URSS (9) Histoire et Géopolitique (8)

La guerre civile russe et la mise en place de la dictature communiste

Un conflit abominable

Officiellement la guerre civile russe commence le 7 novembre 1917 (date de la révolution d’octobre selon le calendrier grégorien) et s’achève le 17 juin 1923. En réalité on peut estimer que les combats ne commencent vraiment qu’au printemps 1918 pour s’achever en 1921 avec la fin des affrontements majeurs.

En apparence le conflit oppose deux adversaires, les Blancs tenant à un retour à l’ordre politique ancien et les Rouges voulant imposer au pays une révolution fomentée dans les usines de la capitale.

En réalité ce conflit est d’une incroyable complexité avec deux camps dominants (Blancs et Rouges) mais avec des acteurs secondaires qu’il s’agisse des Noirs (anarchistes), des armées paysannes à laquelle on associe la couleur verte, les puissances étrangères voulant éviter la contamination de leurs pays par une idéologie jugée dangereuse, les règlements de compte individuels, les cyniques et les opportunistes.

Si les Rouges ont finit par l’emporter (sauf en Finlande, en Pologne et dans les états baltes) c’est grâce à une meilleure organisation, une meilleure discipline et surtout un programme plus attirant pour les masses que le programme des Blancs qui n’avaient que le retour pur et simple à l’ordre ancien à proposer. De plus les chefs blancs (Wrangel, Kornilov, Denikine, Kolchak) se jalousaient et se querellaient.

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Piotr Wrangel

Ce fût un conflit abominable comme le sont toutes les guerres civiles. A cela il faut ajouter un côté quasi-messianique que l’on retrouve dans les guerres de religion. Les bilans sont fluctuants allant de 8 à 20 millions de morts.

Si quelques combats sporadiques ont lieu dans la foulée de la Révolution d’octobre, les combats ne commencent vraiment que dans la foulée du traité de Brest-Litovsk.

Ce traité désastreux pour la Russie était un calcul des bolcheviks : échanger de l’espace contre du temps, permettre à l’Allemagne de terminer la guerre sur le front oriental pour lui permettre de gagner la guerre à l’ouest. Libérés de toute menace extérieure, Lénine et ses séides pouvaient concentrer leurs forces contre ce qui ne sont pas encore les Blancs.

Lénine (1870-1924) 47

Lenine

Quasi-immédiatement les premières frictions apparaissent entre les bolcheviks et leurs alliés. Le contrôle du territoire dépend clairement des concentrations ouvrières : plus elles sont fortes et plus la domination bolchevique est incontestable.

La guerre civile ne démarre réellement qu’au printemps 1918 quand émergent les premières armées blanches.

La première apparaît dans la région du Don avec des cosaques sous le commandement du général Kalédine. 200000 hommes doivent marcher sur Moscou puis sur Saint-Petersbourg.

La deuxième est une armée de volontaires commandée par le général Alexéïev qui réprime les soulèvements bolcheviques à Rostov-sur-le-Don et Taganrog respectivement les 26 novembre 1917 et 2 janvier 1918. Rejoint par le général Kornilov, cette armée va lancer la première campagne du Kouban (février-mai 1918).

Les premiers combats sont favorables aux Rouges ce qui permet à un Lénine bien présomptueux de déclarer dès le 1er avril 1918 que la guerre civile est terminée. En réalité, elle ne fait que commencer.

Si le soulèvement des cosaques de l’Oural est un échec _les positions bolcheviques sont puissantes en raison d’une industrialisation ancienne_, sur le front roumain l’armée se décompose, une partie ralliant les Rouges et d’autres l’armée blanche de Dénikine.

Leon Trotsky (1872-1940) 30

Trotsky

Autre échec pour Lénine, Trotsky et consort la Finlande. Du 27 janvier au 15 mai 1918, une guerre civile ensanglante un pays aujourd’hui connu pour son pacifisme et un cadre de vie agréable. Les Gardes Rouges finlandais sont soutenus par les soviétiques alors que les Gardes Blancs finlandais sont soutenus notamment par l’Allemagne qui entraîne 12000 Jäger (chasseurs).

Ce conflit voit l’ancien grand-duché de Finlande devenir indépendant de la Russie. La féroce répression contre les Rouges montre ce que pourraient subir les bolcheviks en cas de défaite. Il s’agit bien d’un conflit à mort entre deux «camps politiques» irréconciliables.

Les puissances étrangères ne sont pas absentes de de conflit. La Grande-Bretagne, la France, les Etats-Unis, le Canada, le Japon, la Roumanie, la Pologne, la Grèce, la Tchécoslovaquie et l’Italie vont engager des troupes pour profiter des richesses du pays, à renverser un régime dont l’idéologie terrifie les classes dominantes…… . De janvier 1919 à janvier 1920, un blocus total décidé par les puissances étrangères frappe la Russie tout entière.

Trois fronts principaux se constituent avec au sud l’armée des Volontaires et celle des cosaques du Don, au nord-ouest l’armée de Ioudenitch et en Sibérie occidentale l’armée de l’amiral Koltchak renforcée par les 40000 volontaires de la légion tchécoslovaque à Omsk.

A cela s’ajoute des forces blanches plus ou moins autonomes (cosaques de l’ataman Semenov en Sibérie orientale soutenus par les japonais, la division asiatique de cavalerie du baron balte Ungern von Sternberg en Mongolie).

Attention à ne pas faire de contre-sens : il n’y à pas de front fixe, l’immensité de la steppe russe et les effectifs relativement modestes impose une guerre lacunaire, une guerre où front et arrière sont mélangées, mêlées.

Cela favorise de nouvelles tactiques de combat (colonnes mobiles, trains blindés), guerre civile qui aboutira durant les années vingt et trente à l’art opératif d’un Svietchine, d’un Triantafilos, d’un Toukhatchevski…… . L’armée Rouge est créée le 23 février 1918 avec un puis cinq millions d’hommes.

A l’été 1918, les bolcheviks ne contrôlent plus qu’un territoire qui correspond grosso modo à l’ancien grand-duché de Moscovie.

Cette situation compliquée est cependant porteuse d’espoir car c’est un bloc cohérent bien équipé en voies de communications ce qui favorise les transferts de troupes d’un front à l’autre, les Blancs ne parvenant pas à coordonner leur action en raison de rivalités et de querelles de personnes. Les Rouges vont toujours conserver le contrôle des deux capitales.

Trotsky joue un rôle majeur. Il met sur pied l’Armée Rouge, bat le rappel d’anciens officiers et sous-officiers tsaristes. Kazan nœud de communication capital est reprit dès l’été 1918 avant que les armées blanches soient battues les unes après les autres, la première vaincue étant celle de Ioudenitch qui échoue dans sa marche sur Pétrograd en octobre 1919, les armées de Koltchak et de Denikine étant battues à la mi-novembre.

Les blancs n’étaient pas les seuls ennemis des rouges puisqu’il y avait l’insoumission des paysans qui formaient de véritables «armées vertes» sans oublier des bandits de grand chemin qui profitaient de la situation pour se nourrir sur la bête sans aucun contrôle idéologique.

Comme si ce conflit n’était pas déjà assez compliqué à la guerre civile russe se couple une guerre russo-polonaise. Cette guerre va durer de février 1919 à mai 1921 commençant quand les polonais mécontents de leur frontière orientale (la ligne Curzon) envahissent la Russie.

Les troupes russes/soviétiques sous le commandement de Toukhatchevski contre-attaquent jusqu’aux portes de Varsovie. Les partisans de la «révolution mondiale» sont euphoriques : après Varsovie il y à Berlin même si en janvier 1919 la révolte spartakiste à été écrasée par les corps francs, leurs leaders Karl Liebknetch et Rosa Luxembourg assassinés.

Arrivées aux portes de la capitale polonaise, la victoire échappe de peu aux Rouges quand les polonais contre-attaquent avec l’aide notamment d’une mission militaire française dirigée par le général Weygang associé à un colonel appelé à un grand avenir Charles de Gaulle. Moscou s’incline et le conflit se termine par le traité de Riga

Ce traité signé le 18 mars 1921 confirme l’armistice du 18 octobre 1920. Signé entre la Russie, l’Ukraine et la Pologne il voit Varsovie recevoir d’importantes indemnités de guerre et surtout d’immenses territoires, la nouvelle frontière polono-russe étant située à 250km à l’est de la ligne Curzon. Ce traité ne sera d’ailleurs accepté par les puissances occidentales qu’à partir du printemps 1923.

La guerre civile russe se termina par un long siège des dernières forces blanches en Crimée dans la région où est né le mouvement blanc. Piotr Wrangel avait rassemblé les troupes de Dénikine, de puissantes fortifications étant levées pour faire face à l’offensive de l’Armée Rouge soutenue par un mouvement anarchiste dirigé par Makhno.

Démoralisés, abandonnés peu à peu par les puissances étrangères, les Blancs sont évacués sur Constantinople en novembre 1920, la flotte blanche ralliant elle Bizerte.

Débarrassés des blancs, les Bolcheviks éliminent leurs anciens alliés (printemps 1921-fin 1922), envahissant des républiques temporairement indépendantes (Arménie, Géorgie, Asie Centrale) qui sont réintégrés par la force avant de devenir des républiques socialistes soviétiques au sein d’une union, l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) officiellement créée le 30 décembre 1922.

Ce pouvoir n’est cependant pas sans connaître des moments difficiles avec notamment la révolte des marins de Kronstadt en mars 1921. Cette révolte est hautement symbolique puisque les marins de la flotte de la Baltique ont joué un rôle majeur dans la Révolution d’Octobre avec notamment le croiseur Aurora qui ouvrit le feu contre le palais d’Hiver.

Cette révolte qui débute le 1er mars 1921 est une réaction des marins de la flotte au communisme de guerre et la mise en place d’une véritable dictature. Les marins réclament le retour au pouvoir des soviets.

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Mikhail Toukhatchevski 

La contre-attaque menée par le général Toukhatchevski dure dix jours avec 10 puis 45000 hommes. La répression est féroce avec 6528 rebelles arrêtés, 2168 exécutés et 1955 envoyés en travaux renforcés. Les familles sont déportées en Sibérie et sur les 8000 marins s’étant enfuis en Finlande, ceux qui reviendront un an plus tard sous la promesse d’une amnistie seront envoyés au Goulag. Du côté des Rouges, 10000 hommes auraient été tués.

A l’été 1921, Toukhatchevski réprime les révoltes paysannes notamment celle de Tambov où il aurait employé des gaz de combat. Au plus fort des «jacqueries», la Tchéka dénombrait 118 mouvement distincts dans tout le pays même si certains mouvements étaient très faibles alors que d’autres avaient des effectifs importants.

La guerre civile russe à vu comme nous l’avons l’engagement des puissances occidentales mais sans coordination ni politique d’ensemble. Dans un premier temps le soutien est financier et politique mais très vite des troupes au sol sont débarquées à Mourmansk, à Arkhangelsk, Vladivostok, Odessa et Bakou.

30000 japonais débarquent à Vladivostok le 5 avril 1918, effectifs portés à 70000 hommes épaulés par des petits contingents anglo-franco-américains. En mai 1918 le long de Transsibérien nous trouvons les 20000 hommes de la légion tchécoslovaques composés d’anciens soldats de l’armée austro-hongroise fait prisonniers par les russes.

A l’été 1918, des français et des anglais débarquent à Mourmansk et Arkhangelsk puis après la fin de la première guerre mondiale à Odessa et à Bakou. Des troupes turques sont même déployées dans le Caucase à partir de 1919. On trouve également des mercenaires servant aussi bien avec les Rouges et avec les Blancs.

Ces troupes ne vont pas être très efficaces. Non seulement les troupes déployées ne savent pas pourquoi elles sont là mais en plus certains soldats qui ont déjà combattus pendant le premier conflit mondial sont lassés de se battre. Il y à également la «contamination idéologique» mais cela ne joue pas un rôle majeur dans le refus de se battre.

Les deux camps se livrèrent à de terrifiantes exactions se montrant sans merci pour leurs adversaires, un vrai duel à mort.

Des pogroms ont même lieu notamment en zone blanche, la présence de nombreux juifs du côté bolchevique expliquant ces massacres et le mythe du complot «judéo-bolchévique».

Le bilan est difficile à faire, le nombre de mort fluctuant de 8 à 20 millions. Quelque soit le chiffre la saignée est considérable. En 1922, 4.5 millions d’enfants sont livrés à eux mêmes, de véritables bandes les bespryzorniki sillonnant les routes. Les morts du conflit et de la répression se doublent de famines, d’une épidémie de typhus et comme plus tard en Ukraine en 1931/32 on signale des cas de cannibalisme.

La guerre civile russe aggrave les effets de la première guerre mondiale. Le pays est ruiné, l’industrie est paralysée tout comme les transports.

La production industrielle atteint seulement le cinquième de celle de 1913, la production agricole était descendue de moitié. Le marché noir est florissant, la monnaie ne vaut plus rien, le troc est de retour.

Sur le plan politique la guerre avait fait muté le parti bolchevik qui passa d’un parti prolétarien à un parti de fonctionnaires, de cadres, un parti qui allait bientôt donné naissance à la nomenklatura, un parti où la discussion jadis encouragée était désormais proscrite au profit d’un respect de la ligne annonçant le centralisme démocratique.

Comme le reconnurent plus tard Lénine, Boukharine et d’autres chefs bolcheviks, ils avaient conservé le pouvoir d’Etat mais avaient perdu le prolétariat.

Communisme de guerre et Nouvelle Politique Economique (NEP)

En 1793 quand les monarchies européennes se liguèrent contre la France révolutionnaire, quand l’Hexagone fût secouée par des révoltes fédéralistes ou religieuses (Vendée, Bretagne), le gouvernement révolutionnaire décreta «la patrie en danger» aboutissant à La Terreur.

Si je rappelle ces événements c’est tout simplement parce Lénine et ses séides étaient imprégnés par les idées et les événements de la Révolution Française.

Ce fait est peu connu mais quand ils prennent le pouvoir, les bolcheviques en général et Lénine en particulier n’avaient qu’un objectif : tenir plus longtemps que la Commune de Paris soit soixante-douze jours. On raconte ainsi que quand ils arrivèrent au soixante-treizième jour, Vladimir Illicht Oulianov dansa de joie….. .

Au printemps 1918 la guerre civile russe entra dans sa phase active. Dès l’origine les combats sont durs, impitoyables mais surtout la guerre civile finlandaise qui prouve aux bolcheviks que la lutte engagée est une lutte à mort.

En effet, les Blancs une fois le conflit terminé mènent une répression impitoyable contre toute personne appartenant ou semblant appartenir au camp opposé.

Comme un siècle plus tôt, les bolcheviques vont choisir la lutte à outrance et prendre des mesures énergiques qui répondent à leur objectif final : la dictature du prolétariat.

Les industries et les commerces sont nationalisés, la production est planifiée de manière centralisée par le gouvernement, les grévistes peuvent être fusillés, les paysans astreints au travail obligatoire, l’entreprise privée interdite, la production agricole est réquisitionnée moins le minimum vital pour les paysans, la rationnement mis en place.

A ces mesures économiques s’ajoutent des mesures politiques radicales. C’est ainsi que l’assemblée constituante élue au suffrage universel en janvier 1918 est dissoute dès sa première séance, les Bolcheviques étant minoritaires car les campagnes ont voté massivement pour le parti socialiste révolutionnaire.

Le 23 février 1918, l’Armée Rouge est créée. Les bolchéviques avaient d’abord voulu faire confiance aux Gardes Rouges mais face à d’anciens officiers tsaristes voir des contingents étrangers, une véritable armée est nécessaire.

Cette armée est d’abord composée de volontaires avant que la conscription ne soit mise en place, portant les effectifs de 1 à 5 millions d’hommes.

En décembre 1917, une police politique la Tchéka est mise sur pied ainsi que des tribunaux d’exceptions chargés de juger tous les ennemis du régime. La censure de la presse et de la radio est confiée au parti. Une Troisième Internationale (Komintern) est créée en mars 1919 pour diriger la «révolution mondiale» puis une fois celle-ci en échec pour controler les différents partis communistes européens.

Cette politique suscite nombre de résistances notamment dans les campagnes où des détachements de l’Armée Rouge procèdent à de violentes réquisitions. En dépit d’une propagande habile, les bolcheviks ne sont plus aussi populaires qu’au moment de leur prise du pouvoir.

Cette politique appelée a posteriori «communisme de guerre» sauve le régime mais contribue à l’énorme mécontentement populaire, la production s’effondre, la monnaie de vaut plus rien au point que le troc refait son apparition.

L’économie est ruinée, le réseau de transports disloqué, les villes se vident, nombre de citadins et d’ouvriers retournant à la terre pour éviter de mourir de faim. En 1921/22, une famine doublée d’une très grave épidémie de typhus fait plusieurs millions de morts (3 à 5 millions selon les sources).

Le 30 août 1918, Fanny Kaplan tente d’assassiner Lénine. Elle appartient aux Socialistes Revolutionnaires (SR) ce qui entraîne une très dure répression, c’est la Terreur Rouge.

Début 1921 quand la guerre cvile s’approche de la fin, la situation de la Russie est apocalyptique avec une production industrielle tombée à 12% de son niveau d’avant-guerre, les transports sont désorganisés, la réquisition des vivres aggravant sept année de guerre, une grave sécheresse, ce mélange avant provoqué une famine terrifiante ayant fait 3 à 5 millions de morts.

La situation politico-socialie est explosive avec des grèves ouvrières et des rébellions paysannes, séditions durement réprimées, la révolte de Tambov étant réprimée par Toukhatchevski qui utilisa des gaz de combat.

Un rapport présenté par Lenine au Xème congrès du Parti Communiste annonce la naissance de la NEP (Novaïa Ekonomitcheskaïa Politika ou Nouvelle Politique Economique) qui amorce une certaine libéralisation des échanges pour permettre à la Russie de respirer et d’éviter qu’un jour une révolte ne renverse le pouvoir bolchevique. La NEP est officiellement lancée le 21 mars 1921.

C’est clairement une décision imposée par les circonstances, un «repli stratégique» dans la construction du socialisme justifié par le retard économique de la Russie. Cette pause n’avait pas de durée imposée et quand il meurt en 1924, Lenine n’à pas fixé de date finale mais il estimait vraisemblablement sa durée à au moins 25 ans soit jusqu’en 1949. On connait la suite……. .

La stratégie choisie est celle du capitalisme d’Etat pour l’industrie et le capitalisme privé pour la petite production paysanne. Certains secteurs furent ouverts au capitalisme étranger de façon à obtenir des transferts technologiques et des financements pour la reprise. C’est ainsi que Ford pu construire une usine automobile à Gorki, de nombreuses mines étaient concédées à des entreprises étrangères.

Il semble également que Lénine n’à pas été à l’initiative de cette idée, Trotsky l’avant suggéré dès 1920.

Le décret du 21 mars 1921 exige de la paysannerie qu’elle donne au gouvernement une quantité spécifiée de tout surplus agricole, produit brut et lui permettait de conserver le surplus restant pour l’utiliser comme capital ou pour l’échanger avec des biens industriels.

La NEP restaura une certaine propriété privée dans certains domaines de l’économie, surtout l’agriculture. Les industries nationalisées reçurent plus d’autonomie, un système de marché introduit dans l’agriculture.

Cela entraîna une augmentation de la production agricole. Les paysans pouvaient vendre leurs excédents et donc encouragés à augmenter leur production. Non seulement les niveaux d’avant guerre furent retrouvés mais même dépassés.

Au niveau industriel l’investissement de l’état ne fût pas aussi importants ce qui entraîna un déséquilibre dans l’économie. Les prix augmentèrent ce qui obligeaient les paysans à vendre toujours plus pour acheter des produits manufacturés. L’augmentation de la production agricole entraîna des surplus et donc une chute des prix, un vrai cercle vicieux……. .

L’état prit des mesures pour limiter l’inflation et fixa des prix pour limiter l’effet ciseaux (chute des prix agricoles, hausse continue des produits manufacturés).

Si le capitalisme d’Etat fût échec, la partie libéralisée de l’économie réussit à relever l’économie après les effets dévastateurs de la première guerre mondiale, de la Révolution et de la guerre civile. En 1927, la production agricole et industrielle avait retrouvé les niveaux de 1913. Quand à la population urbaine, elle passa entre 1922 et 1928 de 16 à 18% de la population totale.

Cette politique survécut à Lénine, n’étant abandonnée qu’en 1928 par Staline qui voulait accumuler plus rapidement le capitale pour mener l’industrialisation du pays à marche forcée.

Cette politique fit émerger de nouvelles classes sociales, les Nepmen (commerçants) et les Koulaks, des paysans riches. Ils deviendront les ennemis du régime stalinien lors de l’industrialisation et surtout de la collectivisation de l’agriculture. Un décret du 6 janvier 1930 met officiellement fin à la NEP.

Mi-1921, Lénine est épuisé. Mal remis des conséquences de l’attentat de 1918, il souffre de migraines, d’insomnies, d’alertes cardiaques. Il peine à faire face à sa charge de travail au point que le Politburo lui impose un mois de repos à Gorki.

Il devient évident dès cette époque que Lénine est condamné à brève échéance, la succession s’esquisse dès cette époque avec deux candidats majeurs, Trotsky, l’intellectuel du parti et Staline, l’homme des basses œuvres, l’homme implacable (ce n’est pas pour rien que Joseph Vissarionovitch Djougachvili à pris pour pseudonyme «Staline» ou l’homme d’acier en russe).

Le 23 avril 1922 il est opéré par un chirurgien allemand de la balle qui était restée dans son cou depuis l’attentat de 1918.

Le 25 mai 1922 il connait un premier AVC mais il se remet peu à peu. Il s’inquiète à l’époque du pouvoir et de l’attitude de Staline sans pour autant désigner clairement son futur successeur.

Contrairement à ce qu’à longtemps soutenu une certaine historiographie, Lénine n’à jamais voulu renoncer à la violence. Il s’inquiétait au contraire de la violence immodérée que semblait pouvoir générer un homme comme le Secrétaire Général du Parti.

Après plusieurs attaques et une dégradation continue de son état de santé, Lénine meurt à Gorki après une nouvelle attaque le 21 janvier 1924 à 53 ans.

La formation de l’URSS

Engagée dans une guerre civile terrible, les bolcheviks n’ont pas comme priorité les institutions et la formation étatique à venir. De plus jusqu’en 1920, Lénine croit encore à la «révolution mondiale».

Les échecs successifs en Finlande, en Allemagne, en Hongrie ou en Bavière, la défaite en Pologne oblige Vladimir Illitch Oulianov à comprendre que la Russie soviétique est isolée et qu’il faut organiser ce territoire au risque de perdre la main.

En juillet 1918 la constitution de la République socialiste fédérative soviétique de Russie est adoptée, fixant un cadre fédéral mais le contenu est pour le moins flou.

Jusqu’en 1922, le proto-état bolchévique s’organise de deux façons : l’intégration au sein de la Russie de républiques et de régions autonomes et la signature d’alliances bilatérales entre la Russie et des républiques soviétiques (Ukraine, Biélorussie, Azerbaïdjan et Arménie). Un système complexe de traités lie progressivement ces républiques à la RSFSR en réduisant leurs domaines de compétences .

La situation de la Géorgie est complexe. Tiflis (auj. Tbilissi) veut bien signer un traité de coopération bilatéral avec la RSFSR mais à condition de conserver son gouvernement menchevik.

Lénine hésite mais fini par donner son feu vert à une intervention de l’Armée Rouge. En février 1921, la Géorgie est envahie, rapidement soviétisée. Cette invasion à été tacitement autorisée par les puissances occidentales en échange de l’arrêt du soutien soviétique aux tentatives révolutionnaires en occident.

La situation dans le Caucase reste tendue ce qui encourage Lénine à accélérer le processus de fédéralisation. Un premier projet est présenté début septembre 1922 et déplaît fortement aux géorgiens et aux ukrainiens car il fait de la RSFSR une union absorbant des républiques jadis indépendantes. Si ce projet convient à Staline, Lénine préférait une fédération où TOUTES les républiques seraient égales et non une fédération où la Russie dominerait les autres.

Lénine l’emporte en dépit des réticences de Staline. Le projet est approuvé par le comité central le 6 octobre 1922.

Toutes les réticences n’ont pas été effacées, les géorgiens voulant être une république autonome et non un simple élément de la république socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie que la Géorgie forme avec l’Arménie et l’Azerbaïdjan.

Le 30 décembre 1922, un traité donne naissance à l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques ([URSS], en version originale Soïouz Sovietskikh Sotsialistitcheskikh Riespoublik [SSSR] , littéralement «Union des républiques socialistes des conseils») qui regroupe les républiques socialistes soviétiques de Russie, d’Ukraine, de Biélorussie et de Transcaucasie.

L’étendue géographique du pays va varier avec le temps. On trouve tout d’abord la République socialiste fédérative soviétique de Russie créée le 23 janvier 1918 suivit par la République socialiste soviétique de Biélorussie créée le 1er janvier 1919, la république socialiste soviétique d’Ukraine née le 10 mars 1919 et par la République socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie créée le 12 mars 1922 mais qui disparaitra le 5 décembre 1936 en donnant naissance aux républiques socialistes soviétiques d’Azerbaïjan, d’Arménie et de Géorgie ou plutôt en redonnant naissance ces républiques ayant existé un court moment (Arménie du 2 décembre 1920 au 12 mars 1922, Azerbaïdjan du 28 avril 1920 au 12 mars 1922 et enfin la Géorgie du 25 février 1921 au 12 mars 1922).

Au milieu des années vingt, de nouvelles républiques socialistes soviétiques sont mises sur pied en Asie Centrale, l’Ouzbékistan et le Turkménistan le 27 octobre 1924 suivit du Tadjikistan le 5 décembre 1929.

Le 5 décembre 1936 en plus de la renaissance des républiques socialistes soviétiques du Caucase,deux nouvelles républiques voient le jour en Asie centrale à savoir la RSS kazakhe et la RSS kirghize.

A l’été 1940, les états baltes deviennent des républiques socialistes, la Lettonie et l’Estonie le 21 juillet 1940, la Lituanie le 3 août 1940. Les puissances occidentales protestent mais comme des plébiscites demandent leur adhésion à l’URSS, cette protestation reste verbale.

Même chose pour la Moldavie qui est la conséquence de l’annexion de territoires roumaines par l’URSS. 87% du territoire de la nouvelle république socialiste soviétique moldave correspond au territoire annexé, le reste provenant d’une partie appartenant de la RSS d’Ukraine.

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