URSS (6) Histoire et Géopolitique (5)

Entre libéralisme et réaction, le dilemme russe

Nicolas 1er : vive la réaction !

 

Alexandre 1er étant mort sans fils c’est son frère cadet Nicolas qui lui succède sur le trône de Russie le 1er décembre 1825 pour un règne de près de trente ans.

Nicolas Pavlovitch Romanov est né le 6 juillet 1796. C’est le fils du futur Paul 1er et de sa deuxième épouse Sophie-Dorothée de Wurtemberg. Il épouse en 1817 la princesse Charlotte de Prusse, la fille de Frédéric-Guillaume III et de Louise de Prusse, l’âme de la résistance prussienne à Napoléon.

Adoptant la religion orthodoxe et les prénoms d’Alexandra Feodorovna, elle va donner dix enfants à son mari dont Alexandre, le futur Alexandre II qui allait succéder à son père.

Élevé durant la période tendue des guerres révolutionnaires et du 1er empire, Nicolas 1er afficha une haine farouche pour toutes les idées libérales. Son programme politique peut être résumé par le mot d’ordre «autocratie, orthodoxie et génie national».

Les sujets russes doivent obéissance absolue au tsar et à l’Eglise. L’insurrection décabriste en décembre 1825 ne va pas arranger l’allergie de Nicolas Pavlovitch Romanov à toute idée libérale.

L’autocratie est prégnante, les institutions existantes sont délaissées au profit de comités spéciaux consultatifs et sur sa chancellerie privée. Tout le travail gouvernemental est mené dans le plus grand secret. Cela n’empêche pas Nicolas 1er de vouloir codifié le droit de manière plus rationnelle avec un recueil des lois en 1830, un code civil et un code pénal en 1835.

Bien que réactionnaire et autocrate, Nicolas 1er est opposé au servage mais pour ne pas mécontenter la noblesse et éviter de déstabiliser les campagnes il refuse de décréter l’abolition brutale de ce système. On cherche à limiter les abus.

Sur le plan de la politique étrangère, Nicolas 1er se considère comme le gendarme de l’Europe et surtout de l’ordre impulsé dix ans plus tôt par la Congrès de Vienne. Il tarde à reconnaître la monarchie de Juillet de Louis-Philippe 1er et refuse de reconnaître l’indépendance de la Belgique considérant que c’est une violation des clauses territoriales du congrès de Vienne.

Suite aux révolutions françaises et belges, la Pologne s’agite, espérant retrouver une indépendance perdue en 1795 après le troisième partage. L’insurrection éclate à Varsovie en novembre 1830, les insurgés polonais ayant profité de l’indécision russe. Nicolas 1er alors roi de Pologne est même déchu mais la division des patriotes polonais et l’absence de soutien extérieur favorise la répression et la «normalisation».

Le statut assez libéral de 1815 est abrogé, les domaines des insurgés sont confisqués, les établissements d’enseignement supérieur sont fermés et les biens de l’Eglise catholique sont supprimés.

Après cette alerte, Nicolas 1er souhaite une union des puissances conservatrices. Il se rapproche de l’Autriche et de la Prusse, signant avec Vienne et Berlin la convention de Berlin (octobre 1833) pour coordonner la répression en cas de troubles révolutionnaires.

En 1846, la Russie réprime la révolte de Cracovie et deux ans plus tard en 1848, les soldats de Nicolas 1er aident le sultan ottoman à rétablir son autorité sur les principautés roumaines de Moldavie et de Valachie, enterrant pour un temps l’idée de solidarité entre «frères orthodoxes».

En 1849, il accepte la demande d’assistance de l’empereur d’Autriche et envoie un corps expéditionnaire de 200000 hommes pour rétablir l’autorité des Habsbourg sur la Hongrie. Nicolas 1er devient le «gendarme de l’Europe».

Entre 1826 et 1828, la Russie est en guerre contre la Perse. C’est une véritable promenade militaire, le traité de Turkmanchai permettait à Saint-Pétersbourg de récupérer les provinces arméniennes d’Erevan, du Haut-Karabagh et du Nakhitchevan. La Russie est la seule autorisée à entretenir une marine de guerre sur la mer Caspienne. A cela s’ajoute des avantages commerciaux et une indemnité de guerre considérable. Le traité autorise les Arméniens sujets perses à émigrer en Arménie russe : 35 000 Arméniens de Perse s’installent en Russie.

Les provinces de l’ancien royaume de Géorgie sont incorporées pleinement à l’empire de Russie mais cela ne se fait pas sans mal. En 1834, l’iman tchétchène Chamil proclame la guerre sainte et déclenche une insurrection regroupant tchétchènes et montagnards musulmans du Daghestan.

En 1821 les grecs se révoltent, secouant violemment le joug ottoman. Nicolas 1er décide d’intervenir au profit des chrétiens orthodoxes dans les Balkans. En mars 1826 un ultimatum impose application des clauses du traité de Bucarest (1812) à la Serbie, de la Moldavie et de la Valachie.

En octobre 1826 la Russie et l’empire ottoman signé l’accord d’Akerman qui accorde l’autonomie à la Moldavie et à la Valachie, une constitution à la Serbie et la confirmation du traité de 1812 sur les détroits. La France, la Grande-Bretagne et la Russie imposent un blocus aux côtes grecques, détruisant la flotte turque à Navarin.

Constantinople dénonce l’accord d’Akerman, la Russie déclarant la guerre à la Sublime Porte en avril 1828, menant deux campagnes, s’approchant de la capitale turque, obligeant l’empire ottoman à signer le traité d’Andrinople (1829), la la Russie reçoit les bouches du Danube ainsi que des territoires dans le Caucase, les provinces danubiennes de Moldavie et de Valachie deviennent autonomes et passent sous protectorat russe. En outre, le passage de la marine russe à travers les détroits est garanti et la Turquie s’engage à payer une lourde indemnité de guerre.

Trois ans plus tard, en 1832, la Russie intervient à la demande du sultan pour mettre fin à la révolte du pacha d’Egypte Méhémet Ali. La Russie devient garante de l’indépendance de l’empire ottoman et en échange la sublime porte s’engage à fermer les détroits à tout navire de guerre étranger.

Les puissances occidentales soutiennent l’empire ottoman pour qu’il résiste aux pressions russes, la convention des détroits de Londres signée en 1841 affirme le contrôle ottoman des détroits et interdisent tout envoi de navires militaires dans les parages.

La fin de son règne est marquée par la guerre de Crimée, une guerre opposant la Russie à une alliance franco-britannico-ottomane avec le soutien tactique et très politique du royaume de Piémont Sardaigne. De ce conflit révélateur des faiblesses structurelles de la Russie, Nicolas 1er n’en verra pas la fin, étant mort le 2 mars 1855 des suites d’une mauvaise grippe et non contrairement à ce qu’on écrit parfois d’un suicide.

En pleine conscience, Nicolas 1er paralysa, congela la Russie sur les plans politiques, économiques et sociaux. Le pays resta à l’écart des changements que connaissaient l’Europe. Sur son lit de mort, il aurait dit à son fils futur Alexandre II «Tiens tout» ce qui est plus éloquent qu’un très long discours.

Au final le règne de Nicolas 1er se révéla particulièrement négatif, l’expansion du pays se fracassant sur la guerre de Crimée qui fit perdre à Saint-Petersbourg tout le crédit accumulé.

Autant dire que le «tsar libérateur» Alexandre II allait se heurter à bien des problèmes pour réformer en profondeur l’empire de Russie.

La guerre de Crimée (1853-1856)

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Attaque de la redoute de Malakoff. C’est là que le général de MacMahon aurait prononcé sa célèbre phrase « J’y suis j’y reste »

Débutant le 4 octobre 1853 et s’achevant le 30 mars 1856, la guerre de Crimée est le premier conflit majeur en Europe depuis 1815. Ce conflit à pour origine l’affaiblissement durable de l’empire ottoman («l’homme malade de l’Europe») et la montée en puissance de la Russie.

1.2 millions de soldats russes vont affronter 673000 soldats alliés avec 250000 ottomans, 310000 français, 98000 britanniques et 15000 sardes. Si des opérations ont eu lieu en mer Baltique, en mer Blanche, en Extrême-Orient et dans les Balkans, l’essentiel des opérations se concentra sur la prise de la base navale de Sébastopol en Crimée.

Les pertes furent particulièrement lourdes avec 450000 russes tués contre 120000 turcs, 95000 français, 22000 britanniques et 2200 sardes, l’essentiel des pertes ayant pour cause la maladie comme lors de tout conflit des temps modernes. Ce n’est qu’avec la première guerre mondiale (1914-18) que le rapport morts de maladie/tués au combat se renversa pour aboutir aujourd’hui à des morts quasi-exclusivement liées aux combats.

L’élément déclencheur c’est la question d’orient, la protection des communautés chrétiennes dans l’Empire ottoman. Dans ce domaine la Russie s’opposait à la France et dans une moindre mesure à la Grande-Bretagne. Les tensions furent accrues par des disputes entre chrétiens occidentaux et orientaux pour le contrôle des lieux saints en Palestine.

La Russie demanda à l’empire ottoman d’importantes concessions politiques mais Constantinople soutenu par Paris et Londres refusa. Surs de leurs forces, les russes déclarèrent la guerre à la sublime porte le 4 octobre, la marine russe écrasant la flotte ottomane à Sinope le 30 novembre 1853.

Russes et ottomans s’affrontèrent dans le Caucase et en Dobroudja (Balkans). Le refus russe d’évacuer la Valachie et la Moldavie entraîna l’intervention des alliés qui déclarèrent la guerre à la Russie le 27 mars 1854. A l’été 1854 pour éviter une intervention autrichienne aux côtés des alliés, Nicolas 1er mars décida d’évacuer les Balkans.

Les franco-britanniques décident d’intervenir en Crimée pour s’emparer de la base navale de Sébastopol et ainsi réduire drastiquement la puissance militaire russe. Les alliés débarquent à Eupatori le 14 septembre 1854, les russes sont défaits à la bataille de l’Alma et doivent se replier sur Sébastopol. C’est le début d’un siège qui s’achève le 12 septembre 1855 par la prise de la ville par les alliés.

Les combats se poursuivirent jusqu’au traité de Paris signé le 30 mars 1856. Ce traité met fin au concert européen issu du congrès de Vienne de 1815. La France redevient une puissance importante en Europe même si la question d’Orient à l’origine du conflit n’est pas résolue.

Ce conflit est entre deux âges militaires. La guerre de Crimée voit l’engagement de nouveaux moyens (navires à vapeur, obus explosifs Paixan, chemin de fer, fusils à canon rayé…..) qui annoncent la première guerre mondiale mais la majorité des tués sont causés par les choléra et non directement par les combats.

Alexandre II «le tsar libérateur»

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Alexandre Nikolaïevitch Romanov est né le 29 avril 1818 à Moscou. C’est le fils du grand-duc Nicolas, le frère du tsar régnant Alexandre 1er. Son père devient tsar le 1er décembre 1825 et à seulement sept ans et demi devient le tsarevitch. Il épouse Marie de Hesse-Darmstadt qui va lui donner huit enfants dont le futur Alexandre III.

Comme tous les héritiers du trône, l’éducation du petit Alexandre est stricte mais plutôt ouverte, le futur empereur parlant le russe, le polonais, le français, l’anglais et l’allemand. Prince athlétique et cultivé, ses idées sont nettement plus libérales que celles de son père (en même temps pour être plus réactionnaire que Nicolas 1er il fallait se lever de bonne heure) mais ce dernier déplore que son héritier s’intéresse très peu aux affaires militaires.

Le 3 mars 1855, Nicolas 1er s’éteint. Alors que la Russie est toujours en guerre contre la France, la Grande-Bretagne et l’empire ottoman, Alexandre Nikolaïevitch Romanov devient empereur de Russie à l’âge de 36 ans.

Le nouvel empereur qui doit liquider la guerre de Crimée prend conscience du retard de la Russie par rapport aux autres grandes puissances européennes. Son début de règne est marqué par un grand nombre de réformes.

Le servage est abolit, des assemblées locales (zemstvos) sont créées permettant le début d’une vie politique. La justice est réformée, la justice russe se rapprochant des justices d’Europe occidentale même si un simple ordre administratif permettait le bannissement en Sibérie.

L’éducation n’échappe pas à la volonté réformatrice du nouvel empereur. De nombreuses écoles primaires sont créées, les universités reçoivent une certaine autonomie ce qui favorise le bouillonnement des idées. Quelques écoles pour jeunes filles sont mêmes créées.

La censure est également réformée mais cela ne veut pas dire forcément un allègement des interdictions.

L’armée russe passablement malmenée par la guerre de Crimée est profondément modifiée en s’inspirant notamment de l’armée prussienne. Le service militaire devient obligatoire, le tirage au sort permet néanmoins à certains d’échapper au service.

Sur le papier, le bilan est impressionnant mais en réalité dans les faits ces réformes sont modestes et incomplètes.

En 1863/64 la Pologne se révolte à nouveau. Cette révolte est violemment réprimée. Le régime se durcit, les réformes sont stoppées, la Russie se ferme aux idées nouvelles.

Sur le plan de la politique extérieure, Alexandre II se montre extrêmement volontariste comme son père Nicolas 1er.

En mars 1871, Saint-Petersbourg profite de la défaite de la France dans la guerre de 1870 pour réviser le traité de Paris de 1856. Une conférence se réunit à Londres en mars 1871 annulant la neutralisation de la mer Noire, permettant à la Russie comme à l’empire ottoman d’entretenir des flottes de combat mais le passage des navires de guerre dépend de la bonne volonté du sultan.

En 1873, la Russie signe avec l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie une Entente entre trois empires mais cette entente se heurte aux intérêts contradictoires des différentes puissances.

Deux ans plus tard, en 1875, les populations orthodoxes de Bosnie-Herzégovine et de Bulgarie se soulèvent. Les troupes ottomanes et notamment les terribles bachi-bouzouks répriment ces soulèvements avec une telle férocité que cela soulève l’indignation en Europe.

En 1876, la Serbie et le Monténégro déclarent la guerre à l’Empire ottoman mais sont rapidement vaincus. La Russie décide d’intervenir en 1877 après s’être assurée de la neutralité de l’Autriche-Hongrie, de la Grande-Bretagne et de la France. Elle est soutenue par la Roumanie et la Grèce, attaquant aussi bien dans les Balkans et dans le Caucase.

Ce conflit aboutit au traité de San Stefano signé en mars 1878. La Russie annexe la Bessarabie du Sud cédée par la Roumanie qui récupère elle la Dobroudja bulgare, les régions caucasiennes de Kars, Ardahan et Batoumi sont aussi annexées à l’empire russe. L’Autriche-Hongrie reçoit l’administration de la Bosnie-Herzégovine.

Ce traité inquiète les autres puissances européennes qui craignent encore et toujours l’écroulement de l’empire ottoman. Le congrès de Berlin se réunit en juin-juillet 1878 pour réviser le traité de San Stefano.

La Serbie, le Monténégro, la Roumanie conservent leur indépendance mais doivent renoncer à une partir de leurs acquisitions territoriales.

La Russie conserve la Bessarabie méridionale et ses conquêtes du Caucase, l’Autriche-Hongrie reçoit l’administration de la Bosnie-Herzégovine et le dusa ndjak de Novipazar entre la Serbie et le Monténégro. La Bulgarie voit son territoire réduit et divisé en deux principautés autonomes (la Bulgarie et la Roumélie orientale).

Sous le règne d’Alexandre II, le Caucase est enfin pacifié (Chamil est capturé en 1859) tandis que l’Asie Centrale est colonisée en profondeur. Il s’agit de colonies agraires, de véritables fronts pionniers. Les cosaques jouent un rôle majeur pour tenir ses régions, véritable «Far-East» à la mode russe.

La Russie est désormais au contact de la Perse et de l’Afghanistan ce qui inquiète la Grande-Bretagne présente aux Indes. C’est le début du «grand jeu» cher à Kypling, grand jeu qui ne s’achèvera vraiment qu’avec la signature d’un traité d’alliance anglo-russe en 1907. La Russie s’étend en direction de l’Extrême-Orient, occupant la partie méridionale de la péninsule de Sakhaline en échange des Kouriles (1875). Elle cède en 1867 l’Alaska aux Etats-Unis.

Sous le règne d’Alexandre II, l’intelligentsia se développe. Les plus radicaux s’opposent clairement à l’empereur et à l’autocratie, une opposition violente qui va voir Alexandre II être menacé à de nombreuses reprises par les populistes et les nihilistes.

Pas moins de onze attentats vont être fomentés contre le tsar en Russie comme à l’étranger. Il y à des tentatives isolées mais aussi l’action menée par une organisation appelée la Volonté du Peuple (Narodnaïa Volia) qui tente en novembre et décembre 1879 des attentats contre le train impérial.

Le 17 février 1880, le groupe révolutionnaire place une charge dans les sous-sols du palais sous la salle à manger. Alexandre II en retard échappe à cet attentat qui provoque de nombreux morts.

Le 13 mars 1881 à Saint-Petersbourg, Alexandre II rentrait au palais après avoir assisté à une parade militaire. Les conjurés menés par Sofia Perovskaïa décidèrent de lancer plusieurs bombes en fonction de l’itinéraire emprunté.

La deuxième bombe lancée par Ignati Grinevitski touche l’empereur, mortellement blessé, les jambes et le bas ventre déchiquetés, le visage mutilé. Il succombe au palais d’Hiver après plusieurs heures d’agonie.

Les auteurs de l’attentat sont arrêtés et tous pendus le 3 avril 1881, l’organisation étant dissoute sous les coups d’une police toujours aussi efficace. Son fils Alexandre lui succède sous le nom d’Alexandre III.

Retour à la réaction : Alexandre III (1881-1894)

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Alexandre Alexandrovitch Romanov est né à Saint-Petersbourg le 10 mars 1845. Fils d’Alexandre II et de Maria Alexandrovna, il n’était pas censé régné mais son frère ainé Nicolas mort en 1865 fait du jeune Alexandre le tsarevitch.

Vrai colosse («C’est l’Hercule de la famille» aurait dit son père), il ne se montre pas intéressé par les études. Sa personnalité est à l’opposé de son père, le futur Alexandre III est aussi réactionnaire que son père est libéral.

Les frictions entre le père et le fils sont nombreuses notamment dans le domaine de la politique extérieure. Un seul exemple si Alexandre II appuie la Prusse dans la guerre de 1870, le tsarevitch à davantage de sympathies pour la France de Napoléon III.

Le 13 mars 1881, Alexandre II est assassiné. Son fils lui succède sous le nom d’Alexandre III. Sa politique intérieure est clairement réactionnaire. Le manifeste du 29 avril 1881 marque un clair retour à l’autocratie. En 1882 une police secrète, la tristement célèbre Okhrana est créée.

S’infiltrant dans les groupuscules nihilistes et populistes, elle procède à des arrestations massives notamment en 1887 où le frère aîné de Lénine, Dimitri est arrêté, jugé, condamné à mort et pendu.

Les réformes menées par son père sont vidées de leur contenu. Une politique de russification est menée à l’encontre des populations allogènes. A cela s’ajoute une politique très favorable à l’orthodoxie.

Sur le plan économique, un fort protectionnisme protège l’industrie russe naissante de la concurrence étrangère ce qui n’empêche pas la Russie de chercher des investissements étrangers notamment la France avec les fameux «emprunts russes».

Dans le domaine de la politique étrangère, les résultats d’Alexandre III sont contrastés avec un recul de l’influence russe dans les Balkans au détriment de l’Autriche-Hongrie, des frictions avec l’Angleterre en Asie Centrale.

Grande réussite de la politique extérieure d’Alexandre III, l’alliance franco-russe en 1893. Le grand autocrate qu’est Alexandre III n’à aucune sympathie pour la France de la IIIème République. Cette alliance à des raisons géostratégiques (faire pièce aux Empires Centraux et notamment à l’Allemagne) et économiques (investissements français).

Alexandre III meurt le 1er novembre 1894 des suites d’une néphrite. Son fils Nicolas II lui succède à la tête de la Russie.

Nicolas II (1894-1917) ou le dernier empereur de Russie

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Nicolas Aleksandrovitch Romanov est le 18 mai 1868 au palais de Tsarkoïe Selo. Fils d’Alexandre III et de Dagmar du Danemark, il est âgé de 26 ans quand il succède à son colosse de père. Il épouse Alix de Hesse-Darmstadt qui lui donnera quatre filles et un fils, le malheureux tsarevitch Alexis qui se révéla être hémophile.

Sous son règne, la Russie connait un formidable essor économique, social, politique et culturel. Le servage est effectivement aboli, les impôts sont allégés, une classe de paysans riches émerge. Le pays connait une vraie industrialisation.

Ces mutations comme souvent génèrent un grand nombre de problèmes que Nicolas II et son gouvernement sont incapables de résoudre. La défaite de la Russie contre le Japon va générer une première révolution en 1905 mais c’est le premier conflit mondial qui va être fatale à la dynastie Romanov.

Il abdique le 15 mars 1917 suite à la «révolution de février». Capturé, il est transféré entre plusieurs résidences jusqu’à arriver à Iekaterinbourg dans l’Oural où il est exécuté sommairement juillet 1918 avec toute sa famille.

Élevé à la dure, Nicolas II est sérieux mais aussi réservé, détonant par rapport aux colosses de sa famille. Ouvert et cultivé, parlant plusieurs langues, il n’est guère attiré par le pouvoir, la politique étant pour lui une véritable corvée.

En 1890, il se rend en Grèce, En Egypte, aux Indes, dans le sud-est asiatique, en Chine et au Japon, étant agressé au sabre par un japonais accusant le tsarevitch d’avoir essayé de séduire sa jeune épouse. Y-a-t-il un lien de cause à effet mais ce qui est sur que c’est que l’héritier du trône revient à Saint-Petersbourg animé d’un projet mépris pour les japonais qu’il considère comme des «singes».

Nicolas II est sacré autocrate de toutes les Russies à Moscou le 26 mai 1896. Comme souvent dans ce genre de cérémonies, le peuple peut bénéficier de la générosité des nouveaux souverains. Une bousculade à Khodynka fait des milliers de morts, offrant un sinistre présage au nouveau règne.

La fureur de la population se tourne vers l’impératrice. Comme jadis Marie-Antoinette en France, Alexandra Fedorovna devient «L’Allemande» alors que non seulement elle déteste le Deuxième Reich mais en plus parle et écrit en anglais, sa langue maternelle.

Nicolas II et son épouse auraient préféré mené une existence bourgeoise à l’écart des contraintes du pouvoir, de l’ambiance viciée d’une cour impériale pourrie par la corruption et l’affairisme.

D’un caractère trop délicat, il manque de fermeté et de caractère pour s’imposer. Il défend l’autocratie comme son père mais on ignore la profondeur de ses convictions politiques et idéologiques.

Il poursuit néanmoins la politique industrielle menée par le ministre de son père Serge Witte. Ce dernier est considéré comme le «Colbert russe», accélérant l’industrialisation du pays. Le rouble devient une monnaie fiable et convertible, la balance commerciale cesse d’être déficitaire. En revanche la politique agricole est désastreuse.

Ce développement économique génère des mécontentements, des troubles sociaux. Le début du 20ème siècle voit la Russie secouée par des révoltes paysannes, des grèves quasi-insurrectionnelles et des pogroms, les juifs faisant figure de boucs-émissaires idéaux pour détourner la colère populaire des véritables responsables.

Un événement extérieur va provoquer de profondes fêlures dans l’empire russe : la guerre russo-japonaise. Cette guerre qui va durer dix-neuf mois du 8 février 1904 au 5 septembre 1905 va provoquer une véritable conflagration dans le monde puisque pour la première fois une puissance occidentale est battue par une puissance issue d’une race prétendument inférieure.

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Carte des batailles de la guerre russo-japonaise

Cette guerre est un conflit de masse (plus de 2 millions d’hommes engagés, 156000 morts, 280000 blessés, 77000 prisonniers) préfigurant le premier conflit mondial avec l’importance de l’artillerie, de la logistique, l’utilisation massive d’armes automatiques.

A l’origine de ce conflit figure l’opposition directe des impérialismes japonais et russes en Extrême-Orient, la Russie voulait accéder au Pacifique (depuis le 18ème siècle Saint-Petersbourg cherche à accéder aux mers chaudes) alors que le Japon voulait conserver sous son influence la péninsule coréenne mais aussi la Chine, véritable «homme malade de l’Asie», la dynastie Qing étant à l’agonie (elle sera renversée en 1911 et remplacée par un régime républicain).

Quand le conflit éclate, les russes espèrent beaucoup du Transsibérien, une voie de chemin de fer traversant toute la Sibérie d’Irkoutsk à Vladivostok. L’armée russe espère ainsi pouvoir combattre quasiment à domicile mais ce chemin de fer ne peut réduire deux facteurs incompressibles : la distance et le temps.

Les forces russes vont se retrouver en infériorité numérique face au Japon, des forces isolées et mal ravitaillées ce qui influe sur leur moral et sur leurs capacités.

Le 13 janvier 1904, le Japon adresse un ultimatum à la Russie, exigeant l’évacuation de troupes russes présentes en Mandchourie. Sans réponse, le Japon se considère en guerre avec la Russie, attaquant l’escadre naval de Port-Arthur par surprise le 8 février 1904. La déclaration de guerre officielle à lieu le 10 février 1904.

En février 1904, les forces japonaises débarquent en Corée, occupant toute la péninsule et en mars la flotte japonaise bombarde Vladivostok. En août 1904, Port-Arthur est assiégée, le gros des forces russes se repliant sur Moukden (aujourd’hui Shenyang), la future Dairen capitulant en janvier 1905 suivit deux mois plus tard par la chute de Moukden le 10 mars. Les combats terrestres ont été particulièrement meurtriers avec 71000 morts côté russe et 85000 côté japonais.

Sur terre les japonais sont vainqueurs. C’est pourtant sur mer que la décision va être faite avec la célèbre bataille de Tsushima du 27 au 28 mai 1905, la flotte de l’amiral Tojo triomphant de la flotte russe de la……Baltique qui venait de réaliser un quasi-tour du monde dans des conditions dantesques avec le canonnage de chalutiers britanniques sur le Dogger Bank pris pour des torpilleurs japonais le 21 octobre 1904, le contournement de l’Afrique par le cap de Bonne Espérance, des mutineries….. .

Face à une flotte exténuée, épuisée, au bord de la mutinerie généralisée (elle était partie le 11 octobre 1904 de Liepaja), l’escadre de l’amiral Tojo fraiche et entrainée n’à aucun mal à l’emporter.

Entre-temps les mauvaises nouvelles du conflit ont provoqué une révolution le 22 janvier 1905, le «Dimanche Sanglant» étant une sorte de répétition générale en attendant 1917. Ce jour là la police tire sur une manifestation menée par un agent provocateur de la police, le pope Gapone. Le bilan est de 800 à 1000 morts, semant les graines d’une future révolte.

La Russie épuisée n’à d’autre choix que négocier. Les négociations ont lieu à Portsmouth (Etats-Unis) en présence du président des Etats-Unis, Théodore Roosevelt. Le négociateur russe est Serge Witte. Le Japon s’approprie la Corée, la région de Port-Arthur, une partie des îles Sakhaline, les russes devant eux évacuer la Mandchourie du sud qui est rendue à la Chine.

Les négociations vont durer du 5 au 29 août, le traité de Portsmouth est signé le 5 septembre 1905.

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Montage photo de la guerre russo-japonaise

Nicolas II est obligé de céder, de lâcher du lest. Le 17 octobre 1905, l’autocrate de toutes les Russie signe le manifeste d’Octobre.

Ce manifeste octroie la liberté de culte, la liberté de parole, la liberté de réunion, la liberté d’association, l’institution d’une Douma d’Empire élue au suffrage semi-universel, une amnistie pour tous les délits et crimes commis avant la proclamation du Manifeste, une promesse aux populations non russes du respect des libertés et le droit pour chaque nationalité d’utiliser sa propre langue, un premier ministre avec des pouvoirs étendus.

Cela annonce la constitution russe de 1906 (loi fondamentale du 27 avril 1906). En réalité ces réformes ne vont pas avoir un grand impact, Nicolas II refusant de jouer le jeu parlementaire, considérant que la Douma n’est là que pour conseiller l’empereur et non pour être un organe d’opposition, de négociation.

S’ouvre alors une période dite semi-constitutionnelle (1905-1907) où la Russie des Romanov fait l’expérience douloureuse du jeu parlementaire. Les premières élections en mai 1906 sont un triomphe pour le parti Kadet (Parti constitutionnel démocratique, libéral) et le centre-gauche.

Dès le début la Douma entre en conflit avec l’empereur. Les membres de la Douma veulent être vraiment efficaces, faire correctement leur travail. Cette Douma Cadette est dissoute en juillet 1906 remplacée par la Douma Rouge (février-juin 1907) encore plus ingérable que la première.

Elle est également dissoute mais les deux Douma suivantes vont durer plus que quelques mois, la troisième effectuant l’intégralité de la législature (1907-1912), la quatrième étant dispersée par la «révolution de février».

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Piotr Stolypine

Entre juillet 1906 et septembre 1911, un hommes domine la vie politique russe, Piotr Stolypine. Nommé président du Conseil des Ministres, il se donne deux objectifs : rétablir l’ordre et mettre en œuvre un programme de réformes, une politique russe, conservatrice et moderniste.

Pour ce membre issue de la vieille noblesse, le seul remède à la poussée révolutionnaire est le développement économique du pays. Pour cela il faut une Douma acceptant de coopérer avec le gouvernement, une réforme électorale est donc menée pour réduire la représentation paysanne et augmenter cette de la noblesse. C’est un succès puisque comme nous l’avons elle va aller jusqu’au bout de sa législature en 1912.

L’opposition se réveille dès l’arrivée au pouvoir du sieur Stolypine. Une campagne d’attentats ensanglante le pays entraîne une répression brutale avec des cours martiales ambulantes en place jusqu’au printemps 1907.

La priorité de Stolypine est une nouvelle politique agraire. À la communauté paysanne (mir), le nouveau président du conseil des ministres préfère la propriété privée. Cette nouvelle classe doit soutenir le régime et briser l’unité de la paysannerie. Des oukases sont émis en 1906, en 1910 et en 1911. les résultats sont mitigés mais au moins les campagnes sont stabilisées.

Stolypine favorise la russification du mondes affaires en encourageant la formation de capitaux russes, le développement des exportations, une industrie plus compétitive.

Le 14 septembre 1911, il est assassiné par Bogrov, un membre de l’Okhrana, un agent provocateur visiblement payé pour éliminer un homme politique devenu gênant.

En 1913, deux ans après sa mort, l’Empire russe est considéré comme la troisième puissance mondiale, mais la dernière tentative de réforme conservatrice de l’Empire n’a pu être menée à son terme.

Es-ce une coïncidence mais la mort de Stolypine relance les troubles révolutionnaires, les grandes grèves. Kokovtsov succède à Stolypine mais son action prudente et intelligente se heurte aux factions de cour mais aussi à ses ministres dont certain se seraient bien vus à la place de Stolypine comme le ministre de la guerre Soukhomlinov.

Des réformes sociales sont menées avec la mise en place d’un système d’assurance sociale pour les ouvriers, un certain nombre de lois améliore leurs conditions de vie. Cela n’empêche pas Kokovtsov d’être remplacé par Ivan Goremykine car il s’est permis de critiquer le nouvel ami de l’impératrice, Raspoutine qui devient bien vite aux yeux de tous le «mauvais génie» de la famille impériale.

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Grigori Raspoutine

Ce soi-distant «starets» est introduit dans la famille impériale par une grande-duchesse amie de l’impératrice Alexandra. Il gagne sa confiance par son allure débraillée _cheveux gras, barbe mal taillée_ mais surtout par sa capacité à soulager les crises du tsarévitch Alexis.

Celui-ci est hémophile, une maladie qui empêche le sang de coaguler. La moindre coupure se transforme en une terrible hémorragie que les médecins impériaux pensent pouvoir soigner avec l’aspirine ! Raspoutine fait stopper ce traitement, multiplie les prières. L’état de celui qui aurait du devenir Alexis II s’améliore sans que l’on sache si il s’agit d’un miracle ou d’une coïncidence.

Apprécié des classes populaires, il est revanche détesté par la cour et par une grande partie de la classe politique, Grigori Raspoutine se mêlant de politique qu’elle soit intérieure ou extérieure. On lui attribue même une liaison avec l’impératrice. Il est finalement assassiné en décembre 1916, un complot menés par le prince Youssoupoff ayant raison de lui.

En 1913, Nicolas II célèbre en grande pompe le 300ème anniversaire de l’avènement de Michel Romanov, premier tsar de la dynastie au pouvoir depuis. Il est convaincu de sa popularité alors que la Russie est un véritable colosse aux pieds d’argile. Une secousse extérieure importante comme une guerre et ce sera la fin de la dynastie et de l’empire. Pourtant en août 1914 peu de personnes pouvaient penser que dans moins de trois ans, une dynastie tricentenaire allait être renversée.

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