URSS (20) Marine (6)

Situation en septembre 1954

Avant-propos

Qu’en tirer de ce conflit ? Contrairement aux marines occidentales, la marine soviétique n’à pu mener une guerre «glorieuse» fait de batailles majeures.

C’était une guerre de l’ombre, une guerre semblable à celle mener par la marine française durant le premier conflit mondial, guerre violente, cruelle et impitoyable mais qui peu mise en valeur alimenta une rancœur sourde, rancœur qui fût l’une des ingrédients des mutineries de la flotte de la mer Noire en 1919/20.

La situation n’est pas aussi dramatique pour la marine soviétique mais les pertes importantes et un poids plus important qu’escompté lui évita de redevenir une garde côtière comme l’aurait bien voulu l’armée de terre.

Les pertes en navires, avions et hommes ont été importantes mais l’expérience accumulée à été irremplaçable, permettant à Moscou de savoir quelle flotte est la mieux adaptée à sa situation géopolitique du moment.

Néanmoins dans l’immédiat après guerre le pays épuisé doit choisir entre une puissante armée de terre pour protéger le glacis (Pologne, Hongrie, Tchécoslovaquie,Bulgarie, Roumanie, Albanie en attendant la Yougoslavie) et une marine capable de rivaliser avec les marines occidentales.

La RKKF fait donc le dos rond en désarmant les navires les plus usés, conservant néanmoins des grandes unités, préparant la reconstitution d’une flotte importante en essayant d’éviter d’avoir les yeux plus gros que le ventre mais ça c’est une autre histoire.

Cuirassés et croiseurs de bataille

En juin 1950, la marine soviétique dispose de quatre cuirassés et de quatre croiseurs de bataille répartis entre la mer Baltique (deux cuirassés et deux croiseurs de bataille), la mer Noire (un cuirassé et un croiseur de bataille) et le Pacifique (un cuirassé et un croiseur de bataille).

Quatre ans plus tard, le corps de bataille de la marine soviétique à été amputé de plusieurs unités victimes des combats ou de l’usure.

Classe Sovetsky Soyouz

La flotte de la Baltique la plus exposée perd deux unités, le cuirassé Sovietsky Soyouz et le croiseur de bataille Stalingrad, le premier est coulé le 17 août 1952 lors de l’opération SOUVOROV, le dégagement de Leningrad.

Sorti avec trois destroyers pour couvrir l’offensive terrestre, il tire une centaine d’obus de 16 pouces contre les positions allemandes.

Alors qu’il allait se replier à la faveur de la nuit dans sa tanière de Krondstadt, le cuirassé fait détonner deux mines (soviétiques ? Allemandes ?). Il prend rapidement une gite catastrophique, se stabilise permettant une évacuation d’une partie de l’équipage avant de brutalement chavirer. A peine un tiers de l’équipage sera sauvé.

Le second effectuait une mission «recherche et destruction» en juin 1953 en compagnie du croiseur léger Sverdlov et de quatre destroyers. Il s’agissait de mettre fin au ravitaillement de la poche de Courlande par la Kriegsmarine.

Cette dernière effectuait un effort important pour évacuer les blessés au combat, les inaptes au combat, bref toutes les «bouches inutiles» en amenant du carburant et des munitions même si jamais la quantité amené sera suffisante pour transformer la poche en tremplin pour une contre-offensive générale.

Après quelques hésitations la marine soviétique décide d’envoyer une petite escadre pour frapper un grand coup contre un «grand convoi» de quatre petites pétroliers, deux cargos et un transport de troupes, le tout escorté par le croiseur léger antiaérien Dantzig, quatre destroyers et six torpilleurs.

En théorie la petite escadre soviétique doit coopérer avec les sous-marins et l’aviation notamment pour vérifier qu’aucune unité de ligne n’est en mer en position de couverture lointaine. Un sous-marin découvre bien le croiseur de bataille Nassau, le croiseur lourd Seydlitz, le porte-avions léger Bautzen et quatre destroyers mais son message n’est pas reçu où si il est reçu est mal exploité.

L’aviation lance bien une série de patrouilles aériennes mais le temps est très mauvais et quand un hydravion aperçoit le groupe de couverture il est expédié par les chasseurs du bord sans pouvoir expédier le moindre message.

Les deux escadres se tombent dessus quasiment par surprise. La bataille vire très vite au pugilat, à une mêlée confuse et désordonnée. Comme souvent les récits de bataille sont confus et complexe avec certaines contradictions qui ne pourront jamais être levées.

Ce qui est certain c’est que très vite le Stalingrad est mis hors de combat par les allemands alors que le Sverdlov est sérieusement endommagé. Après avoir reçut au minimum quatre obus de 380mm et six obus de 203mm, le croiseur de bataille commence à chavirer sur tribord mais avant même qu’il ne sombre complètement une explosion phénoménale foudroye le navire, explosion qui ne laisse qu’une poignée de survivant.

Le Sverdlov lui se replie en compagnie de trois destroyers, un navire ayant été foudroyé par l’artillerie secondaire du croiseur de bataille allemand.

Quant au convoi il arrive intact à destination ce qui constitue une victoire de taille pour une marine allemande très affaiblie après quatre ans et demi de lutte.

Après cet échec, la marine soviétique préféra utiliser les mines, l’aviation et les sous-marins plutôt que ses grosses unités qui restèrent souvent en position de Fleet-in-Being.

Les deux autres unités de ligne (cuirassé Sovietskaya Rossiya et croiseur de bataille Krondstadt) ont été endommagées à plusieurs reprises mais sont toujours à flot en septembre 1954.

Si le croiseur de bataille est désarmé rapidement et aussi promptement démoli (respectivement en 1960 et 1962), le cuirassé est profondément modernisé entre 1957 et 1960, servant de navire-amiral en mer Baltique. Désarmé en 1975, il à été démoli dans les années quatre-vingt.

En mer Noire les combats sont moins violents qu’en Baltique en raison de l’asymétrie des forces en présence. C’est pas pour autant une promenade de santé puisque que la flotte de la mer Noire perd le croiseur de bataille Sevastopol.

Ce dernier est coulé en août 1951 lors de l’opération VENUS, une des cinq offensives lancées à cette époque dans l’espoir de libérer toute l’URSS. Comme nous l’avons vu cette série d’offensives est bien trop ambitieuse pour les capacités de l’Armée Rouge, les résultats sont mitigés créant une série de saillants, saillant tantôt favorable aux soviétiques tantôt aux allemands.

L’offensive VENUS concerne l’Ukraine et la flotte de la mer Noire joue un rôle clé dans cette offensive. Si le glaive allemand est un peu émoussé par plus d’un an de conflit, il fait encore très mal comme s’en rendent compte les tankistes, les aviateurs et les marins, victimes non pas de la Kriegsmarine mais de la Luftwafe.

Le 17 août, le croiseur de bataille accompagné de quatre destroyers bombarde des positions allemandes en Crimée. Le bombardement est précis et efficace tout comme l’est la riposte allemande qui lance une centaine de bombardiers Junkers Ju-188 et de Heinkel He-179.

Junkers Ju-188 5.jpg

Junkers Ju-188

Escortés par des Fw-190, ils attaquent le croiseur de bataille et ses escorteurs qui se défendent comme de beaux diables mais doivent succomber.

Deux destroyers survivent mais deux destroyers et le croiseur de bataille sont coulés, le Sevastopol encaissant huit bombes perforantes, le navire chavirant rapidement ne laissant qu’une poignée de survivants.

Le Sovietskaya Ukrainia survit au conflit bien qu’endommagé à plusieurs reprises. Particulièrement usé, il est désarmé dès mars 1956. Sa remise en service est envisagée au début des années soixante mais elle ne se concrétisera jamais, le navire étant démoli dans les années soixante-dix.

Dans le Pacifique le cuirassé Sovietskaya Belorussiya et le croiseur de bataille Arkangelsk survivent au conflit même si leur activité est plutôt réduite. Quand ils sont vraiment engagés, la flotte japonaise est bien trop faible pour s’opposer à leur déploiement dans le cadre de l’offensive en Mandchourie.

Le conflit terminé, les deux navires restent en service. Si le Arkangelsk est désarmé en 1965 et démoli, le cuirassé est modernisé entre 1960 et 1962, restant en service jusqu’au début des années quatre-vingt. Il semble que sa préservation à été étudiée mais par manque de fonds, incurie ou problème inconnu cela n’à pu se faire. Ayant coulé par petits fonds en 1991, le cuirassé est relevé et démoli.

Porte-avions

Projet 72

En juin 1950 la marine soviétique possède deux porte-avions d’escadre, l’Orel stationné à Mourmansk et l’Ulianovsk stationné à Vladivostok. Les débuts sont difficiles, les groupes aériens manquent d’expérience ce qui n’arrange pas le «porte-avionoscepticisme» de Staline qui ne croit pas à ce système d’armes.

Les deux ponts-plats au drapeau Rouge doivent donc vite faire leurs preuves. Si l’Ulianovsk reste quasiment inemployé car servant de navire de dissuasion au profit du Japon, l’Orel est engagé contre des cibles allemandes en Norvège notamment quand il s’agissait de couvrir le passage de convois alliés.

Cette menace ne peut être ignorée par les allemands qui cherchent à détruire à tout prix ce porte-avions particulièrement remuant. Le 17 mars 1952 alors qu’il venait de lancer son groupe aérien contre Narvik, l’Orel est surpris par des bombardiers allemands en maraude.

Seize Junkers Ju-188 envoyés initialement pour frapper un convoi sont détournés vers cette cible bien plus appétissante. En dépit d’une DCA furieuse et de mouvements désespérés, dix torpilles sont larguées contre le porte-avions et ses trois destroyers d’escorte.

Une «anguille» frappe un destroyer qui explose dans une gigantesque boule de feu, une deuxième se perd mais deux autres frappent à mort le porte-avions qui coule rapidement. Il sera cependant vengé, les chasseurs du porte-avions alertés abattant cinq des huit bombardiers survivants.

L’Ulianovsk lui va survivre au conflit. Endommagé à plusieurs reprises, il ne sera désarmé qu’en mars 1965 au moment de son remplacement par de nouveaux porte-avions bien plus gros, l’URSS faisant du porte-avions et du croiseur lourd la poutre maitresse de ses forces de surface.

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maquette du porte-avions lourd Orel

C’est ainsi que deux porte-avions de 23000 tonnes sont remplacés par quatre porte-avions de 60000 tonnes baptisés Orel Poltava Petropavlosk et Sevastopol, des navires qui vont servir jusqu’à la chute de l’URSS en 1991 mais ceci est une autre histoire.

Croiseurs lourds

CL Kirov 2

Le Kirov

En juin 1950 la marine soviétique dispose de six croiseurs lourds armés chose inhabituelle de canons de 180mm (neuf pièces en trois tourelles triples). Ces navires sont déployés en mer Baltique (Kirov Maxim Gorky et Molotov), en mer Noire (Vorochilov) et dans le Pacifique (Kalinine et Lazare Kaganovitch).

Cette flotte aurait du être augmentée à quatorze mais comme nous l’avons vu seules deux unités seront mises sur cale (Alexandre Nevski et Potemkine), deux unités qui ne seront jamais achevées.

En septembre 1954 sur les six croiseurs lourds en service en juin 1950, deux navires ont été coulés, le Molotov coulé en septembre 1950 par l’aviation allemande au large de Krondstadt et le Vorochilov victime d’une mine allemande au large de Novorossirsk en mars 1952.

Les quatre autres sont usés par un service intensif sont désarmés assez rapidement après la fin du second conflit mondial, le Kirov est désarmé en septembre 1957, le Maxim Gorky en juin 1959, le Kalinine en octobre 1958 suivit trois mois plus tard en janvier 1959 par le Lazare Kaganovitch.

Si les deux premiers sont démolis, les deux autres sont modernisés et transformés en croiseurs lance-missiles, une mesure transitoire en attendant la mise en service de véritables croiseurs lance-missiles conçus dès l’origine comme tels. La nouvelle carrière du Kalinine à duré de 1961 à 1975, celle du Lazare Kaganovitch de 1962 à 1980.

Croiseurs légers

CL Tchapaev

Le Tchapaev

En juin 1950, la marine soviétique dispose de dix croiseurs légers de classe Tchapaïev avec deux autres en construction mais ces deux derniers en cours de construction à Nikolaïev seront remorqués à Novorossirsk mais jamais achevés.

Sur les dix navires en service, quatre sont déployés dans le Pacifique (Tchapaïev, Kuibyshev, Zhelezniakov,Chkalov), deux en mer Noire (Frunze, Ordzhonikidze), deux en mer Baltique (Sverdlov,Murmansk) et deux en mer Blanche à Mourmansk (Admiral Makarov, Profintern).

Le programme de 1947 prévoyait la construction de seize nouveaux croiseurs légers. Ils étaient quasiment identiques aux Tchapaïev mais disposaient d’un certain nombre d’améliorations notamment une protection plus importante, une DCA renforcée, une conduite de tir de meilleure qualité.

Seulement quatre seront achevés durant le conflit, des navires baptisés Zhdanov, Admiral Nakhimov, Admiral Ushakov et Admiral Lazarev, navires mis en service respectivement en septembre 1951, mai 1952, juin 1953 et mars 1954. Ils survivent tous au conflit.

Quatre autres navires baptisés Dzerzhinsky Admiral Seniavin Mikhail Kutozov et Dimitri Donskoy seront achevés après guerre selon des plans modifiés, la construction des huit autres étant abandonnée.

Sur les quatre croiseurs légers de la flotte du Pacifique, un navire est coulé le Tchapaïev victime d’une mine d’origine inconnue qui provoque son rapide naufrage en octobre 1952. les trois autres survivent au conflit, restant en service jusqu’au milieu des années soixante.

En mer Noire le Frunze est surpris au large de Sebastopol par des vedettes lance-torpilles allemandes et roumaines dans le cadre de l’opération PIOTR VELIKY, une embuscade nocturne qui voit le croiseur léger encaisser trois torpilles qui provoque un naufrage assez rapide. L’Ordzhonikidze endommagé à plusieurs reprises est rapidement désarmé après le conflit.

En mer Baltique les deux croiseurs légers de classe Sverdlov en service en juin 1950 sont perdus, le Sverdlov qui avait échappé à la destruction du Stalingrad à moins de chance en janvier 1954 quand un sous-marin allemand lui envoie trois torpilles qui provoquent un rapide naufrage.

Le Murmansk est coulé par l’aviation allemande en octobre 1952. Ces navires seront remplacés en mer Baltique par le Zhdanov et l’Admiral Nakhimov, navires construites à Leningrad et miraculeusement épargnés par les bombes et les obus allemands.

Le Petropavlosk survit au conflit, étant endommagé à plusieurs reprises. Particulièrement usé, il est désarmé en 1959, transformé en ponton flottant à Krondstadt avant d’être démoli en 1975.

En mer Blanche les deux croiseurs légers Admiral Makarov et Profintern survivent au conflit non sans avoir subit un certain nombre de dommages.

Destroyers

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Le Bditelnyi (type 7)

En septembre 1939 la marine soviétique possède trente-neuf destroyers, un chiffre important mais qui est bien loin de satisfaire les ambitions du maître du Kremlin devenu subitement un partisan d’une grande flotte océanique.

Le programme en cours quand éclate la guerre de Pologne est délirant avec 176 nouveaux destroyers à construire. Ai-je besoin de préciser que ce programme ne sera pas réalisé ?

En septembre 1948 la flotte à quasiment doublé de volume passant de trente-neuf à soixante-six destroyers auxquels il fallait ajouter vingt-quatre unités à différents stades d’achèvement. Cette flotte n’est pas homogène puisqu’on trouve encore huit destroyers hérités de la marine tsariste, les vingt-deux destroyers «modernes» en service en septembre 1939 et donc trente-huit nouvelles unités construites durant la Pax Armada.

Les destroyers en service sont répartis entre la mer Baltique (quatre vieux destroyers et vingt-quatre destroyers modernes), en mer Noire (deux vieux destroyers et douze unités modernes), dans l’Arctique (deux vieux destroyers et six destroyers modernes) et dans le Pacifique (douze destroyers modernes).

Entre septembre 1948 et juin 1950, douze nouveaux destroyers sont mis en service, quatre au sein de la flotte de la Baltique, quatre dans l’Océan Glacial Arctique (future flotte du Nord) et quatre en mer Noire. Douze autres sont encore en construction quand les allemands déclenchent l’opération BARBAROSSA.

Huit seront achevés durant le conflit mais quatre seront sabotés sur cale pour éviter qu’ils ne soient pris par les allemands (deux à Odessa et deux à Nikolaïev). Ces derniers étudieront quand même leur achèvement mais renonceront très vite. Les huit unités achevées seront déployées dans la flotte du Nord (six) et dans celle du Pacifique (deux).

Le programme de 1947 prévoyait la construction de quarante-cinq destroyers supplémentaires mais seulement douze sont mis sur cale avant l’invasion allemande, quatre étant achevés et utilisés par la flotte de la Baltique, quatre seront achevés après guerre sur des plans modifiés et les quatre derniers sabordés sur cale (deux à Liepaja et deux à Odessa).

Navires de raids et de coup de main, toujours en première ligne, les destroyers subissent de très lourdes pertes. Les destroyers de la RKKF n’échappent pas à la règle, vingt-cinq d’entre-eux vont être perdus par accident, mine, attaque aérienne, torpillage de sous-marin ou affrontement antisurface.

La flotte de la Baltique qui dispose de vingt-huit destroyers en septembre 1948 (quatre anciens et vingt-quatre modernes) en reçoit quatre autres jusqu’en juin 1950 portant sa flotte totale à trente-deux unités.

Durant le conflit, quatre nouveaux destroyers achevés à Leningrad dans des conditions dantesques s’y ajouteront. Sur ces trente-six destroyers, dix seront coulés (un par collision accidentelle, quatre par l’aviation, deux par mines, un par sous-marin et deux lors d’un affrontement de surface) laissant seulement vingt-six destroyers.

Sur ces vingt-six unités, dix très usés ou mal entretenus seront quasi-immédiatement désarmés une fois la guerre terminée, les seize autres vont être modernisés pour faire la jonction avec des unités modernes progressivement construites à partir du début des années soixante.

La flotte de la mer Noire dispose en septembre 1948 de quatorze destroyers, deux unités héritées de la marine tsariste et douze destroyers modernes. Quatre nouvelles unités rejoignent la flotte durant la période séparant le début du second conflit mondial de l’entrée en guerre de l’URSS.

La flotte de la mer Noire fait donc face à l’offensive allemande avec seize destroyers, un chiffre très faible, une vraie pénurie aggravée par le fait que les chantiers navals d’Odessa et de Nikolaïev ont été rapidement pris, les six destroyers en construction n’étant pas en état de prendre la mer même en remorque.

Et si cela avait été le cas à quoi cela aurait-il pu survivre ? Sebastopol seul chantier pouvant les achever est rapidement tombé, les autres ports de la mer Noire sous contrôle russe ne pouvant en aucune façon achever des navires de guerre.

Six destroyers sont perdus durant le conflit, un par un échouage accidentel dans le brouillard, un par mine, un par un sous-marin de poche italien, deux par l’aviation lors de la destruction du Sevastopol et le dernier par des vedettes lance-torpilles.

La zone Arctique dispose en septembre 1948 de deux vieux destroyers et de huit destroyers modernes, quatre nouvelles unités ralliant la zone jusqu’en juin 1950 suivies de six autres durant le conflit, portant le total à vingt destroyers. Sur ce total, quatre sont perdus, deux par sous-marin, un par mine et un par l’aviation lors de la destruction de l’Orel.

Enfin la flotte du Pacifique dispose de douze destroyers modernes en septembre 1948, ce nombre n’évoluant pas jusqu’en juin 1950. Durant le conflit deux nouveaux destroyers vont rallier la flotte portant le total à quatorze.

Sur ces quatorze destroyers, cinq vont être perdus, deux par mine, un par sous-marin et deux par l’aviation…….soviétique qui prit les deux destroyers soviétiques pour des destroyers allemands. Les deux navires sérieusement endommagés entrèrent en collision avant de sombrer.

Sous-marin

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sous-marins type Sch

En septembre 1939 la RKKF aligne huit vieux sous-marins et cent soixante-douze sous-marins modernes, une flotte particulièrement imposante. A cela s’ajoute un colossal programme de construction avec 296 unités.

Naturellement ce programme ne sera pas mené à bien mais tout de même en septembre 1948, la marine soviétique dispose de 240 sous-marins, nombre qui passe à 270 en juin 1950 plus trente en construction.

Sur ces trente unités, seulement douze seront achevés, rejoignant le Pacifique (quatre) et l’Océan Glacial Arctique (huit), les dix-huit seront abandonnées dont neuf sabordées pour ne pas tomber aux mains des allemands.

En juin 1950 les deux-cent soixante dix unités sont réparties entre la Baltique (soixante-douze), la mer Noire (quarante-huit), l’Océan Glacial Arctique (cinquante-quatre) et le Pacifique (quatre-vingt seize).

Le programme naval de 1947 prévoyait la construction de seize croiseurs sous-marins destinés à opérer dans l’Océan Glacial Arctique et dans le Pacifique mais aucun de ces navires sont les caractéristiques techniques sont encore entourées d’une part de mystère ne sera mis sur cale avant le 21 juin 1950. Le programme est annulé en 1952 et le matériel accumulé utilisé pour des réparations et des modernisations.

Les pertes de la force sous-marine soviétique sont assez lourdes. Sur les 282 navires utilisés durant le second conflit mondial, 98 ont été perdus soit grosso modo un tiers de la flotte. Seize ont été coulés par des mines, trente-deux par l’aviation, quatorze par sous-marins, vingt par navires de surface, dix suite à des accidents et six suite à des causes inconnues.

Ces pertes ne sont pas homogènes d’une flotte à l’autre. 37 sous-marins ont été coulés en mer Baltique, trente en mer Noire, douze dans le Pacifique et dix-neuf en Arctique.

En ce qui concerne les modèles de sous-marins, l’URSS peut être en raison d’une géographie contraignante n’à pas choisit un modèle unique mais une multitude de modèles plus ou moins spécialisés, plus ou moins efficaces.

Unités légères («poussière navale»)

Comme nous l’avons vu si la géographie permettait à l’URSS de se passer d’une marine océanique (Blue Water Navy) il était quasiment impossible de se passer d’une marine littorale, d’une marine des eaux vertes (Green Water Navy) au risque de voir les nations étrangères être comme chez elles dans les eaux soviétiques, au risque de voir le blocus étrangler le «paradis des travailleurs».

A cela s’ajoute un besoin important de patrouilleurs fluviaux pour tenir les grands fleuves. En effet dans un pays sous-équipé en matière d’infrastructures routières et ferroviaires, le fleuve reste capital pour transporter de grandes quantités d’hommes, de fournitures et de matériel. Il fallait donc des patrouilleurs et des monitors pour sécuriser la Volga, le Don, le Dniepr et d’autres fleuves.

A la fin des années trente le plan prévoyait 170 escorteurs, 351 chasseurs de sous-marins, 36 monitors, 290 dragueurs, 29 mouilleur de mines, 21 poseur de filets et 18 hydroglisseurs. Ce programme ne pourra pas être mené à bien, la construction des grandes unités étant prioritaire.

En septembre 1948, on trouve tout de même quatre-vingt huit escorteurs (24 en mer Baltique et dans le Pacifique, 16 en mer Noire et en Arctique et huit en mer Noire), cent-cinquante six chasseurs de sous-marins (quarante-huit en mer Baltique et dans le Pacifique, vingt-quatre en mer Noire et en Arctique, douze en mer Caspienne), dix-sept mouilleurs de mines (huit en mer Baltique, quatre dans le Pacifique, deux en mer Noire et en Arctique, un en mer Caspienne), dix poseurs de filets (quatre en Baltique, deux en mer Noire, deux dans le Pacifique et deux en Arctique) et quatre-vingt huit dragueurs de mines (vingt-quatre en Baltique et dans le Pacifique, seize en mer Noire et en Arctique, huit en Caspienne).

Les flottilles fluviales présentent sur le Don, le Dniepr, la Volga et l’Amour regroupe 240 patrouilleurs et vedettes et 40 monitors soit 280 navires. Les forces navales légères soviétiques regroupent alors 639 navires

En juin 1947 le programme naval prévoit de renforcer les forces légères soviétiques en construisant de nouveaux escorteurs, de nouveaux patrouilleurs, de nouveaux dragueurs de mines. Si peu de navires ont construits avant septembre 1948, quelques dizaines d’unités voient le jour avant juin 1950.

C’est ainsi qu’en juin 1950 on trouve cent-quatre escorteurs (32 en mer Baltique et dans le Pacifique, 24 en mer Noire et en Arctique et huit en mer Noire), cent quatre-vingt douze chasseurs de sous-marins (soixante en mer Baltique, quarante-huit dans le Pacifique, trente-six en mer Noire et en Arctique, douze en mer Caspienne), dix-sept mouilleurs de mines (huit en mer Baltique, quatre dans le Pacifique, deux en mer Noire et en Arctique, un en mer Caspienne), dix poseurs de filets (quatre en Baltique, deux en mer Noire, deux dans le Pacifique et deux en Arctique) et cent dragueurs de mines (trente-deux en Baltique, vingt-quatre dans le Pacifique, vingt en mer Noire, seize en Arctique, huit en Caspienne).

Au sein de la «poussière navale», on trouve également des vedettes lance-torpilles particulièrement efficaces dans les eaux resserrées. 121 vedettes lance-torpilles sont en service au début des années quarante, le nombre augmentant rapidement pour atteindre 450 unités en juin 1950.

Essentiellement concentrées en mer Baltique et en mer Noire, ces vedettes lance-torpilles vont mener une guérilla impitoyable contre les vedettes allemandes et finlandaises en mer Baltique, contre les vedettes allemandes, roumaines, bulgares et italiennes en mer Noire, le tout avec des résultats contrastés.

Les pertes vont être très lourdes puisque la marine soviétique va perdre 32 escorteurs sur 132 construits, 72 chasseurs de sous-marins sur 200, 8 mouilleurs de mines sur dix-sept, quatre poseurs de filets sur 10,48 dragueurs de mines sur 120 et 124 vedettes lance-torpilles sur 600 (la production s’est poursuivie pendant la guerre bien que non prioritaire).

Les pertes vont être très lourdes puisque la marine soviétique va perdre 32 escorteurs sur 132 construits, 72 chasseurs de sous-marins sur 200, 8 mouilleurs de mines sur dix-sept, quatre poseurs de filets sur 10 et 48 dragueurs de mines sur 120.

En ce qui concerne les flottilles fluviales, on trouve en juin 1950, 280 patrouilleurs et vedettes ainsi que 64 monitors soit un total de 344 navires. Sur ce total 80 patrouilleurs et vedettes sont perdues tout comme 28 monitors.

Navires de soutien

Bloc continent imposant, sans colonies outre-mer, les besoins en matière de navires de soutien de la marine soviétique sont nettement plus faibles que les autres marines.

En septembre 1948 la marine soviétique dispose de six pétroliers (deux en Baltique, un en mer Noire, deux dans le Pacifique et un dans l’océan glacial Arctique), de huit cargos (deux en Baltique, un en mer Noire, deux dans le Pacifique et trois dans l’océan glacial Arctique), d’un bâtiment-base de sous-marins déployé en mer Noire, un navire-atelier déployé en Baltique.

C’est peu de chose et même la réquisition de la marine marchande ne parvint à compenser des carences que la marine soviétique mettra du temps à combler même après guerre. Le prêt-bail permettra d’augmenter les capacités logistiques de la marine soviétique mais la RKKF aurait été bien incapable de mener des opérations complexes.

A la fin du second conflit mondial, la marine soviétique conserve encore huit pétroliers sur les vingt-quatre utilisés, six cargos sur douze, un bâtiment-base de sous-marin et un navire-atelier.

Navires amphibies et troupes de marine

En septembre 1948, la RKKF ne possède pas beaucoup de grandes unités amphibies. Les seuls navires existants étant de vieux bâtiments datant de l’époque tsariste, des navires de 1050 tonnes ainsi que quelques bâtiments expérimentaux.

En ce qui concerne les troupes amphibies, la marine soviétique dispose en juin d’une 1ère brigade spéciale de la marine au sein de la flotte de la Baltique ainsi que d’une 2ème brigade spéciale de marine qui dépend elle de la flotte de la mer Noire. Durant le conflit deux autres BSM seront créées, les 3ème et 4ème BSM.

Après ces quatre brigades (détruites et reconstituées plusieurs fois), une floraison d’unités complique la tache des historiens qui peinent à trouver leur chemin dans un écheveau fort compliqué.

Ce qui est certain qu’à la fin du conflit la marine soviétique décide de préserver l’héritage en matière d’opérations amphibies, chaque flotte dispose d’une brigade de fusiliers marins destinée aux opérations amphibies avec des navires spécialisés.

Cette brigade était organisée en un état-major, une compagnie d’état-major, trois bataillons d’infanterie, un bataillon de chars légers amphibies, un bataillon d’artillerie, une compagnie de sapeurs, une compagnie de mortiers lourds.

Ces navires spécialisés sont les héritiers de navires amphibies construits durant le conflit, des modèles «indigènes» mais aussi des navires cédés par les alliés, des LSM et des LST mais aussi des LCI et des LCT.

Si la flotte du Pacifique reçoit des navires amenés directement sur place par les américains, pour la flotte de la mer Noire et celle de la Baltique, les navires sont démontés en plusieurs fardeaux, remontés, testés et utilisés par des équipages soviétiques.

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Un LST américain

Durant le second conflit mondial l’URSS va utiliser douze LST, vingt LCT, seize LCU et quarante-huit LCM soit quatre-vingt seize navires amphibies sans compter donc les constructions «indigènes» et l’utilisation de navires qui n’étaient pas forcément prévus pour cela.

A part l’opération PIOTR VELIKY qui voit un débarquement majeur en Crimée, les débarquements soviétiques étaient plus du domaine du coup de main, de l’opération commando que de l’opération massive comme pouvait l’être un débarquement allié en Méditerranée ou américain dans le Pacifique.

Cela ne l’empêchera dans le cadre de la guerre froide de disposer d’un outil amphibie assez efficace et assez étoffé avec donc une brigade de fusiliers marins par flotte (qui pouvait passer au niveau divisionnaire après mobilisation) et des navires spécialisés.

Si aucun navire à pont continu ne fût construit, la RKKF disposa d’une dizaine de navires type LSD/LPD et surtout d’un très grand nombre de navires type LST pouvant plager sans oublier des aéroglisseurs nettement plus gros que ceux employés par les américains.

Aéronavale

En septembre 1948 l’aéronavale soviétique dispose de onze divisions d’aviation de la flotte mais aussi quatre groupements d’hydraviation embarquée et deux groupes aériens embarqués. La situation évolue peu jusqu’en juin 1950.

Durant le conflit de nouvelles unités sont créées, trois nouvelles divisions d’aviation de la flotte (deux en Baltique et une en mer Noire) mais aussi une brigade en mer Caspienne et une brigade dans l’Océan Pacifique, des brigades organisées en un régiment de chasse, un régiment de patrouille maritime et un régiment de bombardement-torpillage. Des groupements occasionnels sont également créés pour une mission particulière.

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Yakovlev Yak-9

En ce qui concerne l’équipement il est semblable à celui de la VVS avec des chasseurs Yak-3 et Yak-9, des bombardiers-torpilleurs Peltyakov Pe-3, des bombardiers en piqué Illiouchine Il-2 Sturmovik, des hydravions Beriev Be-2 et Be-6.

Des avions occidentaux sont également livrés au titre du prêt-bail. Certes après guerre dans l’ambiance de guerre froide, Moscou à minimisé l’aide militaire alliée mais force est de constater que cette aide à été massive et de qualité.

C’est ainsi que l’aviation de la flotte à reçu des hydravions Consolidated Catalina qui ont permis d’augmenter sa capacité de reconnaissance à long rayon d’action. Le souci c’est que la coordination et la coopération n’ont jamais été pleinement mises au point, les informations étaient mal transmises et/ou mal exploitées.

Curtiss P-40E Warhawk 10

Curtiss P-40

Des chasseurs Curtiss P-40 ont également été reçus via la VVS qui ne les à jamais vraiment appréciés. Quelques Bell P-39 Airacobra furent livrés à l’aviation de la flotte mais après une expérience décevante, ils furent cédés à l’armée de l’air qui en fit bon usage.

Dans le domaine des bombardiers, l’aviation de la flotte à complété ses Pe-3 et ses Pe-8 par des North American B-25 Mitchell et des Douglas A-20 Havoc.

L’aviation basée à terre joua un rôle très important en assurant des missions classiques d’aviation maritime (reconnaissance, éclairage, assaut aéromaritime) mais aussi des missions identiques à celle d’une armée de l’air comme la Défense Aérienne du Territoire, l’appui-tactique, surtout à une époque où tout ce qui volait était envoyé pour freiner voir stopper l’implacable machine allemande avec plus ou moins de succès d’autant que la Luftwafe n’était pas vraiment du genre à les laisser faire.

Les pertes furent très lourdes tout comme l’ensemble des forces armées soviétiques mais l’aéronavale russe apprenait de ses erreurs, ses bombardiers-torpilleurs et ses avions d’assaut ne tardèrent pas à rendre les eaux de la Baltique et de la mer Noire très inconfortables de jour pour la navigation allemande qui avait pu se croire à l’abri de toute menace aérienne. Cette montée en puissance alla de paire avec l’affaiblissement progressif de la Luftwafe et du Kriegsmarine Fliegerkorps l’aéronavale allemande qui ne savait plus où donner de la tête.

Dans l’Océan Glacial Arctique l’aviation assura essentiellement la couverture des convois, le porte-avions Orel menant des raids contre la navigation, contre des bases aériennes allemandes jusqu’à sa destruction le 17 mars 1952 alors qu’il venait de lancer un raid sur Narvik.

Il semble qu’un temps l’envoi de l’Ulianovsk dans l’Océan Glacial Arctique à été étudié mais Moscou craignait qu’un tel envoi n’encourage le Japon à se lancer dans une nouvelle aventure militaire dans le nord. Les alliés ont proposé la cession d’un porte-avions mais ce projet n’à été mené à bien et le groupe aérien de feu l’Orel à été employé à terre depuis la région de Mourmansk.

L’avancée des troupes soviétiques vers l’ouest est accompagnée par un dispositif naval important pour empêcher l’intervention d’une Kriegsmarine de plus en plus faible. L’aéronavale soviétique joue un rôle vital en éclairant loin devant les escadres, en attaquant préventivement des points de résistance potentielle, en mouillant des mines voir en brouillant les communications ennemies.

Le second conflit mondial terminé, l’aéronavale soviétique se réorganise pour faire face aux nouvelles menaces de la guerre froide. La lutte anti-sous-marine est considérée comme une priorité absolue au détriment de l’assaut aéromaritime.

Le renforcement des forces de surface occidentales, la renaissance d’une marine allemande à poussé l’état-major de la marine soviétique à relancer les unités d’assaut aéromaritime avec des bombardiers à réaction armés d’abord de bombes et de roquettes puis très vite pour ne pas dire immédiatement des missiles air-surface. L’hélicoptère fait également son apparition sur des navires de surface.

Le porte-avions si décrié avant le second conflit mondial devient un axe majeur de développement de la marine soviétique. C’est ainsi que deux porte-avions de 23000 tonnes sont remplacés par quatre porte-avions de 60000 tonnes baptisés Orel Poltava Petropavlosk et Sevastopol, des navires qui vont servir jusqu’à la chute de l’URSS en 1991.

Ces porte-avions disposaient de chasseurs biréacteurs pour la défense aérienne, des avions d’assaut (terrestre et naval), des avions de guêt aérien et des hélicoptères mais ceci est une autre histoire.

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