Italie (51) Regio Esercito (1)

REGIO ESERCITO (ARMEE ROYALE)

Avant-propos

Si vous demandez à une personne lambda quel est le meilleur soldat du second conflit mondial il est peu probable qu’il réponde «le soldat italien» tant colle à la peau du fante une réputation de mauvais soldat.

Et pourtant si il y à bien un état qui peut s’enorgueillir d’une vrai tradition martiale c’est bien l’Italie puisque le soldat italien peut s’enorgueillir d’être issu d’une nation ayant enfanté un outil militaire qui domina le monde pendant 700 ans : la légion romaine.

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Véritable outil interarmes avant l’heure, elle combine fantassins et cavaliers. Formés aux techniques du génie, la légion romaine pouvait se déplacer rapidement (plus par la mer et les fleuves que par les voies romaines davantage utilisées pour les courriers) et aménager le terrain.

Système souple, il parvint à s’adapter à l’évolution des menaces. Véritable outil d’intégration, d’assimilation, la légion devint même un outil politique. En effet de nombreux empereurs faute de règle dynastique acceptée devaient leur arrivée au pouvoir à leurs légions.

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Reconstitution moderne d’une légion romaine

A la fin de l’empire, les légions intégraient davantage de cavalerie pour faire à des ennemis plus mobiles, plus furtifs mais si l’empire romain s’est désintégré ce n’est pas à cause des legions romaines mais davantage à des facteurs multiples qu’il serait trop long d’expliquer.

Si la chute de l’empire romain entraîne l’implosion de l’Italie comme entitée unifiée cela ne met pas fin à la culture martiale en Italie avec notamment la présence des byzantins, des arabes et des normands qui ne font pas table rase de la culture martiale italienne.

Au Moyen-Age apparaît une figure célèbre de l’histoire militaire italienne à savoir le condottiere, un véritable entrepreneur de la guerre louant ses services au plus offrant quand il ne décidait pas de se muer en véritable potentat, en véritable politique en prenant le pouvoir. C’est ainsi que des condottieri fondent des dynasties comme Malatestat à Rimini ou Sforza à Milan.

Ces véritables entreprises militaires privées étaient des armes à double tranchant. Si ses hommes n’étaient pas payés, les condottieri n’hésitaient pas à lâcher leurs hommes qui devenaient de véritables pillards.

Ce système était efficace mais était critiquable et surtout critiqué. C’est ainsi que dans son œuvre magistrale Le Prince, Machiavel dénonce le système du condottierat et préconise une armée de conscription, une armée nationale.

Avec les guerres d’Italie ce système montre clairement ses limites. Comme il s’agit de leur gagne-pain, les condottieri avaient tendance à ménager leurs soldats, à ne jamais s’engager à fond, préférant négocier plutôt que de se battre.

Face aux armées du roi de France, les mercenaires italiens tout comme les mercenaires suisses ne font pas le poids ce qui entraine un déclin du mercenariat.

Si ce dernier ne disparaît pas complètement il est sérieusement concurrencé par ce que je nommerai des «proto-armées nationales», des armées composées de soldats issus du territoire qu’ils défendaient et donc en théorie plus fiable que les mercenaires.

Le sujet militaire c’est aussi la théorie et la réflexion. L’Italie donne ainsi à la réflexion militaire plusieurs théoriciens qui sont traduits dans toute l’Europe (Cataneo, Savorgnano), la fortification italienne est réputée, ce sont des ingénieurs transalpins comme Sangalo ou Di Giorgio Martini qui sont les premiers à proposer une solution pour permettre aux fortifications de prendre en compte le facteur «artillerie».

Enfin ajoutons des ingénieurs réputés. Si Leonard de Vinci est connu dans le monde entier d’autres sont injustement méconnus qu’il s’agisse de Belluzi ou de Navarro qui est à l’origine de la mine explosive, véritable terreur des assiégés.

Faute d’état national, les grands chefs militaires «italiens», les grands généraux transalpins mettent leurs compétences au service de l’Espagne ou de l’Empire.

Raimondo montecuccoli

Raimundo Monteccucoli

Citons ainsi Raimundo Monteccucoli, un général au service du Saint Empire qui combattit brillamment durant la guerre de Trente Ans mais également durant les guerres de Louis XIV, faisant notamment face au grand Turenne.

A la fin du XVIIIème siècle, la culture martiale italienne est en net recul. Les bourgeoises locales ont perdu le goût de la guerre, préférant les arts et le commerce alors que dans les territoires sous contrôle espagnol on accuse le coup du déclin de la puissance hispanique, déclin amorcé depuis la fin de la guerre contre la France en 1659.

Quand débute les guerres de la Révolution et de l’Empire le royaume de Piemont-Sardaigne est le seul état à maintenir vivace une véritable tradition martiale. L’armée piémontaise n’est ni meilleure ni plus mauvaise que les autres.

Elle subit certes une cuisante défaite face à l’armée d’Italie d’un certain Napoléon Bonaparte mais à cette époque on peut se demander quelle armée aurait pu résister à une telle tornade, une telle fougue.

Outre des tactiques basées sur le choc et la manœuvre, l’armée d’Italie bénéficie d’une cause politique à défendre à savoir les idées de la révolution. En face on trouve des armées qui sont commandées par des généraux âgés (le général de Beaulieu à soixante et onze ans contre seulement vingt-sept ans pour Bonaparte) qui combattent comme au siècle de la guerre en dentelles.

Et les italiens dans tout ça ? Présents dans les deux camps ils participent aux différentes guerres de la Révolution et de l’Empire. Du côté français l’espoir de réaliser l’unité les poussent à être meilleurs que les autres. Cet élan et ce zèle provoque parfois des frictions avec leurs camarades venus d’autres états.

Comme la France durant les guerres de la Révolution et de l’Empire, les armées du Piemont-Sardaigne vont preuve d’un courage et d’une détermination durant les différentes guerres du XIXème siècle, guerres qui doivent amener l’unité tant espérée et tant désirée de la péninsule italienne.

Quand le premier conflit mondial éclate, l’Italie malgré une alliance politique et militaire avec l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie préfère rester neutre. Bien décidée à se vendre au plus offrant, l’Italie rallie le camp allié espérant que Paris et Londres tiendront leurs engagements une fois le conflit terminé. On sait ce qu’il en est advenu…… .

L’armée de terre italienne entre en guerre sans y avoir été préparée. Un corps d’officiers arrogants et méprisants la troupe (sur laquelle elle à le droit de vie et de mort !), un équipement insuffisant et surtout une tactique d’assaut frontal qui à montré son efficacité dès les premiers mois de la guerre sur le front occidental.

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Des Alpini durant le premier conflit mondial

En dépit des exploits d’unités d’élite comme les Alpini (troupes de montagne), l’armée italienne s’use sur l’Isonzo avec une série de onze offensives sans gain réel avec des pertes abominablement lourdes.

Le 24 octobre 1917 débute la douzième bataille de l’Isonzo. Les troupes austro-hongroises renforcées par des divisions allemandes se lancent à l’assaut. C’est un désastre pour des italiens usés, démoralisés, à bout de force.

Ce désastre de Caporetto (le front percé recule de 120km jusqu’à la Piave) s’explique à la fois par l’emploi de nouvelles tactiques (préparation artillerie éclair, utilisation des Stosstrupen), par un front italien sans profondeur et par la démoralisation des unités italiennes.

Cette défaite marque durablement l’image du fante et ce en dépit de la victoire de Vittorio Veneto. Pour l’étranger c’est entendu : l’italien est un mauvais soldat.

Cette réputation va poursuivre le Regio Esercito durant tout le second conflit mondial même si sur le terrain les soldats français, britanniques et américains savaient qu’il ne fallait pas sous-estimer le soldat italien.

Les Alpini (chasseurs alpins), les Bersaglieri (infanterie légère) et les Paracadutisti (parachutistes) étaient reconnus par leurs adversaires comme des troupes solides mais la régulière, la ligne ne bénéficiait par d’un tel traitement.

Si l’Italie était entrée en guerre en septembre 1939 cela aurait été une très mauvaise chose pour le Regio Esercito tant les carences étaient nombreuses qu’elles soient humaines, techniques ou tactiques.

Neuf ans plus tard en octobre 1948 la situation est meilleure. Toutes les carences n’ont pas été résorbées mais les progrès sont nets. De là à dire que l’Italie pouvait sauver ses colonies et gagner la guerre il y à un pas que je ne saurais franchir.

Si les stocks de munitions et de carburant ont été reconstitués, si les armes et les véhicules sont plus nombreux et disponibles en plus grand nombre, le «matériau humain» si je peux employer cette expression est toujours hétérogène avec des unités d’élite qui n’ont rien à envier à leurs adversaires alors que le reste de l’armée est peu ou pas motivé, mal équipé et mal entraîné.

De plus aucune stratégie n’à été mise au point. L’Italie se contente de coups tactiques, de profiter des occasions présentes mais sans jamais donner le la.

En octobre 1948 le Regio Esercito dispose de divisions d’infanterie, de divisions blindées, de divisions de cavalerie, de divisions parachutistes.

A noter que les régiments de bersagliers sont intégrés au sein des divisions blindées italiennes, devenant des unités d’infanterie motorisées, appuyant les chars. Ils conservent cependant leur nature d’infanterie légère un peu comme leurs homologues français, les chasseurs à pied qui fournissent l’infanterie des Divisions Cuirassées.

Le matériel à été modernisé mais les carences sont nombreuses. Les fusils de l’infanterie sont de deux calibres différents (6.5 et 7.35mm), les mitrailleuses et les fusils mitrailleurs sont inférieurs aux modèles étrangers tout comme les mortiers.

Les canons antichars de 47mm sont non seulement pas assez nombreux mais atteignent leurs limites face aux nouveaux chars français et britanniques de mieux en mieux protégés, de mieux en mieux armés.

L’artillerie dispose de pièces modernes mais le nombre est insuffisant. C’est ainsi que l’artillerie lourde est essentiellement composée de pièces austro-hongroises donc souvent dépassées.

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Le Carro Armato P-40

En matière de chars si les tankettes ont quitté le théâtre d’opérations européen où elles n’étaient que des cercueils sur chenille, leurs successeurs sont toujours là. Ils ont leurs qualités et leurs défauts mais le Carro Armato P-40 et son dérivé P-43 sont disponibles en trop faible nombre pour équiper toutes les divisions blindées.

Il manque pour les appuyer des véhicules chenillés, des camions, des autos blindées, la motorisation de l’armée italienne étant insuffisante.

Bref quand le Regio Esercito entre en guerre en octobre 1948 les chances pour l’Italie de gagner la guerre ou du moins de mener une véritable guerre parallèle sans besoin du soutien allemand sont plutôt faibles n’en déplaise à la propagande fasciste.

Durant le conflit l’armée royale italienne alterna combats glorieux, victoires tactiques et défaites cuisantes. Un sentiment d’impuissance va peu à peu gangrener une armée de plus en plus désabusée, constatant l’écart grandissant entre la propagande fasciste et la réalité.

Lors du basculement (avril 1953) l’armée de terre se disloque. Quelques unités résistent aux allemands mais beaucoup se laissent désarmer sans réagir faute de consignes claires du gouvernement.

Une partie rallie le Nouvel Etat Fasciste pour mener moins des opérations contre les alliés que mener la traque des partisans. Le reste rallie le gouvernement co-belligérant au sein d’une armée combattant aux côtés des alliés même si Paris était particulièrement réservé pour ne pas dire plus.

Une fois le second conflit mondial terminé le Regio Esercito est menacé d’être réduit à une simple force de police sans armes lourdes, sans blindés.

Finalement le traité de Paris encadre certes les moyens de l’armée de terre italienne mais les interdictions concernent les missiles longue portée, les armes nucléaires, les gaz de combat…… .

Suite à l’abdication de Victor-Emmanuel IV, le Regio Esercito devient La Esercito Republicana Italiana (ERI) en français l’armée de la république italienne.

Dans cette partie consacrée à l’armée de terre italienne je vais d’abord aborder à grands traits l’histoire militaire italienne des légions romaines à l’unité italienne en passant par les grands condottiere.

J’enchaînerai ensuite par l’histoire de la Regio Esercito, une armée née avec l’unité italienne qui va participer à des expéditions coloniales, la guerre italo-abyssinienne, la guerre d’Espagne et la campagne d’Albanie.

Je parlerai ensuite de son action durant le second conflit mondial, des grandes lignes sans rentrer dans les détails, le Regio Esercito combattant sur les Alpes, en Europe centrale et orientale, dans les Balkans, sur le front russe mais également en Afrique.

J’enchainerai ensuite par les Grandes Unités, les divisions, les brigades mais également l’organisation des régiments et des plus petites unités.

J’aborderai ensuite les uniformes, les couvre-chefs, les décorations ainsi que l’armement qu’il s’agisse des armes d’infanterie, d’armes lourdes, de chars et de véhicules.

Quand aux Chemises Noires j’en parlerai dans une partie particulière avant celle consacrée à la Regia Aeronautica. Il est pas impossible que j’aborde les chemises noires ici et là mais pas de manière profonde et détaillée.

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