URSS (27) Croiseurs lourds et légers (1)

CROISEURS LOURDS ET LEGERS

Avant-propos

En guise d’amuse-bouche

Le croiseur lourd est une «créature» du traité de Washington (1922) sans lequel ce type de navire soit ne serait jamais apparu ou alors aurait eu une forme différente puisque le heavy cruiser, le thinclad battleship déplaçait 10000 tonnes avec le canon de 203mm soit la limite basse du cuirassé dont la construction était interdite jusqu’en 1931 (puis 1936).

L’URSS qui n’à pas signé ce traité _Moscou n’était pas invité à cette conférence_ construisit des croiseurs lourds mais avec des canons de 180mm, un calibre propre à la marine soviétique dont le choix répond à la fois à un compromis entre 152 et 203mm et peut être aussi pour ne pas faire comme les autres.

Après la construction des Kirov, la marine soviétique préféra concentrer ses efforts sur des croiseurs légers à canons de 152mm.

Auparavant la Russie à fait construire également des croiseurs cuirassés (considérés parfois comme les ancêtres des croiseurs lourds) mais aussi des croiseurs légers et des croiseurs-éclaireurs.

Les croiseurs cuirassés de la marine russe

Appelés armoured cruiser dans la langue de Shakespeare, ces navires sont destinés à la guerre de course, à l’attaque des lignes de communication de l’ennemi ce qui imposait une protection non négligeable et un puissant armement. Si toutes les grandes marines ont construit des croiseurs cuirassés, la France et la Russie peuvent légitimement réclamer la paternité de ce type de navire.

Dans la marine russe, ils étaient considérés comme des croiseurs de 1ère classe et étaient quasiment tous déployés en mer Baltique. On compte quatre classes et quatre navires isolés.

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Croiseur cuirassé General-Admiral

La première classe est la classe General-Admiral composée de deux navires baptisés General-Admiral et Gerzog Edimburgski, des navires mis en service respectivement en 1875 et 1877.

Ces navires de 5112 tonnes, filant à douze nœuds avec un armement composé de six canons de 203mm et de deux canons de 152mm. Transformés en navires-écoles en 1906 et 1908 respectivement, ils deviennent des mouilleurs de mines en 1908 et 1911, devenant les Narova et Onega.

Le premier nommé est rebaptisé Dvodsatpyatavo Oktyabrya en 1922, devenant bâtiment-dépôt en 1938 avant d’être démoli durant la deuxième guerre mondiale alors que le second devient bâtiment-dépôt en 1915 avant d’être démoli en 1960 !

Il est suivi par l’unique Minin mis en service en 1878, transformé en mouilleur de mines en 1909 avant de sauter sur une mine en 1915. Il s’agissait d’un navire de 6234 tonnes, filant à 14 nœuds avec pour armement quatre canons de 203mm et douze canons de 152mm, ces seize canons étant embarqués en affûts simples.

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Croiseur cuirassé Vladimir Monomakh

La classe Vladimir Monomakh est elle composée de deux navires baptisés Vladimir Monomakh et Dimitri Donskoi, des navires mis en service en 1882 et 1883. Ces deux navires de 5683 tonnes, filant à 15.2 nœuds avec un armement de quatre canons de 203mm et douze canons de 152mm sont tous les deux coulés à la bataille de Tsushima le 27 mai 1905.

Elle est suivit par un unique navire, le croiseur cuirassé Admiral Nakhimov. Ce navire de 8609 tonnes, filant à 17 nœuds, bien armé (8 canons de 203mm et dix canons de 152mm) est mis en service en 1888. Affecté dans le Pacifique, il participe à la guerre russo-japonaise en 1904/05, succombant aux obus japonais à la bataille de Tsushima le 27 mai 1905.

Il est suivit par un autre navire isolé baptisé Pamiat Azova. Mis en service en 1890, c’est un navire de 6569 tonnes, filant à 17 nœuds avec pour armement deux canons de 200mm et treize canons de 150mm (NdA plutôt canons de 203 et de 152mm ?).

Affecté en mer Baltique, il est ensuite envoyé en Extrême-Orient en 1891/92 avec à son bord le tsaverich Nicolas futur Nicolas II. De retour en mer Baltique, son équipage se mutine lors de la première révolution russe ce qui entraîne sa mise en réserve en 1906. En 1909 il est rebaptisé Dvina, devenant bâtiment-dépôt pour torpilleurs. Il est coulé durant la guerre civile russe par la vedette britannique CMB-79 le 18 août 1919.

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Le croiseur cuirassé Rurik (1892)

Ces deux isolés sont suivis par les trois unités de la classe Rurik, des navires baptisés Rurik, Rossia et Gromoboi mis en service en 1895,1896 et 1900. Ce sont des navires de 11960 tonnes, filant à 18 nœuds avec pour armement quatre canons de 203mm et seize canons de 152mm.

Le Rurik est engagé dans la guerre russo-japonaise avant d’être piégé à Port-Arthur. Il y est sabordé le 14 août 1904. Le Rossia participe à la guerre russo-japonaise, survit au conflit avant de participer au premier conflit mondial en 1914. Il se rallie aux bolchéviks en 1917 mais est mis en réserve en 1918 avant d’être démoli en 1922. Le Gromolsoi participe à la guerre russo-japonaise puis à la première guerre mondiale. Mis en réserve en 1918, il est démoli en 1922.

La dernière classe de croiseurs cuirassés de la marine russe est la classe Bayan composée des Bayan, Admiral Makarov, Bayan (II) et Pallada. Ce sont des navires de 7927 tonnes, filant à 21 nœuds avec deux canons de 203mm et huit canons de 152mm pour artillerie principale.

Si les deux premiers navires sont construits en France aux Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM) à La Seyne sur Mer, les deux derniers ont été construits à Saint-Petersbourg.

Le Bayan mis en service en 1902 est sabordé à Port-Arthur en 1904. Relevé par les japonais et remis en service sous le nom d’Aso, il sert sous ses nouvelles couleurs jusqu’en 1930 avant d’être coulé comme cible deux ans plus tard. Son sister-ship Admiral Makarov mis en service en 1908 est torpillé en mer Baltique par le sous-marin allemand U-26 le 11 octobre 1914.

Le deuxième Bayan mis en service en 1911 sert de mouilleur de mines durant la première guerre mondiale en même temps que son sister-ship Pallada. Ces deux navires sont désarmés en 1918 puis démolis en 1922.

Enfin le dernier croiseur cuirassé russe est le Rurik construit en Grande-Bretagne et mis en service en juillet 1909. Cette commande à un chantier anglais est plutôt inhabituelle pour la Russie et laissera de mauvais souvenirs comme nous l’avons vu à propos du programme des futurs Gangut.

Ce navire déplace 15000 tonnes, peut filer à 21 nœuds avec un armement particulièrement puissant composé de deux tourelles doubles de 254mm et quatre tourelles doubles de 203mm ce qui me fait dire que le Rurik était comme le Blücher c’est-à-dire que ce n’était plus un croiseur cuirassé mais pas encore un croiseur de bataille.

D’ailleurs l’arrivée du HMS Invincible, premier croiseur de bataille provoque l’abandon du projet de construire deux sister-ship en Russie.

Participant au premier conflit mondial, le croiseur cuirassé n’à guère l’occasion de s’illustrer. Il est endommagé à plusieurs reprises par des mines. Réparé, il est toujours à flot en 1918 mais dans un état tel que cela le prive de toute carrière d’après guerre sous les couleurs de la Flotte des ouvriers et des paysans. Il devient un simple ponton en 1922 avant d’être démoli en 1930.

Croiseurs protégés

Aux côtés des croiseurs cuirassés la marine russe possède des croiseurs protégés, un type de croiseur difficile à définir mais qui concernait généralement des navires assez légers pas vraiment destinés à combattre en escadre.

Les deux plus anciens croiseurs protégés de la marine russe sont les deux unités de la classe Vitiaz, des navires baptisés Vitiaz et Rynda mis en service respectivement en 1884 et 1885. Il s’agissait de navires de 3594 tonnes, filant à 14 nœuds avec pour armement dix canons de 152mm. Si le premier est perdu par échouage dans le détroit de Corée en 1893, le second transformé en navire-école en 1906 est désarmé en 1918 et démoli quatre ans plus tard en 1922.

Ce duo est suivit par l’unique croiseur protégé Admiral Kornilov, un navire de 5957 tonnes filant à 17.6 nœuds avec pour armement quatorze canons de 152mm (dix après la refonte de 1904/05). Il devient navire-école en 1908 avant d’être désarmé en 1911 puis d’être démoli.

A l’unique Admiral Kornilov succède la classe Pallada composée de trois navires. Si les deux premiers sont restés anonymes (Pallada Diana), le troisième baptisé Aurora est entré dans l’histoire en participant à la révolution d’Octobre. Mis en service respectivement en 1901, 1901 et 1902, il s’agissait de navires de 7000 tonnes, filant à 19 nœuds avec huit canons de 152mm.

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Le Pallada

Le Pallada déployé comme ses sister-ship en Extrême-Orient est coulé à Port-Arthur en 1904. Relevé par les japonais et rebaptisé Tsugaru, l’ex-Pallada va servir de mouilleur de mines à partir de 1920, est désarmé en 1922 puis démoli deux ans plus tard.

Le Diana survit à la guerre russo-japonaise. Interné à Saïgon en Indochine, il est rendu à la Russie une fois le conflit terminé. Il participe à la première guerre mondiale en mer Baltique avant d’être désarmé en 1918 puis démoli en 1922.

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L’Aurora

L’Aurora survit à la bataille de Tsushima. Interné par les américains à Manille, il est rendu aux russes, participant à la première guerre mondiale en mer Baltique. Après avoir tiré le premier coup de canon de la révolution d’octobre, il sert de navire-école pour cadets jusqu’en 1961 quand il devient navire-musée.

Le Varyag lui est un navire unique mis en service en 1899. Il est sabordé lors de la guerre russo-japonaise en 1904, relevé par les japonais, il devient le Soya mais est rendu à la Russie en 1916. Saisi par les britanniques en 1918 et utilisé comme bâtiment-dépôt, il est vendu à la démolition à un chantier allemand mais s’échoue sur la côte écossaise le 5 février 1920. Il est démantelé sur place entre 1923 et 1925. C’était un navire de 6604 tonnes, filant à 23 nœuds avec pour armement douze canons de 152mm et douze canons de 75mm.

Il est suivit par l’Askold mis en service en 1900. Interné en Chine en 1904, rendu à son légitime propriétaire en 1905. Après avoir participé à la première guerre mondiale, il est capturé par les britanniques en 1918. Rendu à l’URSS en 1922, il est démoli. C’était un navire de 5910 tonnes, filant à 23.8 nœuds avec un armement composé de douze canons de 152mm et de douze canons de 75mm.

A ces deux navires isolés succède la classe Bogatyr composée initialement de cinq navires mais seulement quatre seront achevés, le cinquième baptisé Vitiaz étant abandonné sur cale en 1901.

Le premier baptisé Bogatyr est mis en service en 1901, désarmé en 1918 puis démoli alors que son sister-ship Ochakov à une vie particulièrement trépidante. Rebaptisé Kagul en 1906, il redevient l’Ochakov en 1917. Capturé par les allemands en 1918, repris par les britanniques, il sert ensuite dans les forces Blanches sous le nom de General Kornilov jusqu’à son internement à Bizerte. Il est rendu à l’URSS en 1924 puis démoli en 1932.

Le Pamiat Merkuria (ex-Kagul) mis en service en 1902 est sérieusement endommagé par les britanniques en 1919 dans le contexte de la guerre civile russe. Réparé, il est reclassé croiseur léger, reprenant sa carrière sous le nom de Komintern en 1922. Il est désarmé en 1942 et coulé comme brise-lames à Krondsadt en 1944.

Enfin l’Oleg mis en service en 1903 est interné par les américains après Tsushima (NdA probablement aux Philippines). Rendu aux russes, il participe au premier conflit mondial puis à la guerre civile russe. Le 17 juin 1919 il est coulé par la vedette CMB-4 de la Royal Navy. Le navire est partiellement relevé en 1919 et en 1933, le reste de la coque étant relevé en 1938.

A ces quatre navires succède l’unique Novik mis en service en 1900. Envoyé en Extrême-Orient, il participe à la guerre russo-japonaise. Sabordé à Port-Arthur, il est relevé par les japonais qui le remette en service sous le nom de Suzuya mais pour fort peu de temps, l’ex-Novik étant démoli dès 1913. Sur le plan des caractéristiques techniques, il affichait 3129 tonnes, une vitesse maximale de 25 nœuds avec pour armement principal six canons de 120mm (au Japon son armement se composait de deux canons de 120mm et de quatre canons de 76.2mm).

A l’unique Novik succède l’unique Boyarin un croiseur protégé de 3251 tonnes, filant à 22 nœuds avec six canons de 120mm pour armement principal. Construit au Danemark, il saute sur une mine lors de la guerre russo-japonaise le 12 février 1904.

Les deux croiseurs protégés de classe Izumrud (Izumrud, Zhemchung) mis en service en 1904 connaissent tous les deux un sort tragique puisqu’ils sont perdus au combat, le premier s’échoue à Vladivostok le 29 mai 1905 après avoir échappé à la destruction lors de la bataille de Tsushima alors que le second est coulé par le croiseur allemand Emden lors de la bataille de Penang le 28 octobre 1914.

Sur le plan technique, il s’agissait de navires de 3153 tonnes, filant à 24.5 nœuds avec huit canons de 120mm pour armement.

Le Prut était à l’origine un croiseur léger de la marine turque, le Mecidiye construit à Philadelphie et mis en service le 19 décembre 1903. Il saute sur une mine au large d’Odessa le 3 avril 1915 mais est relevé par les russes le 6 juin 1915.

Remis en service le 29 octobre 1915, il est capturé par les allemands le 1er mai 1918 à Sébastopol puis rendu aux ottomans le 13 mai 1918, reprenant son nom d’origine, étant désarmé en 1947 et démoli en 1952.

Sur le plan technique, il s’agissait d’un navire de 3967 tonnes, filant à 22 nœuds avec pour armement deux canons de 152mm et huit canons de 120mm, les russes remplaçant l’armement d’origine par six canons de 130mm.

Pour mémoire citons les deux croiseurs légers allemands, les SMS Pillau et Elbing qui étaient des croiseurs légers en construction pour la Russie quand le premier conflit mondial. Ces navires sont saisis par la Kaiserliche Marine et achevés pour elle sans jamais avoir servit un instant sous pavillon russe.

Croiseurs légers et lourds

En ce qui concerne les croiseurs légers la marine impériale russe s’y met très tardivement à tel point que fort peu de light cruiser seront mis en service qu’il s’agisse des unités de classe Svetlana ou de classe Admiral Nakhimov qui seront après guerre utilisés par la nouvelle Flotte des ouvriers et des paysans.

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Croiseur léger Krasnyi Krim ex-Profintern ex-Svetlana

En septembre 1939 quand éclate la guerre de Pologne, la flotte de croiseurs légers soviétique est pour le moins chétive, famélique avec la présence du Krasnyi Krym (ex-Profintern ex-Svetlana) de classe Svetlana présent en mer Noire et deux unités de classe Admiral Nakhimov, les Chervona Ukraina (ex-Admiral Nakhimov) et le Krasnyi Kavkaz (ex-Admiral Lazarev).

Il faudra attendre la fin des années trente pour que de nouveaux croiseurs légers soient construits, les croiseurs de classe Tchapaev, dix navires sur les douze commandés étant achevés.

CL Tchapaev

Le Tchapaev

Le programme de 1947 prévoyait la construction de seize croiseurs légers inspirés des Tchapaiev mais disposant d’un certain nombre d’améliorations. Non sans mal quatre unités de classe Zhdanov seront achevées durant le conflit, quatre en construction durant le conflit seront achevés selon un plan modifié après guerre, les huit autres étant abandonnés.

Les Sverdlov seront les derniers croiseurs légers construits par l’URSS puisque les croiseurs suivants construits, les Kynda seraient les premiers croiseurs lance-missiles.

En ce qui concerne les croiseurs lourds, la RKKF ne va construire que six unités de classe Kirov, des navires qui se distinguent des autres par leur armement composé de neuf canons de 180mm en trois tourelles triples.

Ces navires sont-ils des croiseurs légers ou des croiseurs lourds ? Si pour nombre de publications ces navires sont considérés comme des croiseurs légers mais pour moi il s’agit de croiseurs lourds.

Je vais donc les aborder avant les Svetlana même si les Kirov apparaissent bien après. A ces six unités auraient du suivre huit unités de classe Alexandre Nevsky financés par le programme 1947.

Seuls les deux premiers baptisés Alexansdr Nevsky et Potemkine ont été mis réellement en chantier. Les deux navires mis sur cale aux chantiers navals Amirauté de Saint-Petersbourg ont été sérieusement endommagés par des bombardements allemands et à la fin du conflit les éléments encore sur cale ont évacués pour de nouvelles constructions. La construction des six autres à été abandonnée durant le conflit.

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