Italie (12) Regia Marina (2)

La Regia Marina : des origines au premier conflit mondial

Une création précoce et un désastre naval

C’est un paradoxe savoureux mais la marine italienne à vu le jour avant l’état qu’elle était censée servir et défendre. En effet c’est le 17 novembre 1860 que la Regia Marina voit le jour par amalgame entre les marines sardes (royaume de Piémont-Sardaigne), napolitaines, pontificales, toscanes sans compter l’intégration des navires utilisés par Garibaldi dans son expédition des Mille.

A l’origine 75% des navires sont issus de la marine napolitaine, laissant la portion congrue à la marine de feu le royaume de Piémont-Sardaigne. Quant à l’apport des marines toscanes et pontificales c’est de l’ordre du symbolique.

Si sur le papier la fusion s’est faite, dans les faits c’est nettement moins évident. En unissant des marines jadis ennemies, il était impensable de réaliser l’unité en un claquement de doigt. Outre les jalousies entre officiers, il faut prendre en compte les rivalités politiques et idéologiques.

Pour ne rien arranger plutôt que de créer une école navale unique on préfère dans un premier temps maintenir une école navale à Gênes et une seconde à Naples.

Le résultat ne va pas tarder à se faire attendre avec la bataille de Lissa qui montre le chemin à parcourir aux marins italiens pour aboutir à une marine digne de ce nom.

Lissa 20 juillet 1866

Tableau représentant la bataille de Lissa, le Trafalgar de la marine italienne

Cette bataille qui eut lieu le 20 juillet 1866 est encore aujourd’hui bien ancrée dans les esprits avec la présence d’un mouchoir à double nœud.

A l’origine de cette bataille figure ce qu’on à appelé la troisième guerre d’indépendance (après celle de 1848/49 puis celle de 1859) destiné à parachever l’unité du royaume d’Italie. A cette époque l’unité est quasiment complète mais il manque deux choses : Rome protégée par une garnison française et la Vénétie sous domination autrichienne.

Alors que la Prusse cherche à réaliser l’unité allemande à son profit, l’Italie y voit le moyen de récupérer l’ancienne république de Venise. Une alliance est scellée entre Berlin et Florence, devant aboutir à la récupération de la Vénétie.

Seulement voilà rien ne va se passer comme prévu. Non seulement les troupes italiennes sont écrasées à Custozza le 24 juin 1866 mais ce désastre terrestre va se doubler d’un désastre maritime, la bataille de Lissa.

Pourtant en ce 20 juillet 1866, les italiens possèdent la supériorité numérique et technologique, une meilleure position tactique. Ils auraient du gagner mais il aurait fallu pour cela que l’amiral compétent commande les unités de la Regia Marina.

Hélas pour le plus grand malheur des marins italiens, l’amiral compétent se trouve non pas être l’amiral Persano mais l’amiral Tegetthoff.

Pour expliquer ce désastre il faut rappeler que le gouvernement italien à les yeux de Chimène pour la nouvelle Regia Marina. Des budgets importants sont débloqués pour permettre la commande (essentiellement à l’étranger) de navires modernes qu’il s’agisse d’ironclad ou simplement de navires à vapeur.

Seulement voilà posséder des navires modernes c’est bien, l’utiliser avec un personnel compétent c’est beaucoup mieux. Or la marine italienne à grandit beaucoup trop vite. Du haut de ses cinq années d’existence, elle ne possède ni l’expérience ni la compétence pour utiliser efficacement ce matériel dernier cri.

En face la marine autrichienne dispose de navires plus anciens, ses équipages sont composées aussi bien d’allemands que de slaves ou de…..vénitiens mais à la différence des italiens, ces marins ont combattu ensemble ce qui est une donnée majeure face à une marine italienne inexpérimentée.

De plus le chef autrichien est un officier valeur et combatif, un bon tacticien qui à appris le métier à Venise. Il est d’ailleurs capable de se faire comprendre dans toutes les langues.

Tegetthoff

Tegetthoff

L’initiative du combat revient aux italiens. Persano comme on dit se hâte lentement pour chasser les autrichiens de l’Adriatique, laissant le temps à Tegetthoff de rassembler ses moyens pour s’opposer à une flotte ennemie bien plus puissante.

Soumis à une pression importante du gouvernement italien et alors que ses subordonnés conspirent contre lui, Persano décide enfin d’agir mais avec une totale incompétence, divisant ses forces, épuisant son escadre dans de multiples missions au lieu de hiérarchiser les priorités il ne trouve rien de plus intelligent que de changer de navire-amiral en pleine bataille mais sans prévenir ses subordonnés qui ne comprennent pas pourquoi les signaux sont émis d’un autre navire que celui prévu.

Face à une escadre soudée et entraînée, face à un tacticien compétent comme Tegetthoff le résultat est sans appel avec la perte côté italien de deux ironclads et de trois endommagés tandis que les autrichiens n’ont que deux navires endommagés.

Cette bataille voit se produire un événement incongru en ce XIXème siècle à savoir l’abordage du Re d’Italia par le Ferdinand Max, le navire-amiral autrichien. Cet abordage laisse croire aux différentes marines que l’éperon est une arme d’avenir.

Alors que le concept de RETEX n’à pas encore fait son apparition de la pensée militaire occidentale, cette mauvaise analyse de la bataille de Lissa montre qu’à trop se précipiter dans l’analyse on se retrouve à faire de mauvais choix techniques.

En effet l’éperon ne servira pas au cours du combat, étant plus dangereux en temps de paix qu’en temps de guerre, notamment lors de la collision entre le Camperdown et le Victoria.

Heureusement pour les italiens la victoire tactique autrichienne n’aura pas de réelles conséquences stratégiques pour les italiens.

En effet le 3 juillet 1866 les autrichiens ont été écrasés à Sadowa par l’armée prussienne. Elle s’est empressée de négocier, cédant la Vénétie non pas à l’Italie directement mais à la France qui la céda à son tour au royaume d’Italie, laissant un goût amer à bien des patriotes italiens.

De Lissa au premier conflit mondial

Trois ans plus tard, le 17 novembre 1869 l’ouverture du canal de Suez améliore encore le positionnement stratégique de l’Italie entraînant la nécessité de relancer l’investissement pour permettre la Regia Marina de tenir son rang en Méditerranée face aux marines françaises et britanniques.

Il faut pourtant attendre 1871 pour que l’investissement reparte. En effet jusqu’à cette date le nombre de navires en service baisse.

Sept ans plus tard en 1878, une loi est votée pour établir une école navale nationale en remplacement de celles de Gênes et de Naples. Il faudra cependant attendre le 6 novembre 1881 pour que l’académie navale de Livourne (Toscane) ouvre ses portes, devenant rapidement une référence en Europe.

La même année comme nous l’avons vu la France à établit un protectorat en Tunisie, privant l’Italie d’une colonie qu’elle estime lui revenir de droit. Voilà pourquoi en 1882, Rome se rapproche de Vienne et de Berlin. C’est la naissance de la Triplice qui ne va pas tarder à faire pièce à la Triple Alliance.

Sur le plan naval ce n’est qu’en décembre 1900 qu’une première convention navale est signée, convention qui partage les mers entre les différents signataires. C’est ainsi que l’Allemagne reçoit autorité sur la Baltique, la mer du Nord et les accès à l’Atlantique, l’Italie reçoit pleine autorité sur la Méditerranée occidentale, l’Autriche-Hongrie l’Adriatique alors que la Méditerranée orientale est partagée entre Rome et Vienne en dépit de relations houleuses entre les deux pays.

Onze ans plus tard, en 1911/1912, la marine italienne joue un rôle majeur dans la guerre italo-turque, guerre qui voit la conquête de la Tripolitaine, de la Cyrénaïque et du Dodécannèse. Cette guerre voit la Regia Marina être employée pour le transport de troupes et l’appui-feu, ce conflit se caractérisant par l’absence d’une bataille navale majeure. Il faut dire que la marine ottomane est à l’image de l’état qu’elle défend : malade.

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Le croiseur cuirassé Giuseppe Garibaldi

Sur le plan technique, la marine italienne ne se distingue pas vraiment des autres marines. Elle n’est prescriptrice dans aucun domaine, s’équipant de cuirassés à coque en fer puis de cuirassés de type pré-dreadnoughts mais également de croiseurs cuirassés dont un modèle le type Giuseppe Garibaldi sera exporté au Japon, en Espagne et en Argentine.

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En 1903, un officier italien Vittorio Cuniberti publie dans la revue navale Jane’s Fighting Ship un article sur le cuirassé idéal, participant au débat sur l’utilité ou non d’un cuirassé à artillerie monocalibre (all big gun battleship).

Le navire imaginé par Cuniberti aurait déplacé 15000 tonnes, aurait été armé de douze canons de 305mm (quatre en deux tourelles doubles _une à l’avant et une à l’arrière_ et quatre en tourelles simples installées aux quatre coins de la coque), une ceinture blindée de 300mm et une vitesse élevée à savoir 24 nœuds.

Le choix du calibre s’explique par le fait que le canon de 305mm (12 pouces) est pour ainsi dire un calibre standard dans cette catégorie de navires, la protection s’expliquant par le fait qu’on estime nécessaire que le cuirassé soit protégé contre le calibre de sa propre artillerie) alors que la vitesse de 24 nœuds doit permettre au cuirassé de choisir ou pas d’engager le combat.

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Dante Alighieri (1256-1321)

Il faudra cependant attendre 1909 pour que l’Italie aiguillonnée par la décision austro-hongroise de construire quatre cuirassés de classe Tegetthoff décide de mettre en chantier son premier cuirassé à artillerie monocalibre qui reçoit le nom au combien symbolique de Dante Alighieri (1265-1321) en référence au célèbre poète toscan considéré avec son œuvre La Divine Comédie comme le père de la langue italienne, une langue étroitement dérivée du toscan.

Entre 1900 et 1914 les relations entre Rome et Vienne se dégradent et sans l’alliance commune avec Berlin il est probable qu’un conflit aurait éclaté entre l’Italie et l’Autriche-Hongrie pour régler définitivement ou non la question lancinante des terres irrédentes.

Les deux pays sont s’équiper de cuirassés modernes et puissants en vue de décider qui va prendre le contrôle de l’Adriatique mais comme on le verra un conflit se passe rarement comme il à été planifié quelques années auparavant.

La Regia Marina dans le premier conflit mondial

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Le Conte di Cavour

Quand l’Europe s’embrase en août 1914, la Regia Marina aligne onze cuirassés répartis entre trois cuirassés type dreadnought (Dante Alighieri Giulio Cesare Leonardo da Vinci) et huit cuirassés type prédreadnought. A ces navires de première ligne s’ajoute vingt-huit croiseurs dont neuf croiseurs cuirassés, trente-trois destroyers, soixante-sept torpilleurs dont vingt-six de haute mer et quinze sous-marins.

Face à la marine royale italienne la marine royale et impériale austro-hongroise (Koningliche und Kaiserliche Kriegsmarine _Kük Kriegsmarine_) aligne des moyens comparables avec trois dreadnought (Viribus Unitis Tegetthoff Prinz Eugen), un quatrième en construction (contre trois pour les italiens), neuf prédreadnought achevés entre 1902 et 1910, dix croiseurs dont trois croiseurs cuirassés et deux éclaireurs (plus deux éclaireurs en construction), sept canonnières torpilleurs, dix-huit destroyers, soixante-cinq torpilleurs côtiers et sept sous-marins.

Si la France et l’Autriche-Hongrie sont officiellement en guerre à partir du 11 août 1914, l’Italie décide de rester neutre.

Rome va donc assister en spectatrice aux opérations de l’Armée Navale qui cherche à bloquer le canal d’Otrante et empêcher la marine austro-hongroise de passer en Méditeranée mais la Kük Kriegsmarine adopte la stratégie de la flotte en attente.

Cette tactique baptisée Fleet-in-Being à été théorisée par l’amiral américain Alfred T. Mahan, théorie qui voit une marine plus faible rester immobile dans ces ports protégée par des mines et des batteries côtières pour forcer l’ennemi à conserver une partie de la flotte pour surveiller la ou les escadres ennemies, réduisant les options stratégiques à disposition du plus fort.

Le 23 mai 1915 l’Italie déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie mais attendra en guerre contre l’Allemagne qu’à partir du 27 août 1916.

Le 10 mai 1915 une convention navale assure le commandement en chef des forces navales alliées en Adriatique aux italiens qui ont obtenu le soutien d’éléments français et britanniques.

Les éléments alliés envoyés sont essentiellement des navires légers (destroyers, torpilleurs, canonnières, sous-marins) basés à Brindisi et à Tarente. Les cuirassés qu’ils soient italiens, français ou anglais ne participent pas aux patrouilles du barrage, restant en réserve à Tarente, Corfou ou Agostoli.

Il n’y aura cependant pas de combats entre cuirassés en Adriatique, les seuls affrontements opposants croiseurs, torpilleurs et sous-marins, les austro-hongrois lançant vingt-trois opérations contre le barrage d’Otrante entre novembre 1915 et avril 1918.

Ce barrage constitué de harenguiers tendant des filets à mine n’est pas d’une efficacité foudroyante, le barrage étant franchit à 367 reprises par des sous-marins rien qu’en 1917.

Outre les patrouilles anti-sous-marines, la marine italienne effectue des bombardements contre les positions austro-hongroises ainsi que l’évacuation de l’armée serbe (janvier-mars 1916) qui est regroupée sur Corfou puis sur Salonique pour y être réorganisée et ré-équipée.

Alors que les différentes marines espéraient mener une bataille décisive, un glorieux combat d’escadre elles vont mener une guérilla navale épuisante nerveusement et peu glorieuse, la marine austro-hongroise refusant d’affronter des marines qu’elles sait supérieures au moins numériquement parlant.

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Le Leonardo da Vinci naufragé. Il sera relevé mais ne sera pas remis en service

De son côté la Regia Marina va subir des pertes importantes notamment en ce qui concerne les cuirassés avec la perte de trois unités, deux prédreadnought (Regina Margherita Benedetto Brin) et un dreadnought (Leonardo da Vinci). Ces trois cuirassés ont cependant été «vengés» avec la destruction de deux cuirassés austro-hongrois, les Sven Itsvan et Viribus Unitis, à chaque fois avec des armes spéciales et non dans un combat naval classique au canon.

La Regia Marina : traités de limitation navals et rivalité franco-italienne

Le traité de Washington (1922)

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La conférence navale de Washington ouverte en novembre 1921 aboutit à la signature du traité du même nom le 6 février 1922

Quand le premier conflit mondial s’achève l’Italie appartient au camp des puissances victorieuses mais à quel prix tant les pertes humaines et matérielles sont importantes.

Pour ne rien arranger comme nous l’avons vu ces sacrifices n’ont été récompensées ni par une amélioration des conditions de vie des ouvriers et des paysans ni par le respect des engagement du traité de Londres.

La marine italienne à comme nous l’avons vu à subit des pertes assez sensibles et doit être reconstruite tout comme la marine française avec laquelle elle va entamer une véritable rivalité pour le contrôle de la Méditerranée.

Problème les moyens financiers ne suivent pas les ambitions, ambitions de toutes façons contrées par le traité de Washington signé le 6 février 1922.

A l’origine de ce traité figure la volonté de mettre fin à la dispendieuse course aux armements engagée entre le Japon et les Etats-Unis, course qui choque des opinions traumatisées par le premier conflit mondial.

Ce traité est principalement connu par l’interdiction de la construction de nouveaux cuirassés et la limitation des caractéristiques des dits cuirassés à savoir des navires de 10 à 35000 tonnes armés de canons d’un calibre supérieur à 8 pouces (203mm) mais inférieur à 16 pouces (406mm), générant comme nous le verrons une nouvelle course aux armements, une course au croiseur lourd ou croiseur Washington.

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Voilà à quoi aurait ressemblé un cuirassé de classe Francesco Caracciolo

L’Italie ne pouvant disposer que de 182000 tonnes de cuirassés, elle doit abandonner la construction de quatre cuirassés de classe Francesco Caracciolo qui aurait donné à la marine royale italienne des navires aussi puissants que les Queen Elizabeth.

Elle doit aussi désarmer le Dante Alighieri et le Conte di Cavour mais si le premier sera démoli, le second sera préservé en réserve.

Ayant perdu un cuirassé moderne avec le Leonardo da Vinci victime d’un sabotage autrichien, la marine italienne reçoit comme la marine française l’autorisation de construire un cuirassé mais ni Rome ni Paris n’exerceront cette option en raison notamment d’hésitations sur le type de cuirassé à construire (lent ou rapide ? Protection épaisse ou légère ? Quel calibre d’artillerie).

La marine italienne reçoit également comme la France la possibilité de construire 60000 tonnes de porte-avions mais influencée par les idées de Douhet et l’opposition féroce de la Regia Aeronautica, la Regia Marina devra pour un temps remiser ces projets de porte-avions dans un tiroir.

La rivalité franco-italienne comme moteur des constructions navales

Construire une marine c’est bien, construire en sachant pourquoi l’utiliser c’est mieux et comme toujours c’est la géographie et la géopolitique qui dicte bien des choses.

Bien qu’occupant une position centrale, l’Italie est corsetée par le fait que les débouchés de la Mare Nostrum sont contrôlés par des puissances étrangères.

A l’ouest le détroit de Gibraltar sous contrôle britannique verrouille l’accès à l’Atlantique en compagnie de la France qui occupe une grande partie du Maroc, l’Espagne qui contrôle le reste du pays ne représente pas une puissance de premier plan.

A l’est, le canal de Suez est officiellement une voie d’eau internationale mais la société qui le gère est franco-anglaise. On imagine évidement qu’en cas de conflit avec Paris et/ou Londres la marine italienne aurait bien du mal à naviguer dans l’Atlantique, en mer Rouge et dans l’Océan Indien.

Voilà pourquoi comme la marine française (mais pour des raisons différentes), la marine italienne va privilégier le choc et la puissance de feu sur l’autonomie et la protection.

Comme la Méditerranée est une mer étroite, l’autonomie n’est pas une caractéristique vitale à la différence de la puissance de feu puisque la Royale comme la Regia Marina imagine un conflit bref et violent ce qui ne sera pas le cas comme nous le verrons, les guerres se déroulant rarement comme les états-majors les avaient imaginées.

Si je compare la marine italienne à la marine française c’est bien parce que les deux sœurs latines entrent en rivalité pour le contrôle de la Méditerranée.

Il y à certes la Meditteranean Fleet de la Royal Navy (longtemps ce commandement à été plus prestigieux que le commandement des forces navales stationnées dans les eaux nationales) mais il est évident qu’en cas de conflit dans la Mare Nostrum la France jouera un rôle majeur.

Les deux pays vont donc se rendre coup pour coup en matière de construction navale y compris quand Paris et Rome connaissaient une véritable «lune de miel» et cherchaient à signer une véritable alliance diplomatique et militaire.

Comme les deux pays ne veulent pas et ne peuvent pas construire de cuirassés, comme la construction de porte-avions n’est pas une priorité (France) ou n’est pas pour le moment possible (Italie), la rivalité franco-italienne va s’illustrer dans les unités légères, les croiseurs, les contre-torpilleurs et les torpilleurs.

C’est bien simple à chaque construction de l’un répond une construction de l’autre, généralement un navire plus puissant plus rapide (avec de nombreux records de vitesse techniquement assez discutables) voir mieux armé et mieux protégé.

Pour prendre l’exemple du croiseur lourd, les deux pays possèdent en septembre 1939 sept croiseurs lourds aux capacités similaires notamment en terme d’armement avec le choix d’une batterie principale composée de huit canons de 203mm (quatre tourelles doubles).

L’évolution technique est également similaire avec d’abord des navires bien armés, très rapides mais peu protégés puis progressivement des navires moins rapides mais mieux protégés pour être capable de «durer» en mer et survivre à plusieurs engagements.

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Le croiseur léger Giuseppe Garibaldi type Condottieri

Les croiseurs légers font également l’objet d’une rivalité peut être moins visible et moins marquée que les croiseurs lourds notamment parce que les italiens choisissent de construire une classe unique (la classe Condottieri) alors que la flotte française est nettement plus hétérogène avec les trois Duguay-Trouin, le croiseur-école Jeanne d’Arc, le croiseur mouilleur de mines Emile Bertin, le croiseur mouilleur de mines Pluton et les six La Galissonnière.

Dans le domaine des contre-torpilleurs, la rivalité est féroce avec des navires toujours plus puissants, toujours plus rapides (le contre-torpilleur Le Terrible atteint la vitesse de 45.03 nœuds aux essais) mais également toujours plus fragiles.

Cette rivalité aboutit au début des années quarante à de véritables mini-croiseurs, les Mogador, les Bayard et les Bruix côté français disposant de huit canons de 130mm (138mm initialement pour le Mogador et le Volta) alors que les Capitani Romani côté italien disposaient de huit canons de 135mm en quatre tourelles doubles, navires qui n’étaient pas classés cacciatorpidiniere (contre-torpilleur) mais croiseur-éclaireur.

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Le croiseur éclaireur Attilo Regolo de classe Capitani Romani

Dans les années trente, plusieurs tentatives de limitation des armements navals ont lieu. Si ces limitations ont plus de succès que les limitations de l’armement terrestre on ne peut pas dire que le résultat à été flamboyant.

Le premier est signé le 22 avril 1930. La définition de la catégorie croiseur est précisée, un croiseur étant un navire d’un tonnage compris entre 1850 et 10000 tonnes, un armement allant de 130 à 203mm, le type A ou croiseur lourd avec une artillerie supérieure à 155mm et le type B ou croiseur léger avec une artillerie inférieure à 155mm mais supérieure à 130mm.

L’artillerie des porte-avions est limitée à 155mm (ce qui enterre définitivement les projets de cuirassés porte-avions) et si le sous-marin n’est pas interdit au grand dam des britanniques, la reprise de la construction des cuirassés est repoussé à 1936 à l’expiration du traité de Washington.

Le 31 décembre 1934, le Japon et la France dénoncent le traité de Washington (1922) ce qui signifie que ce dernier expirera comme prévu le 31 décembre 1936.

Une nouvelle conférence se réunit à Londres à partir du 9 décembre 1935, aboutissant à la signature du second traité de Londres le 25 mars 1936, traité que ne signe pas le Japon, l’Italie ne le signant que le 16 novembre 1938.

Ce traité limite les caractéristiques des cuirassés à 35000 tonnes avec des canons de 356mm, les porte-avions à 23000 tonnes et des canons de 155mm et les sous-marins à 2000 tonnes avec des canons de 130mm.

Ce traité qui doit rester en vigueur jusqu’au 31 décembre 1942 est muni d’une clause de sauvegarde signée par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France qui permet la construction de cuirassés de 45000 tonnes avec une artillerie de 16 pouces (406mm). Cette clause est activée dès le 30 juin 1938.

Dénoncé le 15 décembre 1940 par la Grande-Bretagne et la France, le Second Traité de Londres expire comme prévu le 31 décembre 1942.

Aucun traité de limitation des armements navals ne sera signé, les différents pays préférant reprendre leur liberté face au conflit qui s’annonce. Les seules limites seront donc techniques et financières.

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