Italie (52) Regio Esercito (2)

Une histoire militaire de l’Italie

Senatus Populus Que Romanus (SPQR)

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La Louve et les jumeaux

Selon la légende ce sont deux jumeaux élevés par une louve, Romulus et Remus _fils d’une vestale et du dieu Mars_ qui créérent la ville de Rome même si il fallu pour cela que le premier assassine le second.

Au VIIIème siècle des cabanes s’implantent sur sept collines dominant le Tibre, un petit fleuve amené à une très grande célébrité. De ces cabanes de bois allaient émerger la plus grande ville de l’Antiquité à savoir la ville éternelle Rome, une cité de deux millions d’habitants, un record pour l’époque.

Cette cité était le cœur d’un vaste empire qui à son apogée allait de l’Ecosse au Maroc, de la péninsule ibérique à l’Arabie en passant par les rives du Rhin, du Danube, la Roumanie, la Turquie actuelle, l’Arménie….. .

Cette domination territoriale sans équivalent mais qui allait faire rêver tous les conquérants et tous les monarques du Moyen-Age qui rêvaient de reconstituer l’Empire romain ou du moins de renouer avec l’idée impériale.

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Légionnaires romains. Photo issue de l’excellente série « Rome » 

Cette domination territoriale à pour origine un formidable outil militaire en l’occurence la légion, une unité comparable à nos brigades actuelles (5 à 6000 hommes), une unité capable de combattre, d’occuper, d’assiéger.

Quasi-exclusivement composée d’infanterie (la cavalerie à représenté très longtemps moins de 10% des effectifs et les romains préféraient employer des auxiliaires), ces légions se distinguaient des phalanges grecques par une organisation bien plus souple avec des cohortes (en théorie chaque légion disposait de dix cohortes de 500 hommes) elles mêmes divisées en manipules d’une centaine d’hommes.

A noter que les légionnaires n’étaient pas les seuls fantassins de la légion puisqu’on trouvait également des vélites, des fantassins légers comparables aux tirailleurs voir aux chasseurs de nos armées modernes.

La souplesse voilà ce qui à fait la puissance et le succès de la légion. Là où la phalange grecque était puissante en terrain plat, en combat en terrain ouvert mais se désagrégeait sur un terrain difficile la légion romaine pouvait s’adapter au terrain et à l’adversaire.

Voilà pourquoi la phalange à vite disparu alors que la légion à été présente pendant plus de 700 ans, un cas unique dans l’histoire militaire. Naturellement la légion du IVème siècle avant notre ère n’est pas celle présente lors de la chute de l’empire romain huit siècles plus tard.

Les légionnaires n’étaient pas simplement d’excellents fantassins, ils étaient aussi des sapeurs capables d’aménager le terrain (un camp provisoire était dressé tous les soirs en manœuvre), de franchir les fleuves (les romains excellents ingénieurs n’ont été surpassés en la matière qu’au cours du second conflit mondial) et d’assiéger les forteresses.

Ce sont aussi des professionnels de la guerre. Jusqu’au IIème siècle avant notre ère les soldats romains étaient des citoyens-soldats, des conscrits pour utiliser un terme anachronique.

Comme les soldats devaient fournir leur équipement c’était si on peut dire «la classe moyenne» et non les plus pauvres qui combattaient pour la gloire de Rome, de la royauté puis de la République.

De plus les légions étaient levées pour une campagne et étaient souvent démantelées une fois la campagne terminée.

C’est Marius qui change tout ça en faisant des légionnaires des volontaires engagés pour vingt-cinq ans, des volontaires qui reçoivent leur équipement de la République ce qui permet aux plus pauvres d’envisager une carrière militaire. Comme les légionnaires portent une charge importante sur le dos (comparable à celle des soldats modernes soit 30 à 40kg) ils reçoivent le surnom de «mules de Marius».

Si cet outil militaire est efficace il n’est pas pour autant invincible. A plusieurs reprises Rome et ses légions subissent de cuisants revers mais pour beaucoup ces revers sont des défaites tactiques qui ne remettent pas vraiment en cause la supériorité territoriale romaine.

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Statue d’Arminius. Dans l’histoire allemande sa place est comparable à celle de Vercingetorix

Le désastre le plus connu est celui de la forêt de Teutoburg en Germanie. En l’an 9 de notre ère, trois légions commandés par le légat Varus sont anéanties par les cherusques d’Arminius, un chef germain qui connaissait parfaitement les forces et les faiblesses romaines puisqu’il avait servit comme auxiliaire, faisant son apprentissage militaire comme auparavant un certain Vercingétorix.

En apprenant la nouvelle du désastre, l’empereur Auguste se serait écrié «Varus rends-moi mes légions !».

Ce désastre le plus important depuis la bataille de Cannes (216 avant notre ère) à été vu pendant longtemps comme la raison de l’abandon du projet de conquête de la région comprise entre le Rhin et l’Elbe.

Quand on connait la capacité de résilience des romains capable de se relever de désastres gigantesques au lac Trasimène et à Cannes (50000 morts rien que pour cette dernière !) on peut douter qu’une défaite de ce type même importante à suffit à pousser à l’abandon.

Il semble plutôt que cela à été un prétexte et que finalement la conquête de cette région avait peu d’intérêt pour Rome tout comme la conquête de l’Ecosse.

Comme l’armée est à l’image de la société, les légions se sont «barbarisées» avec l’inclusion de «non-romains» au sein des légions. C’est ainsi qu’en 451 la bataille des Champs Catalauniques est davantage une bataille entre Barbares qu’une bataille entre romains et Huns.

La légion est aussi une arme politique. Nous l’avons vu à propos de la réforme de Marius qui fait des légions une unité de professionnels de la guerre où des engagés remplacent des conscrits.

C’est surtout à la fin de la République et sous l’Empire que les légions deviennent des armes politiques.

Non seulement César triomphe en partie grâce à ses légions victorieuses et aguerries mais en plus sous l’Empire en l’absence de règle de succession claire, le trône allait au plus fort et souvent il s’agissait d’un imperator, un général victorieux proclamé empereur par ses légions.

Le nombre de légions à sensiblement varié dans l’histoire. C’est ainsi qu’il atteint le nombre de soixante au plus fort de la guerre civile qui précipite la chute de la République. Le nombre retombe à vingt-huit avant de stabiliser à trente.

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Reconstitution moderne du Limes

Ces légions sont majoritairement concentrées aux frontières sur le fameux limes qui couvre plusieurs de kilomètres en s’appuyant sur deux grands fleuves européens à savoir le Rhin et le Danube.

Si les défenses sont solides il semble que les limes ne soit pas vu comme une barrière ou un mur infranchissable mais plutôt comme un filtre laissant passer les marchands mais bloquant les forces hostiles.

Si la légion est très à l’aise face à de l’infanterie attaquant frontalement, elle est moins à l’aise face à des tactiques privilégiant la mobilité sur le choc. L’apport d’unités auxiliaires spécialisées (archers, cavaliers légers) était indispensable pour compléter l’outil formidable qu’était la légion.

Sans cesse en évolution l’outil militaire romain connait son ultime réforme d’ampleur au cours du IIIème siècle au cours de ce qu’on à appelé «la crise du IIIème siècle», période séparant l’assassinat d’Alexandre Sévère (235) de l’arrivée au pouvoir de Dioclétien (285).

Gallien, empereur de 253 à 268 s’adapte aux multiples invasions barbares en réorganisant l’armée romaine.

Il retire une partie des légions du limes pour créer des unités mobiles appelées Comitatenses, des réserves stratégiques capables d’intervenir si jamais les limatnei, les troupes frontalières étaient incapables de repousser l’invasion. La cavalerie longtemps méprisée se développe pour regagner en mobilité.

C’est aussi une période de «barbarisation» de l’armée romaine où des peuples entiers sont recrutés comme fédérés (foederati) pour tenir un territoire et le défendre au nom de l’empereur ce qui pouvait constituer une véritable arme à double tranchant.

A la fin du Vème siècle l’empire romain d’occident disparaît et avec lui la légion car si l’empire continue en Orient il va non seulement perdre assez rapidement son caractère latin (Justinien qui règne de 527 à 565 peut être considéré comme le dernier empereur romain d’Orient) au profit d’un caractère grec mais son outil militaire va privilégier la cavalerie sur l’infanterie.

Oh certes il y avait bien les lourds fantassins de la célèbre garde varangue, des mercenaires venus de Scandinavie et des royaumes anglo-saxons de feu la Bretagne romaine mais elle ne formait qu’une partie infime de l’armée byzantine aux côtés des célèbres cathaphractes de lourds cavaliers caparaçonnés qui annoncent les chevaliers médiévaux.

La légion disparaît de l’histoire pour entrer dans la légende, laissant la place à d’autres formes de guerre, matinant influences romaines et germaniques, un art de la guerre qui allait aboutir au Moyen Age à la chevalerie.

Aux temps des Condottiere : la guerre médievale en Italie

Avec la fin de l’empire romain s’interrompt pour quatorze siècles (!) l’unité de la péninsule italienne.

Lieu symbolique par l’héritage romain et par l’émergence de la papauté, l’Italie est l’objet des sollicitudes militaires et politiques des puissances étrangères qui font de l’Italie leur terrain de jeu.

A cela s’ajoute la division politique de la péninsule, aucune puissance italienne ne parvenant à devenir suffisamment puissante pour enclencher l’unité de la péninsule, les états italiens ayant une politique d’équilibre entre eux, un état trop puissant étant immédiatement combattu par une alliance des autres même si leurs intérêts profonds sont divergents.

Sur le plan de l’art militaire, l’Italie ne se distingue pas une révolution quelconque, une tactique unique en son genre. Ce qui est certain c’est qu’il est fortement influencé par les germains comme les ostrogoths, les vandales….. .

Les batailles rangées sont peu nombreuses. On préfère le raid et le siège qui nécessitent des armées de taille plus réduite.

La guerre est souvent une affaire de professionnels. C’est ainsi qu’apparaît au cours du Moyen Age la figure du condottiere, du chef de guerre.

En réalité plus qu’un chef militaire le condottiere est un entrepreneur de guerre. Disposant de nombreux mercenaires, il offre ses service au plus offrant.

Le développement du condottierat s’explique par la richesse des cités-états italiennes et l’absence d’armées puissantes en raison de conflits rares ou courts. Aussi quand la guerre éclate les républiques ou les duchés, les marquisats ou les comtés doivent faire appel au mercenariat pour compléter leurs petites armées avec du personnel compétent.

Entre le gouvernement et l’entrepreneur est signé un condottat, un contrat, ce terme ayant donné naissance au mot condottiere.

Acquérant un pouvoir politique grandissant certains condottieri vont s’emparer du pouvoir politique, devenant duc comme Ludovico Sforza à Milan.

Ce système est rapidement décrié notamment par un certain Machiavel qui préconise dans son ouvrage célèbre Le Prince une armée de conscription, dénonçant l’apprêté, l’appât du gain et les exactions de ces mercenaires qui se comportent souvent comme des pillards et des soudards.

Avec le temps les condottieri vont avoir tendre à limiter les risques, à ne jamais engager à fond leurs unités qui constitue un précieux capital à ne pas dilapider.

Ils faisaient tout pour éviter la guerre au point de souvent accepter un pont de vin

Résultat quand l’armée du roi Charles VIII franchira les Alpes en 1494, les différentes armées des condottieri seront bien incapables de faire face à cette furia francese.

De plus la fin du Moyen Age marqué par la guerre de Cent Ans et l’émergence de grands états comme l’Angleterre et la France. Ces états disposaient de moyens bien supérieurs aux états italiens, pouvant se permettre de maintenir des armées permanentes puissantes et bien entraînées.

C’est donc les guerre d’Italie qui vont entrainer la disparition du mercenariat, du condottiere, obligeant les états italiens à choisir des armées permanentes, armées de taille réduite, la puissance tutélaire de la péninsule _l’Espagne_ n’aurait de toute façon jamais accepté qu’un état italien possède une armée dont la puissance pourrait remettre en question sa suprématie sur la botte.

Outre le système du condottierat des mercenaires transalpins vont être engagés par les états européens. Citons le cas des albalétriers génois engagés à Crecy en 1346 pour contrebalancer les archers gallois avec des résultats pour le moins mitigés.

L’Italie sous domination étrangère : espagnols, français et autrichiens

Le traité du Cateau-Cambresis de 1559 met fin aux guerres d’Italie après plus de soixante années de guerre. Les espagnols deviennent la puissance tutélaire de la péninsule, chassant les français qui ne conservent que quelques forteresses alpines.

Avec ce traité c’est aussi la fin d’une époque. La période où l’Italie était le centre des guerres est terminée. C’est ainsi que la guerre de Trente Ans (1618-1648) ignore quasi-complètement l’Italie comme théâtre d’opérations.

La guerre franco-espagnole (1635-1659) permet à l’Italie de redevenir un théâtre d’opérations mais c’est bien une exception plutôt qu’une règle.

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L’invincibilité du Tercio espagnol cessa à la bataille de Rocroi en 1643

L’art martial se perd même. Si des italiens sont enrôlés dans le célèbre tercio espagnol seul le royaume de Piemont-Sardaigne va perpétuer un art martial digne de ce nom.

En 1796, une armée de 40000 hommes dirigée par un certain général Bonaparte déferle sur le nord de l’Italie, affrontant les armées piémontaises et autrichiennes. Cette armée est censée servir de diversion pour permettre aux généraux Moreau et Jourdan d’opérer à leur aise en Allemagne sur le Rhin.

C’est le contraire qui va se passer. L’armée du Rhin se heurte à une résistance farouche des autrichiens à la différence d’une armée d’Italie pourtant mal équipée.

Face à une armée motivée et enthousiaste, menée par un chef charismatique, les armées austro-piémontaises font piètre figure. Leurs unités ne sont pas moins bonnes que les unités françaises mais simplement elles combattent selon les tactiques et la stratégie du XVIIIème siècle face à de nouvelles tactiques, une nouvelle stratégie fondée sur le mouvement et le choc.

Cette façon de faire désoriente les austro-piémontais qui sont toujours en retard d’une bataille, d’une manœuvre.

Cette première campagne d’Italie suivit d’une seconde en 1799/1800 aboutit à un retour en force des français en Italie.

Ce retour à un impact majeur dans le domaine militaire. En effet les italiens vont être regroupés en grand nombre dans ce qui n’est pas encore la Grande Armée.

Recrutés parmi les plus patriotes, les plus exaltés, ils vont s’illustrer sur tous les champs de bataille d’Europe. Leur enthousiasme va d’ailleurs provoquer nombre de frictions et de mécontentements au sein de l’armée française mais également en Italie.

La défaite de Napoléon et la fin du royaume d’Italie marque la fin d’une période que nombre de partisans du Risorgimento verront comme une période dorée surtout si on la compare à la réaction qui s’abat sur toute l’Italie y compris dans le futur moteur de l’unification italienne à savoir le royaume de Piémont-Sardaigne qui est reconstitué.

Qui dit royaume dit armée, l’armée royale sarde qui avec sa consœur du royaume des Deux Siciles allait être à la base du Regio Esercito Italiana même si le plus souvent le mot Italiano était absent.

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