URSS (12) Histoire et Géopolitique (11)

L’URSS dans le Second Conflit Mondial

Situation de l’URSS en septembre 1948

En septembre 1948 le pouvoir de Josef Staline est absolu. Les Grandes Purges se sont terminées courant 1940 faute de cibles ou de menaces à éliminer. Il y à quelques jugements de généraux et de hauts responsables de la nomenklatura mais signe des temps il y à peu de condamnations à mort.

Les nouveaux responsables sont soit des gens appartenant à sa clique ou des nouveaux venus élevés dans son culte ou lui devant tout. On peut ajouter le fait qu’ils connaissent parfaitement les conséquences d’une critique vénielle du Vjod, les conséquences d’une accusation de «sabotage» ou de «cosmopolitisme».

Si ce grand paranoïaque de Josef Staline se sent rassuré de n’avoir que des exécutants dociles autour de lui, si il se sent rassuré de n’avoir aucun personnage charismatique autour de lui, cette situation à pour conséquence de bloquer tout esprit d’initiative, tout courage qu’il soit politique ou militaire.

Comme seul le «petit père des peuples» peut décider la politique, il ne peut y avoir ni critique ni initiative qui ferait croire que le leader s’est trompé.

Sur le plan géographique le territoire de l’URSS par rapport à septembre 1939 s’est singulièrement agrandit via des annexions militaires mais également politiques, toutes liées au pacte germano-soviétiques et surtout à ses clauses secrètes.

-Le 1er septembre 1939 à 4h45 les troupes allemandes franchissent la frontière séparant l’Allemagne et de la Pologne. C’est le début d’un conflit que l’histoire à retenu sous le nom de Guerre de Pologne ou pour les anglo-saxons Three Months War (la guerre de trois mois).

Ce conflit voit l’absence de toute réaction occidentale, l’offensive française dans la Sarre se terminant très rapidement au grand soulagement des allemands et à la grande fureur des polonais.

Le 17 septembre 1939 l’URSS poignarde la Pologne dans le dos en envahissant le pays de Chopin, transformant la situation militaire de la Pologne de très difficile à désespérée. L’Allemagne et l’URSS vont se partager le pays indépendant depuis 1918.

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La guerre s’arrête le 15 décembre 1939 même si depuis l’assassinat d’Hitler le 9 novembre 1939 les combats étaient pour ainsi dire gelés.

Une conférence se réunit à Coblence du 27 au 30 décembre 1939 mais cette conférence est une farce, Paris et Londres exigeant avant toute décision l’évacuation des troupes étrangères du territoire polonais.

Comme les allemands et les soviétiques refusent d’envisager un tel retrait même en échange du déploiement de troupes neutres (on parlait notamment de troupes italiennes, suédoises, argentines et espagnoles), cette conférence est un échec, le gouvernement polonais en exil installé à Nantes étant reconnu par la Grande-Bretagne et la France notamment.

Le territoire polonais récupéré par Moscou correspond tout simplement aux territoires acquis par Varsovie lors de la paix de Riga en 1920, des territoires majoritairement peuplés de bielorusses et d’ukrainiens.

Les trois états Baltes qui avaient arraché leur indépendance au moment de la décomposition de l’empire tsariste sont eux aussi avalés par l’ogre russe sans que les puissances occidentales ne bougent au grand dam de Riga, de Tallin et de Vilnius.

Avec un sens consommé de la tactique, les soviétiques imposent tout d’abord des gouvernements à leur solde qui font mine de résister aux exigences de Moscou pour donner le change vis à vis de leurs opinions. Après des incidents de frontière plus ou moins provoqués, les trois républiques sont annexées devenant des républiques socialistes soviétiques.

-La Finlande qui avait également arraché son indépendance de l’empire russe après notamment une guerre civile abominable entre Rouges et Blancs avait tenté de digérer un violent conflit pour construire une nation.

Chers lecteurs me croyez-vous si je vous dit que les relations entre Helsinki et Moscou sont sans nuages et emprunts de la plus grande cordialité ?

Non et vous avez raison, les relations finno-soviétiques sont constamment tendues allant de l’hostilité déclarée à la profonde méfiance entre un pays communiste et un pays plutôt conservateur qui surtout n’à pas oublié la politique de russification menée par les tsars en dépit d’une certaine autonomie accordée par Saint-Petersbourg.

Outre ce facteur historique il faut ajouter le fait que la frontière n’est située qu’à 32km de Leningrad. L’ancienne Saint-Petersbourg n’est plus la capitale mais c’est une ville symbole du régime soviétique et on imagine aisément ce qui se passerait si un ennemi étranger parvenait à s’emparer du berceau de la révolution d’octobre.

En 1932 un pacte de non-agression est signé, l’accord étant confirmé deux ans plus tard pour dix ans soit jusqu’en 1944. La méfiance n’est pas dissipée pour autant et Helsinki commence à renforcer ses moyens militaires tout en sachant bien que seule elle ne pourra résister à une attaque soviétique décidée.

Le mécanisme qui allait amener à la guerre d’Hiver commence réellement en avril 1938 quand Moscou initie des négociations bilatérales avec la Finlande pour améliorer la défense des deux pays contre l’Allemagne qui pourrait utiliser la Finlande comme base de départ pour une attaque directe contre Leningrad. Helsiniki donne des garanties qu’elle restera neutre mais Moscou n’à pas une confiance absolue dans la parole des dirigeants finlandais.

Le pacte germano-soviétique signé le 23 août 1939 intègre comme nous le savons la Finlande à la sphère d’influence soviétique. Après le partage de la Pologne début octobre 1939, l’URSS relance les négociations avec Helsinki à partir du 9 octobre.

Cinq jours plus tard, l’URSS demande à la Finlande la location pour trente ans du port d’Hanko à l’entrée du golfe de Finlande permettant d’éviter un blocus de la flotte de la Baltique par la Kriegsmarine mais également de pouvoir empêcher le trafic entrant et sortant à destination du port d’Helsinki.

La frontière soviéto-finlandaise doit être reculée dans l’isthme de Carélie pour mettre Leningrad à l’abri de l’artillerie lourde ennemie, la région de Petsamo et le port de Liinakhamari doivent également être cédé à l’URSS privant la Finlande non seulement d’important gisement de nickel mais aussi de son seul port sur l’océan Arctique, port qui pourrait servir de relais à celui de Mourmansk, seul port soviétique libre de glaces toute l’année.

La Finlande doit donc céder 2750 kilomètres carrés, l’URSS proposant de lui céder en échange 5527 kilomètres carrés autour de Repola et de Porajärvi, une région lacustre faiblement peuplée de la république socialiste soviétique autonome de Carélie.

La Finlande consciente du rapport de force est prête à accepter cet accord mais la question de la base navale d’Hanko empêche la signature d’un accord. Les finlandais abandonnent les pourparlers le 13 novembre 1939.

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Unités de skieurs finlandais

Le 26 novembre 1939 l’artillerie soviétique bombarde la village russe de Mainila pour provoquer un incident, un cassus belli. Moscou exige des excuses d’Helsinki qui refuse. Deux jours plus tard l’URSS résilie le pacte de non-agression de 1932.

Le 30 novembre 1939 après le rejet par Helsinki des demandes soviétiques (rectifications de frontière pour mieux protéger Leningrad, location d’une base navale…..), l’Armée Rouge attaque, s’attendant à une véritable promenade militaire.

A la surprise amère des soldats soviétiques, la petite armée finlandaise aidée de volontaires suédois et par une aide militaire chichement comptée des alliés franco-britanniques résiste farouche, compensant son infériorité matérielle par une connaissance parfaite du terrain qui lui permet d’infliger de lourdes pertes à une Armée Rouge qui paye là les conséquences des grandes purges staliniennes.

Mal organisée, mal équipée, troupes peu motivées (nombre de soldats viennent des steppes d’Asie centrale et se demandent ce qu’ils font là), l’armée soviétique bute sur les fortifications élevées depuis 1921/22 au travers de l’isthme de Carélie, une ligne improprement appelée «ligne Mannerheim», une ligne présentée comme un équivalent à la ligne Maginot ce qui est très abusif mais qui fût utilisé par les soviétiques pour magnifier les exploits de l’Armée Rouge.

L’offensive soviétique est déclarée illégale par la SDN qui en conséquence exclut l’URSS de l’organisation le 14 décembre 1939. Cette guerre va s’achever le 13 mars 1940 date de la signature du traité de Moscou à une époque où visiblement Paris et Londres voulaient envoyer un puissant corps expéditionnaire au soutien des finlandais mais quand le conflit se termine il y à encore loin de la coupe aux lèvres.

Les pertes humaines ont été très lourdes des deux côtés. La Finlande perd 10% de son territoire, 20% de son industrie et surtout la deuxième ville du pays Viipuri qui devient Vyborg.

Le ressentiment finlandais est fort vis à vis des soviétiques mais aussi des occidentaux qui n’ont apporté qu’une aide très, trop limité. Voilà pourquoi à partir de 1945, Helsinki se rapprochera à pas comptés de l’Allemagne et participera au volet nord de l’opération BARBAROSSA pour récupérer les territoires perdus en 1940 ce qui ne sera pas le cas sauf quelques menus arpents royalement cédés par l’URSS.

Ce conflit rend très sympathique la cause finlandaise, dégrade encore un peu plus l’image de l’URSS dans l’opinion mondiale et surtout laisse penser que l’Armée Rouge est incapable de mener un combat moderne.

Cette image n’est que partiellement vrai mais elle confortera les allemands sur l’idée que combattre sur deux fronts était du domaine du possible.

Côté soviétique l’expérience déplorable de la guerre d’Hiver poussera Staline à relâcher un peu son emprise sur l’armée et jouera un rôle indéniable dans la fin des purges massives, dans la libération de certains généraux emprisonnés qui resteront sous très haute surveillance du NKVD et des commissaires politiques.

-Enfin pour terminer cette expansion territoriale il faut citer l’annexion par l’URSS de la Bessarabie et de la Bucovine du Nord, provinces arrachées à la Roumanie qui dut trouver la pilule bien amère à avaler tant son alliance avec l’Allemagne était censée la protéger du féroce appétit du Vjod. Elle aussi se ralliera aux armées allemandes pour une guerre de revanche.

Sur le plan intérieur, le pays reste traumatisé par l’Ejovina, les grandes purges ayant frappé toutes les couches de la société. Outre la terreur légitime ces purges ont brisé toutes les solidarités, faisant régner la méfiance et la suspicion entre des personnes jadis amis et collègues. Une façon comme une autre d’empêcher toute coalition des mécontents.

L’industrialisation et la collectivisation menées à marche forcée depuis le début des années trente continue de susciter des résistance et des remous mais nous sommes loin des sérieuses résistances paysannes du début. Signe qui ne trompe les personnes arrêtées sont souvent déportées ou assignées à résidence mais rarement condamnées à mort et encore moins exécutées.

La poigne de fer de Josef Staline est donc totale mais sa paranoïa n’à pas disparu, paranoïa alimentée par quelques courtisans avides de lui plaire ou voulant se débarrasser d’un rival gênant à moins qu’au final Staline reste l’unique maître du jeu.

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T-34/85

Sur le plan militaire le réarmement entamé à la fin des années trente se poursuit. La priorité à été donnée à l’armée de terre avec la constitution de puissantes unités blindées dont le matériel (chars rapides BT, chars moyens T-34, chars lourds KV-1 et 2) n’à pas grand chose à envier à leurs potentiels alliés/adversaires.

 

L’artillerie soviétique dispose de pièces puissantes même si elle atteindra son efficacité maximale qu’à la fin du conflit avec l’aide de matériels livrés par les alliés même si il sera injuste de considérer que sans aide alliée l’artillerie soviétique n’aurait pas surclassé son homologue allemande.

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Obusier de 152mm ML-20

Les armes de service ne sont pas oubliées mais la priorité donnée à l’artillerie et aux chars à fait que le génie et la logistique connaissent un certain nombre de pénuries qui n’ont pas toutes été résolues avant le déclenchement de l’opération BARBAROSSA.

L’infanterie soviétique ne paye pas de mine mais le frontoviki est robuste et endurant. La remise en place des grades et des décorations, la possibilité de recevoir le titre honorifique d’Unité de la Garde va pousser à une compétition entre unités.

Il ne faut cependant pas se leurrer comme dans les autres armées, les très bonnes unités d’infanterie cohabitent avec des unités médiocres quand on ne parle d’unités peu fiables notamment les unités pénitentiaires, les Strafbat qui peuvent tout autant tenter de racheter leur «faute» par un héroïsme suicidaire que déserter et/ou se retourner contre un régime honni.

L’aviation n’est pas oubliée, les forces aériennes soviétiques ayant pu se tester durant la guerre d’Espagne mais aussi lors des incidents de frontière contre le Japon, la guerre de Pologne et la guerre d’Hiver.

Pas épargnée par les purges qui ont éliminé les plus compétents, les VVS/DA/IA-PVO se reconstruisent peu à peu à partir du début des années quarante. Les commandes d’avions se multiplient mais sans forcément prendre en compte les demandes des unités de combat ou les remarques techniques, le copinage et la courtisanerie passant souvent avant la compétence ou le simple bon sens.

En septembre 1948 les moyens aériens soviétiques sont importants, le matériel relativement moderne mais la quantité comme la qualité du matériel ne sont rien sans une stratégie claire, une organisation fluide.

Là les progrès sont particulièrement lents. La faute encore au caractère totalitaire du gouvernement soviétique qui proscrit la critique ou la remise en cause de dogmes assénés tels des mantras.

Les transmissions entre avion et avec le sol sont défaillantes, les tactiques de combat sommaires et l’utilisation générale des moyens incertaines. En effet es forces aériennes soviétiques ne sont ni une force purement tactique destinée à appuyer le corps de bataille ni une force stratégique chargée de détruire les industries ennemies.

C’est une situation comparable à celle de la Luftwafe qui après avoir tout misé sur l’aviation tactique développe enfin si l’on peut dire une force de bombardement stratégique mais sans parvenir à articuler correctement les deux au point que doublons et chevauchement sont légions.

Paradoxalement pour une puissance continentale c’est la marine qui s’en sort le mieux. Elle n’à pas été épargnée par les purges mais elle à su choisir une politique de construction en corrélation avec l’industrie soviétique.

Les plans délirants imaginés dans les années trente par ce grand marin qu’était Josef Staline font place à des plans mieux adaptés, permettant à la marine soviétique de disposer de huit navires de ligne (quatre cuirassés et quatre croiseurs de bataille), de deux porte-avions, de croiseurs lourds et légers, de destroyers et de sous-marins.

La marine rouge à cependant connu une croissance aussi importante que rapide, les spécialistes manquent, la crainte du «sabotage» font que les exercices ne sont pas aussi réalistes. La marine soviétique est puissante sur le papier en septembre 1948 mais ses capacités militaires réelles sont remises en cause par les spécialistes allemands et occidentaux.

4 réflexions sur “URSS (12) Histoire et Géopolitique (11)

  1. Tanguy Pluchet dit :

    Pour reprendre sur l’idée d’une Allemagne plus forte pour tenir sur deux fronts…
    Avez-vous établi quelle serait la taille de la Wehrmacht à son apogée (en nombre et type de divisions) ?
    Merci d’avance !

    • clausmaster dit :

      Bonsoir

      Non j’y suis pas encore rendu. Il ne devrait pas y avoir de grosses différences en terme d’unités et d’effectifs.

      • Tanguy Pluchet dit :

        Mais l’Allemagne affronte pourtant des forces bien supérieures à OTL… La différence serait-elle alors plutôt qualitative ?

      • clausmaster dit :

        Peut être. Après il faut dire que l’Allemagne n’ayant pas toute la France à occuper à moins de servitude en matière militaire. Je suis actuellement rendu au Tome 9 sur les Dominions. Ce sera assez rapide comme les suivants et j’espère pouvoir commencer vraiment à écrire le conflit en 2019

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