Italie (23) Porte-Avions

PORTE-AVIONS

CV Graf Zeppelin à la mer

Représentation du porte-avions Graf Zeppelin à la mer. Les deux porte-avions italiens lui ressemble beaucoup

Avant-Propos

L’apparition de l’avion attira immédiatement les militaires qui virent le moyen de voir au delà de la colline et en mer au delà de la ligne d’horizon.

Le problème de l’avion comme de son cousin l’hydravion était la mise en œuvre au dessus des océans. Quand le premier conflit mondial se termina le porte-avions était non seulement dans les limbes mais entouré d’un très grand scepticisme.

En effet on pouvait se demander si ce système d’armes n’était pas qu’un délice d’ingénieur, un système parfait sur le papier mais inutilisable au combat.

Voilà pourquoi on passa d’abord par les conversions avant de franchir le pas des constructions neuves.

Néanmoins ce scepticisme avait visiblement des causes plus financières que techniques car sinon comment expliquer que le traité de Washington, le premier traité de limitation des armements navals limitait le tonnage global et le tonnage unitaire des porte-avions ?

Le traité signé le 6 février 1922 accorde 135000 tonnes aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne, 81000 tonnes au Japon, 60000 tonnes à la France et à l’Italie. Le tonnage maximal unitaire est fixé à 27000 tonnes mais chaque pays peut posséder deux unités d’un tonnage maximum de 33000 tonnes ce qui permet la transformation de cuirassés et de croiseurs de bataille en service ou en construction.

Les Etats-Unis transforment les croiseurs de bataille Lexington et Saratoga, les japonais le croiseur de bataille Akagi et le cuirassé Kara, la Grande-Bretagne transforme ses croiseurs de bataille légers Glorious et Courageous, la France transforme le cuirassé Béarn de classe Normandie alors en construction et l’Italie ne fait rien.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Outre le scepticisme naturel devant la nouveauté l’Italie dispose d’une géographie peu compatible avec l’emploi du porte-avions avec une mer fermée, de nombreux îles qui semblent pouvoir permettre à la marine italienne de se passer de porte-avions.

De plus la puissance de la Regia Aeronautica (deuxième armée de l’air indépendante créée en 1923, cinq ans après la Royal Air Force britannique) et l’influence de Douhet rend difficile la création d’une aéronavale indépendante et d’une aéronavale embarquée.

Plusieurs projets sont étudiés mais sans réalisation concrète. Le premier est un projet de croiseur antiaérien disposant de onze canons de 102mm et embarquant douze chasseurs (avions ? Hydravions ?) suivit d’un projet voyant la conversion de la coque du cuirassé Francesco Caracciolo qui aurait disposé d’un pont d’envol entièrement dégagé, de quatre grues et d’un ascenseurs (aucune information sur la présence ou nom d’un ilôt).

Porte avions projet Rota

Ces projets sont étudiés avant la création de la Regia Aeronautica et la publication de l’oeuvre de Douhet (Il Dominio dell’aria la maitrise de l’air), deux événements d’inégale importance mais qui rendent délicat la constitution d’une aéronavale embarquée.

Les projets de porte-avions ne sont pas pour autant abandonnés mais ne dépassent pas le stade du projet comme celui de croiseur porte-avions imaginé par l’ingénieur Giuseppe Rota (12480 tonnes, deux tourelles quadruples de 203mm, ouverture à la poupe pour récupérer les hydravions en marche, passerelle et cheminées rétractables dans le pont d’envol durant les opérations aériennes).

L’ingénieur Alessandro Guidoni propose un porte-avions catamaran (sic) de 3500 tonnes filant 33 nœuds avec 25 appareils, projet qui n’aboutit pas tout comme un projet de mai 1928 qui aurait donné naissance à un navire de 15000 tonnes filant à 30 nœuds avec un armement (12 canons de 152mm et 8 canons de 100mm) et un groupe aérien solide (40 avions).

D’autres projets sont lancés dans les années trente comme celui porté par Umberto Pugliese (16000 tonnes, 40 avions + rampe arrière pour récupérer les hydravions) ou celui d’un projet d’un porte-avions de 14000 tonnes filant à 38 nœuds avec 42 avions ou encore la conversion du paquebot Roma.

paquebot SS Roma.jpg

Le paquebot Roma

Ce dernier aurait eu une carène renforcée pour supporter l’explosion d’une torpille et stabiliser la plate-forme. Le pont d’envol couvrirait les 4/5 de la longueur, la plage avant resterait dégagée pour laisser un champ de vision à la passerelle située sous l’extrémité avant du pont d’envol. Une étroite passerelle montant une catapulte prolongerait le pont d’envol écourté jusqu’à la proue.

En septembre 1939 l’Italie ne possède aucun porte-avions en service malgré les multiples projets cités plus haut. Comme souvent c’est un électrochoc extérieur qui pousse la marine italienne à enfin construire des porte-avions.

Joffre

Le porte-avions Joffre

Cet électrochoc c’est la mise en service du Joffre, le premier porte-avions moderne de la marine française.

Si le Béarn était un navire aux capacités limitées (faible vitesse, ascenseurs complexes rendant les manœuvres aviation très lentes, avions dépassés), le Joffre est un navire moderne, rapide, disposant d’avions capable de délivrer une puissance de feu pouvant faire basculer le sort d’une bataille.

Il n’est cependant pas exempt de défauts notamment un pont d’envol trop court pour certains avions et l’absence de catapultes (même si pour certains spécialistes les catapultes ralentissent davantage qu’elles n’accélèrent les opérations).

Le nouveau fleuron de l’Aviation Navale arrive le 20 avril 1943 à Toulon. Cette arrivée achève de convaincre les autorités fascistes qui jettent aux orties le mythe du «porte-avions incoulable» censé pouvoir couvrir les cuirassés et les croiseurs.

Deux unités sont commandées, des porte-avions inspirés des Graf Zeppelin allemands, les plans ayant été obtenu de manière détournée, l’Allemagne ayant refusé de transmettre officiellement les plans pour des raisons obscures.

Ce n’est pas totalement certain mais il semble que le Japon à aussi transmis des informations sur les porte-avions aux ingénieurs navals italiens pour éviter certaines erreurs et certaines voies sans issues.

Ces deux unités sont baptisées Italia et Don Juan de Austria. Elles sont mises en service en septembre 1947 et mars 1949 respectivement.

Si le choix du premier nom ne souffre d’aucune contestation, le choix du second est plus surprenant car si Don Juan d’Autriche à remporté la bataille de Lepante à la tête d’une escadre composée d’une majorité de bâtiments «italiens», le personnage fils des amours illégitimes de Charles Quint et de Barbara de Bamberg est davantage un flamand au service de l’Espagne qu’un italien.

Il semble qu’un temps le nom de Re Umberto à été envisagé tout comme celui d’Italo Balbo, l’un des quadriumvir du régime décédé dans un accident d’avion que certains considèrent comme suspect. Au final les deux premiers porte-avions italiens allaient donc être baptisés Italia et Don Juan de Austria.

Si le premier est mis en service avant le début du second conflit mondial, le second ne le sera qu’en mars 1949.

Qui dit porte-avions dit groupe aérien et pour calmer l’opposition de moins en moins véhémente de la Regia Aeronautica on décide de couper la poire en deux avec le navire appartenant à la marine, le groupe aérien dépendant de l’armée de l’air.

Si au quotidien les relations seront cordiales (au niveau de la rivalité naturelle entre une arme et une autre), aux plus hauts niveau de la hiérarchie, les choses seront nettement plus difficiles, la Regia Aeronautica et la Regia Marina n’arrivant pas à s’entendre sur la meilleure façon d’utiliser le porte-avions.

Cela entrainera l’absence d’une doctrine cohérente d’utilisation des groupes aériens embarqués composés pour l’essentiel des versions navalisées des avions de la Regia Aeronautica, la seule exception étant l’achat de Junkers Ju-87C.

D’autres projets sont étudiés mais aucune construction n’est engagée faute de moyens et parce que le conflit évolue défavorablement pour l’Italie, obligeant cette dernière à faire des choix. Des conversions de paquebots et de cargos sont lancées mais aucun n’aboutira à une mise en service.

Le conflit terminé la France qui à eut à souffrir des porte-avions italiens cherche à obtenir leur interdiction pour Rome mais les américains qui veulent réduire l’influence française se coalisent avec la Grande-Bretagne pour que l’Italie continue de posséder un porte-avions.

Après l’ex-Liscombe Bay c’est le Giuseppe Garibaldi qui fait la fierté de la marine italienne qui devrait le remplacer dans quelques années par une nouvelle unité baptisée Conte di Cavour mais ceci est une autre histoire.

Porte-avions en service et envisagés

Porte-avions classe Italia

CV Graf Zeppelin lancement 2.jpg

Le Graf Zeppelin paré au lancement. Il est abusif de penser que l’Italia et le Don Juan de Austria sont de simples copies du premier porte-avions allemand

Comme nous venons de le voir dans l’introduction, l’Italie à longtemps été fermée à la construction de porte-avions et ce pour plusieurs facteurs d’ordre géographique, politique et financier, Rome devant choisir entre le cuirassé et le porte-avions, pouvant difficilement disposer des deux.

Suivant l’adage que l’acquisition d’un système d’armes entraîne normalement sont acquisition par ses adversaires potentiels, l’Italie comprend qu’elle doit disposer de porte-avions pour contre les ponts plats français et britanniques.

Il est difficile de retracer exactement le cheminement mais il semble que la mise en chantier par la France du Joffre à été un premier signal d’alarme. Des études sont relancées mais se heurtent au manque d’expérience et au refus allemand de transmettre les plans du Graf Zeppelin.

Les italiens ne se découragent pas, faisant preuve d’une grande détermination pour dessiner les porte-avions de la Regia Marina. C’est un mélange de recherches personnelles, d’infos glanées ici et là notamment par des journalistes, par des marins ayant des sympathies pour l’Italie ou le fascisme, par les attachés navals des ambassades….. .

Les plans s’affinent peu à peu et la construction des deux unités est autorisée en septembre 1943, construction attribuée aux chantiers navals Cantieri Riunitti del Liguri, l’Italia étant construit à La Spezia et le Don Juan de Austria à Sestri Ponente.

Sur le plan technique les Italia doivent beaucoup aux Graf Zeppelin. Ils n’en sont cependant pas des copies, leur armement est différent et les catapultes contrairement à ce qui est parfois raconté est une adaptation de catapultes pour hydravions conçues et fabriquées en Italie.

-L’Italia est mis sur cale aux chantiers navals de CNR de La Spezia le 5 octobre 1944 lancé le 8 ma 1946 et mis en service le 30 septembre 1947

Stationné à Tarente, il est placé hors-rang dépendant directement du commandant de la 2ème escadre.

Quand la guerre éclate il est certes en service mais son groupe aérien embarqué est encore novice et inexpérimenté.

Le haut commandement hésite à l’engager au combat mais n’à très vite plus le choix, le «porte-avions incoulable» étant bien incapable de maintenir une ombrelle protectrice au dessus de la flotte qui souffre sous les coups de l’Aviation Navale, de la Fleet Air Arm et du Coastal Command.

L’Italia sert donc principalement de navire de défense aérienne, protégeant escadres et convois ce qui ne l’empêche pas de lancer des missions de reconnaissance, d’attaque aéromaritime et même de lutte ASM.

Il participe à l’opération MERKUR-II en direction de la Sardaigne où il est gravement endommagé par trois bombes. Il parvient à rallier Naples où il est réparé entre mars et septembre 1949.

Il est ensuite engagé dans des missions de couverture de la flotte qui tente de maintenir ouvertes les communications en direction du Dodécanèse et de la Grèce. Il bombarde à plusieurs reprises le Péloponnèse véritable tête de pont allié en Grêce. Il participe ainsi à la bataille du Golfe de Zanthe,étant endommagé par deux bombes.

Touché par une torpille d’un sous-marin britannique en janvier 1951, l’Italia est réparé à Livourne avant de participer à la défense de la Corse lors de l’opération MARIGNAN. A plusieurs reprises il échappe à la destruction à croire qu’il est protégé par une puissance supérieure.

Si c’est le cas ce ne l’est plus en janvier 1953 quand il est sévèrement endommagé à Bari lors d’un bombardement aérien et naval franco-britannique, opération destiné à détourner l’attention des italiens de la future opération SKYLOCK.

Touché par quatre bombes, deux torpilles et une dizaine de roquettes, l’Italia coule par petit fond. Ses superstructures sont ravagées par l’incendie mais son groupe aérien déployé à terre échappe à l’anéantissement.

Réduit au statut d’épave, le premier porte-avions italien sera relevé au printemps 1958 puis démoli, l’espoir de le remettre en état s’éteignant très rapidement.

-Le Don Juan de Austria est mis sur cale aux chantiers navals CNR de Sestri Ponente le 8 mars 1946 lancé le 14 décembre 1947 et mis en service le 27 mars 1949.

Stationné à Tarente, il participe à la campagne de Grèce couvrant les convois et les escadres, son groupe aérien assurant des missions de défense aérienne à la mer, de reconnaissance, d’appui-feu des troupes au sol et d’attaque aéromaritime.

Le 17 mars 1950 à lieu la bataille du golfe de Zanthe, un affrontement naval majeur considéré comme la fin de la campagne de Grèce.

Endommagé par l’aviation à plusieurs reprises, il est finalement coulé en compagnie de l’Etna par une attaque menée par des croiseurs et des destroyers alliés.

Caractéristiques Techniques des porte-avions classe Italia

Déplacement : standard 29000 tonnes pleine charge 31500 tonnes

Dimensions : Longueur (hors tout) 245.50m Largeur (hors tout) 31.50m Tirant d’Eau : 7.30m lège et 8.50m à pleine charge

Propulsion : Quatre turbines à vapeur Belluzo alimentées en vapeur par seize chaudières à petits tubes entraînant quatre hélices

Performances : vitesse maximale 32 noeuds distance franchissable : 8000 miles à 19 noeuds

Protection : Ceinture blindée de 135m de long et de 4m de haut d’une épaisseur maximale de 100mm réduite à 80mm sur les côtés. Pont blindé de 60mm, pont d’envol protégé par 20mm sauf autour de l’ascenseur arrière (22mm) de l’ascenseur central (38mm) et de l’ascenseur avant (25mm).

Le local barre est protégé par des plaques verticales de 60 à 80mm et des plaques horizontales de 60mmn. Au final la protection pèse 5000 tonnes soit 1/6 du navire.

Armement : huit canons de 135mm polyvalents en quatre tourelles doubles installées à l’avant et à l’arrière de l’îlot, huit canons de 65mm installés deux à par deux aux quatre coins du navire, douze canons de 37mm en six affûts doubles, vingt-quatre canons de 20mm en douze affûts doubles.

Installations Aéronautiques :

-Pont d’envol de 242m de long sur 30m de large relié aux hangars par trois ascenseurs axiaux, le hangar supérieur mesurant 185m de long sur 16m de large et 2.80m de haut alors que le hangar inférieur mesure 172m de long sur 16m de large et 2.51m de haut

-Deux catapultes pneumatiques installés à l’avant.

-Neuf Brins d’arrêts

-Trois ascenseurs

Reggiane Re.2005 5.jpg

Le chasseur embarqué standard italien était la version navalisée du Reggiane Re-2005 Sagittario (ici la version terrestre)

Groupe aérien : 55 appareils avec des chasseurs Reggiane Re 2005M Sagittario, des bombardiers en piqué Junkers Ju-87C et des avions de reconnaissance et de torpillage Reggiane Re 2003B

Equipage : 1680 officiers et marins pour la conduite du navire et 306 hommes pour le groupe aérien soit un total de 1986 officiers et marins

Projets inaboutis

Après avoir longtemps méprisé le porte-avions, l’avoir boudé, l’Italie multiplie les plans pour construire des porte-avions neufs ou simplement transformer des navires existants en porte-avions.

C’est ainsi qu’après la construction des Italia et Don Juan de Austria, la marine italienne étudie un projet de porte-avions économique comparable toutes proportions gardées aux Colossus franco-britanniques. Ce projet ne va pas au delà des études théoriques.

Plus concrets furent les différents projets de conversions comme les paquebots Augustus et Roma (déjà concerné par un projet plus ancien) qui après avoir été utilisés pour des transports de troupes en direction de la Libye, du Dodécanèse et de la Grèce sont ramenés à Brindisi pour être transformés en porte-avions.

Les travaux sont entamés en juin 1952 mais sont interrompus en septembre puis définitivement abandonnés en janvier 1953 au moment de l’opération SKYLOCK. A l’époque du débarquement allié les deux paquebots ont perdu leurs superstructures mais seul le Roma à reçu son pont d’envol alors que l’Augustus n’était plus qu’une coque.

CV Sparviero 2.jpg

L’ancien porte-avions Augustus avec les superstructures arasées

Endommagés par des bombardiers français, les deux anciens paquebots lourdement endommagés seront démolis après guerre. Il y eu également des projets de conversion de cargos et de pétroliers mais à notre connaissance aucun navire n’à été transformé.

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