Italie (57) Regio Esercito (7)

Evolution générale du Regio Esercito Italiano

Une armée en crise

Quand les canons se taisent en novembre 1918 le Regio Esercito Italiano est épuisé. L’armée de terre italienne à été saignée à blanc par les terribles combats de l’Isonzo, de Caporetto mais aussi de Vittorio-Veneto.

Sur les 4 millions de soldats mobilisés, entre 600 et 750000 ont été tués, 1.5 millions ont été blessés ou mutilés. Les autres sortent physiquement indemnes mais psychiquement et moralement c’est une autre question.

L’ancien combattant doit se réinsérer sur le marché du travail alors que l’activité économique décline suite à une crise économique qui aggrave la reconversion des industries de guerre.

En ce qui concerne les militaires qui restent toujours dans les rangs de l’armée on ne peut pas dire que ce soit la joie. Outre des budgets insuffisants, les militaires italiens doivent subir le contrecoup du désastre de Caporetto.

Cette défaite, la pire de l’histoire militaire italienne avec celle d’Adoua à eut un impact terrifiant sur la réputation militaire italienne en faisant du soldato contadino _soldat paysan_ un couard et un incapable, une réputation injuste mais qui à provoqué chez le fante un profond complexe d’infériorité le faisant douter de ses capacités.

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Canon de 149mm Skoda modèle 1914

Pour ne rien arranger les budgets sont faméliques empêchant le renouvellement du matériel, l’Italie récupérant tout ce qu’elle peut de la défunte Double-Monarchie notamment en matière d’artillerie, les canons Skoda de 149mm étant les principales pièces d’artillerie lourde italienne toujours en service en octobre 1948.

Deux événements symbolisent le malaise du Regio Esercito Italiano dans l’immédiat premier conflit mondial : la révolte des Bersaglieri et l’occupation de Fiume par les volontaires, les arditi du poète-guerrier Gabriele D’Annunzio.

D'annunzio

Gabriele D’Annunzio

Si le second est événement est connu et considéré comme précurseur du fascisme le premier événement est moins célèbre.

Dans la nuit du 25 au 26 juin 1920, les bersaglieri du 1er régiment stationnés dans la caserne Villarey d’Ancone se révoltent, refusant d’embarquer pour l’Albanie et plus précisément le port de Valona.

Ce refus s’explique par la féroce résistance albanaise et par l’épidémie de malaria qui sévissait dans le port de destination du vapeur Magyar. Cette révolte va s’étendre dans toute la ville et dans d’autres villes d’Italie.

Comme les autres corps de troupes ont sympathisé avec les bersaglieri, le gouvernement décide d’envoyer la Garde Royale pour mater la rébellion mais cette dernière est bloquée sur les voies ferrées. Finalement la révolte sera matée le 28 juin par le tir des canons de la citadelle ainsi que de cinq destroyers envoyés sur place.

Cette révolte dont les conséquences judiciaires sont limitées prouve au gouvernement que l’occupation de l’Albanie est particulièrement impopulaire.

Le 2 août 1920 le gouvernement italien et le gouvernement provisoire albanais signe le protocole de Tirana reconnaissant l’intégrité territoriale de l’Albanie, le rapatriement des troupes italiennes, l’Italie conservant uniquement l’îlot de Saseno.

Quand le parti national fasciste devient un parti incontournable, menaçant le régime libéral mis en place en 1871 l’armée hésite et se divise.

D’un côté les officiers partagent avec les fascistes la crainte d’un déclassement du pays et sont séduits par leur volonté d’une reprise en main autoritaire mais de l’autre se méfient de ces aventuriers dont certains professent des idées clairement socialistes.

Une décision musclée du gouvernement et la marche sur Rome se serait terminée dans un bain de sang (la garnison de Rome disposait de 28000 hommes lourdement armés et faisaient face à 22000 chemises noires pauvrement armées et entraînées), mettant fin à l’aventure de Mussolini et de ses quadriumvir.

Au lieu de cela, les autorités militaires italiennes préfèrent pousser à la tempérance et à la négociation, nouant un véritable pacte avec le diable. En échange d’une neutralité bienveillante, Mussolini laissa à l’armée la bride sur le cou.

Durant la période 1922-1939 l’armée de terre italienne connu des moments particulièrement difficiles faute de moyens financiers et industriels pour renouveler l’équipement qui fût rapidement déclassé quand il n’était pas totalement obsolète.

Dans les années trente, l’armée de terre italienne dévellopa une nouvelle stratégie, la guerra di rapido corso ou guerre d’action rapide, une idée du général Alberto Pariani alors sous-secrétaire d’Etat et chef d’état-major de l’armée à partir de 1936.

A l’époque une guerre en Europe impliquant l’Italie était considérée comme improbable à la différence d’opérations dans les colonies. Cette «guerre d’action rapide» est un «Blitzkrieg à l’italienne» où les Panzerdivisionen sont remplacées par des divisions d’infanterie.

Comme l’Italie à encore moins les moyens que l’Allemagne de mener une guerre longue, elle espère prendre l’ennemi de vitesse, l’empêcher de s’installer sur son dispositif.

Cette tactique peut être efficace, utile dans les colonies mais dans le massif alpin fortement fortifié, les nouvelles divisions binaires (à deux régiments d’infanterie) seraient bien impuissantes et pourtant elle vont être engagées sur les différents fronts où l’armée italienne va combattre.

Ces divisions vont se révéler trop faibles tant en position défensive qu’en position offensive, l’intégration d’une unité de chemises noires ne compensant que très imparfaitement la suppression d’un régiment d’infanterie.

A cette tactique imparfaite s’ajoute l’absence d’une vision stratégique globale pour profiter des forces de l’Italie, les coups de menton du Duce ne remplaçant pas une stratégie digne de ce nom capable de prendre en compte les points forts de l’Italie mais surtout les points faibles.

En ce qui concerne les unités militaires si les faiblesses sont nombreuses, il existe néanmoins des points forts qu’il ne faut pas sous estimer.

Ces points forts sont humains. Le soldat italien, le soldat-paysan est un peu comme le soldat soviétique, un soldat endurant, obéissant, capable de courage et de sacrifice. Comme le diront nombre de généraux allemands «si le haut-commandement italien était incompétent, le soldat italien de base bien nourri, bien armé et bien commandé était tout aussi capable que son camarade allemand».

Ces qualités sont encore renforcées dans les unités d’élite que sont les Alpini (troupes de montagne), les Bersaglieri (infanterie légère) ou les nouveaux venus que sont les Paracadutisti (parachutistes).

Ces qualités ne sont pas un vain mot et se doublent d’une véritable expérience du combat en Espagne et en Ethiopie, expérience irremplaçable car un entrainement même ultra-réaliste ne remplacera jamais l’odeur de la poudre et de la peur.

Hélas dans la guerre moderne cela ne suffit pas et si le matériel ne fait pas tout il fait beaucoup et dans ce domaine les faiblesses du Regio Esercito Italiano sont criantes.

La première faiblesse est budgétaire. Entre 1932 et 1938, le budget italien représente 37% du budget britannique et 27% du budget français. Cette carence est encore aggravée par les interventions extérieures en Ethiopie, en Espagne et en Albanie qui aspirent les ressources financières au détriment de l’équipement.

A cela s’ajoute de sérieux handicaps industriels. Les ingénieurs et les industriels italiens sont très compétents, renomés dans le monde entier mais la production de masse est impossible du moins très difficile en raison d’un manque de ressources naturelles autochtones ce qui limite les stocks pour la production en temps de guerre où l’ennemi établit un blocus.

Au manque de ressources naturelles s’ajoute une industrie encore insuffisamment développée mais également une corruption endémique, une inertie des grands groupes italiens comme Fiat ou Ansaldo.

L’encadrement italien est très insuffisant en quantité et en qualité, le renseignement largement négligé.

Bref l’armée italienne en septembre 1939 est une armée de gros bataillons insuffisamment équipés.

Le Regio Esercito Italiano manque de tout en matière d’armement, d’équipements, de systèmes de transmissions, d’artillerie (les pièces lourdes sont quasi-exclusivement austro-hongroises), de camion et de chars, les chars de combat italiens étant insuffisant qualitativement et quantitativement parlant.

De plus les stocks de munitions siphonés par les expéditions extérieures en Ethiopie, en Espagne et accessoirement en Albanie sont notoirement insuffisamment ce qui explique en grande partie pourquoi l’Italie à refusé d’entrer en guerre aux côtés des allemands dans la guerre de Pologne.

Durant la période de la Pax Armada, l’armée italienne reconstitue ses stocks, améliore son armement mais n’efface pas toutes ses insuffisances techniques, tactiques et stratégiques. La situation intenable en septembre 1939 est moins désespérée en septembre 1948.

Mieux même un certain optimisme s’empare d’une partie de l’armée de terre italienne, optimisme vite douché par les premiers revers en Sardaigne. Il y aura bien des victoires mais l’Italie comprendra immédiatement que son rêve de «guerre parallèle» restera du domaine du songe….. .

Valle Alpino et fortifications italiennes : un bref aperçu

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Casernement de la Guardia alla Frontera (GAF)

Bien que les Alpes fournissent à l’Italie une barrière naturelle intéressante ce n’est pas un massif infranchissable. Le fortifier est donc un moyen de renforcer ce qui à été donné par la nature et les hasards de la géologie.

Dès la fin du 19ème siècle l’Italie se lance dans d’importants travaux de fortification en vue de faire bonne figure en cas de conflit contre la France. Quant à la frontière du nord-est avec l’Autriche-Hongrie elle est totalement négligée en dépit de tensions persistantes avec Vienne.

Les travaux sur la frontière occidentale vont ainsi se poursuivre jusqu’en 1915 quand ils sont interrompus, la construction de fortifications dans les Alpes ne se se justifiant plus, Paris et Rome étant dans le même camp.

Epuisée par le conflit, l’Italie à encore moins les moyens que la France d’investir dans une «Muraille d’Italie» pour sanctuariser le territoire contre une agression française. Pourtant l’idée ne cesse de hanter le haut-commandement italien.

Les travaux reprennent à partir de 1924 mais ils sont limités. Il faut attendre le début des années trente pour qu’une véritable politique de fortification soit (re)lancée, politique qui va aboutir au Val Alpin en italien Valle Alpino, l’équivalent toutes proportions gardées de la Ligne Maginot.

Le Valle Alpino à un double rôle. Comme son homologue français il doit couvrir la mobilisation et la protéger d’une attaque brusquée mais également appuyer une offensive contre la France.

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Difficile de faire plus camouflé dans le paysage n’est-il pas ? 

Le souci c’est que les ouvrages italiens sont armés de mitrailleuses et de canons de petit calibre, peu d’ouvrages sont armés de pièces d’artillerie capable de bombarder le territoire français.

Si la frontière occidentale connait des travaux importants, la frontière italo-allemande n’est pas oubliée, Mussolini n’ayant qu’une confiance limitée dans les promesses d’Hitler de ne pas remettre en cause l’intégrité territoriale de son allié.

En 1938 les travaux du Valle Alpino changent de forme. Exit les ouvrages moyens et place à de petits ouvrages armés d’une ou deux mitrailleuse(s) ou un canon antichar, le tout servit par trois ou quatre hommes.

Ce choix est clairement économique. L’Italie n’à pas les moyens de construire une «Muraille d’Italie» comparable à la Ligne Maginot. Il faut paré au plus pressé en couvrant les voies de passage obligées.

En théorie le Valle Alpino doit se composer de trois lignes de défense successives, une première au plus proche de la frontière pour le renseignement et une défense ferme contre une attaque surprise, une seconde derrière les verrous de frontière que les italiens appellent «zone de résistance» avec théoriquement des ouvrages pouvant résister à l’artillerie lourde française et enfin une troisième à la limite de la plaine du Pô.

Le dispositif italien est divisé en quatre secteurs, le premier du Mont Blanc au massif des Levanna (Val d’Aoste), le second du massif des Levanna au mont Viso (région de la Doire Ripaire), le troisième du Mont Viso au Marta Saccarello (région de la Stura) et le quatrième du Marta Saccarello à la mer (région de la Ligurie).

Ce système n’est absolument pas comparable à la ligne Maginot. Il faut dire que les italiens n’ont pas investit les mêmes ressources qu’elles soient intellectuelles, techniques et financières. Si les ouvrages sont là il manque une vraie capacité de renseignement et surtout une vraie chaîne de commandement capable de coordonner l’action du Valle Alpino avec les troupes de ligne.

Pour assurer la garde des ouvrages, un corps de Gardes à la Frontière (Guardia Alla Frontera GAF) est mis sur pied. Il en théorie composé de 63000 hommes, 2000 canons, 7000 mitrailleuses, 1000 mortiers et quelques blindés mais ses capacités ne sont pas plus élevées que celle du reste de l’armée italienne, les gardes-frontières ayant les mêmes problèmes et les mêmes tares que le reste du Regio Esercito Italiano.

Durant la période de la Pax Armada, les travaux continuent mais l’objectif de transformer le Valle Alpino en véritable ligne Maginot ne sera jamais atteint qu’il s’agisse de la construction de gros ouvrages dans la zone de résistance ou de l’aménagement d’une troisième ligne à l’orée du Pô.

Comme le dira un général italien après guerre «Si les français avaient attaqué dans les Alpes, le Valle Alpino se serait écroulé comme un château de carte, la plaine du Pô balayée comme du temps de Napoléon, tout le pays menacé».

En août 1951, la France lance l’opération «ARCOLE», une offensive limitée dans les Alpes pour fixer les troupes italiennes et favoriser l’opération «MARIGNAN» à savoir la reconquête de la Corse.

Certains généraux français ont regretté cette prudence estimant que la guerre aurait pu être abrégée si à l’option des débarquements amphibies on avait préféré une offensive dans les Alpes voir un débarquement en Ligurie ou en Toscane.

Paradoxalement les ouvrages du Valle Alpino vont être davantage utilisés par les allemands et par les troupes italiennes ralliées à Berlin après avril 1953 que par le Regio Esercito Italiano. Des combats violents vont opposer les germano-italiens aux français, aux britanniques et aux américains.

Le Valle Alpino était en très mauvais état en avril 1954. Il devait être totalement démantelé dans le cadre du traité de Paris mais ce ne fût pas le cas par manque de temps, par oubli plus ou moins volontaire.

Ce qui explique pourquoi à partir des années soixante-dix des passionnés ont remis en état quelques ouvrages pour préserver la mémoire des hommes qui y ont combattu non sans acrobaties historiques et idéologiques.

Le Valle Alpino ne concerne pas que la frontière franco-italienne, elle concerne aussi paradoxalement la frontière italo-allemande. Les travaux sont ainsi plus modestes avec essentiellement de petits bunkers armés de mitrailleuses.

Quelques positions d’artillerie sont aménagées mais elles sont loin de remplacer de véritables ouvrages d’artillerie. Ces positions ne seront d’ailleurs pas vraiment occupées et sombreront peu à peu dans l’oubli. Les vestiges sont rarissimes.

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Vestige d’une caserne de la GAF

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