Italie (43) Aéronavale (1)

AERONAVALE

Avant-propos

L’arrivée du vecteur aérien à naturellement changé le cours de la guerre navale même si l’idée d’une guerre au delà de l’horizon sans que les navires ne s’aperçoivent était encore du domaine de la science-fiction pour les amiraux du début du XXème siècle.

Après la déception des plus légers que l’air, l’apparition des plus lourds que l’air permis aux différentes marines de voir au delà de l’horizon.

La marine italienne va disposer d’unités aériennes composées essentiellement d’hydravions qui seront utilisés pendant le premier conflit mondial pour la reconnaissance, la surveillance maritime et la lutte anti-sous-marine.

Le conflit terminé, le débat fait rage pour savoir si il faut regrouper tous les moyens aériens militaires sous un seul commandement ou laisser l’armée de terre d’un côté, la marine de l’autre disposer chacun d’une force aérienne.

Finalement au grand dam de la Regia Marina c’est la solution unitaire qui est choisit avec la création en 1923 de la Regia Aeronautica qui comme plus tard la Luftwafe va regrouper tout ce qui vole y compris les avions et les hydravions destinés à opérer en coopération avec la flotte.

Cela gêne clairement le développement de l’aéronavale d’autant que pour ne rien arranger Mussolini vante le «porte-avions incoulable» situé au milieu de la Méditerranée censé permettre à l’Italie de se passer de porte-avions alors que la France en déploie deux et que la Méditeranean Fleet en dispose de trois.

Joffre

Le porte-avions Joffre. Sa mise en service servit de déclic à la mise en chantier de porte-avions par la Regia Marina

Il faudra attendre la mise en service du porte-avions Joffre en mars 1943 pour convaincre les amiraux italiens de disposer de navires équivalents. Le Béarn avait bien été déployé en Méditerranée mais sa lenteur excluait son utilisation en compagnie de magnifiques cuirassés et croiseurs construits par la France.

Avec le sister-ship du Painlevé ce n’est plus le même schéma car désormais ce porte-avions pouvait accompagner les navires les plus modernes et ainsi couvrir cuirassés, croiseurs et contre-torpilleurs.

Comme nous l’avons vu deux porte-avions sont commandés, des porte-avions clairement inspirés des Graf Zeppelin allemands dont les plans ont été obtenus de manière détournée, l’Allemagne ayant refusé de transmettre les plans et les «bleus» de manière officielle.

Pour obtenir le soutien de la Regia Aeronautica dans ce choix, un compromis boiteux à été trouvé avec des navires dépendants de la marine et des groupes aériens sous le contrôle de l’armée de l’air ce qui va poser des problèmes de coordination.

Même si à bord les aviateurs et les marins vont plutôt bien s’entendre, dans les hautes sphères les querelles vont se multiplier sur l’utilisation stratégique.

Si la marine voulait davantage utiliser ses porte-avions pour obtenir une supériorité aérienne locale, l’armée de l’air voulait un porte-avions destiné à relayer son action «stratégique», la Regia Aeronautica défendant plus que jamais les théories de Douhet sur «l’air intégral».

Giulio_Douhet.jpg

Douhet

En ce qui concerne l’équipement, les avions embarqués seront des versions navalisées d’avions terrestres avec ce que cela implique en terme de limites techniques. Des Junkers Ju-87 allemands vont également être acquis pour le bombardement en piqué.

Les cuirassés et les croiseurs de la Regia Marina disposaient également d’hydravions embarqués pour la reconnaissance, l’observation, la surveillance, le réglage des tirs de l’artillerie et les patrouilles ASM.

Ces appareils dépendaient eux aussi de la Regia Aeronautica qui les mettaient à disposition de la marine royale italienne.

Outre les classiques hydravions de reconnaissance, l’Italie à développé des hydravions de chasse moins pour répondre à un besoin national que pour faire aux escadrilles d’hydravions de chasse de l’aéronavale française. Il y avait aussi des hydravions de bombardement et de torpillage.

La Regia Aeronautica dispose également d’unités d’aviation basées à terre pour la patrouille maritime, la reconnaissance voir l’assaut aéromaritime.

Cette aviation de coopération doit en théorie travailler en bonne intelligence avec la marine mais les relations seront toujours assez mauvaises (en dépit d’officiers de bonne volonté de chaque côté) ce qui obéra l’efficacité des reconnaissances maritimes.

En ce qui concerne l’équipement, «l’aviation maritime» italienne ne sera jamais gâtée par des avions et des hydravions souvent dépassés surtout en comparaison avec les aéronefs utilisés par les alliés.

Durant le second conflit mondial, l’aviation maritime italienne se montrera efficace à défaut d’être redoutable.

Les équipages ne manqueront pas de courage _les nombreuses médailles accordées à titre posthume sont là pour le prouver_ mais leur courage, leur témérité, leur audace ne pourra compenser des querelles tactiques et surtout des avions et des hydravions en voie d’être surclassés par leurs adversaires français, américains et anglais.

Quand Rome basculera du côté allié (avril 1953), des unités aériennes opéreront contre les allemands, se montrant très efficaces avec notamment des avions et des hydravions plus modernes.

Ces pertes et ce sang versé participeront à la renaissance des unités aéromaritimes italiennes qui seront sous le contrôle de l’armée de l’air avec des équipages mixtes.

Seule différence par rapport à l’avant guerre, la marine disposera de ses propres unités, les avions embarqués sur l’Italia (ex-Liscombe Bay) en attendant des hélicoptères embarqués sur des navires disposant de la plate-forme idoine.

Histoire de l’aéronavale italienne

En 1903, les frères Wright réalisent le premier vol d’un plus lourd que l’air motorisé du côté de Kitty Hawk en Caroline du Nord. Le premier avion est un assemblage de bois et de toile, un engin tellement fragile qu’on peut se demander si militairement l’avion est utilisable.

Et pourtant huit ans plus tard, l’Italie se lance dans une guerre coloniale contre l’empire ottoman, l’homme malade de l’Europe, s’emparant de la Tripolitaine et de la Cyrénaïque mais également du Dodécanèse.

Au cours du conflit libyen, des pilotes italiens se lancent dans des raids aériens, des raids dont l’efficacité militaire est inversement proportionnelle à l’impact psychologique.

Début 1912, la marine met sur pied la Sezioni Idrovolani (section d’hydravions), une petite unité d’hydravions destinée à opérer au dessus des mers pour des missions de reconnaissance et de réglage de tir à une époque où la portée de l’artillerie ne cesse d’augmenter, rendant le guidage à longue portée de plus en plus difficile, de plus en plus délicat.

Quelques mois plus tard, la Sezioni Idrovolani et le Battaglione Aviatori du Regio Esercito fusionnent formant le 28 novembre 1912, le Servizio Aeronautico Militare mais ce service n’est pas encore une entité autonome puisqu’il dépend de l’armée de terre même si dans les faits, la fusion est plus théorique que réelle.

Durant le premier conflit mondial, l’aéronavale italienne opère au dessus de l’Adriatique en menant des missions de reconnaissance, de patrouille maritime mais également de lutte anti-sous-marine contre les sous-marins allemands et austro-hongrois.

Quand le conflit se termine le 4 novembre 1918, la marine italienne dispose de soixante-deux bases aéronavales (trente-cinq Stazioni et vingt-sept Aeroscali plus petits) installées essentiellement sur la côte adriatique.

Sur le plan des moyens, nous trouvons 546 hydravions, 92 avions et 39 dirigeables (mais seulement 15 opérationnels) soit un total de 677 aéronefs. On trouve également 721 pilotes, 323 issus de la marine et 398 transférés par l’armée de terre. En ajoutant les rampants, on arrive au chiffre appréciable de 8299 hommes (4049 de la marine, 4240 de l’armée de terre).

Entre le 24 mai 1915 et le 4 novembre 1918, l’aéronavale italienne va mener 18400 missions avec de lourdes pertes.

Bien évidement la fin du conflit entraîne une rapide baisse des moyens et en juin 1920, l’aéronavale italienne n’aligne plus que 939 hommes soit globalement dix fois moins que dix-huit mois plus tôt.

Comme nous l’avons vu en introduction, l’après guerre voit naitre un débat sur la répartition des moyens aériens.

Deux écoles s’affrontent : l’une défend une autonomie complète de l’aviation alors que l’autre estime que chaque armée (armée de terre d’un côté, marine de l’autre) doit disposer de sa force aérienne.

En 1923, Guillermo Douhet publié «Il Dominatio dell’Aria», un livre qui estime nécessaire de regrouper sous une autorité unique tous les moyens aériens sans exception. C’est la théorie de l’air intégral.

Contrairement à Vittorio Cuniberti, les théories de Guillermo Douhet vont faire souche dans son pays d’origine.

Le 28 mars 1923, une loi met en place la Regia Aeronautica, l’armée de l’air royale qui reprend sous son autorité tous les moyens aériens qu’il s’agisse des avions basés à terre ou des hydravions utilisés au dessus des flots de la Mare Nostrum.

La Regia Aeronautica est la deuxième armée de l’air indépendante du monde après la Royal Air Force (RAF). Comme pour sa consœur anglaise, un service aéronautique spécifique est mis en place (Aviazone per la Regia Marina) mais comme pour la Fleet Air Arm, l’investissement est minimal et les marins ont du mal à faire comprendre aux aviateurs les spécificités de la mer.

La loi de 1923 autorise trente-cinq escadrons (Squadriglie), vingt-neuf équipés d’avions terrestres et six équipés d’hydravions embarqués sur les croiseurs.

En 1931, une nouvelle loi réduit l’Aviazone per la Marina aux seuls hydravions embarqués sur les cuirassés et les croiseurs mais sans préciser le nombre d’escadrons ce qui va entraîner des conflits interminables entre la Regia Aeronautica et la Regia Marina.

Au début des années quarante, on trouve vingt et un Squadriglie da Ricognizione Maritima plus six Sezioni (sections). Théoriquement, les squadriglie alignent onze appareils et les sezioni deux à quatre appareils.

Ces unités sont stationnées essentiellement en Italie avec pour couvrir le nord de la mer Tyrrhénienne deux squadrons et deux sections (vingt-neuf appareils) tandis que le sud de cette mer Tyrrhénienne est protégé par deux squadrons (vingt-deux appareils).

La Sardaigne dispose de quatre squadrons et d’une section soit quarante-six appareils alors que la Sicile dispose de cinq squadrons et de cinquante-trois appareils.

La mer Ionienne et le sud de l’Adriatique sont couverts par quatre squadrons et une section soit un total de quarante-huit appareils, le nord de l’Adriatique ne disposant que d’un squadron de onze appareils.

En Africa Septentrionale Italiana (ASI), on trouve des moyens assez limités avec un squadron et une section soit quatorze malheureux appareils soit moins que les moyens alloués à la surveillance de la mer Egée depuis le Dodécanèse en l’occurrence deux squadrons et une section (vingt-quatre appareils).

L’aéronavale italienne aligne donc vingt et un squadrons et six sections ce qui représente in fine vingt-quatre escadrons et 237 appareils.

C’est donc un appareil de moins que le format décidé en 1923 mais c’est bien moins que les quarante-cinq Squadriglie que la marine estimait comme le minimum nécessaire.

Durant la période de la Pax Armada, le nombre d’unités augmente avec notamment la création de deux groupes aériens embarqués destinés aux porte-avions Italia et Don Juan de Austria.

Néanmoins la marine italienne estimera manquer toujours d’unités pour faire face aux nombreuses missions de l’aviation en mer à savoir la patrouille maritime, la reconnaissance, la lutte anti-sous-marine, le bombardement, le torpillage, l’assaut aéromaritime, le mouillage de mines….. .

Sur le plan des appareils, l’équipement se modernise mais dès octobre 1948 un fossé sépare l’Italie de ses ennemis. Les avions italiens sont souvent mal protégés et surtout possèdent des moteurs peu fiables ou trop peu puissants.

Soutenue par une industrie aéronautique mal organisée, mal équipée et corrompue, l’aéronavale italienne va très vite baisser pavillon face à l’Aviation Navale et à la Fleet Air Arm.

Les pilotes italiens vont certes se battrent avec bravoure, courage et tenacité ce que reconnaîtront bien volontiers les français, les anglais et les américains (voir les allemands) mais sans le matériel qui leur aurait permis de se battre sur un pied d’égalité.

Une chose ne trompe pas. Quand l’Italie basculera dans le camp allié en avril 1953, une aviation co-belligérante sera mise en place avec pour équipement des avions essentiellement américains et les résultats seront particulièrement brillants prouvant que les pilotes italiens n’avaient rien à envier à leurs homologues étrangers.

Qui dit avions et hydravions dit bases aéronavales. Au début des années quarante les principales bases aéronavales italiennes sont les suivantes :

-La Spezia (Ligurie)

-Leghorn (Livourne) (Toscane)

-Elmas (Cagliari), Santa Giusta (Oristano) Terranova Pausania (auj. Olbia) en Sardaigne

-Nisida (près de Naples, Campanie)

-Stagnone (Marsala)

-Augusta et Syracuse (Sicile)

-Tarente et Brindisi (Pouilles)

-Pola

-Leros (Dodécanèse)

-Menelao (Cyrenaïque)

A ces bases majeures s’ajoute des installations de moins ampleur en Sardaigne, en ASI, en mer Egée, sur la côte dalmate et bien entendu en AOI

En octobre 1948 quand l’Italie entre en guerre, l’Aviazone Navale Operativa per la Regia Marina est organisée de la façon suivante :

-Un état-major (station maggiore)

-Deux groupes aériens embarqués (Gruppo Aerei Imbarcati) sur les porte-avions Italia et Don Juan de Austria. Chaque groupe aérien dispose en théorie de cinquante-cinq appareils répartis en cinq Squadriglie de onze appareils. Le 1o Gruppo Aerei Imbarcati prend ses quartiers hauturiers à bord de l’Italia alors que le 2o Gruppo Aerei Imbarcati doit embarquer à bord de son sister-ship.

Reggiane Re.2005 9.jpg

Le Reggiane Re-2005 à donné naissance à une variante navalisée

On trouve deux squadriglie de chasse équipés de Reggiane Re-2005M _version navalisée du Sagittario_ , deux squadriglie de reconnaissance et de torpillage équipés de Reggiane Re-2003B et un squadriglie de bombardement en piqué équipé de Junkers Ju-87C

Ces deux groupes aériens dépendent directement de l’état-major de l’ Aviazone Navale Operativa per la Regia Marina.

-Des commandements locaux chacun chargé de la défense d’une zone particulière. On trouve ainsi un commandement de la mer Tyrrhénienne, un commandement de Sardaigne, un commandement de Sicile,un commandement de la mer Adriatique, un commandement de la mer Egée, un commandement de la mer Ionienne, un commandement de Libye et un commandement d’Afrique orientale.

Chaque commandement dispose d’unités basées à terre mais également d’unités embarquées sur les croiseurs et les cuirassés de la Regia Marina. A bord des navires militaires italiens les relations étaient parfois tendus entre marins et aviateurs.

Le commandement chargé de la mer Tyrrhénienne possédait en septembre 1939 quatre squadrons et deux sections soit normalement cinquante-huit appareils. Neuf ans plus tard, le commandement en question à augmenté ses moyens avec six squadrons et deux sections.

Si les deux sections sont des unités de servitude (transport et liaisons), les six squadrons sont pleinement opérationnels avec deux squadrons équipés d’hydravions embarqués (un pour les croiseurs,un second pour les cuirassés avec respectivement 28 et 16 hydravions), deux squadrons équipés d’hydravions à long rayon d’action et deux squadrons de bombardiers-torpilleurs soit quatre-vingt huit appareils.

Le commandement chargé de la Sardaigne disposait de quatre squadriglie et vingt-quatre appareils de disponibles. Le nombre d’unités n’augmente pas mais le nombre d’avions passe à trente-trois répartis entre des hydravions à long rayon action, des hydravions de torpillage, des hydravions de chasse et des avions-torpilleurs.

Son homologue sicilien disposait en septembre 1939 de cinq squadriglie et de cinquante-trois appareils. En septembre 1948, le nombre de squadriglie est passé à six avec deux squadriglie d’hydravions de reconnaissance, deux squadriglie de bombardiers-torpilleurs et deux squadriglie de bombardement et d’assaut aéromaritime.

Le commandement Adriatique disposait de cinq squadriglie qui étaient également chargés de couvrir la mer Ionienne.

En septembre 1948, le commandement Adriatique ne dispose plus que de quatre squadriglie soit quarante-quatre appareils répartis entre deux squadriglie d’hydravions à long rayon d’action et deux squadriglie de bombardiers-torpilleurs.

Le commandement de la mer Ionienne disposait en septembre 1939 de deux squadriglie et d’une section de deux appareils.

En septembre 1948, ce commandement dispose de cinq squadriglie, deux d’hydravions embarqués (pour les navires basés à Tarente), deux d’hydravions de patrouille maritime et un de bombardiers-torpilleurs alors que la section chargée de missions de servitude est passée à quatre appareils, quatre avions de transport.

Le commandement de la mer Egée dispose de deux squadriglie, deux squadrons d’hydravions de patrouille maritime.

Le commandement Libye de l’aviation navale disposait d’un squadriglia et d’une section en septembre 1939. Neuf ans plus tard, les moyens ont été sensiblement augmentés avec la présence de trois squadriglie, deux d’hydravions de patrouille maritime et un de bombardiers-torpilleurs.

Le commandement AOI créé durant la Pax Armada dispose de moyens limités avec deux squadriglie, un d’hydravions de patrouille maritime et un de bombardiers-torpilleurs.

L’Aviazone Navale Operativa per la Regia Marina dispose en septembre 1948 de trente-neuf squadriglie et de quatre sections chargées essentiellement de missions de survitude.

Lors de la mobilisation, de nouvelles unités seront mises sur pied mais elles peineront à la fois à disposer du personnel compétent mais également des appareils nécessaires ce qui à fait dire à certains officiers de marine qu’il aurait mieux fallu recompléter les unités existantes plutôt que d’envoyer des unités inexpérimentées au casse-pipe.

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