URSS (31) Destroyers (2)

Destroyer Tashkent

Tashkent 6

Avant-Propos

Devant les difficultés de l’industrie et des chantiers navals soviétiques, Moscou fait preuve de pragmatisme et décide de se tourner vers l’étranger en sollicitant l’aide de chantiers et de bureaux d’études pour produire de nouveaux destroyers.

Les résultats sont mitigés. Des plans sont bien fournis notamment par la France mais la possibilité d’une commande d’un navire n’aboutit qu’en Italie, un pays à l’idéologie pourtant diamétralement opposée à celle en vigueur à Moscou. A noter que les allemands ont refusé de vendre un destroyer à une Russie avec lesquels les rapports étaient pour le moins ambivalents.

C’est la compagnie Odero-Terni-Orlandi (OTO) de Livourne qui décrocha ce contrat particulier financé dans le cadre du deuxième plan quinquennal. Baptisé Tashkent, il appartenait à la catégorie des conducteurs de flottille, des flottilla leader destinés comme les Leningrad à commander des destroyers plus «conventionnels».

Initialement il était prévu de faire construire d’autres navires sur ce modèle mais alors que les navires baptisés Kiev Yerevan Perekop et Ochakov allaient être mis sur cale, la RKKF préféra se concentrer sur des navires plus petits qu’elle pourrait en théorie construire en plus grand nombre.

La coque était rivetée avec une allure élégante, un bloc-passerelle ramassé à l’avant, deux cheminées. La propulsion était du type fractionné pour améliorer la survivabilité du navire même si le navire ne parvint jamais à se défaire d’une certaine faiblesse structurelle.

L’armement était composé de six canons de 130mm en trois tourelles doubles (deux avant et une arrière), une DCA composée de canons de 37mm renforcée ultérieurement de deux canons de 76mm. L’armement en torpilles n’est pas oublié avec trois plate-formes triples lance-torpilles de 533mm.

Carrière opérationnelle

Tashkent 3.jpg

Le Tashkent lors de ses essais préliminaires sans armement

-Le Tashkent est mis sur cale aux chantiers navals OTO de Livourne en janvier 1937 lancé le 21 novembre 1937 et mis en service en mai 1939.

Livré sans armement, le navire atteint 43 nœuds aux essais, une performance mise en valeur par la propagande soviétique.

Affecté en mer Noire, il est utilisé au final comme un destroyer classique. La mise au point et l’entrainement sont particulièrement laborieux, les avaries nombreuses. On estime que ce n’est qu’en 1945 que le Tashkent à pu être considéré comme pleinement opérationnel.

Il subit un premier carénage entre septembre 1942 et juin 1943 suivit d’un second entre janvier et septembre 1947.

Lors du déclenchement de l’opération BARBAROSSA, le Tashkent était à Sébastopol à quai après une période d’entrainement. Lors d’un bombardement mené par l’aviation roumaine, des Lioré et Olivier Léo 451 bombardent la grande base navale de Crimée, touchant le destroyer de deux bombes mais les dégâts sont limités.

Réparé, il est aussitôt engagé au combat pour escorter des convois, protéger des grandes unités, bombarder des cibles littorales. Il est endommagé à plusieurs reprises mais jamais gravement.

Il participe en août à l’opération VENUS, l’une des cinq offensives lancées à cette époque dans l’espoir de libérer toute l’URSS.

Comme nous l’avons vu cette série d’offensives est bien trop ambitieuse pour les capacités de l’Armée Rouge, les résultats sont mitigés créant une série de saillants, saillant tantôt favorable aux soviétiques tantôt aux allemands.

L’offensive VENUS concerne l’Ukraine et la flotte de la mer Noire joue un rôle clé dans cette offensive.

Si le glaive allemand est un peu émoussé par plus d’un an de conflit, il fait encore très mal comme s’en rendent compte les tankistes, les aviateurs et les marins, victimes non pas de la Kriegsmarine mais de la Luftwafe.

Le 17 août 1951, le Tashkent accompagné par le Spokonoi (type 7U classe Soobrazitelnyy), le Bezupechny (type 7 classe Gnevny) et le Vlastriy (classe Ognevoy type 30) est engagé avec le croiseur de bataille Sevastopol.

Cette petite escadre est engagée dans une mission de bombardement contre les positions allemandes de Crimée, les canons de 356mm et de 152mm du croiseur de bataille matraquant des cibles comme des batteries côtières, des postes de commandement, des aérodromes, les destroyers assurant la couverture aérienne et anti-sous-marine même si de temps à autre le commandement autorisait un destroyer à tirer une salve complète de 130mm.

Cette action ne peut être laissée impunie. La riposte ne vient pas de la mer mais des airs avec une centaine de bombardiers allemands lancés contre l’escadre, essentiellement des Junkers Ju-188 et même des quadrimoteurs Heinkel He-179, le tout escorté par des Focke-Wulf Fw-190 qui n’étant pas gênés par la chasse soviétique peuvent mitrailler les pièces de DCA.

Les navires soviétiques manœuvrent, ouvrent un feu d’enfer, provoquent des pertes non négligeables (les allemands reconnaîtront la perte de vingt-quatre avions _seize bombardiers et huit chasseurs_) mais les équipages fatiguent, les munitions commencent à manquer.

Le Spokonoi est le premier à succomber, toucher par trois bombes de 500kg, il coule rapidement, ne laissant qu’une poignée de survivants. Le Tachkent endommagé par deux bombes de 250kg commence à s’incliner sur tribord, se stabilise puis roule complètement et chavire, entraînant deux tiers de son équipage au fond, les survivants n’étant récupérés que le lendemain après plusieurs heures d’angoisse.

Caractéristiques Techniques

Tashkent schéma.gif

Déplacement : standard 2893 tonnes pleine charge 3200 tonnes

Dimensions : longueur 139.7m largeur 13.7m tirant d’eau 3.7m

Propulsion : deux groupes de turbines à engrenages Parsons alimentées en vapeur par quatre chaudières Yarrow le tout développant 130000ch et entraînant deux hélices

Performances : vitesse maximale 43.5 nœuds aux essais (35/37 nœuds en service courant) distance franchissable 4000 miles nautiques à 20 nœuds

Armement : six canons de 130mm en trois tourelles doubles (deux avant et une arrière), six canons de 37mm en affûts simples, six mitrailleuses de 12.7mm, neuf tubes lance-torpilles de 533mm en trois plate-formes triples, quatre-vingt mines et vingt-quatre charges de profondeur.

Ultérieurement deux canons de 76mm ont été installés, le nombre de canons de 37mm porté à dix en remplacement des mitrailleuses de 12.7mm. Sans sa destruction, le Tashkent aurait du perdre ses deux canons de 76mm pour recevoir soit des canons de 37mm supplémentaires ou des canons de 25mm.

Equipage : 250 officiers et marins

Destroyers classe Gnevny (type 7)

Gnyevniy.jpg

Le Gnevny

Avant-propos

Dans les années trente, les destroyers soviétiques les plus modernes avait une origine aristocratique puisqu’il s’agisse des Novik de feu la marine tsariste. Es-je besoin de préciser qu’ils étaient totalement obsolètes et pour ainsi dire inaptes à la guerre navale moderne ?

Face aux difficultés rencontrés par les ingénieurs soviétiques, face aux ravages causés par la première guerre mondiale et la guerre civile russe au tissu industriel soviétique, Moscou fit preuve d’un étonnant pragmatisme en cherchant l’aide étrangère.

Elle se tourna curieusement vers l’Italie qui pu vendre à la RKKF le Tashkent, un conducteur de flottille semblable aux six unités de classe Leningrad. La flotte des ouvriers et des paysans décida de construire des destroyers comparables aux Maestrale de la Regia Marina.

C’est l’acte de naissance des destroyers de classe Gnevny, des navires de conception classique avec un long gaillard d’avant, un bloc-passerelle ramassé, une cheminée aussi unique que massive.

L’armement se composait de quatre canons de 130mm en affûts simples (deux avant et deux arrières), une DCA composée de canons de 76mm, de 45mm ainsi que de mitrailleuses de 12.7mm.

L’armement en torpilles comprenait trois plate-formes triples de 533mm, l’armement ASM embarquait seulement vingt-cinq charges de profondeur et comme tous les croiseurs et destroyers, les Gnevny pouvaient mouiller des mines ici en l’occurrence entre 60 et 95 mines.

Il était initialement prévu cinquante six unités mais au final seulement vingt-huit furent construits dans des conditions houleuses et complexes avec son lot d’arrestation et de liquidation pour «sabotage».

Peu à peu les navires construits devinrent efficaces tout comme leurs équipages qui apprirent leur métier à la dure. Ce qui est certain c’est que cette expérience durement acquise furent utilisée pour la construction des classes suivantes.

Carrière opérationnelle

La construction des unités de classe Gnevny à été particulièrement longue, compliquée, laborieuse ce qui n’est finalement pas étonnant devant la complexité d’un destroyer, du manque d’expérience et de la pression politique imposée aux ouvriers et aux ingénieurs.

La mise en service s’échelonne entre 1938 et 1944 :

1938

Gordy, Stremlitelny,Bodry,Bystry,Bezuprechny,Bstitelny

1940

Gnevny,Gromky,Grozny,Gremyashchiy,Grozyashtchi,Sokrushitel’nyy,Steregushchiy,Boiky et Bezposchchadny

1942

Rekordnyy,Rezkiy,Rezvvy,Ryanyy,Rastoropnyy et Redkiy

1944

Nezamozhnik,Razyaschchyy,Reshitelnyy,Retivyy,Revnostriyy,Razyaryonny et Razumnyy

Ces navires sont répartis entre les quatre flottes :

-Baltique (neuf unités) :

Gnevny,Gordy,Gromky,Grozny,Gremyashchiy,Grozyashtchi,Sokrushitel’nyy,Steregushchiy, Stremlitelny

-Mer Noire (sept unités) :

Bodry,Bystry,Bezuprechny,Bstitelny,Boiky,Bezposchchadny, Nezamozhnik

-Arctique (deux navires) :

Rekordnyy et Rezkiy

-Pacifique (dix unités) :

Rezvyy,Ryanyy,Rastoropnyy,Redkiy,Razyaschchyy,Reshitelnyy,Retivyy,Revnostriyy,Razyaryonny et Razumnyy

Sept destroyers vont être perdus durant le conflit sur vingt-huit unités construits soit un quart de la flotte. Ce n’est pas négligeable mais ce n’est pas non plus une saignée abominable.

En mer Baltique, le destroyer Gnevny est coulé par l’aviation le 27 août 1952 alors qu’il combattait en mer Baltique dans le cadre de l’opération SOUVOUROV, l’opération de dégagement de Leningrad.

Alors qu’il bombardait des positions allemandes, le destroyer est surpris par l’aviation allemande qui fait tout son possible pour freiner l’avancée allemande. Le destroyer est bien vite ciblé et des chasseurs bombardiers Focke-Wulf Fw-190F l’attaque à la roquette et aux bombes.

Désemparé par une douzaine de roquettes air-sol, le navire est une âme en peine qui sera achevée quelques minutes plus tard par un Junkers Ju-188 qui place deux bombes qui envoi le destroyer par le fond.

En mer Noire, le destroyer Bystry est coulé le 7 septembre 1950 par des vedettes lance-torpilles italiennes et roumaines alors qu’il couvrait l’évacuation d’Odessa isolée par l’avance allemande.

Au crépuscule, le destroyer est assaillit par une demi-douzaine de vedettes. Deux sont détruites mais les quatre autres parviennent à lancer huit projectiles. Habilement manœuvré, le navire échappe à deux «anguilles», deux autres se perdent dans la nuit, deux ne fonctionnent pas mais deux touchent le navire qui se casse en deux et sombre rapidement ne laissant que fort peu de survivants.

Le Rekordnyy déployé depuis Mourmansk assure l’escorte de convois ravitaillant l’URSS depuis les îles britanniques et l’Amérique du Nord. Le 4 septembre 1953, le destroyer saute sur une mine allemande mouillée par des Heinkel He-111. La mine explose à l’arrière, le navire perdant sa poupe, ses hélices.

Le navire est donc à la merci des éléments et finisse par s’échouer sur la péninsule de Kola. Le temps est relativement clément ce qui permet aux survivants de rallier la terme ferme à l’aide d’un va et vient. L’épave est laissée sur place et en 2019 ses restes sont toujours visibles.

Paradoxalement c’est la flotte du Pacifique qui à perdu le plus de navires de cette classe, quatre unités ne survivant pas au conflit. Le Rezvyy saute sur une mine japonaise au large des Kouriles le 4 juin 1954, le Razyaschchyy est torpillé par un sous-marin japonais au large de Vladivostok le 7 septembre 1951.

Les Razyaryonny et Razumnyy vont eux êtres coulés par l’aviation soviétique au cours d’une tragique méprise. Sérieusement endommagés, ils entrent en collision et finissent par sombrer ne laissant que fort peu de survivants.

Les navires survivants au conflit restent en service jusqu’au début des années soixante. Le Gordy, le Gromky et le Steregushchiy sont désarmés en 1961, le Stremlitelny, le Bodry, le Bezuprechny et le Bstitelny en 1962, les Boiky,Bezposchchadny, Nezamozhnik et Rezkiy en 1963, les Ryanyy,Rastoropnyy,Redkiy en 1964 et enfin en 1965 les Reshitelnyy,Retivyy,Revnostriyy. Les navires sont ensuite démolis ou coulés comme cible y compris lors d’essais nucléaires.

Les Grozny,Gremyashchiy,Grozyashtchi et Sokrushitel’nyy sont transformés en destroyers lance-missiles même si l’expérience se révéla décevante (coque trop fragile, électronique perfectible). Ils ne sont désarmés respectivement qu’en 1970, 1972, 1973 et 1975 avant d’être démolis.

Caractéristiques Techniques

Stremitelniy.jpg

Le Stremitelny

Déplacement : standard 1612 tonnes pleine charge 2039 tonnes

Dimensions : longueur 112.8m largeur 10.2m tirant d’eau 4.8m

Propulsion : deux groupes de turbines alimentées en vapeur par trois chaudières à petits tubes d’eau développant 50500ch et entraînant deux hélices

Performances : vitesse maximale 39.37 nœuds distance franchissable 2640 miles nautiques à 19.83 nœuds

Armement : quatre canons de 130mm en affûts simples sous masque (deux avant et deux arrières), deux canons de 76.2mm, deux canons de 45mm, deux mitrailleuses de 12.7mm, trois plate-formes triples lance-torpilles de 533mm, vingt-cinq charges de profondeur, 60 à 80 mines.

A la fin du conflit les navires ayant survécu disposaient de quatre canons de 130mm, de huit canons de 37mm, six canons de 25mm, deux plate-formes triples lance-torpilles de 533mm, quarante charges de profondeur et 32 à 50 mines

Equipage : 197 officiers et marins (236 en temps de guerre)

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