Italie (26) Croiseurs Lourds (3)

Croiseurs lourds classe Ragusa

CA Zara 8

Les Ragusa sont une évolution des Zara (ici le Zara)

Avant-Propos

Comme nous l’avons vu plus haut le croiseur lourd est une véritable créature du traité de Washington signé le 6 février 1922 puisque ces caractéristiques répondent au maximum autorisé à savoir environ 10000 tonnes et une artillerie principale d’un calibre maximal de 203mm même si mis à part les soviétiques avec leurs canons de 180mm, aucun croiseur type Washington sera armé d’un autre calibre que le 203mm (les Hawkins et leurs canons de 190mm ont servis de maitres étalons).

Cela ne veut pas dire qu’aucun croiseur lourd n’aurait vu le jour sans le traité mais ils auraient sans doute été différents.

Autre conséquence du traité une véritable rivalité navale franco-italienne, les créations de l’un répondant aux constructions de l’autre, cette rivalité étant particulièrement prononcée dans le domaine des croiseurs lourds comme nous l’avons vu.

Quand le traité de Washington expire le 31 décembre 1936, la construction des cuirassés reprend avec toujours une rivalité franco-italienne.

Alors que la Regia Marina à atteint son objectif (sept unités) va-t-elle construire de nouveaux incrociatori pesanti ? Même si elle ne l’avait pas voulu elle fût obligée par la décision française de continuer la construction de navires appelés au delà des Alpes croiseurs de 1ère classe.

C5

Différents schémas de la classe Saint Louis

C’est en effet la construction des trois premiers Saint Louis (projet C-5) qui va pousser la marine italienne à construire de nouveaux croiseurs lourds ainsi que le remplacement des Trento vieillis et usés.

Un premier débat est vite tranché entre le type Trento et le type Zara. Le type Trento est écarté quasiment immédiatement en raison d’une protection insuffisante alors que la marine italienne sait qu’elle aura du mal à renouveler sa flotte et doit donc s’équiper de navires capables d’encaisser.

Le type Zara est donc choisit au niveau de la propulsion et de la protection, la coque étant affinée avec une poupe toujours arrondie mais une étrave plus élancée. Il semble qu’on à étudié l’installation d’un bulbe comme sur les Littorio mais cela n’à pas aboutit.

Au niveau de l’armement les futurs Ragusa vont finalement conserver la configuration classique des incrociatori pesanti avec quatre tourelles doubles _deux avant et deux arrières_ après l’étude de deux variantes, la variante n°1 prévoyant neuf canons de 203mm en trois tourelles triples (deux avant et une arrière) et la variante n°2 avec quatre tourelles doubles concentrées sur la plage avant pour permettre l’installation de catapultes et d’hydravions, une configuration comparable à celle du Gotland suédois ou des Tone japonais.

L’armement secondaire est toujours composé de canons de 100mm en affûts doubles, un armement à double usage.

La DCA est composée de canons de 37 et de 20mm (en attendant des canons de 65mm mais ces canon ne furent jamais produits en quantité suffisante et n’ont jamais donné satisfaction) tandis que l’armement en torpilles est toujours composée de huit tubes lance-torpilles en deux plate-formes quadruples.

Trois navires sont d’abord commandés, des navires baptisés Ragusa (aujourd’hui Dubrovnik en Croatie), Nissa (Nice), Napoli (Naples) avant qu’un quatrième navire ne suive les trois premiers, un navire baptisé Ravenna (Ravenne).

Ces navires vont intégrer la 2ème division de croiseurs composée en septembre 1948 des croiseurs lourds Bolzano Nissa et Ragusa alors que la 3ème division de croiseurs est formée des croiseurs lourds Fiume Ravenna et Napoli.

Carrière opérationnelle

Le Ragusa

-Le Ragusa est mis sur cale aux chantiers navals Stabilimento Tecnico Triesto de Trieste le 8 septembre 1940 lancé le 14 mars 1942 et mis en service le 30 septembre 1943.

A sa mise en service il est placé hors rang avec Tarente comme port d’attache mais très vite il intègre la 4ème division de croiseurs composée également de son sister-ship Nissa (mis en service en juin 1945) et du Napoli (mis en service en octobre 1946).

Suite au désarmement des Trento, il ne reste plus que le Bolzano au sein de la 2ème division de croiseurs lourds. La 4ème division est dissoute en juin 1948, les Nissa et Ragusa ralliant la 2ème division alors que le Napoli rallie la 3ème division.

Quand le conflit éclate en septembre 1948, la division est toujours stationnée à Tarente, opérant depuis la Calabre pour couvrir des convois en direction de l’Africa Septentrionale Italiana (ASI) mais également pour empêcher les 4ème escadre et 6ème escadre légère de prendre leurs aises.

Endommagé lors de l’opération SCIPION (conquête française de la Sardaigne) par deux bombes, le croiseur lourd est réparé avant de reprendre le combat, étant à nouveau touché lors de l’opération MERKUR-II (volet sarde de l’opération) mais moins gravement.

Il participe ensuite à la défense de l’ASI lors de l’opération BAYARD, l’opération combinée franco-britannique contre la future Libye, encaissant plusieurs obus lors d’une escarmouche contre des croiseurs britanniques.

Après avoir participé à la campagne de Grèce, le croiseur lourd retourne à Naples en vue de défendre la Sardaigne ou la Corse, couvrant des convois contre l’intervention de navires de surface et d’avions alliés.

Le 15 août 1951 la France lance l’opération MARIGNAN, la reconquête de la Corse, opération doublée de l’opération ARCOLE, une opération de diversion sur les Alpes pour fixer des troupes ennemies.

Sous-marin L'Aurore

Le sous-marin Aurore type Y3  ou le bourreau de l’Aurore

Cette opération combine comme pour MERKUR des débarquements amphibies et des opérations aéroportées. Les combats sont violents, combats qui voit la perte du croiseur lourd victime d’un sous-marin français au large de Bastia, l’Aurore lançant quatre torpilles de 550mm.

Si le croiseur lourd évite une première «anguille», les trois autres explosent contre le croiseur lourd qui coule rapidement ne laissant que fort peu de survivants.

Le Nissa

-Le Nissa est mis sur cale aux chantiers navals Odero Terni Orlandi (OTO) sis à Livourne en Toscane le 17 février 1942 lancé le 8 mars 1944 et mis en service en juin 1945.

D’abord intégré à la 4ème division de croiseurs lourds, le Nissa intègre ultérieurement la 2ème division en compagnie de son sister-ship Ragusa et du Bolzano.

Toujours déployé à Tarente, la division participe à de nombreuses escortes de convois, affrontant à plusieurs reprises des navires de surface et des avions ennemis.

Endommagé sérieusement lors de l’opération BAYARD, le croiseur est immobilisé pour réparations jusqu’à la fin de 1950 avant de retourner au combat même si la marine italienne se montre nettement plus prudente.

Le 3 août 1952, la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis déclenchent l’opération DRAGON/DRAGOON, l’invasion de la Sardaigne. La marine italienne engage ses dernières forces pour ralentir l’inévitable en mouillant des mines mais également en tentant de s’attaquer à la flotte d’invasion.

Le lendemain dans la nuit du 4 au 5 août, le Nissa tente de surprendre une partie de la flotte d’invasion du côté de La Maddalena dans le nord de l’île.

Le croiseur italien ouvre le feu en premier mais ignorant qu’il avait été déjà répéré au radar il encaisse une terrible riposte des croiseurs français Charlemagne et De Grasse qui placent quatre obus de 203mm et six obus de 152mm, transformant le croiseur lourd en annexe de l’enfer.

Alors qu’il commence à s’incliner sur bâbord, le croiseur lourd encaisse quatre torpilles lancées par le torpilleur léger Le Fier (1ère DT), deux torpilles abrégeant l’agonie du croiseur, les deux dernières se perdant dans la nuit.

Le Napoli

-Le Napoli est mis sur cale aux chantiers navals Stabilimento Tecnico Triesto de Trieste le 8 juillet 1942 lancé le 4 mars 1944 et mis en service le 7 octobre 1946.

D’abord intégré à la 4ème division de croiseurs lourds, le Napoli est ensuite transféré à la 3ème division en compagnie de son sister-ship Ravenna et du Fiume.

Après avoir mené des opérations de mouillage de mines défensif au large de Tarente et de Brindisi, le Napoli effectue des opérations de couverture et d’escorte de convois en direction de l’ASI, des Balkans et de la Grèce.

Endommagé par un sous-marin britannique en mars 1950, le croiseur lourd est immobilisé pour réparations jusqu’à la fin de l’année, son retour au combat étant retardé par un bombardement de Tarente par l’aviation française.

Il est à nouveau endommagé lors de l’opération MARIGNAN en septembre 1951 par l’aviation française mais réparé il retourné au combat, participant aux opérations contre les offensives françaises contre la Sardaigne et la Corse.

Gravement endommagé il est ramené à La Spezia où il se trouvait toujours en avril 1953 quand l’Italie change de camp. Si le sud du front est sous autorité du gouvernement co-belligérant, le nord est sous domination de l’Allemagne et d’un gouvernement fantoche installé au bord du lac de Garde.

Le 27 mai 1953 alors que le croiseur était toujours à La Spezia en réparations, un violent bombardement allié frappe la cité ligure, deux cents bombardiers français (Consolidated model 32F Géant II _des Consolidated B-32 Dominator_ et Amiot 374), anglais (Handley-Page Halifax) et américains (Consolidated B-24 Giant et B-32 Dominator) s’acharnant SUR la ville qui devient un véritable champ de ruine.

Les chantiers navals sont très sérieusement endommagés. Quatre bombes touchent le Napoli qui est sévèrement endommagé. Sans équipe de lutte contre les avaries, les portes étanches ouverte, les pompes de refoulement hors service, le croiseur lourd est rapidement envahit par l’eau et chavire dans le port ligure. L’épave est relevée après guerre et démantelée.

Le Ravenna

-Le Ravenna est mis sur cale aux chantiers navals Odero Terni Orlandi (OTO) de Livourne le 17 septembre 1945 lancé le 8 août 1947 et mis en service le 29 juin 1948.

Dès sa mise en service il intègre la 3ème division de croiseurs où il retrouve le Fiume et son sister-ship Napoli.

Stationné à Tarente en Calabre, le quatrième croiseur lourd de classe Ragusa opère au large de la Sicile, dans le détroit du même nom et en direction de l’ASI.

Ces missions sont des opérations de recherche et de destruction, de couverture et d’escorte de convois tentant d’amener des renforts en Libye même si les plus lucides estiment que ces renforts sont aussi utiles qu’un sceau percé.

Le croiseur est endommagé à plusieurs reprises par des bombes, des obus et des torpilles au point qu’il est surnommé l’éclopé (Lo Storpio) au sein de la Regia Marina.

Sérieusement endommagé lors d’un bombardement sur Brindisi en novembre 1952, le croiseur lourd est ramené à Trieste pour être remis en état même si en avril 1953 les travaux n’ont pas été menés à bien, les STT s’étant contentés d’évacuer les débris, de débarquer les armes détruites, les munitions restantes et de vidanger les soutes.

Camouflé, il est miraculeusement épargné par les bombardiers alliés. Les allemands tentent de le saborder mais ils sont surpris par une opération aéroportée sur la grande ville du nord, opération menée par la 13th Airborne.

Le croiseur lourd capturé va être ramené aux Etats-Unis à l’été 1954 pour être évalué par l’US Navy avant d’être coulé comme cible au large de Norfolk en septembre 1955.

Caractéristiques Techniques

Déplacement : standard 12150 tonnes pleine charge 15200 tonnes

Dimensions : longueur 191m largeur 23.2m tirant d’eau à pleine charge 8.10m

Propulsion : deux groupes de turbines Parson fabriqués sous licence alimentées par 8 chaudières à trois tubes Thornycroft développant 98000ch actionnant deux hélices

Performances : vitesse maximale : 32 noeuds distance franchissable : 4500 miles nautiques à 16 noeuds 2950 miles nautiques à 25 noeuds 1700 miles nautiques à 31 noeuds

Blindage : ceinture de 120 à 175mm pont blindé 75mm tourelles 130 à 150mm barbettes 140 à 150mm

Armement : 8 canons de 203mm Ansaldo modèle 1940 en quatre tourelles doubles modèle 1940 (deux avant deux arrières), 12 canons de 100mm Oto Melara modèle 1938 en 6 affûts doubles installés latéralement, douze canons de 37mm en six affûts doubles, seize canons de 20mm en huit affûts doubles

IMAM Ro.43.JPG

IMAN Ro-43

Aviation : une catapulte installée entre les deux cheminées pour deux hydravions IMAN Ro43

Equipage : 845 officiers et marins

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