Italie (16) Regia Marina (6)

La marine italienne dans le second conflit mondial : des coups d’éclat et une longue descente aux enfers

Comme nous venons de le voir, la marine italienne est sur le papier puissante mais comme nous l’avons vu les faiblesses présentes en 1939/40 n’ont pas toutes été gommées soit par manque de moyens ou par «aveuglement».

Mieux préparée qu’en septembre 1948, l’Italie hésite à vouloir s’engager dans le second conflit mondial, sachant au delà des rodomontades la fragilité et la précarité de sa situation. C’est l’agressivité franco-britannique qui va pousser Rome à s’engager dans les hostilités en octobre 1948.

Sachant sa situation stratégique précaire, l’Italie espère pouvoir mener une stratégie de fleet-in-being, de flotte en attente pour limiter les options stratégiques de ses ennemis.

Cette stratégie est rapidement tuée dans l’oeuf par une offensive de bombardement stratégique menée par l’Armée de l’Air et par la Royal Air Force (RAF), offensive visant l’industrie, les voies de communication mais aussi les bases navales italiennes (La Spezia, Tarente…..), obligeant la Regia Marina à disperser ses grandes unités dans des ports moins bien équipés.

Cette dispersion impacta la possibilité pour les navires italiens de couler les lignes de communication ouest-est et nord-sud, ne pouvant empêcher la France de renforcer ses positions en Métropole et la Grande-Bretagne de renforcer ses positions à Malte, véritable porc-épic au milieu de la Méditerranée, pouvant bloquer la liaison entre l’Italie péninsulaire et l’Africa Septentrionnale Italiana (ASI).

Il y eut bien des pertes sous les coups des vedettes lance-torpilles et des sous-marins mais dans l’ensemble les mouvements des deux flottes ne furent pas totalement bloqués.

Quand la France déclenche l’opération SCIPION le 11 octobre 1948 contre la Sardaigne, la Regia Marina engage surtout ses forces légères et médianes (croiseurs, contre-torpilleurs et torpilleurs) qui souffrent sous les coups de l’aviation, des sous-marins et des navires de surface.

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Le croiseur lourd Zara au mouillage

C’est ainsi que la marine italienne perd trois croiseurs, le croiseur lourd Zara, le croiseur léger Giovanni delle Bande Nere et le croiseur-éclaireur Claudio Tiberio. La grande île méditerranéenne tombe après un mois de violents combats.

La perte de l’île des Sardes bloque la marine italienne alors que la Sicile est bombardée par l’aviation française depuis la Tunisie et depuis la Sardaigne. La Regia Aeronautica se bat comme un beau diable mais ses pertes sont lourdes.

Ces pertes sont d’autant plus lourdes que l’industrie peine à fournir non seulement en quantité mais également en qualité.

Les pertes de l’opération Scipion conduisent la marine italienne à une attitude prudente voir pusillanime. La bravoure et la compétence des marins italiens n’est pas en cause mais simplement l’Italie à à faire à trop forte partie pour ses moyens, moyens qui comme nous le savons ne sont ni inépuisables ni facilement remplaçables.

En novembre 1948, les marines françaises et britanniques cherchent à provoquer une «bataille décisive» mais la marine italienne sortie pour couvrir un convoi en direction de la Libye se dérobe après des affrontements confus et contradictoires. Les pertes sont limitées mais cela conduit encore la Regia Marina à hésiter à s’engager à fond contre les marines alliées.

Après cette bataille en demi-teinte les affrontements se limitent à une véritable «guerilla navale» où les affrontements opposent les sous-marins, les unités légères (croiseurs, contre-torpilleurs et torpilleurs, vedettes lance-torpilles) et l’aviation.

Ces affrontements ont lieu dans deux contextes : le contrôle de zones précises comme le détroit de Sicile ou la mer Tyrrhénienne ou l’interdiction du passage de convois, les alliés cherchant à empêcher les italiens de ravitailler l’Africa Septentrionale Italiana (ASI) alors que les italiens tentent de bloquer les liaisons alliées entre le détroit de Gibraltar et le canal de Suez mais également entre l’Afrique du Nord, la Sardaigne occupée, la Corse et bien entendu le continent européen.

Il faut attendre janvier 1949 pour que les alliés lancent une opération majeure, une opération de décapitation contre les bases navales italiennes.

Tous les porte-avions alliés doivent être engagés pour frapper La Spezia, Tarente et des objectifs secondaires le tout en liaison avec des sous-marins déployés au large des ports et avec l’aviation basée à terre.

Cette opération JUGEMENT/JUDGMENT déclenchée le 15 janvier est perturbée par le mauvais temps et des problèmes de communication/coordination. Les résultats ne sont pas ridicules mais décevants par rapport aux ambitieux objectifs de l’amiral Lyster : anéantir la flotte italienne dans ces ports.

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Le cuirassé Conte di Cavour

Un seul navire est définitivement coulé, le cuirassé Conte di Cavour victime des bombes et des torpilles françaises à La Spezia.

Les alliés vont le constater lors du déclenchement de l’opération MERKUR, une opération combinée germano-italienne destinée à s’emparer de la Corse, à reconquérir la Sardaigne et à s’emparer de Malte.

La découverte récente (2010) de documents italiens récupérés par des soldats français et oubliés aux archives de la défense à Vincennes montre qu’après cette première phase, l’opération MERKUR devait aboutir à une nouvelle étape destinée à s’emparer de la Tunisie et ainsi couper en deux la Méditerranée.

Une note manuscrite rêvait même de la conquête de l’Algérie, du Maroc pour obtenir une fenête sur l’Atlantique ! Autant dire une véritable chimère tant les moyens dépassaient clairement ceux en possession de l’Allemagne et de l’Italie.

Cette opération qui combine sauts aéroportées massifs et débarquements amphibies aboutit à de nombreux affrontements aériens et navals, provoquant des pertes particulièrement lourdes des deux côtés.

Si la Corse est conquise, la Sardaigne reconquise, l’opération sur Malte confiée aux italiens est un échec cuisant, les parachutistes dispersés sont anéantis par les troupes anglaises et françaises, les débarquements amphibies échouent suite à l’intervention de la Mediterranean Fleet ainsi que des 4ème et 6ème escadre.

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Le Vittorio Veneto. Si il y à bien une chose qu’on ne peut retirer aux navires italiens c’est bien leur élégance

C’est ainsi que si on se limite aux grandes unités, la marine italienne perd le cuirassé Vittorio Veneto, le croiseur lourd Pola et le croiseur-éclaireur Cornellio Silla.

Au printemps 1949, l’offensive est lancée à l’ouest contre le Benelux (Belgique, Pays-Bas et Luxembourg) ce qui réduit la pression franco-britannique en Méditerranée. L’Italie tente d’en profiter mais les alliés réagissent tellement violemment que les amiraux italiens hésitent à pousser leur avantage.

Ils ont raison de se méfier car à l’été 1949 alors que les alliés sont sérieusement accrochés sur le front occidental est déclenchée l’opération BAYARD, l’invasion de l’Africa Septentrionale Italiana (ASI) par la France depuis la Tunisie et par la Grande-Bretagne depuis l’Egypte.

Ces deux mois de combat voit la marine italienne perd trois croiseurs, le croiseur lourd Fiume, le croiseur léger Mediterraneo et le croiseur-éclaireur Giulio Germanico.

Cette invasion impose à la Regia Marina de ravitailler la colonie italienne, la future Libye tout en sachant que cela va provoquer de terribles pertes à tel point que la marine royale arrêtera très vite les frais au grand dam et à la grande colère du Regio Escercito, l’armée de terre italienne.

Celle-ci estime tout faire mais les aviateurs et les marins lui rappellent à ce moment là ses piètres performances en Grèce, le pays des hellènes ayant été envahit en même temps que l’offensive allemande à l’ouest avec des résultats médiocres, l’Italie s’enlisant dans ce conflit à tel point qu’à l’été 1949 les allemands lancent l’opération MARITSA, opération destinée à la fois à sauver l’Italie de l’humiliation mais également sécuriser son flanc sud alors que l’opération BARBAROSSA s’approche.

Sur le plan naval, on assiste à une véritable guerilla navale en Adriatique, des affrontements entre vedettes lance-torpilles, sous-marins et unités légères (croiseurs, contre-torpilleurs, torpilleurs), les cuirassés servant davantage à couvrir le dispositif et à bombarder des positions à terre.

Ces combats entrainent notamment la perte du croiseur léger de classe Condottieri, le Muzio Atendolo.

Joffre

Le porte-avions Joffre à été coulé le 17 mars 1950 lors de la bataille du golfe de Zanthe

Une bataille majeure à lieu dans le Golfe de Zanthe le 17 mars 1950. Cette bataille oppose notamment les porte-avions Commandant Teste Joffre Ark Royal coté allié, Italia et Don Juan de Austria dans une véritable bataille au delà de l’horizon qui est considérée comme la fin de la campagne de Grèce.

Cette bataille voit la destruction du Joffre et du Don Juan de Austria pour ne citer que les pertes des porte-avions, la marine italienne perdant également un cuirassé (Impero) plus un lourdement endommagé (Francesco Caracciolo), la France un navire de ligne (Le Flandre). Trois croiseurs (Gorizia Etna Luigi di Savoia Duca Degli Abruzzi) et des contre-torpilleurs sont également coulés.

Entre-temps, les italiens ont perdu l’archipel du Dodécanèse (opération CATAPULT), l’offensive alliée provoquant un certain nombre de pertes même si très vite Rome à renoncé à y envoyer des renforts qui n’auraient rien à changé à la situation. Ce n’est pas un hasard si les prisonniers italiens de l’opération CATAPULT se sont eux mêmes baptisés les sacrifiés (Il sacrificato).

A l’été 1950, le front s’est stabilisé, le Péloponnèse étant la seule partie de la Grèce à échapper aux germano-italiennes.

La marine italienne très affaiblie après presque deux années de guerre se contente d’une guerilla navale avec des unités légères. Outre les pertes, le manque de personnel qualifié et le manque de carburant paralyse peu à peu les mouvements de la Regia Marina.

Ainsi quand le 15 août 1951 la France lance l’opération MARIGNAN (reconquête de la Corse), la Regia Marina est incapable de s’opposer fermement à cette opération.

Elle est d’autant plus incapable que plusieurs opérations de déception dispersent ses maigres moyens. L’opération contre l’île de Beauté entraine la perte définitive du croiseur lourd Ragusa et du croiseur-éclaireur Ottaviano Augusto.

La suite c’est une interminable et terrible agonie comparable à celle que va connaître la marine japonaise. Les grandes unités encore en service sont bloquées dans les ports à la merci des avions alliés qui imposent une domination aérienne quasiment totale en Méditerranée.

Successivement les îles de Pantelleria et de Lampedusa sont prises (mars 1952 opération ACOLADE) _opération qui voit la perte du croiseur léger Tireno_ suivies de l’invasion de la Sicile (juillet 1952, opération HUSKY) où sombre notamment le croiseur-éclaireur Paulo Emilio et de l’invasion de la Sardaigne (août 1952, opération DRAGON/DRAGOON), opérations qui voient les alliés déployer une puissante armada pour couvrir et appuyer les troupes mises à terre contre une possible intervention navale italienne de la dernière chance. Cette opération voit la perte du croiseur lourd Nissa et du croiseur-éclaireur Pompeo Magno.

Cette ultime tentative tombe définitivement à l’eau quand est déclenchée l’opération SKYLOCK (janvier 1953), débarquement dans la région de Tarente, surprenant les italiens qui s’attendaient à un débarquement principal du côté de Naples. Les opérations préliminaires contre Tarente voient la destruction du Marcantonio Colonna.

Trois mois plus tard, en avril 1953, les italiens changent de camp après le renversement et l’exécution de Mussolini. La Regia Marina ne dispose que de peu de navires immédiatement opérationnels.

Les rares unités disponibles pour la marine cobelligérante sont souvent envoyés sur des théâtres d’opérations secondaires et pour des missions tout aussi secondaires.

Le conflit terminé, l’Italie espère conserver une marine digne de ce nom mais les français la limite drastiquement. Néanmoins le traité de Paris du 14 septembre 1957 ne permet pas à la France d’interdire à l’Italie de posséder de porte-avions.

Il faudra néanmoins attendre le renversement de Victor-Emmanuel IV et la proclamation de la république pour que la marine italienne connaisse une véritable renaissance avec un mélange de vieilles unités de la Regia Marina, des unités transférées par les américains en attendant la construction d’unités neuves, l’Italie ayant un rôle majeur à jouer en Méditerranée pour faire face à une potentielle offensive soviétique, la «Marine Rouge» possédant un certain nombre d’unités puissantes notamment en mer Noire.

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