URSS (10) Histoire et Géopolitique (9)

L’URSS sous Staline

Un certain Joseph Djougachvili

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Josef Staline

Joseph Vissarionovitch Djougachvili est né à Gori en Géorgie le 18 décembre 1878 et mort à Moscou le 5 mars 1955 à l’âge de soixante-seize ans.

Fils d’un cordonnier prospère (qui sombre rapidement dans l’alcoolisme) et d’une mère couturière (qui serait d’origine ossète), il est le seul survivant d’une fratrie de trois garçons, ses deux frères mourant en bas-age.

Très proche d’une mère profondément orthodoxe, le jeune Iossif rentre au séminaire de Tifliss où il se fait remarquer par son indiscipline et sa propension à récolter des punitions. En dépit du soutien du directeur, il en est exclu en mai 1899 pour avoir selon ses dires fait de la propagande marxiste.

Ayant adhéré au Parti Social-Démocrate de Russie en 1898, il devient un révolutionnaire, un agitateur professionnel. Repéré par l’Okhrana, il va multiplier les séjours en prison, les assignation à résidence, les relégations en Sibérie.

Rencontrant Lénine en 1905, il est l’homme des basses-œuvres et des coups fourrés. Sous le pseudonyme de Koba (un héros géorgien), il multiplie les braquages de banque sanglants pour financer la cause.

Pas vraiment idéologue à la différence d’un Trotsky, il n’est pas considéré comme une véritable menace par les autres dirigeants bolchéviques. Beaucoup issus de la bourgeoisie éclairée (intelligensia) masquent mal leur mépris vis à vis de cet «ours géorgien». Ils comprendront trop tard leur erreur.

Si il n’est pas une intelligence vive et un théoricien madré comme Trotsky, il à moins l’intelligence pratique de se placer dans le sillage de Vladimir Illitch Oulianov ce qui lui permet d’avancer masquer mais surtout après la mort de ce dernier le 21 janvier 1924 de lui offrir une arme dévastatrice contre ses opposants en les accusant de trahir la doctrine officielle de l’URSS, le marxisme-léninisme.

Contrairement à ce qu’affirmera la propagande stalinienne plus tard, «l’homme de fer» (il utilise le pseudonyme de Staline à partir du 25 janvier 1913) ne joue qu’un rôle secondaire dans les deux révolutions de 1917, la première parce qu’il est à nouveau relégué en Sibérie depuis mars 1913 et la seconde parce qu’il n’est encore qu’un cadre subalterne du mouvement bolchevique.

Cela ne dure pas. Nommé Commissaire aux nationalités, il est également commissaire bolchevique à Tsaritsyne (la future Stalingrad).

Dès cette époque les obsessions du futur Vjod (leader suprême) apparaissent : chasse obsessionnelle aux «saboteurs», méfiance atavique vis à vis des «experts» surtout si ils ont servit le régime tsariste, aucun scrupule et aucun remords, Lenine appréciant d’ailleurs la dureté de ce lieutenant qui ne fait pas de sentiments au moment de prendre une décision.

C’est à cette époque qu’il se tisse un réseau de fidélités dans l’armée, le parti et la Tchéka ce qui lui donnera une longueur d’avance sur Trotsky avec lequel les relations sont déjà tendues à l’époque de la guerre civile ce qui augure mal de l’avenir du régime quand Lénine déjà malade et affaibli disparaîtra.

Un homme d’état c’est aussi un homme comme les autres. Il convient donc d’abord même de manière liminaire la vie privée du «Petite Père des peuples».

Si son père est mort alors qu’il était encore jeune, sa mère ne meurt qu’en 1937. Signe éloquent, Staline ne se rendit pas aux funérailles se contentant d’envoyer une couronne.

Joseph Staline se maria deux fois avec Ekaterina Svanidzé et Nadejda Alliloueva-Staline. On lui à parfois prêté une liaison avec une certaine Rosa Kaganovitch (sœur de Lazare Kaganovitch ?) mais sa fille Svetlana Alliloueva l’à nié tout comme la famille Kaganovitch qui démenti l’existence d’une Rosa dans leur famille.

La première femme de Staline, Ekaterina Svanidzé dite Kato meurt du typhus en 1907 après seulement quatre ans de mariage. A un proche, Staline aurait confié que tout sentiment chaleureux, tout sentiment humain était morte avec elle. Cela ne l’empêchera de faire exécuter son ex-belle famille courant 1941 à l’extrême fin des Grandes Purges

Un fils Iakov Djougachvvili est né de cette union mais son père ne fit sa connaissance qu’à son adolescence. Timide, souffre-douleur de son demi-frère Vassili mais adoré par sa demi-soeur Svetlana, il rata son mariage, tentant même de se suicider en 1941. Soldat dans l’armée rouge, il fût tué au combat en 1950 et comme un remord tardif, Staline lui fit décerner le titre de «Héros de l’Union Soviétique».

La deuxième épouse de Staline Nadejda Alliloueva-Staline meurt le 9 novembre 1932, se suicidant en se tirant une balle en plein cœur même si officiellement elle est décédée de maladie. Son dossier médical aujourd’hui disponible montre qu’elle souffrait de dépression et de solitude. Cela se doublait de querelles politiques même si les historiens relativisent aujourd’hui la part politique dans les causes du suicide.

De ce mariage son nés deux enfants, un fils prénommé Vassili et une fille Svetlana. Si Staline se montra impitoyable avec son fils (qui fit néanmoins une bonne guerre au sein de l’armée de l’air soviétique), il se montra bien plus affectueux avec sa fille même le fossé se creusa en raison de son mariage avec un juif. Elle critiqua beaucoup son père et finit par s’enfuir d’URSS en 1967.

Méfiant, paranoïaque, Staline vécu cloîtré au Kremlin à partir de 1929, ne s’autorisant que de rares sorties dans sa datcha de Kountsevo près de Moscou ou à Sotchi sur les bords de la Mer Noire. Il se mêlait de tout et n’importe qui pouvait espérer ou craindre un appel direct du Vjod sans savoir si il s’agissait d’une félicitation ou d’un aller simple pour le Goulag…… .

Bourreau de travail (il pouvait travailler 16h par jour), il n’à jamais été intéressé par le luxe contrairement à nombre de dignitaires de la nomenklatura. Il est même plutôt sobre en matière d’alcool et de nourriture tandis que les historiens ont fait un sort à l’image d’un Staline inculte et grossier, le leader soviétique étant plutôt un autodidacte passionné, pouvant par exemple voir vingt fois le Lac des Cygnes.

A partir des années quarante, sa santé se dégrade notamment sur le plan cardiaque. Il doit apprendre à se ménager sur conseil de médecins qui n’avaient le droit de l’approcher qu’après accord de Laventi Béria, un géorgien comme lui qui avait succédé au «nabot sanglant», Nicolas Iejov.

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Laventi Béria

Il s’arrête de fumer, réduit drastiquement sa consommation d’alcool au profit du thé mais quand la seconde guerre mondiale éclate en septembre 1948, le Vjod n’est pas au meilleur de sa forme.

Cela s’aggrave encore à partir du 21 juin 1950 quand les allemands envahissent l’URSS dans le cadre de l’opération BARBAROSSA. Après sa mort ses anciens ennemis ont décrit un Staline paniqué, songeant au suicide alors que les mauvaises nouvelles s’accumulaient.

Si il y à bien des moments de doute et de découragement (mais qui n’aurait pas été découragé quand les désastres militaires s’amoncellent ?), l’impitoyable commissaire bolchevique de Tsaritsyne reprend le dessus.

Méfiant vis à vis de ses généraux (pourtant dociles et terrorisés depuis les Grandes Purges pour leur majorité), il leur laisse peu à peu l’autonomie nécessaire à conduire les opérations, autonomie d’autant plus nécessaire que le Vjod ne s’est jamais rendu sur le front.

Peut être conscient que le communisme n’était pas extraordinairement populaire auprès du peuple russe (on se demande bien pourquoi), Staline joua durant le conflit sur la fibre nationaliste en rappelant les grands héros de l’histoire russe (Alexandre Nevski, Ivan le Terrible, les généraux Souvorov et Koutouzov), en rétablissant un certain nombre de prérogatives pour les officiers….. .

Cette façon de faire fût à l’origine d’un tragique malentendu entre Staline et le peuple soviétique qui après des souffrances abominables avait pu croire à une détente, une libéralisation du régime une fois le conflit terminé.

Au contraire le régime se renforça, se durcit, durcissement favorisé selon certains par l’attitude agressive des puissances européennes et un sentiment d’encerclement du pays sur toutes ses frontières qu’elles soient terrestres ou maritimes.

Heureusement pour les soviétiques, Staline meurt le 5 mars 1955 des suites d’une énième attaque cérébrale. Les circonstances troubles de sa mort survenue dans sa datcha de Kountsevo, le silence pendant plusieurs jours, l’attitude équivoque du Politburo généra la rumeur d’un empoisonnement sans qu’aujourd’hui encore la vérité vraie soit connue.

Ce qui est certain c’est que cela généra une période troublée de plusieurs années, aboutissant en 1960 à la victoire d’un véritable outsider : Nikita Sergueivitch Khrouchtchev.

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Personne n’aurait parié un kopek sur le triomphe final de Khrouchtchev

La lutte contre Trotsky et son triomphe

Leon Trotsky (1872-1940) 30

Trotsky

Très rapidement pour ne pas dire tout de suite les relations entre Trotsky et Staline sont très difficiles. Il faut dire qu’il n’y à guère de points communs entre le rejeton d’une famille de la bourgeoisie juive ukrainienne et l’homme d’action géorgien.

Contrairement à ce qu’une certaine historiographie à voulu faire croire il n’y avait de divergence idéologique fondamentale entre Trotsky et Staline. Il est illusoire d’imaginer un Staline horrible despote et un Trotsky plus libéral, plus démocrate.

Les tensions apparaissent dès la guerre civile, certains décisions énergiques de l’«homme de fer» étant vertement critiquées par le créateur et l’organisateur de l’Armée Rouge.

A la mort de Lénine le 21 janvier 1924, les tensions éclatent au grand jour entre Lev Davidovitch Bronstein et Iossif Vissarionovitch Djougachvili.

Allié à Kamenev et Zinoviev, Trotsky est progressivement évincé du Komintern puis du gouvernement respectivement en 1924 et 1924/25. L’année suivante, en 1926, Staline s’allie à Boukharine pour écarter du Politburo et du Komintern le trio Trotsky/Zinoviev/Kamenev, les deux derniers s’étant réconciliés avec le premier nommé (vous avez dit panier de crabes ?).

Après avoir battu l’opposition de gauche, Staline se retourne contre la fraction «droitière» du parti en sortant du jeu Boukharine et Rykov (1928/29). Toujours en 1929, Trotsky est chassé d’URSS, s’exilant d’abord en Turquie puis en France, en Norvège et enfin au Mexique où il sera assassiné le 20 août 1940. A cette époque cela faisait très longtemps que Staline était le leader incontesté de l’URSS.

Collectivisation et Industrialisation

Quand Staline devient le leader incontesté du pays en 1929 (les célébrations de son cinquantième anniversaire le 21 décembre 1929 sont considérés comme le début du culte de la personnalité), la politique économique de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) est toujours la «Nouvelle Politique Economique» ou NEP, une politique qui sans tordre le cou au communisme faisait preuve de pragmatisme en laissant une certaine liberté aux acteurs économiques.

Inutile de préciser que cette politique ne faisait pas l’unanimité au sein des élites au pouvoir à Moscou. Lénine qui avait pour une fois agi en pragmatique estimait que la NEP devait durer cinquante ans !

Staline décida d’abandonner la NEP au profit d’une économie «communiste compatible». Voulant faire de l’URSS une grande puissance, il décida d’industrialiser le pays à marche forcée mais aussi de revenir sur la libéralisation de l’agriculture qui avait permis dans l’immédiat d’éviter à la Russie de mourir de faim.

L’objectif de Staline était de regrouper toutes les terres agricoles dans des fermes collectives appelées kolkhozes et sovkhozes, cette collectivisation étant vue comme la solution à la crise agricole qui frappait l’URSS depuis 1927.

La question agraire était une question sensible en Russie surtout depuis l’abolition du servage en 1861. les réformes de Stolypine amorcèrent un processus de création de grandes fermes indépendantes mais ce processus fût stoppé par le premier conflit mondial.

Malgré les promesses, le pouvoir issus de la révolution de février resta attentiste sur cette question ce qui favorisa la prise de pouvoir des bolcheviques.

La guerre civile russe et son communisme de guerre rendit la vie des paysans particulièrement difficile avec ses réquisitions, une famine meurtrière provoqua la mort de plusieurs millions de personne ce qui conduisit Lenine à proposé une nouvelle politique économique.

Cette NEP provoqua l’émergence d’une classe de paysans riches les koulaks qui ne tardèrent pas à devenir la cible de la propagande bolchevique, l’agriculture privée étant vue comme le ferment du capitalisme à l’inverse de la collectivisation.

De plus Staline voulait lancer un programme d’industrialisation rapide qui exigeait une main d’oeuvre à bas coût, main d’oeuvre qui ne pouvait venir que des campagnes. De plus l’augmentation des rendements agricoles devait permettre l’exportation de céréales et donc de précieuses devises.

A la fin des années vingt de nouvelles réquisitions entraînèrent une résistance passive des paysans ce qui fit baisser les rendements. Devant cette résistance le Comité Central décida en novembre 1929 de lancer un programme national de collectivisation.

De nombreux koulaks furent déportés dans des fermes collectives situées dans des régions éloignées aux climats ingrats. On estime qu’un total de six millions de paysans sont morts lors des transports ou au travail voir dans les camps du Goulag. En réponse les paysans encore libres abattirent leurs animaux.

Entre septembre et décembre 1929 la collectivisation passa la vitesse supérieure et en février 1930, 60% des terres agricoles dépendaient de fermes collectives.

Outre l’armée et la police, le pouvoir envoya 25000 travailleurs de l’industrie à la campagne. Ces véritables brigades de choc étaient destinées à forcer les paysans à accepter la collectivisation mais aussi à écarter les koulaks et leurs «agents».

Selon les théoriciens de la collectivisation, la rationalisation du parcellaire agricole devait permettre d’exploiter de manière scientifique et rationnelle ce qui devait permettre une augmentation de la production industrielle de 330% et de la production agricole de 50%

Tandis que la production baissait, l’exportation des céréales vers l’Europe augmentait, générant des devises immédiatement investies dans l’achat de machines-outils et de machines industrielles à l’étranger.

La collectivisation entraîna une chute massive de la production agricole et une terrifiante famine en Ukraine, la tristement célèbre holodomor que Staline mit sur le compte des koulaks qui furent liquidés avec cinq millions de déportés.

L’Ukraine ne fût pas la seule région concernée puisque le sud de la Biélorussie, les rives de la Volga, la région des terres noires du centre de la Russie, les régions des cosaques du Don et du Kouban, le Caucase du Nord, le nord du Kazakhstan, le sud de l’Oural et la Sibérie occidentale.

Au total on estime qu’entre 4 et 6 millions de personnes sont mortes des suites directes ou indirectes de la collectivisation qui s’acheva au début des années quarante. Quand l’Allemagne envahit l’URSS en juin 1950 les campagnes soviétiques ne s’étaient pas encore totalement remises

Le 7 août 1932, le décret relatif à la protection de la propriété socialiste fixa la sanction pour vol dans un kolkhoze à la condamnation à mort qui dans des circonstances atténuantes pourrait être commuée en dix ans de prison. Ainsi des paysans y compris des enfants qui récoltèrent ou glanèrent des céréales dans les champs collectifs furent arrêtés pour avoir endommagé la production de céréales de l’Etat et condamnés.

A la même époque, l’URSS connait une industrialisation à marche forcée. Il ne faudrait pas imaginer que l’URSS avant les années trente était un désert industriel. Dès le XVIIIème siècle, l’Oural à été le théâtre d’une proto-industrialisation sous l’impulsion de Pierre le Grand qui avait besoin d’équiper une armée aux effectifs croissants.

Au 19ème siècle comme les autres pays, la Russie connait une véritable Révolution Industrielle, industrialisation aidée par des capitaux étrangers en nombre croissant notamment français avec les tristement célèbres «emprunts russes» qui ont ruiné des milliers de petits épargnants français.

Cette industrialisation voit l’émergence d’un prolétariat qui va jouer un rôle majeur dans les deux révolutions de 1917.

Sans le premier conflit mondial, certains historiens estiment que la Russie serait devenue la première puissance industrielle du monde devant les Etats-Unis mais cela reste des hypothèses et des suppositions.

L’industrialisation concerne surtout l’industrie lourde et l’industrie minière. Au travers de plans quinquennaux rigides émis par le Gosplan, l’URSS voit des régions entières se couvrirent d’usines métallurgiques, sidérurgiques, d’usines chimiques.

Les bassin miniers comme le Kouzbass et le Donbass sont mis en valeur pour extirper du sous-sol de la «Sainte Russie» le charbon, le fer, le cuivre et tous les minerais nécessaire à la production industrielle, production largement tournée vers l’armement.

Le premier plan quinquennal est lancé le 1er octobre 1928 privilégiant comme nous l’avons vu l’industrie lourde et les communications au détriment de l’agriculture et des industries de consommation. Les objectifs de production sont ambitieux, «l’industrialisation à toute vapeur» voulue par Staline est lancée. Tout est nationalisé, l’artisanat individuel est même interdit jusqu’en 1936.

Il faut aller toujours plus vite. Dès 1931 on doit réaliser le plan quinquennal en seulement quatre ans, le chômage disparaît officiellement, toutes les aides aux chômeurs sont supprimées. En dépit de la volonté de Staline de privilégier une forme de protectionnisme voir d’autarcie, des techniciens étrangers sont accueillis pour former leurs homologues soviétiques.

Au prix d’un coût économique et humain terrifiant, l’URSS est au début de la décennie quarante la troisième puissance industrielle du monde.

La propagande met en valeur des travaux d’infrastructure colossaux comme des canaux (le fameux canal reliant la Baltique à la mer Blanche où des milliers de prisonniers du goulag vont périr pour construire un canal à l’utilité pour le moins discutable), des barrages, des villes nouvelles, le métro de Moscou, des gratte-ciels……. .

Quand on gratte le vernis de la propagande, le tableau est bien moins reluisant : coût démesuré, inflation démente (la circulation monétaire est multipliée par quatre en quelques années), les prêts forcés des des particuliers, la remise à l’état des objets en or).

En utilisant massivement les zeks (les prisonniers du goulag), l’URSS peut déverser sur le marché international des ressources à un prix défiant toute concurrence qu’il s’agisse du pétrole de Sibérie, de l’or de la Kolyma ou d’autres produits recherchés par les pays étrangers.

Le gaspillage des ressources et d’énergies est considérable, les travaux sont souvent bâclés ou inachevés, nombre de travaux se révèlent inutiles, l’efficacité souvent sacrifiée au grandiose, à la précipitation et à la propagande, l’efficacité sacrifiée au bling bling pour reprendre une expression moderne.

Le politique prime sur la compétence en raison de la méfiance atavique du Vjod et de ses séides pour les experts et autres spécialistes vus comme des saboteurs et des espions.

L’industrie de biens de consommation est sacrifiée au profit de l’industrie lourde ce qui entraîne une dégradation des conditions de vie de la population. Avant le début du conflit on verra une tentative de rééquilibrage mais les décisions seront incomplètes et n’auront pas le temps de générer des effets positifs.

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Alexei Stakhanov

Cette industrialisation est encouragée, magnifiée par une habile propagande. Un nom est à retenir : Aleksei Stakhanov.

Mineur du Donbass il aurait extrait 102 tonnes de charbon en six heures dans la nuit du 30 au 31 août 1935 soit quatorze fois la norme demandée. La propagande oublie naturellement de dire que le sieur Stakhanov n’était pas seul et qu’il à bénéficié l’aide d’une équipe de soutien.

Pourquoi une telle propagande ? Tout simplement parce qu’à la même époque le contrôle des travailleurs est sérieusement renforcé.

C’est ainsi qu’en 1932, la peine de mort peut être appliquée pour vol de la propriété collective, le licenciement immédiat en cas d’absence et le passeport intérieur, comparable au livret ouvrier qu’ont connu des générations d’ouvriers français.

Même un régime totalitaire à besoin de jouer de la carotte pour rendre supportable les règles toujours plus strictes pour maintenir le calme dans les usines et les mines.

Cette campagne de propagande interne fût ensuite utilisée à l’extérieur pour démontrer que les travailleurs, les ouvriers adhéraient pleinement au régime stalinien, que l’«homme nouveau» et le régime étaient capables de renverser des montagnes. C’était d’autant plus efficace qu’à la même époque l’Europe occidentale était frappée par la récession liée à la crise de 1929.

En septembre 1948, l’industrie soviétique est puissante mais largement incomplète. Cela explique durant le conflit le prêt-bail à été indispensable pour permettre à l’URSS de tenir face à l’offensive allemande de juin 1950.

Dès le début de l’opération BARBAROSSA, des milliers d’usine sont démontées et envoyées à l’abri des bombardements allemands dans l’Oural et en Sibérie occidentale.

Cela permet à l’industrie militaire de produire des quantités impressionnantes d’armes, de canons, de chars, de véhicules blindés et d’avions, la construction navale étant largement sacrifiée, la marine soviétique n’ayant pas des besoins gigantesques en matière de «poussière navale», la construction de grands navires quasiment abandonnée.

A la fin du conflit l’industrie soviétique à subit des pertes sensibles. Les dégâts causés par les combats n’ont pas été négligeables notamment en Ukraine, en Biélorussie, dans les pays Baltes et dans le Caucase, l’évacuation menée de manière chaotique n’ayant pas été aussi efficace que ne l’à dit la propagande.

Les pertes humaines très importantes vont générer des classes creuses et un manque de main d’oeuvre gênant la reconstruction des régions dévastées par les combats.

Des usines complètes seront mêmes démontées en Pologne, en Roumanie et en Hongrie pour compenser les pertes du conflit, cette politique cessant quand l’URSS compris que cela ne provoquait qu’hostilité et rancœur des futures «démocraties populaires».

Les Grands Procès de Moscou et les Grandes purges

En 1934, on assiste à une certaine libéralisation, du moins un vrai apaisement. La dékoulakisation est terminée, les difficultés du premier plan quinquennal sont derrière. Une amnistie partielle est décrétée, le rationnement en ville est levé (1935), l’essor des loisirs et le regain de la consommation sont la conséquence d’une baisse de la pression du parti.

On assiste même à l’émergence d’un certain conservatisme avec la loi sur la trahison de la patrie, la réhabilitation de la famille et de la patrie «socialistes», le retour à l’académisme, au nationalisme grand-russe, au militarisme….. .

Ce n’est pas un hasard si c’est l’époque où l’Armée Rouge connait un bouillonnement intellectuel qui va aboutir à l’émergence de l’art opératif (l’intermédiaire entre la tactique et la stratégie), bouillonnement qui sera brutalement stoppé par les Grandes Purges.

Staline tente même de se rapprocher des puissances occidentales mais les méfiances sont trop importantes pour aboutir à une alliance en bonne et due forme. En décembre 1936 la constitution soviétique est sur le papier la plus démocratique du monde mais bien évidement il y à un gouffre entre le texte et la pratique. Ironie amère c’est à la même époque que démarrent les Grandes Purges.

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Sergei Kirov

Le 1er décembre 1934, Leonid Vassilievitch Nikolaïev assassine Seguei Kirov à Leningrad d’une balle dans la nuque. Pendant longtemps on à cru que Staline avait fait éliminé un rival gênant mais visiblement il n’à fait que profiter des événements pour déclencher ce que l’histoire à retenu sous le nom de Grandes Purges.

Le soir même de l’assassinat le Politburo promulgue un décret qui supprime toutes les garanties élémentaires de défense, les sentences de mort décrétées par les juridictions spéciales du NKVD ne pouvant être susceptibles d’appel.

En utilisant la toute fraîche «loi sur la trahison de la patrie», l’état soviétique rafle des milliers d’habitants de Leningrad qui sont déportés. Le 7 avril 1935, la peine de mort s’étend aux enfants de plus de douze ans.

Entre 1936 et fin 1938, 680000 personnes sont exécutés, des centaines de milliers d’autres. L’URSS s’enfonce clairement dans la nuit, la torture étant à nouveau autorisée dans les prisons en août 1937 mais à nouveau interdire fin 1938, la délation fait des ravages, on soupçonne tout le monde….. .

Outre les Grands Procès de Moscou qui frappent l’élite, qui élimine toute menace réelle ou potentielle pour Staline, toute la société soviétique est frappée, les solidarités professionnelles et amicales volent en éclat. Un individu fautif entraîne des sanctions sur les proches (époux/épouses, enfants)

Le 2 juillet 1937 des quotas de personnes à fusiller ou à déporter sont ordonnés à chaque région ce qui entraîne un grand nombre d’erreurs d’autant les responsables les plus zélés (eux aussi menacés) rivalisent d’imagination pour dépasser les chiffres demandés.

Outre les rivaux, Staline et ses séides visent les spécialistes et les (rares) cadres qui osent critiquer des objectifs irréalistes. A cela s’ajoute la crainte d’une cinquième colonne et l’accusation d’être de mèche avec des services secrets étrangers devient l’accusation de base pour arrêter, juger et exécuter un général, un ministre, un cadre…… .

De nouvelles générations de cadres émergent, des cadres qui doivent tout à Staline, des cadres confis en dévotion vis à vis du Vjod.

Les minorités nationales frontalières toujours suspectées sont exposés, des centaines de milliers de polonais, de baltes, de finlandais, de coréens sont déportés, les populations nomades sont sédentarisées de force.

Les Grandes Purges s’achèvent courant 1939. Iejov sert de bouc-émissaire pour permettre à Staline de conserver une aura positive. Le «nabot sanglant» démis de ses fonctions de chef du NKVD en décembre 1938 est exécuté le 5 février 1940. Ses derniers mots auraient été «Dites à Staline que je meurt avec son nom sur mes lèvres».

Par cette terrible période digne de la Terreur de la Révolution Française, Staline à éliminé les dernières sphères d’autonomie dans la parti et la société, son culte de la personnalité est incontesté et incontestable, son pouvoir absolu.

Le pays, l’administration et l’armée sont totalement désorganisées ce qui aurait pu poser de terribles problèmes en cas de conflit généralisé surtout si on compare avec la prestation pathétique de l’Armée Rouge contre la Finlande, Moscou ne devant son succès qu’au terrible déséquilibre entre l’URSS et la Finlande.

Entre août 1936 et mars 1938 une série de procès à lieu à Moscou. Ces fameux procès de Moscou voient Staline décapiter le parti de toute opposition réelle et supposée. La publicité de ces procès va avoir un effet délétère sur certains communistes européens qui vont rompre avec le parti.

Tout commence en avril 1933, le comité central du PCUS décrète une campagne d’épuration du Parti. L’année 1934 commence par une relative libéralisation du régime mais s’achève le 1er décembre 1934 par l’assassinat de Serguei Kirov dans des circonstances troubles mais cette mort est le prétexte tout trouvé par Staline pour renforcer son pouvoir, son emprise sur l’URSS.

Avant les procès de Moscou à lieu un procès à Leningrad contre un prétendu «centre de Leningrad» qui aurait commandité le meurtre de Kirov. Le procès à lieu le 16 janvier avec une quinzaine de hauts responsables dont Zinoviev et Kamenev. Si ils nient toute participation au complot, ils reconnaissent une culpabilité idéologique, l’amorce des tristement célèbres «autocritiques». Les prévenus écopent de cinq à dix ans de prison.

Le 23 janvier 1935, un autre procès vise cette fois les responsables du NKVD avec des sentences plutôt clémentes c’est-à-dire deux à trois ans de prison. En plus de la «culpabilité idéologique», Zinoviev et Kamenev devront répondre de la «culpabilité opérationnelle» dans l’assassinat de Kirov lors du premier procès de Moscou.

Les procès de Moscou sont de véritables procès-spectacle. Staline s’attaque à des personnes prestigieuses, des vieux bolcheviks. Il faut donc les discréditer avant de les envoyer au Goulag et pour les plus chanceux d’êtres exécutés d’une balle dans la tête.

Le NKVD montre des dossiers de toute pièce, accusant des héros de la révolution d’octobre de trahison, de sabotage, d’assassinats, d’espionnage et autres crimes.

Comme nous l’avons plus haut, ces procès vont nettoyer l’entourage immédiat de Staline de toute menace potentielle, les remplaçants des personnes emprisonnées/Exécutées étant des exécutants dociles, tous dévouées au Vjod.

Au final il y eut trois grands procès avec à la manœuvre le procureur général Andreï Vychinski, celui des 16 (août 1936), celui des 17 (janvier 1937) et celui des 21 (mars 1938). Certains historiens ajoutent à ces trois procès un quatrième procès concernant des hauts-gradés de l’Armée Rouge mais comme ce procès à eu lieu à huit-clos et sans le même décorum ni le même retentissement que les trois autres.

Ces procès se font sans avocat, sans éléments matériels, l’instruction se fait à charge avec des aveux souvent pour ne pas dire toujours extorqués aux accusés. De plus l’opinion à été préparée par une propagande démentielle.

Le premier procès de Moscou est celui dit du «centre terroriste trotskyste-zinoviéviste» eut lieu du 19 au 24 août 1936 avec notamment Zinoviev et Kamenev comme «accusés stars». Les seize accusés sont tous condamnés à mort et exécutés dans les vingt-quatre heures.

Le deuxième procès de Moscou est celui dit du «centre antisoviétique trotskyste de réserve» qui s’ouvre le 23 janvier 1937. Dix-sept personnes essentiellement des responsables économiques, l’accusé le plus célèbre étant Gueorgui Piatakov. Quatre personnes sont condamnés à huit à dix ans de camp mais les autres sont condamnés à mort et exécutés le 30 janvier 1937.

Toukhatchevski

Mikhaïl Toukhatchevski

Ce deuxième procès est donc suivit par un procès concernant l’Armée Rouge, procès parfois considéré comme un autre procès de Moscou. On trouve notamment Mikhaïl Toukhatchevski, maréchal et vice-commissaire à la Défense.

Ils sont accusés de trahison, espionnage et complot sous l’appellation d’«Organisation militaire trotskiste antisoviétique». Tous les accusés sont condamnés à mort et exécutés le 11 juin 1937, des membres de leurs familles sont exécutés ou déportés.

Le troisième procès de Moscou est dit du «Bloc des droitiers et des trotskystes antisoviétiques» se déroule du 2 au 13 mars 1938. Les accusés les plus célèbres sont Alexeï Rykov et Nikolaï Boukharine.

Comme les accusés des deux précédents procès ils sont accusés de complot visant à assassiner Staline, conspiration pour détruire l’économie et la puissance militaire du pays, de travailler avec les services d’espionnage de l’Allemagne, de la France, du Japon ou encore du Royaume-Uni. Si trois accusés sont condamnés à des peines de prison, tous les autres sont condamnés à mort et exécutés.

Tous les membres du Politburo du temps de Lénine ont été jugés à l’exception de Staline, de Kalinine et de Molotov. Sur les 1966 délégués du 17ème congrès du PCUS (1934), 1108 sont arrêtés. Sur les 139 membres du Comité central, 98 sont arrêtés. Trois maréchaux de l’Union Soviétique sur cinq sont fusillés, un tiers des officiers de l’Armée Rouge ont été arrêtés et/ou fusillés.

Tous les accusés sont accusés de trotskysme mais le principal intéressé Léon Trotsky à été expulsé d’URSS en janvier 1929. Il sera assassiné au Mexique le 21 août 1940.

A l’étranger les procès ont un impact terrible sur les communistes, certains rompant avec l’idéologie qu’ils défendaient jadis avec acharnement. Dès mai 1937, la commission Dewey révèle la nature véritable des procès de Moscou.

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