Italie (14) Regia Marina (4)

Contre-torpilleurs

Appelé Cacciatorpidiniere dans la langue de Dante, le contre-torpilleur est un domaine où les marines françaises et italiennes rivalisent pour obtenir le navire le plus puissant, le plus rapide et le plus efficace.

Les différentes classes de contre-torpilleurs ont pour but de couper les lignes de communication ennemies en Méditerranée ce qui impose des navires rapides et bien armés mais ne disposant pas forcément d’une très grande autonomie, la Mare Nostrum étant maillée par de nombreuses bases même si dans ce domaine les italiens ne sont pas aussi favorisés que les français qui peuvent s’appuyer sur les anglais et inversement.

A la différence de la France, l’Italie dispose après guerre de contre-torpilleurs de bonne facture construit durant le premier conflit mondial ce qui ne l’empêche pas de récupérer des destroyers anciennement austro-hongrois et de les utiliser dans l’immédiat après guerre.

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Le Nicolo Zeno classe Navigatori

En septembre 1939, la marine italienne dispose de deux destroyers anciens et de cinquante-sept destroyers modernes soit une flotte comparable à celle de la marine française même si une partie des DCT (Divisions de Contre-Torpilleurs) est déployée dans l’Atlantique loin de la Méditerranée.

Face à la montée en puissance des contre-torpilleurs français qui passent de cinq à huit canons médians, la marine italienne choisit non pas de surenchérir mais de contrer les «French superdestroyer» par de véritables croiseur-éclaireurs, la classe Capitani Romani.

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L’Atilo Regolo, classe Capitani Romani

Elle n’abandonne pas pour autant la construction de destroyers, de caccatorpidiniere mais ces navires sont plus proches des nouveaux torpilleurs français de classe Le Hardi (qui disposent de six canons de 130mm) que des Mogador, des Bayard ou des Bruix.

Dans la période qui sépare la guerre de Pologne du second conflit mondial, la fameuse Pax Armada, la flotte de cacciatorpidiniere de la Regia Marina évolue avec le désarmement des unités les plus anciennes mises en service à la fin du second conflit mondial et juste après la Der des Der.

Toutes les unités désarmées ne sont pas démolies, certaines étant conservés sous cocon avant d’être réarmés parfois comme auxiliaires mais surtout comme patrouilleurs et comme escorteurs même si ils étaient pas forcément très adaptés.

Ce sont pas moins de trente-six destroyers qui sont désarmés au cours des années quarante. Si certains sont démolis d’autres sont conservés en réserve pour être réarmés si besoin est ce qui sera le cas durant le conflit pour servir de patrouilleurs et d’escorteurs en compagnie de navires construits dès l’origine pour cette mission.

Si seulement quatre unités de classe Navigatori sont encore en service, les Freccia (quatre navires 1931/32), Folgore (quatre unités 1932), Maestrale (quatre navires 1934), Oriani (quatre navires 1937), Soldati (douze navires 1937/1939) sont tous encore en service.

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L’Artigliere classe Soldati

Au cours de la période de la Pax Armada, sept Soldati supplémentaires sont mis en service bientôt suivis par douze unités d’une nouvelle classe Palestra, ces navires reprennant les noms des destroyers désarmés, les unités réarmées au cours du conflit étant rebaptisées ou simplement numérotés ce qui ne plaisait pas à tout le monde.

Le conflit engagé, la Regia Marina lance le projet de classe Commandante Medaglie di Oro, des navires baptisés de récipiendaires de la médaille d’or de la marine italienne.

Vingt unités sont commandées mais seulement six seront achevées et mises en service, quatre autres seront abandonnées sur cale, la construction de dix autres n’ayant jamais dépassé le stade de la commande de matériel ou du découpage des premières tôles.

Torpilleurs et navires légers

Si le torpilleur n’à pas bouleversé la guerre navale autant que l’avait espéré la Jeune Ecole il est évident que le Torpidiniere à introduit un nouveau facteur dans le domaine de la guerre en obligeant les gros navires à faire davantage attention aux petits.

Peu à peu les torpilleurs ont pris du poids au point de parfois se confondre avec le contre-torpilleur ou destroyer. Certaines marines ont ainsi fusionné les deux catégories, ne retrouvant qu’ultérieurement deux catégories distinctes (c’est par exemple le cas de la France qui supprime la dénomination contre-torpilleur en 1913 pour la retrouver en 1922 avec la classe Jaguar).

L’Italie outre le développement des vedettes lance-torpilles décide de construire à partir du milieu des années trente des classes de torpilleurs, des navires légers, rapides et bien armés destinés à opérer en Méditerranée.

Cette construction est aussi une conséquence directe du traité de Londres (1930) qui ne limite pas le nombre de navires de moins de 600 tonnes Washington. De nombreux pays vont s’engouffrer dans cette brèche, imaginant posséder un très grand nombre de navires efficaces mais les résultats vont être pour le moins décevant.

Côté italien ces navires sont baptisés torpidiniere di scorta ou torpilleur d’escorte ce qui indique bien leur double rôle à savoir l’attaque des lignes de communication ennemies à la torpille et l’escorte des navires marchands.

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L’Airone classe Spica

En septembre 1939 la Regia Marina aligne trente-quatre torpilleurs, quatre de classe Orsa et trente de classe Spica. Ces navires donnent satisfaction dans leur ensemble et vont être suivis par la classe Ariete construite au milieu des années quarante à seize exemplaires portant le nombre de torpidiniere da scorta à cinquante unités quand éclate le second conflit mondial.

Les pertes dans ce domaine sont très lourdes et l’Italie relance rapidement la construction de ce type d’unités avec huit unités supplémentaires de classe Ariete suivis de seize unités de classe Ciclone soit vingt-quatre unités mais toutes ne seront pas achevées (huit Ariete et huit Ciclone le seront), la marine italienne pressée par les alliés préférant construire des corvettes de classe Gabbiano, des navires plus légers et plus rapides à construire.

Ces navires bien que plus légers et aux capacités moindres sont également classés torpidiniere da scorta. Issus d’un projet de 1935, la classe Gabbiano ne verra le jour qu’au cours du second conflit mondial quand les besoins en escorte deviennent bien plus importants que les besoins en matière de navires de combat du type torpilleur.

Comme souvent dans ces moments là, les commandes sont multiplient dans une sorte de frénésie, de panique. Pas moins de soixante navires sont ainsi commandés à l’automne 1949 mais seulement trente-six seront mis en service, seize étant abandonnés sur cale et huit annulés avant tout début de construction.

A noter qu’outre ces navires, des classes plus anciennes de torpidiniere sont encore en service en septembre 1939, des navires construits notamment au cours du premier conflit mondial, navires qui vont soit être désarmés au cours de la Pax Armada ou alors envoyés en ASI et en AOI pour maintenir vivace la domination italienne.

A côté de ces escorteurs on trouve également des canonnières qui sont parfois que des navires de pêche réquisitionnés et dôtés d’un armement léger pour des missions de patrouille ce qui à au moins le mérite de décharger les navires militaires de missions secondaires.

A côté de ces canonnières nous trouvons quelques sloops coloniaux opérant en AOI comme l’Eritrea mais également des chasseurs de sous-marins et des dragueurs de mines.

Trente-sept dragueurs de mines sont en service dans la Regia Marina en septembre 1939, des unités assez anciennes de 200 tonnes construites entre 1916 et 1926, unités complétées à partir de septembre 1948 par la réquisition de chalutiers ce qui ne compense qu’imparfaitement la construction de véritables dragueurs de mines.

Ces derniers sont inspirés des Minuschenboot (M-Boot) allemands sont plus gros et leur armement plus lourd leur permet de mener des missions d’escorte. Seize grands dragueurs de mines sont ainsi construits peu avant le début du second conflit mondial suivis de huit autres durant le conflit.

Enfin on ne peut passer sous silence le fait que la marine italienne est une marine pionnière dans le domaine des vedettes lance-torpilles, les fameuses MAS. Une trentaine d’unités est ainsi construite entre 1918 et 1936 suivis à la fin des années trente par cinquante unités du type 513.

Aux côtés des MAS, on trouve deux nouveaux type, les MS et les VAS, les premières étant des vedettes lance-torpilles plus grosses, les MAS des vedettes de lutte anti-sous-marine. Si vingt-quatre MS sont construites, seulement 16 VAS sortent des chantiers navals italiens.

La production de ces navires se poursuit durant la guerre, la marine italienne compensant l’attrition de ces grandes unités de surface en se lançant dans une véritable guérilla navale avec vedettes lance-torpilles, sous-marins de poche mais cette stratégie ne fait que retarder l’inévitable.

Sous-marins

Si le sous-marin à fait son apparition dès le début du XIXème siècle et qu’il à participé à la guerre de Sécession avec des succès d’estime, les torpilleurs submersibles de l’époque étaient plus dangereux pour leurs utilisateurs que pour l’ennemi.

Il faut finalement attendre la fin du 19ème siècle pour que le sous-marin efficace apparaisse avec l’action de pionniers de talent comme Maxime Laubeuf et John Holland. Les grandes marines s’équipent de ce drôle d’engin pouvant naviguer sous la surface des flots.

Néanmoins quand éclate le premier conflit mondial les performances au combat du sous-marin sont inconnues. Il faudra l’action des U-Boot de la Kaiserliche Marine pour que plus personne ne mette en doute les capacités de ce type navire à tel point que dans la période 1919/1939 les britanniques essayeront d’obtenir l’interdiction de ce type d’arme, action bloquée par les autres pays qui pour des raisons différentes avaient besoin du sous-marin.

L’Italie n’échappe pas à la règle et en septembre 1939 dispose de cent sous-marins (sept anciens et quatre-vingt treize modernes) sans compter que seize unités sont en chantier.

Durant la période de la Pax Armada, la flotte sous-marine italienne évolue avec le désarmement des unités les plus anciennes et le remplacement par des unités plus modernes.

A noter qu’à la différence des navires de surface les sous-marins ne sont pas conservés en réserve, étant rapidement démolis ou coulés comme cibles, quelques rares unités échappant à ce sort en servant de sous-marin d’entrainement mais elles sont peu nombreuses.

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Le sous-marin Archimede

C’est ainsi qu’entre septembre 1939 et septembre 1948 trente-trois sous-marins sont désarmés (sept de classe Argonauta, huit de classe Sirena, quatre de classe Balilla, quatre de classe Mameli, quatre de cLasse Vittori Pisani, deux classe Settembrini et quatre de classe Squalo).

Durant la période de la Pax Armada, la marine italienne construit plusieurs classes de sous-marins peinant à standardiser sa flotte autour d’un ou deux modèles. Elle va également construire des sous-marins de poche type CA/CB/CM.

Durant la Pax Armada, la Regia Marina va travailler sur des sous-marins de transport mais ces navires ne seront construits que durant le conflit, devant permettre le ravitaillement de l’Africa Septentrionale Italiana (ASI) alors que l’envoi de navires de surface devient de plus en plus hasardeux en raison notamment de la supériorité navale et aérienne alliée.

Ironie de l’histoire quand les premiers sous-marins seront mis en service, la Libye italienne aura succombé aux offensives alliées. Le programme sera donc réduit et les sous-marins en service serviront avec un succès modeste à ravitailler le Dodécannèse et la Sardaigne (six mis sur cale, _deux mis en service, quatre abandonnés sur cale_ six abandonnés avant tout début de construction).

Sur le plan des sous-marins plus conventionnels, huit sous-marins de classe Flutto avaient été commandés avant guerre, quatre étant en service en septembre 1948 et quatre autres en achèvement à flot. Dans le cadre du programme de guerre, seize exemplaires seront commandés mais seulement douze seront achevés, les quatre derniers étant abandonnés sur cale.

L’Italie commande en septembre 1952 une classe de sous-marins à haute performance mais les huit unités commandées ne seront pas mis sur cale avant mars 1953. Ils n’auront même pas le temps d’être baptisés à tel point que certains historiens doutent de leur existence.

Durant le conflit les sous-marins italiens vont subir de lourdes pertes sous les coups des avions, des hydravions, des navires de surface voir même des sous-marins ennemis. Rares sont les unités encore à flot quand l’Italie bascule dans le camp allié en mars 1953.

Quand le conflit se termine en septembre 1954, les rares submersibles encore disponibles sont récupérés par les alliés. Après une évaluation pour la forme ils sont démolis ou coulés au large comme but sonar pour les écoles d’écoute.

Navires de soutien

Comme je l’ai montré à plusieurs reprises, l’arrivée de la vapeur à considérablement augmenté la charge, l’empreinte logistique d’une marine. Au ravitaillement en nourriture et en munitions s’ajoutait le ravitaillement en carburant, le charbon tout d’abord puis le pétrole et tous ses dérivés.

Il fallait aussi prévoir la maintenance et la réparation des navires sans qu’il y ait forcément de bases bien outillées à proximité.

Tous ces facteurs expliquent pourquoi toutes les marines disposaient de navires de soutien notamment des pétroliers pour ravitailler les bases et les navires en carburant et autres produits pétroliers. Le ravitaillement à la mer fait peu à peu son apparition mais dans ce domaine comme dans bien d’autres, la Regia Marina accusera un retard important qui ne sera partiellement comblé au début du conflit.

Outre les pétroliers nous trouvons des cargos pour le transport de charges solides (nourriture, pièces détachées, munitions, équipements divers), des navires-ateliers, des navires-hôpitaux et parfois des navires aussi spécialisés que des bâtiments hydrographiques ou des câbliers.

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Le ravitailleur d’hydravions Giuseppe Miraglia

La marine italienne dispose donc en septembre 1939 de nombreux navires de soutien comme le ravitailleur d’hydravions Giuseppe Miraglia, un navire mis en service en 1928, véritable couteau suisse de la Regia Marina puisqu’il fût également utilisé comme navire-atelier et transport de troupes.

On trouve également les ravitailleurs de sous-marins Pacinotti et Volta mis en service au milieu des années vingt, des navires anciens mais qui étaient encore utiles puisqu’ils étaient encore en service en septembre 1948. Même situation pour le navire de sauvetage de sous-marin Anteo, un navire encore plus ancien puisque mis en service en 1914.

La marine italienne va utiliser également des navires-hôpitaux et des navires d’aide médicale en compagnie de paquebots qui faute de traversées commerciales furent utilisées pour le transport de troupes à travers la Méditerranée.

La marine royale italienne aligne également deux voiliers-école, les Cristoforo Colombo et Amerigo Vespucci. Ces deux navires survivent au conflit mais le second est cédé à la France comme dommage de guerre alors que le premier reprend son rôle de navire-école pour les marins militaires et pour les marines civils. Le yacht royal Savoia survit lui aussi au conflit car utilisé comme navire-hôpital avant d’être utilisé de 1956 à 1994 par Aristote Onassis.

La Regia Marina dispose également de deux câbliers destinés à la pose de câbles télégraphiques mais également à l’arrachage des câbles ennemis, deux navires hydrographiques (utilisés davantage durant le conflit comme mouilleur de mines et transport de troupes), de plusieurs cargos, de transport d’eaux, de quatre remorqueurs de sauvetage et de vingt-un grands remorqueurs.

Quand aux pétroliers, ils sont quinze en septembre 1939, le nombre évoluant peu jusqu’en septembre 1948. Le manque de pétroliers expliquant en partie les pénuries qui vont peu à peu paralyser la flotte italienne.

Les pétroliers civils sont bien réquisitionnés à l’automne 1948 mais cela ne suffira jamais sans compter que les pertes seront toujours bien plus lourdes que les quelques constructions ou réquisition en Yougoslavie et en Grèce.

Durant la période de la Pax Armada quelques navires de soutien sont construits mais leur production n’est pas vraiment prioritaire par rapport aux unités de combat. Quand le second conflit mondial aura commencé cette priorité décroitra encore par rapport aux escorteurs.

Navires amphibies et troupes de Marine

Longtemps les batailles navales ont davantage ressemblé à des batailles terrestres sur l’eau qu’à autre chose. Les galères romaines ou les trirèmes grecques cherchaient l’abordage puis l’infanterie embarquée qu’il s’agisse d’hoplites ou de légionnaires finissait le boulot.

L’abordage resta le principal moyen de remporter une bataille navale jusqu’à l’apparition de l’artillerie qui rendit de plus en plus improbable l’abordage et le combat au corps à corps.

La réalisation de descentes pour détruire les ports ennemis, ravager ses stocks et ses fournitures voir s’emparer de possessions lointaines préserva un temps cette façon de faire la guerre sur les flots.

Voilà pourquoi les marines disposaient de forces d’infanterie à bord des bâtiments, éléments qui avaient aussi un rôle de protection des officiers à une époque où les équipages militaires n’étaient pas forcément réputés pour leur discipline et leur docilité.

Au vingtième siècle on trouve toujours des unités d’infanterie dit de marine en Espagne, en France (même si l’infanterie coloniale issue des compagnies de la mer dépend de l’armée de terre), en Angleterre, au Japon, en URSS et en Italie.

Si le célèbre Bataillon San Marco n’à été créé qu’en 1919, il serait injustement réducteur de réduire l’histoire de l’infanterie de marine italienne à une création aussi tardive.

En effet la première unité d’infanterie de marine de la péninsule italienne remonte au XVIème siècle avec la création des Fanti da Mar (fantassins de la mer) par la république de Venise en 1550.

La filiation directe peut cependant remonter à 1713 avec la création par le royaume de Piémont du régiment La Marina. La dénomination évolue et durant la guerre d’indépendance les fantassins de marine italienne sont baptisés Fanteria Real Marina (infanterie de marine royale), fantassins qui participèrent à l’intervention occidentale en Chine lors de la révolte des Boxer (1900) mais également à la guerre italo-turque (1911/1912).

Durant le premier conflit mondial une brigade navale est mise sur pied sous le nom de Brigata Marina. Cette unité fût composée de marins mais également de soldats de l’armée de terre, participant après le désastre de Caporetto à la défense de Venise.

En remerciement la ville offrit un drapeau avec les armes de la ville dont le saint patron était Saint Marc. La Brigata Marina est ainsi rebaptisée Brigate San Marco même si très vite l’unité fût réduite à un simple bataillon qui participa à la guerre italo-ethiopienne.

Le bataillon San Marco stationné à Venise va cohabiter à partir de septembre 1945 avec la Forza Navale Speciale (FNS), une unité destiné à mener de véritables raids amphibies. Ces deux unités ont des missions similaires mais vont dévelloper une rivalité profonde, le bataillon San Marco traitant la FNS de parvenus et d’amateurs.

Quand le second conflit mondial éclate, les deux unités sont toujours présentes. Des projets de débarquement sont étudiés mais pas poussés jusqu’au bout car beaucoup d’officiers pensent que débarquer sur une côte défendue est impossible, la couteuse expérience des Dardanelles étant encore dans tous les esprits.

Quand la guerre éclate en septembre 1948, le Bataillon San Marco devient une brigade mais la montée en puissance va prendre un certain temps ce qui explique qu’elle ne sera pas engagée avant l’opération Merkur.

Quand à la FNS elle voit ses effectifs augmenter, la force navale spéciale étant dispersée sur de nombreuses îles notamment en Grèce, dans les Dodécannèse, à Lampedusa et Pantelleria pour des missions de garnison moins que de combat ou de raids.

Sur le plan des navires, peu d’unités spécialisées sont construites, la faute comme nous l’avons vu à un scepticisme généralisé sur les opérations amphibies. Néanmoins la marine italienne fait construire dans les années trente un navire de 780 tonnes baptisé l’Adige ainsi que quatre unités semblables formant la classe Sesia.

Après ces constructions, on assiste à quelques constructions expérimentales mais comme elles ne bénéficient d’aucun soutien politique, ces tentatives capotent vite.

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MFP

Durant le conflit les italiens copieront les MFP allemandes donnant naissance aux Motozattere da sbarco (MZ) et aux Motolance da barco. Quelques chalands de débarquement alliés capturés notamment lors de l’opération Merkur ou lors de l’opération Bayard seront réutilisés voir copiés.

Des paquebots et des ferrys seront également transformés en transport troupes mais ils ne seront pas aussi souples d’utilisation que les LSD et les LST alliés.

Quand aux opérations, la Regia Marina ne mènera aucune opération amphibie majeure hors opération MERKUR mais multipliera les coups de sonde, transportant une compagnie ou un bataillon (rarement plus) pour renforcer une garnison ou tenter de récupérer le terrain perdu, le tout avec des succès mitigés.

Aéronavale

L’arrivée du vecteur aérien à naturellement changé le cours de la guerre navale même si l’idée d’une guerre au delà de l’horizon sans que les navires ne s’aperçoivent était encore du domaine de la science-fiction pour les amiraux du début du XXème siècle.

Après la déception des plus légers que l’air, l’apparition des plus lourds que l’air permet aux différentes marines de voir au delà de l’horizon.

La marine italienne va disposer d’unités aériennes composées essentiellement d’hydravions qui seront utilisés pendant le premier conflit mondial pour la reconnaissance, la surveillance maritime et la lutte anti-sous-marine.

Le conflit terminé, le débat fait rage pour savoir si il faut regrouper tous les moyens aériens militaires sous un seul commandement ou laisser l’armée de terre d’un côté, la marine de l’autre disposer chacun d’une force aérienne.

Finalement au grand dam de la Regia Marina c’est la solution unitaire qui est choisit avec la création en 1923 de la Regia Aeronautica qui comme plus tard la Luftwafe va regrouper tout ce qui vole y compris les avions et les hydravions destinés à opérer en coopération avec la flotte.

Cela gêne clairement le développement de l’aéronavale d’autant que pour ne rien arranger Mussolini vante le «porte-avions incoulable» situé au milieu de la Méditerranée censé permettre à l’Italie de se passer de porte-avions alors que la France en déploie deux et que la Méditeranean Fleet en déploie trois.

Il faudra attendre la mise en service du porte-avions Joffre en mars 1943 pour convaincre les amiraux italiens de disposer de navires équivalents. Le Béarn avait bien été déployé en Méditerranée mais sa lenteur excluait son utilisation en compagnie de magnifiques cuirassés et croiseurs construits par la France depuis 1922.

Avec le sister-ship du Painlevé ce n’est plus le même schéma car désormais ce porte-avions pouvait accompagner les navires les plus modernes et ainsi couvrir cuirassés, croiseurs et contre-torpilleurs.

Comme nous l’avons vu deux porte-avions sont commandés, des porte-avions clairement inspirés des Graf Zeppelin allemands dont les plans ont été obtenus de manière détournée, l’Allemagne ayant refusé de transmettre les plans et les «bleus» de manière officielle.

Pour obtenir le soutien de la Regia Aeronautica dans ce choix, un compromis boiteux à été trouvé avec des navires dépendants de la marine et des groupes aériens sous le contrôle de l’armée de l’air ce qui va poser des problèmes de coordination.

Même si à bord les aviateurs et les marins vont plutôt bien s’entendre, dans les hautes sphères les querelles vont se multiplier sur l’utilisation stratégique.

Si la marine voulait davantage utiliser ses porte-avions pour obtenir une supériorité aérienne locale, l’armée de l’air voulait un porte-avions destiné à relayer son action «stratégique», la Regia Aeronautica défendant plus que jamais les théories de Douhet sur «l’air intégral».

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le Junkers Ju-87C « Cäesar » va être utilisé à bord des porte-avions allemands et italiens

Au niveau de l’équipement les avions étaient le plus souvent des versions «navalisées» des avions équipant la Regia Aeronautica. La seule exception est le Junkers Ju-87C allemand même si ce dernier est une version adaptée à l’embarquement sur porte-avions d’un bombardier en piqué terrestre.

Les cuirassés et les croiseurs de la Regia Marina disposaient également d’hydravions embarqués pour la reconnaissance, l’observation, la surveillance, le réglage des tirs de l’artillerie et les patrouilles ASM.

Ces appareils dépendaient eux aussi de la Regia Aeronautica qui les mettaient à disposition de la marine royale italienne.

Outre les classiques hydravions de reconnaissance, l’Italie à développé des hydravions de chasse moins pour répondre à réel un besoin national que pour faire face aux escadrilles d’hydravions de chasse de l’aéronavale française.

La Regia Aeronautica dispose également d’unités d’aviation basées à terre pour la patrouille maritime, la reconnaissance voir l’assaut aéromaritime. Cette aviation de coopération doit en théorie travailler en bonne intelligence avec la marine mais les relations seront toujours assez mauvaises (en dépit d’officiers de bonne volonté de chaque côté) ce qui obéra l’efficacité des reconnaissances maritimes.

En ce qui concerne l’équipement, «l’aviation maritime» italienne ne sera jamais gâtée par des avions et des hydravions souvent dépassés surtout en comparaison avec les aéronefs utilisés par les alliés.

Durant le second conflit mondial, l’aviation maritime italienne se montrera efficace à défaut d’être redoutable.

Les équipages ne manqueront pas de courage _les nombreuses médailles accordées à titre posthume sont là pour le prouver_ mais leur courage, leur témérité, leur audace ne pourra compenser des querelles tactiques et surtout des avions et des hydravions en voie d’être surclassés par leurs adversaires français, américains et anglais.

Quand Rome basculera du côté allié (avril 1953), des unités aériennes opéreront contre les allemands, se montrant très efficaces avec notamment des avions et des hydravions plus modernes.

Ces pertes et ce sang versé participeront à la renaissance des unités aéromaritimes italiennes qui seront sous le contrôle de l’armée de l’air avec des équipages mixtes. Seule différence par rapport à l’avant guerre, le groupe aérien embarqué à bord de l’Italia en attendant les unités d’hélicoptères dépendront directement de la marine.

Bases navales de la marine italienne

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Forme de radoub de Tarente, l’une des deux principales bases de la Regia Marina avec La Spezia

Qui dit marine de guerre dit bases navales et la Regia Marina possède un certain nombre d’installations plus ou moins développées. Possédant 7400 km de côté, l’Italie est particulièrement vulnérable aux offensives ennemies. Avec la conquête de l’Albanie, le nombre de kilomètres passe à 10000km. Quand en AOI, on trouve 4000km sont à surveiller.

En Italie péninsulaire, les deux principales bases sont La Spezia en Ligurie et Tarente dans les Pouilles.

En 1850, Camilio Benso comte de Cavour alors ministre de la Marine décide de transférer la principale base de la marine sarde de Gênes à La Spezia à 100 kilomètres plus au sud. Un comité d’ingénieur est mis sur pied en 1858, la nouvelle base étant inaugurée le 28 août 1869.

En 1861, la Regia Marina récupère les bases de feu la marine des Bourbons de Naples, bases implantées à Naples et à Palerme. Malgré l’acquisition de ces bases, l’Italie décide d’aménager une base parfaitement équipée à Tarente.

Bien que les premiers plans aient été dressés dès 1866, les crédits ne sont débloqués qu’en 1882, les travaux commencent en septembre 1883, aboutissant à une inauguration à l’automne 1889.

Entre 1862 et 1865, une base est implantée à Ancone sur la côte Adriatique et en 1866, l’Arsenal de Venise est récupéré par la marine royale italienne.

Au début du vingtième siècle, les tensions entre Vienne et Rome laisse craindre un conflit entre deux pays en théorie alliés.

Les italiens se préparent à un conflit en Adriatique et prennent la décision de construire une base à Brindisi, travaux qui sont réalisés entre 1908 et 1913. Le premier conflit mondial terminé (1918), la base austro-hongroise de Pola est récupérée par la marine italienne.

Les différentes bases italiennes sont classées en différentes catégories en fonction de leur importance et de leurs capacités. C’est ainsi que les bases de La Spezia, de Naples, de Tarente, de Venise et de Pola appartiennent à la 1ère classe, celles de La Maddalena (Sardaigne) et de Brindisi à la 2ème classe, Messine étant un simple point de ravitaillement.

De 1928 à 1940, de nombreux travaux sont menés pour améliorer les capacités des bases existantes mais également aménager de nouvelles bases.

Si l’Italie métropolitaine n’est pas réellement concernée (l’île de Pantelleria est la seule concernée), les colonies voient l’aménagement de nouvelles installations à Leros (Dodécannèse), Tobrouk (ASI), Massawa, Assab et Chisimaio (AOI).

C’est ainsi qu’au début de la Pax Armada la marine italienne dispose des bases suivantes :

-Bases navales de 1ère classe : La Spezia et Tarente

-Bases navales de 2ème classe : Naples, La Maddalena,Venise,Pola,Brindisi,Leros,Tobrouk,Massawa

-Bases navales de 3ème classe : Cagliari (Sardaigne), Messine, Augusta, Trapani (Sicile), Assab (Erythrée)

-Installations de ravitaillement : Portoferraio (Elbe), Gaète (près de Naples), Reggio Calabria, Palerme,Valona-Saseno (Albanie), Ancone, Pantelleria,Tripoli,Benghazi,Rodi _Rhodes_, Chisimaio (ASI).

Entre 1940 et 1948, deux nouvelles bases sont construites à Assab et Chisimaio pour permettre à la flottille de la mer Rouge de durer le plus longtemps possible. Ces bases sont des bases de 2ème classe.

Si les dépôts et les magasins sont importants, les installations d’entretien sont plus limitées avec quelques ateliers et des docks flottants, docks qui ne peuvent jamais totalement remplacer des formes en dur.

Ailleurs les bases sont modernisées, certaines formes sont agrandies, les dépôts et les magasins voient leurs capacités augmentées.

On modernise également les défenses côtières. Il est impossible pour l’Italie de sécuriser tout le linéaire des côtes. Il faut donc choisir et les défenses côtières privilégient la protection des bases ainsi que des points de passage obligés.

C’est ainsi que La Maddalena qui n’est qu’une base de 2ème classe dispose de défenses côtières très puissantes pour empêcher les alliés de traverser sans problèmes le détroit de Bonifaccio qui sépare la Corse de la Sardaigne.

Les défenses de Messine et de Reggio de Calabria sont également très puissantes pour sécuriser le détroit de Messine entre la Sicile et la Péninsule.

Même chose pour Brindisi et Valona, les batteries côtières qui récupèrent généralement les canons de navires désarmés sont chargées de verrouiller le canal d’Otrante, le point d’accès entre Méditerranée et Adriatique.

En septembre 1948, les structures de la Regia Marina sont de bonnes qualité, bases qui seront des cibles pour les flottes navales et aériennes alliées. Le conflit terminé, les bases sont ravagées par les bombardements, les sabotages et les sabordages.

Dès le printemps 1955 de gros travaux de remise en état sont lancés pour ce qui est encore la Regia Marina. Ces travaux succèdent à la remise en état a minima exécutée par les alliés pour leurs besoins logistiques.

La nouvelle Marina Militare Italiana va concentrer ses moyens à La Spezia, à Tarente et à Trieste qui italienne à la différence de Pola qui deviendra yougoslave sous le nom de Pula. Les autres installations seront désactivées ou réduites à leur portion congrue. Les défenses côtières sont elles démantelées.

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