URSS (4) Histoire et Géopolitique (3)

Catherine la Grande ou le despotisme éclairé

La Grande Catherine : quelques éléments biographiques

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Le 2 mai 1729 naît à Stettin la petite Sophie-Frédérique Augusta d’Anhalt-Zerbst, une petite maison princière allemande. Qui pouvait imaginer à cet instant que dans ce berceau s’agitait la future Catherine II, l’un des plus grands souverains de la Russie à l’égal d’un Ivan IV le Terrible et d’un Pierre 1er le Grand ? Sûrement personne….. .

Aînée de la famille, la petite Sophie-Frédérique est élevée dans un cadre rigide avec néanmoins l’influence décisive d’une huguenote française Babette Cardel qui lui fait découvrir la langue, la culture, les mœurs raffinées du pays de Molière.

Ne pouvant succéder à son père, Sophie-Frédérique peut en revanche être un parti intéressant pour un futur mariage nobiliaire encore que la maison d’Anhalt malgré ses origines anciennes ne soit pas une maison de première importance.

Normalement la petite princesse allemande aurait du devenir l’épouse d’un margrave ou d’un grand-duc mais certainement pas l’impératrice de toutes les Russies. C’est pourtant elle que Elisabeth Petrovna choisit comme épouse pour son neveu et successeur Pierre, le futur Pierre III de Russie.

Sophie-Frédérique et sa mère arrivent à Moscou en 1744. Si sa mère est inquiète, la petite Sophie-Frédérique est elle enchantée à l’idée de devenir l’épouse du souverain de cet immense pays qui n’est plus une «puissance barbare et asiatique» vue avec condescendance par les autres royaumes européens.

Le 28 juin 1744 elle se convertit à la religion orthodoxe, Sophie-Frédérique est morte vive Catherine Alexeievna. Elle s’adresse à ses futurs sujets en russe ce qui lui vaut l’estime de tout un peuple ce qui ne sera pas le cas de son futur mari, Pierre de Holstein-Gotorp, bien plus allemand que russe et qui surtout ne fera aucun effort pour comprendre le pays sur lequel il doit régner après sa tante.

Les fiançailles ont lieu le lendemain, Catherine devenant grande-duchesse. Le mariage à lieu le 21 août 1745 (1er septembre selon le calendrier grégorien) mais l’union est un désastre, les deux époux ne s’entendent pas du tout au point qu’après huit ans d’union il n’y à toujours pas eu d’enfants. Un fils Paul nait en 1754 mais de sérieux doutes existent sur l’identité de son père (Pierre III ou Saltykov l’amant de Catherine).

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Pierre III

En janvier 1762, Pierre III succède à Elisabeth 1ère de Russie. C’est un changement complet de politique. Plus allemand que russe, il est littéralement fasciné par Frederic II le Grand. Alors que la Prusse est sur le point de succomber, la Russie signe une paix très favorable à la Prusse.

Ce fameux «miracle de la maison de Brandebourg» cristallise les mécontentements et fait de Catherine l’opposante numéro un à son prussophile de mari. Le coup d’état à lieu le 28 juin 1762 (9 juillet 1762 dans le calendrier grégorien), Pierre III est détrôné, emprisonné puis assassiné dans des circonstances assez troubles ce qui permettra l’émergence de «faux Pierre III».

Elle mène une politique extérieure active. Désormais la Russie est une puissance incontournable en Europe. Impossible de faire comme Louis XIV jadis et de snober l’empereur de Russie.

A l’intérieur elle poursuit la politique de Pierre le Grand en s’inspirant des idéaux du «despotisme éclairé». Cette politique attire les philosophes européens et notamment français, Catherine II rachetant la bibliothèque de Denis Diderot (tout en lui laissant l’usage) pour permettre à ce dernier de doter sa fille.

Après avoir participé aux trois partages de la Pologne rayant le pays de la carte jusqu’en 1918, Catherine II espère faire de même avec l’empire ottoman. Le projet est ambitieux puisqu’il s’agit de reconstituer l’empire byzantin au profit de son deuxième petit-fils prénommé Constantin ce qui est tout sauf un hasard. Ce projet fût un échec…… .

Malgré sa volonté de moderniser le pays sur le plan culturel, juridique et économique, Catherine II ne put constater à la fin de son règne que son œuvre était loin d’être achevée.

Après trente-quatre ans de règne, Catherine II de Russie meurt le 17 novembre 1796 à Saint-Pétersbourg. Son fils Paul 1er lui succède en dépit de volonté de sa mère de le déshériter au profit de son petit-fils Alexandre, futur Alexandre 1er qui prend le pouvoir comme nous le verrons en 1800 à l’issu d’un coup d’état.

De Pierre 1er à Catherine II

Avant d’aborder en détail le règne de la Grande Catherine il faut parler des souverains succédant à Pierre le Grand et précédant Catherine II. Si Elisabeth 1ère peut être considérée comme une grande souveraine, les autres sont médiocres, inaptes ou victimes de jeux de faction.

Pierre le Grand meurt avant de choisir effectivement son successeur. Son choix est limité, son fils Alexis est mort, il n’à plus que deux filles, Anna et Elisabeth encore enfants. La loi n’impose pas l’hérédité mais l’empereur régnant désigne son successeur.

Catherine Ire (1725-1727) 2.jpg

Catherine 1ère

C’est Catherina Alexeïnevna, l’épouse de Pierre le Grand qui devient impératrice de toutes les Russie. Fille de paysans pauvres de Livonie, aux origines aussi modestes que mystérieuses, la nouvelle impératrice à épousé Pierre secrètement en 1707 et officiellement en 1712.

Elle est couronnée impératrice le 7 mai 1724 mais son règne sera court puisqu’elle ne régnera que du 8 février 1725 au 17 mai 1727.

Pierre II (1727-1730) 12.jpg

Pierre II

A Catherine 1ère succède un autre souverain éphémère, Pierre II. Né le 12 octobre 1715 (23 octobre dans le calendrier grégorien), c’est le fils d’Alexis Petrovitch, le fils de Pierre le Grand et de la première épouse de Piotr Veliky, Eudoxie Lopoukhine.

Il n’à que douze ans à son avènement. Trop jeune pour régner, il laisse la famille Dolgourouki qui rompt avec la politique menée par Pierre 1er et Catherine. Le conseiller du nouvel empereur est pourtant Alexandre Menchikov, un ami de Pierre le Grand.

Couronné empereur le 25 février 1728 à Moscou, fiancé à Catherine Dolgourouki, Pierre II meurt de la variole le 19 janvier 1730 (30 janvier calendrier grégorien). Anna, la fille d’Ivan V et nièce de Pierre le Grand lui succède.

Anne de Russie (1730-1740) 9.jpg

Anna 1er

Née le 7 février 1693 à Moscou , la future Anne 1ère accède au pouvoir en 1730, succédant à son cousin Pierre II. Elle n’à absolument pas été préparée à devenir impératrice de toutes les Russies.

Veuve très rapidement (son mari le duc de Courlande meurt un an après son mariage), elle n’aura pas d’enfants. En 1726, il y eut le projet d’unir Anna Ivanovna avec Maurice de Saxe, fils légitimé du roi de Pologne élu duc de Courlande.

Son règne est une catastrophe. Le souvenir que laissa Anna aux russes fût particulièrement amer car comme plus tard Pierre III elle était bien plus germanique que russe.

Paresseuse et indolente, elle laissa son favori allemand Biron gouverner, préférant les avantages du pouvoir au pouvoir en lui même.

C’est le début d’une période de terreur et de délation que les russes ont appelé Ibai ronovchtchina (le gachis à la Bühren _le nom allemand de Biron_).

Sur le plan de la politique extérieure, l’Ukraine est définitivement annexée en 1734. Une nouvelle guerre russo-turque à lieu entre 1735 et 1739 qui se termine par le traité de Belgrade en 1739. Les annexions sont limitées à l’inverse des pertes particulièrement lourdes.

Sans enfants, elle désigne le petit-fils de sa sœur, Ivan né en 1740 d’Anna Léopoldovna de Mecklembourg-Schwerin et d’Antoine-Ulrich de Brünswick-Wolfenbüttel. Anne 1er meurt le 28 octobre 1740.

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Le jeune Ivan VI « Malheur au royaume dont le prince est un enfant ! »

Né le 23 août 1740, Ivan est proclamé empereur le 17 octobre 1740 à l’âge d’un mois et demi sous le nom d’Ivan VI. Bien entendu il ne peut gouverner seul et c’est sous le haut patronnage de Biron qu’il «gouverne».

L’allemand détesté est écarté dès le 9 novembre au profit d’Anna Léopoldovna, la mère du petit empereur. Cette dernière se voit reprocher de trop faire confiance aux allemands, un profond sentiment germanophobe parcourt le pays. La fille de Pierre le Grand, Elisabeth Petrovna est vue comme une candidat idéale car plus russe.

Le 6 décembre 1741 un coup d’état militaire renverse Ivan VI alors âgé de quinze mois et sa mère, les deux sont emprisonnés sous très haute surveillance. La régente meurt en 1746 mais son fils reste en prison.

Le 16 juillet 1764 un coup d’état est déjoué. Il s’agissait de renverser Catherine II et de remettre Ivan VI sur le trône. Cette fois ses geôliers ne prenne pas de risque et Ivan VI est assassiné dans sa cellule après avoir passé plus de temps en prison que sur le trône. C’est la fin de ce «masque de fer» à la russe.

Elisabeth 1ère (1740-1762) 22

Elisabeth 1ère

Elisabetha Petrovna est née le 18 décembre 1709 (29 décembre calendrier grégorien) à Saint Petersbourg. C’est la fille aînée de Pierre le Grand et de sa deuxième épouse, la future Catherine 1ère.

Elle arrive au pouvoir suite à un coup d’état dans un contexte où les allemands sont détestés, c’est une véritable réaction nationaliste voir xénophobe.

Comme sa devancière Anna elle ne put jamais se marier, les projets d’union avec le fils du Régent voir avec Louis XV ne débouchèrent pas. Malchanceuse, elle perdit son futur mari mort peu avant son mariage.

Elle s’appuie sur le chancelier Bestoujev-Rioumine qui tourne le dos à la politique pro-allemande au profit d’une politique nettement plus francophile.

Sur le plan extérieur «Elisabeth la Clémente» engage la russie dans une guerre contre la Suède (1741-1743) qui permet à la Russie de s’emparer de la Finlande méridionale. Si la participation russe à la guerre de succession d’Autriche est modeste et symbolique, en revanche dans la guerre de Sept Ans, le poids de Saint Petersbourg est bien plus fort.

En 1755 à lieu le fameux renversement des alliances. Après presque trois siècles d’affrontement, Capétiens et Habsbourg décident de signer un traité d’alliance, traité auquel va se joindre la Russie.

Cette alliance personnifiée par Elisabeth de Russie, Marie-Thérèse d’Autriche et la marquise de Pompadour vaut ce «mot d’esprit» de Fréderic II qui parlera de «l’alliance des trois putes». Cela se passe de commentaire…… .

Alors que la situation de la Prusse est désespérée, l’impératrice Elisabeth meurt le 5 janvier 1762, laissant le trône à son neveu Pierre de Holstein-Gotorp. Le nouvel empereur Pierre III véritable fan du roi de Prusse s’empresse de signer la paix le 5 mai puis un traité d’alliance le 16 juin 1762. C’est le «miracle de la maison de Brandebourg».

Au niveau de la politique intérieure, la politique d’Elisabeth 1ère se rapproche de celle de son père et annonce celle de sa nièce par alliance. Une université est créée à Moscou en 1755, une académie des beaux-arts suit en 1758. Le Sénat est réorganisé, ses pouvoirs accrus faisant de cet organisme créé par Pierre le Grand le principal organe de gouvernement.

Une politique protectionniste et mercantiliste est mise en place pour développer l’empire et préserver les métaux précieux et ainsi éviter la sortie de l’or et de l’argent. La noblesse est clairement privilégiée, elle seule pouvant posséder des terres habitées par des serfs.

Son surnom de «Elisabeth la Clémente» vient en partie du fait qu’elle à imposé un moratoire sur la peine de mort. D’une nature pieuse voir superstitieuse, elle s’appuie clairement sur l’Eglise orthodoxe. Elle fait construire le palais d’Hiver et le couvent Smolny.

A Elisabeth Petrovna succède Pierre III. Né à Kiel le 21 février 1728 sous le nom de Karl Peter Ulrich de Holstein-Gotorp, il est duc depuis 1739 mais trois ans plus tard sa tante Elisabeth le fait mander à Saint-Pétersbourg pour en faire son héritier.

Très vite, Pierre déteste sa nouvelle patrie, regrettant Kiel. Instable de nature, véritable psychopathe, il terrifie son entourage. En 1744 il est victime de la variole ce qui n’arrange pas les choses.

Le 21 août 1745 il se marie avec sa cousine Sophie d’Anhalt-Zerbst, devenu Catherine après sa conversion à la religion orthodoxe. Ambitieuse, elle n’à aucune attirance pour son époux mais le considère comme un marche pied pour accéder au pouvoir. Il faut attendre neuf ans pour que naisse le 1er octobre 1754 Paul Petrovitch dont on n’ait pas certain qu’il soit bien le fils du futur Pierre III.

En 1756 la Russie déclare la guerre à la Prusse, c’est le début de la guerre de Sept Ans. Véritable prussomaniaque, idolâtrant Frederic II, le futur Pierre III n’hésite pas à transmettre les plans de guerre russes à l’ennemi ! Autant dire que cela ne remonte pas sa popularité au pays de Toltstoï.

Le 25 décembre 1761 (5 janvier 1762 calendrier grégorien) Elisabeth 1ère meurt, Pierre de Holstein-Gotorp devient l’empereur Pierre III. Son premier acte est spectaculaire : il se retire de la guerre de Sept Ans, rend les territoires conquis à la Prusse, fait la paix le 5 mai et signe même un traité d’alliance le 16 juin 1762.

Tel un véritable kamikaze, Pierre III fait tout pour se faire détester. Il impose le port d’uniformes prussiens, les popes doivent se faire raser la barbe et s’habiller comme des pasteurs protestants, les icônes enlevées, les biens du clergé orthodoxe confisqués. Seul point positif : un oukase permet aux nobles de ne plus servir en permanence l’état, sauf en temps de guerre. Les empereurs suivants n’oseront pas abroger ce dernier oukase.

Au printemps 1762, Pierre III décide de déclarer la guerre au Danemark pour s’emparer du duché du Schleswig et l’annexer à son duché de Holstein. Il assigne son épouse au palais de Peterhof et rejoint les troupes rassemblées à Kronstadt.

A l’époque Catherine craint d’être remplacée par la maîtresse de Pierre III voir d’être assassinée pour ne pas servir de «souveraine de rechange». Un coup d’état est prévu et exécuté le 28 juin 1762 (9 juillet 1762 dans le calendrier grégorien).

La future Catherine II est appuyée par Nikita Panine et la quatre frères Orlov. Les régiments de la garde basculent du côté des comploteurs. La petite troupe marche sur Saint-Petersbourg, bientôt soutenu par le reste de l’armée et par la flotte de Kronstadt dont ce n’est pas la dernière participation politique dans l’histoire russe.

Pierre III s’effondre. Assigné à résidence, il est assassiné le 17 juillet 1762 dans des circonstances telles que plusieurs hommes se feront passer pour Pierre III notamment le cosaque Pougatchev révolté contre Catherine II en 1773/74.

Politique extérieure

Dans le domaine de la politique extérieure, Catherine II marche dans les traces de son aïeul Pierre le Grand. Le temps où Louis XIV pouvait snober le tsar de toutes les Russies était révolu, la Russie était une puissance majeure en Europe.

En 1755 la France et l’Autriche avaient signé un traité d’alliance tourné contre la Prusse. La Russie d’Elisabeth Petrovna s’était jointe à cette alliance qui encerclait la Prusse de Frederic.

Comme nous l’avons vu en 1762, le très prussophile, le très prussomaniaque Pierre III s’était empressé de quitter la guerre de Sept Ans et d’offrir un répit inespéré à Fredéric II qui désespéré aurait sérieusement songé au suicide.

Cette alliance franco-autrichienne apparaissant comme pérenne, Saint-Petersbourg tente de trouver une alliance de revers. Cette tentative d’Accord du Nord entre la Russie, la Prusse, la Pologne, la Suède voir le Royaume-Uni va échouer sur de multiples écueils notamment les intérêts divergents des différents monarques. Cet échec est fatal à Nikita Panine qui est limogé.

Stanislas II Auguste (1764-1795) 26.jpg

Stanislas Poniatowski

En 1764, Catherine II parvient à faire élire son ancien amant Stanislas Poniatowski comme roi de Pologne. Cela ne va pas empêcher la Grande Catherine de participer au dépeçage de la Pologne qui va disparaître pour plus de cent ans.

Le premier partage à lieu en 1772 dans un contexte où les victoires russes contre l’empire ottoman menace de relancer la guerre en Europe notamment entre Vienne et Saint-Petersbourg. Le cynique et roué Frédéric II propose de détourner l’appétit russe vers la Pologne.

Depuis très longtemps déjà, la double-monarchie polono-lituanienne est en complète déliquescence, le roi est élu mais la turbulente noblesse fait ce qu’elle veut avec la bénédiction des pays étrangers qui avaient tout intérêt à maintenir le royaume dans cet état.

Depuis 1768, une guerre civile ravage le royaume. Le partage de 1772 n’est donc qu’une conséquence de cet état de faiblesse. Un traité est signé le 5 août 1772, traité ratifié le 30 septembre par la diète polono-lituanienne.

La Pologne perd 30% de son territoire, la Russie reçoit les territoires biélorusses à l’est d’une ligne formée par deux fleuves la Dvina et le Dniepr avec notamment les villes de Polotsk, de Vitebsk, d’Orcha, de Moguilev et de Gomel, la Prusse la région de la Prusse Royale avec le nord de la Grande-Pologne alors que l’Autriche obtient la Petite-Pologne, le sud du bassin de la Vistule et l’ouest de la Podolie.

Le deuxième partage à lieu suite au traité de Targowica signé le 4 mai 1792. La Russie reçoit l’essentiel de la Biélorussie lituanienne (voïvodie de Minsk + une partie de celle de Navahroudak et de Brest-Litovsk) ainsi que l’ouest de l’Ukraine. La Prusse obtient les villes de Dantzig, de Thorn, le reste de la Grande-Pologne et une partie de la Mazovie.

Ce deuxième partage provoque une révolte nationale menée par Tadeusz Kosciuszko en 1794 mais cette révolte est écrasée. Cela entraîne le troisième et dernier partage du 3 janvier 1795. La Pologne va disparaître pour 123 ans et quand elle renaît ce sera sans la Lituanie, marquant la rupture d’union ayant duré 410 ans (1385-1795).

L’Europe Centrale n’est pas le seul théâtre des ambitions russes. Catherine II toujours dans les pas de Pierre le Grand souhaite avoir un accès à la mer Noire. Là où le fondateur de Saint-Pétersbourg à échoué, Catherine II va réussir.

La sixième guerre russo-turque à lieu de 1768 à 1774,un conflit qui aboutit au traité de Kutchuk-Kainardji signé le 21 juillet 1774.

Le traité de paix signé le 21 juillet 1774 voit la Russie récupérer la Crimée (autonome jusqu’à l’annexion en 1783). si les provinces danubiennes doivent être rendues à la Sublime Porte. Moscou récupère les ports d’Azov et de Kimburn. La Russie obtient ainsi un vrai accès à la mer Noire.

Treize ans plus tard une nouvelle guerre oppose Saint-Pétersbourg à Constantinople, c’est la septième guerre russo-turque (1787-1792). Cette guerre à pour origine à la fois l’instabilité de la Crimée où le khan était soumis à de nombreuses révoltes, l’expansion russe vers le sud mais aussi un projet de redécoupage de l’empire ottoman.

Il s’agit rien de moins que de reconstituer un empire byzantin. Son deuxième petit-fils prénommé Constantin (né en 1779) aurait du régner sur un territoire comprenant la Grèce, la Thrace, la Macédoine et la Bulgarie.

Son favori Potemkine serait devenu roi de Dacie en récupérant les principautés danubiennes. Pour obtenir le soutien des puissances étrangères, Catherine II avait proposé à l’Autriche de récupérer la Bosnie, la Serbie et l’Albanie, Venise devant récupérer la Morée, la Crète et Chypre. Ce projet grandiose et chimérique ne pourra voir le jour.

Le 19 avril 1783 la Crimée est annexée à la Russie, la Géorgie est placée sous protectorat russe, une flotte de guerre mise sur pied. Le 14 août 1787 les turcs transmettent un ultimatum à la Russie exigeant l’évacuation de la Crimée et de la Géorgie. L’ambassadeur de Russie à Constantinople est jeté en prison.

La Russie déclare la guerre le 15 septembre. L’Autriche rejoint Saint-Pétersbourg mais la campagne militaire autrichienne n’est pas une vrai réussite. Les russes menés par Potemkine prennent Otchakov en décembre 1788.

En 1789, les troupes autrichiennes s’emparent de Belgrade et chassent les ottomans de Bosnie, s’emparant de Bucarest. Les russes avancent en Valachie et soutenus par les autrichiens l’emportent à Focsani et à Martinesti.

En 1790, Joseph II meurt. Son frère Leopold II lui succède et décide de concentrer ses forces contre les idées révolutionnaires. Il se rapproche de la Prusse qui l’oblige à abandonner son allié russe, Berlin étant allié de la Sublime Porte. Le traité de Sistova met fin à la guerre entre l’Autriche et l’empire ottoman.

Cela n’empêche pas la Russie de continuer l’emporter sur mer (victoire de Khadjibey septembre 1790) et sur terre (Souvorov s’empare de la forteresse d’Izmaïl le 11 décembre).

La Grande-Bretagne s’inquiète alors de la nouvelle puissance russe et menace d’intervenir en soutien de la Sublime Porte mais finalement le pays ne le suit pas. Un armistice est signé entre Constantinople et Saint-Pétersbourg en août 1791 suivit du traité de paix de Iassy signé le 9 janvier 1792.

La Russie obtient la forteresse d’Otchakov et le Yédisan, l’empire ottoman reconnaît l’annexion de la Crimée mais Saint-Pétersbourg doit évacuer les principautés danubiennes.

Entre-temps la Russie est devenue la médiatrice dans la guerre de succession bavaroise de 1778/79 avant de créer une Ligue de Neutralité Armée pour défendre les vaisseaux des pays neutres, la Royal Navy alors en guerre contre les insurgents américains n’hésitant à arraisonner les navires étrangers pour enrôler les marins et les envoyer combattre au large de la côte est.

En 1788 une nouvelle guerre éclate entre la Russie et la Suède. Cette guerre porte plusieurs noms guerre de Finlande en Suède, guerre de Gustave III en Finlande et enfin la guerre suédoise de Catherine II en Russie. Ce conflit va durer deux ans de juin 1788 à août 1790.

Gustav III (1771-1792) 5.jpg

Gustave III de Suède

Cette guerre est impulsée par Gustave III aux prises avec une opposition intérieure particulièrement remuante. Le roi suédois espère qu’une guerre extérieure va ressouder l’opinion suédoise. Il peut profiter de l’inquiétude de la Grande-Bretagne, de la Prusse et des Provinces-Unies qui espèrent qu’une guerre au nord allait obliger la Russie à disperser ses troupes et ainsi limiter sa puissance.

Une alliance entre la Suède et l’empire ottoman est signée à l’été 1788. Pour déclencher un conflit il faut un prétexte et Gustave III montre un faux incident à Puumala pour déclencher les hostilités contre Saint-Pétersbourg.

Le plan suédois est d’organiser un assaut naval sur Saint-Pétersbourg couplé avec une armée avançant en Finlande, une troisième progressant le long de la côte du golfe de Finlande et une troisième débarquant Ranienbaum pour rallier Saint-Pétersbourg.

Le 17 juillet 1788 les flottes suédoises et russes s’affrontent à Hoghland. Aucun camp ne peut revendiquer une victoire claire et précise mais l’impact à long terme est fort. Non seulement la guerre devient très impopulaire en Suède, non seulement les suédois ne peuvent débarquer à Saint-Pétersbourg mais également des officiers finnois se mutinent.

Le Danemark allié de la Russie déclare la guerre à la Russie. Une armée norvégienne (à l’époque la Norvège est sous domination danoise) envahit la Suède mais très rapidement une paix est signée avec l’intervention de la Grande-Bretagne et de la Prusse ( 9 juillet 1789).

La bataille navale d’öland survenue le 25 juillet 1789 est tout aussi indécise mais cela n’arrange pas les affaires de Gustave III qui doit faire face à une marine fidèle et une armée de terre où ses opposants sont particulièrement influents.

En 1790, Gustave III envisage de débarquer près de Vyborg mais ce projet tombe à l’eau suite à la bataille de Reval (13 mai 1790), bataille qui voit la victoire des russes. Un nouvel affrontement naval échoue en juin. Le 4 juillet 1790 les suédois remportent une vraie victoire à la Pyrrhus à Vyborg en forçant le blocus russe et cinq jours plus tard la marine russe est écrasée à Svensksund.

Les russes sont obligés de négocier. Le traité de Varala signé le 14 août 1790 marque un retour au statu quo ante bellum, les deux belligérants se rendant mutuellement leurs conquêtes. Tout ça pour ça aurait-on envie de dire, le conflit n’étant pas une guerre à mort pour les deux. Si Catherine II décédera de mort naturelle en 1796, Gustave III sera assassiné en 1792.

Politique intérieure

Le règne de la Grande Catherine ce n’est pas uniquement des guerres et des conquêtes, c’est aussi une politique intérieure extrêmement riche, une politique marquée par les idées du despotisme éclairé.

Plus encore que son aïeul Pierre le Grand, Catherine II se préoccupe de l’image de son pays à l’étranger, une image négative, la Russie étant vue comme un pays asiatique, barbare où des potentats cruels faisaient régner la terreur sur des masses incultes qui ne comprenaient que les exécutions et le knout.

Bien entendu à cette époque l’opinion publique telle que nous la connaissons de nos jours n’existe pas. Il est donc inutile de vouloir convaincre les couches les plus humbles de la société. Plus utile est de convaincre les philosophes et les penseurs d’une époque marquée par les idéaux des Lumières, cette volonté de perfection physique, spirituelle et morale.

Intelligente et cultivée, Catherine II entretien des correspondances avec de brillants esprits comme Voltaire (dont elle rachètera la bibliothèque à sa mort pour une coquette somme), D’Alembert, Grimm, Diderot (dont elle racheta la bibliothèque pour lui permettre de dôter sa fille, lui versant également une pension de bibliothécaire pour gérer une bibliothèque dont elle ne pouvait avoir accès).

Les philosophes et autres «intellectuels» européens s’occupent du service après vente de la Russie de Catherine II. La question est ici de savoir si cet intérêt était sincère ou si il s’agissait de pure politique, d’un cynisme de bon aloi. De toute façon même si l’impératrice de toutes les Russies l’avait voulu elle aurait eu bien du mal à transformer son pays en un état tel que le rêvait les philosophes des Lumières.

Associé au despotisme éclairé figure ce qu’on à appelé le mercantilisme et le colbertisme à savoir le développement de l’industrie du luxe pour à la fois fournir les palais impériaux en meubles, vaisselles, bijoux et autres produits précieux tout en évitant la sortie du métal précieux du pays.

Comme souvent ce fût d’abord par la copie et l’imitation de produits étrangers que l’industrie du luxe russe commença à produire de magnifiques pièces encore très recherchées aujourd’hui notamment dans les ventes aux enchères.

L’agriculture et l’industrie sont également encouragés toujours dans l’idée d’éviter les importations et de favoriser les exportations.

La volonté réformatrice de la Grande Catherine s’étend également au domaine législatif. Si le projet d’un nouveau code de loi fût abandonné au moment de l’insurrection de Pougatchev (1773-1775), plusieurs lois voient le jour concernant notamment l’organisation de l’empire et les droits et devoirs de la noblesse.

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Emelian Pougatchev

Emelian Pougatchev était le fils d’un cosaque du Don. Il participe à la guerre russo-turque de 1768/74 avant d’être libéré de ses obligations militaires. Connaissant de sérieux problèmes à son retour à la vie civile il connait la prison ce qui joue peut être dans la révolte qu’il déclenche en 1773.

Influencé par les «vieux croyants», il prétend être l’«empereur Pierre III» en guerre contre l’«usurpatrice allemande» ce qui ne manque pas de sel quand on sait que Pierre III à été renversé car beaucoup trop allemand et pas assez russe.

Dans un premier temps les autorités laissent courir, se contentant de mettre sa tête à prix. Les forteresses de Pougatchev s’emparent des forteresses de l’Oural. En mars 1774, la ville d’Orenbourg est assiégée, à Nijni-Novgorod les serfs brûlent les manoirs et égorgent leurs maîtres.

Le gouvernement réagit enfin, l’armée du général Bibikov libère Orenbourg et surtout les Cosaques lassés de son autoritarisme décident de le lâcher. Pougatchev est battu en août 1774 près de Tsaritsyne, livré le 14 septembre et exécuté le 10 janvier 1775 (21 janvier calendrier grégorien).

Le contrôle de l’administration provinciale est renforcé pour faire face aux révoltes paysannes qui se produisent assez régulièrement dans le pays. En 1785 une charte de la noblesse permet aux nobles russes de présenter des pétitions aux monarques, les exonéraient du service militaire, renforcer leurs droits. La même année une charte des villes leur donne une certaine autonomie, la colonisation continue d’être encouragée.

Cette volonté réformatrice était louable mais à la fin de son règne la Russie reste un pays très arriéré où le servage est maintenu à une époque où l’Angleterre connait les prémices de la révolution industrielle et des libertés individuelles.

Dans le domaine de l’éducation, Catherine II se préoccupe surtout de l’élite qu’elle soit nobiliaire ou roturière. Des institutions spécialisées voient le jour tout comme des écoles primaires et secondaires. Les serfs étaient totalement exclu de cette volonté éducatrice.

Dans le domaine des arts et de la culture, l’oeuvre de Catherine II est particulièrement importante avec une véritable manie de collection et des achats. Si les collections du musée de l’Ermitage sont aussi riches c’est en partie grâce à Catherine II qui achetait les plus beaux tableaux, les plus belles sculptures.

L’impératrice était aussi comme nous l’avons vu un esprit brillant. Enfant délaissé par sa famille (qui aurait souhaité un fils) elle se prend de passion pour la culture, parlant parfaitement le français, apprenant très vite le russe.

Elle fonde l’Académie des trois arts nobles en 1764, stimule par ses commandes la manufacture impériale de porcelaine, essaye de faire venir les philosophes français en Russie mais à part Diderot qui passa cinq mois en Russie en 1173, peu se déplacèrent. Des troupes de ballet et d’opéra firent également le déplacement en Russie.

Ce despotisme éclairé se refroidit nettement au moment de la révolution française. Si les premiers événements furent positivement accueillis par Catherine II, la radicalisation de la Révolution Française l’inquiéta et provoqua un durcissement de ses positions tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

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2 réflexions sur “URSS (4) Histoire et Géopolitique (3)

  1. Je me permets une remarque sur ces chapitres. C’est

    Beaucoup.
    Trop.
    LONG!

    J’ai déjà eu le même problème avec les chapitres sur l’Italie. Dans le cadre de cette uchronie, je pense que ça ne sert à rien de revenir en whatmille chapitres sur une histoire qui 1) a une influence minimale sur l’uchronie elle-même et 2) ne change en rien de celle de notre chronologie.

    Je suggérerais que tu gardes peut-être un chapitre sur la situation avant la Guerre de Pologne, avec peut-être quelques paragraphes sur l’histoire du pays, mais pas plus.

  2. clausmaster dit :

    Merci de la remarque. Cela doit être les restes de mes études d’histoire je veux toujours en faire trop ^^ ! Le Tome sur l’URSS sera le dernier aussi développé les suivants seront beaucoup plus synthétiques car concernant des pays secondaires participant ou nom au conflit.

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