d’Ukraine, un raid aéroporté sur Odessa et surtout un débarquement amphibie en Crimée. Les combats pour s’emparer de Sébastopol vont durer quinze jours, la ville étant libérée le 26 septembre 1953.

Immédiatement la RKKF remet en état la base. Elle démine ses propres champs de mines et ceux de l’ennemi, elle relève les épaves les plus gênantes, elle remet en service des installations de l’Arsenal.

Néanmoins jusqu’à la fin de la guerre la base ne pourra fonctionner qu’à la moitié de ses capacités, étant davantage un point d’appui logistique qu’une véritable base opérationnelle. Il faudra attendre 1960 pour que la base soit totalement reconstruite.

Cette reconstruction est l’occasion d’une modernisation du site notamment la destruction d’une partie non négligeable des défenses côtières totalement obsolètes. Cela permet à la ville de respirer et de s’étendre.

En 1992 après l’implosion de l’URSS, l’Ukraine devient indépendante et réclame le retour dans son giron de Sébastopol (alors qu’historiquement cela n’à jamais été le cas). A l’issue de laborieuses négociations, un accord sur le partage des navires de feu la flotte soviétique de la mer Noire est signé entre Moscou et Kiev.

Il était théoriquement prévu une répartition 50/50 mais le manque de moyens côté ukrainien à fait pencher la balance côté russe selon un rapport 70/30 voir 80/20. La base en elle même est louée à la Russie mais l’Ukraine à pu y faire stationner ces navires jusqu’en 2008 quand Kiev à inauguré une nouvelle base construite du côté d’Odessa.

En 2019, la base reste sous l’autorité de la Russie selon un bail qui court jusqu’en 2093.

Novorossirsk

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Port de la côté orientale de la mer Noire, Novorossirsk est le premier port russe de la mer Noire et le premier port russe dans l’exportation des grains. Dépendant du Krai de Krasnodar, le port est associé à une base navale depuis le 19ème siècle.

Dès l’Antiquité le cité est connu avec une colonie grecque implantée sur le site de Bata. Au Moyen-Age ce sont les génois qui occupent le site pour faire un fructueux commerce de grains. Ce site est ensuite occupé par les ottomans.

En 1829 après une nouvelle guerre entre la Russie et l’empire ottoman, le site est cédé à la Russie qui ne cessait depuis le XVIIIème siècle à prendre pied dans le Caucase. Neuf ans après cette acquisition, une base navale est implantée dans ce qui n’est pas encore la ville de Novorossirsk.

C’est en effet en 1866 que le site reçoit le statut de cité et c’est la même année que Novorossirsk devient capitale du gouvernorat de la mer Noire. En décembre 1905 une éphémère, très éphémère république de Novorossirsk voit le jour.

Durant la guerre civile russe, Novorossirsk devient le centre principal des forces de l’amiral Denikine et ce du 26 août 1918 au 27 mars 1920 quand les forces blanches se replient sur la Crimée.

Jusqu’au second conflit mondial peu de travaux sont menés sur la base navale de Novorossirsk faute de moyens et en raison du choix de privilégier Sebastopol et Odessa.

Les soviétiques vont s’en mordre les doigts quand les allemands et leurs alliés déclenchent l’opération BARBAROSSA en juin 1950. Odessa et Sebastopol vont tomber, chassant la flotte de la mer Noire en direction de Novorossirsk qui va à son tour tomber à l’automne 1950.

Cette occupation allemande ne va pas durer car en novembre 1951 dans la foulée de l’opération URANUS la ville est libérée permettant à la flotte de disposer d’infrastructures mieux adaptées que celles des ports caucasiens de Poti et de Batumi.

Après guerre la base navale est un peu délaissée au profit des bases ukrainiennes. En 1991 suite à l’implosion de l’URSS et devant la crainte de ne pas pouvoir bénéficier des bases d’Odessa et de Sébastopol, Moscou tente de moderniser la base de Novorossirsk mais manque de moyens pour ce projet.

Ce n’est finalement qu’en 2005 qu’un vrai projet est lancé, projet qui doit aboutir en 2020 après de lents et longs travaux qui vont faire de Novorossirsk la base navale russe la plus moderne du pays.

En matière de défense côtière, des forts défendaient l’accès à la baie, des forts régulièrement modernisés mais faute d’une garnison suffisante, leur résistance est symbolique lors de l’offensive allemande.

Ces derniers ne réarmement pas les forts faute de moyens et quand ils se décident à le faire c’est trop tard pour protéger la ville d’une offensive soviétique. Ces forts sont quasiment tous démantelés car obsolètes.

Elles renaissent dans les années soixante-dix avec des pièces d’artillerie automouvantes et des batteries de missiles sol-surface, ces unités étant chargées de protéger toute la région et non la base stricto sensu.

Flottille de la Caspienne

Astrakhan

La principale base de la Flottille de la Caspienne est donc la ville d’Astrakhan. Appartenant à l’oblast du même nom, elle à été fondée dans le delta de la Volga.

Ville de la Horde d’Or, elle est la capitale du khanat d’Astrakhan de 1459 à 1556 date à laquelle la ville est prise par les forces d’un des plus célèbres tsars russes : Ivan IV le Terrible.

Un temps l’emprise russe est menacée par les ottomans mais en 1570 l’emprise russe devient irrémédiable. Au début du XVIIIème siècle, Pierre le Grand y implante un chantier et une base navale pour faire face aux perses de la dynastie safavide.

En 1711, la ville devient le siège d’un gouvernorat, obtenant le statut de cité six ans plus tard en 1717.

En 1919 la ville se révolte contre les bolchéviks, la répression est impitoyable avec des personnes fusillées, d’autres balancées dans la Volga une pierre au cou.

Des travaux concernant la base navale sont menés dans les années trente, la RKKF voulant disposer de moyens navals importants _tout est relatif_ en Caspienne pour surveiller l’Iran dont elle craint le comportement même si la marine iranienne n’est pas une force de premier plan.

Une île du delta est rehaussée et agrandie pour obtenir une surface suffisante. Un bassin à flot est aménagé tout comme des magasins, des dépôts, des ateliers. Des batteries côtières légères sont également construites, batteries tombées en désuétude dans les années cinquante.

En ce qui concerne l’entretien, la nouvelle base ne dispose pas de moyens de radoub et pour les gros travaux, c’est le chantier naval d’Astrakhan qui en est chargé.

Dans le cadre de l’opération BARBAROSSA, les allemands avaient prévu d’atteindre la ligne A-A (Arkangelsk-Astrakhan) mais comme nous le savons les allemands n’y parviendront jamais. Une unité de reconnaissance allemande parviendra à 150km de la ville mais n’ira pas plus loin.

La ville ne sera cependant pas épargnée par la guerre car la Lufwafe va bombarder à plusieurs reprises la ville visant essentiellement le port, la base navale et les chantiers navals. Des navires seront mêmes coulés soit lors de l’assaut aéromaritime ou suite au mouillage de mines.

Après guerre la base navale est maintenue même si les moyens sont limités. Avec l’implosion de l’URSS, la marine russe délaisse le site qui devient un cimetière marin. A partir de 2010, le site est réhabilité pour renforcer la flottille de la Caspienne qui doit à terme disposer de frégates légères, de patrouilleurs lance-missiles, de navires amphibies légers.

Autres ports

Outre la base navale d’Astrakhan, la flottille de la mer Caspienne utilise deux ports qui ne sont pas officiellement des bases navales à savoir la ville nouvelle de Dvigatelstray (future Kaspiysk) au Dagestan et le port de Bakou.

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