Italie (11) Regia Marina (1)

HISTOIRE ET EVOLUTION DE LA REGIA MARINA

Avant-propos

Si la Regia Marina est née le 17 novembre 1860 (soit avant la proclamation du royaume d’Italie le 17 mars 1861!), l’histoire maritime italienne est nettement plus riche et nettement plus ancienne puisque remontant à l’Antiquité.

En effet Rome à dévellopé de manière précoce une marine injustement méconnue par rapport aux célèbres légions.

Si les voies romaines qui sillonnaient l’Empire pouvaient laisser penser qu’elles étaient empruntées par les légions, la majorité des transports se faisaient par voix maritime en mer sur les grands fleuves, la marine romaine disposant d’une flotte à Misène et d’une autre à Ravenne.

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La Trière ou trirème était le navire de base de la marine romaine

Cette marine à aussi participé à de véritables batailles navales qui eurent un impact majeur dans l’histoire de la République et de l’Empire qu’il s’agisse des batailles contre les carthaginois, dans la lutte contre la piraterie menée par Pompée ou de la bataille d’Actium qui voit le triomphe d’Octave-Auguste sur Marc-Antoine et Cléopâtre.

Au Moyen-Age une partie de l’Italie à été occupée par des «républiques maritimes» qu’il s’agisse d’Amalfi mais surtout de Pise, de Gênes et de Venise.

Ces républiques oligarchiques battirent leur richesse sur un commerce florissant à travers la Méditerranée notamment vers l’Orient mais aussi vers l’Europe du Nord.

Qui dit marine de commerce dit marine de guerre et ces républiques disposaient de navires de guerre, des galéasses et des galères qui jouèrent un rôle majeur dans les croisades avec des conséquences positives et négatives.

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Chaque année depuis une galère appelée le Bucentaure, le doge renouvelait les fiançailles de Venise avec la mer en lançant dans la lagune un anneau d’or. 

Les galères vénitiennes jouèrent un rôle majeur pour tenter de freiner à défaut de stopper l’avancée ottomane, les galères de la Sérénissime étant parfois aidées par des galères génoises, pontificales et espagnoles notamment à Lepante le 7 octobre 1571.

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Andrea Doria

Un grand marin comme Andrea Doria joue un rôle majeur d’abord au profit de François 1er puis au service de Charles Quint.

A ce côté guerrier s’ajoute un rôle majeur des italiens dans les grandes découvertes qu’il s’agisse du vénitien John Cabot de son vrai nom Giovanni Caboto qui decouvre notamment les Grands Bancs et Terre Neuve, du florentin Amerigo Vespucci et surtout de Christophe Colomb qui découvrit l’Amérique.

Il faut cependant ne pas oublier que ces hommes ont servit des états non-italiens, John Cabot pour l’Angleterre, Amerigo Vespucci et Christophe Colomb pour les Rois Catholiques, le premier ayant également servit le roi du Portugal et c’est également le sieur Vespucci qui compris bien avant Colomb que ce qu’ils venaient de découvrir était un nouveau continent et nom une nouvelle route en direction de l’Asie.

En effet à l’époque des Grandes Découvertes les différents états italiens indépendants sont en déclin et bien incapable de se lancer dans cette exploration ultramarine. Elle y avait d’autant moins intérêt que le commerce mondial qui passait par la Mare Nostrum pouvait être détourné par ces nouveaux territoires.

Quand émerge le XIXème siècle, les républiques maritimes de Venise et de Gênes ont disparu mais les différents royaumes se dotent d’une marine propre aux moyens limités.

Le 17 novembre 1860 donc la Regia Marina voit le jour par la fusion des marines du royaume de Piemont-Sardaigne, du Royaume de Naples, des Etats Pontificaux et du Grand-Duché de Toscane, ces moyens s’ajoutant à des navires ayant transporté les chemises rouges de Giuseppe Garibaldi dans le royaume de Naples.

La marine militaire italienne voit donc le jour avant même l’état qu’il est censé servir. Bien que reprenant essentiellement les traditions navales piémontaises et napolitaines, la nouvelle marine manque de cohésion ce qui lui sera fatale lors de la bataille de Lissa le 20 juillet 1866 où l’amiral autrichien Tegetthoff à la tête de navires dépassés l’emporte sur une flotte italienne ayant des navires plus modernes mais mal utilisés et disposant d’équipages peu entraînées.

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Tegetthoff

Cette marine va peu à peu se structurer, créant une académie navale à Livourne pour permettre aux officiers d’acquérir une culture commune.

En ce qui concerne les moyens ceux-ci sont fortement limités par des finances étriquées et un manque de moyens industriels. Comme les autres marines, la Regia Marina s’équipe de croiseurs cuirassés (dont certains sont exportés au Japon, en Espagne et en Argentine) et de cuirassés.

En 1903 Vittorio Cuniberti, un officier italien publie dans la revue Jane’s son cuirassé idéal. Si le sieur Cuniberti avait été britannique, ses idées auraient été rapidement appliquées mais il était italien.

Il ne faut cependant pas faire de Cuniberti un prophète isolé puisque de nombreuses marines y pensent à ce cuirassé à artillerie monocalibre. Il faudra attendre 1909 pour que l’Italie franchisse enfin le pas avec le Dante Alighieri.

D’autres cuirassés vont ensuite être construits permettant à l’Italie de posséder une marine non négligeable, marine sous utilisée durant le premier conflit mondial en raison d’un ennemi _la marine austro-hongroise_ qui se déroba à tout affrontement majeur.

Les italiens menèrent donc une «petite guerre» avec des navires légers, des sous-marins et surtout des vedettes lance-torpilles qui coulèrent deux cuirassés, les Sven Itsvan et Viribus Unitis.

Dans l’immédiat après guerre la Regia Marina souffre de la crise économique et de budgets insuffisants. Invitée à la conférence navale de Washington en novembre 1921, l’Italie obtient la parité avec la France.

C’est le début d’une véritable rivalité entre les deux pays, une construction dans un pays répondant à une construction dans un autre moins dans les cuirassés (construction interdite) ou le porte-avions (les deux pays vont tarder à passer à l’action, l’Italie encore plus que la France) que dans les croiseurs (lourds et légers) ou les contre-torpilleurs.

Sur le plan des constructions, les navires italiens sont rapides mais à l’autonomie faible, le théâtre d’opérations (la Méditerranée) justifiant ce choix, la Regia Marina ne devant opérer ni dans l’Atlantique et encore moins dans le Pacifique.

Ils manquent également de capteurs performants, l’Italie accusant un retard considérable dans le domaine de la détection qu’elle soit aérienne, navale ou sous-marine. Ses canons ont une durée de vie assez faible et leur précision pourrait être meilleure.

Ses cuirassés sont modernes (quatre Vittorio Veneto et deux Carraciolo) et les vétérans du premier conflit mondial (les Andrea Doria et Conte di Cavour) ont été totalement reconstruits.

Ses deux porte-avions inspirés du Graf Zeppelin n’ont rien à envier aux porte-avions français et britanniques déployés en Méditerranée. Ils souffrent néanmoins de deux faiblesses majeures : l’absence d’une stratégie d’emploi claire et des groupes aériens appartenant à la Regia Aeronautica.

Ses croiseurs lourds et légers sont puissants mais leur artillerie souffre de tares communes à tout canon italien à savoir une durée de vie très faible et une dispersion importante.

Les torpilleurs et les contre-torpilleurs sont dans l’ensemble de bonne qualité même si faute de temps, la flotte n’à pas été autant renouvelée que les marins italiens l’aurait souhaité.

Quand aux sous-marins ils sont adaptés à la Méditerranée, rapides en surface mais sont peu discrets en plongée et surtout longs à plonger ce qui les rends vulnérables face à l’aviation.

Néanmoins quand le second conflit mondial éclate en septembre 1948 la Regia Marina est une marine qui compte, la Royal Navy comme la Royale ne faisant pas l’erreur de la sous-estimer.

Et vogue la galère ! Une brève histoire navale de l’Italie

Une marine pour un Empire

L’histoire militaire navale de l’Italie ne commence bien évidement pas avec la création de la Regia Marina. Elle est bien plus ancienne puisqu’elle remonte à la haute antiquité avec la marine de l’empire romaine.

Cette dernière injustement méconnue par rapport aux célébrissimes légions va jouer un rôle capital dans la pacification de la Méditerranée, dans les liaisons entre les différentes régions d’un immense empire et aussi dans le transport des légions car contrairement à une idée reçue le transport de ces remarquables unités de combat se faisait par mer et par voie fluviale, les voies romaines servant surtout pour les liaisons et le transport du courrier.

Elle apparaît au cours du IIIème siècle lors de la première guerre punique où Rome du affronter une redoutable puissance maritime, Carthage pour le contrôle de la Méditerranée occidentale.

Si jusqu’ici la République pouvait se passer d’une marine permanente désormais c’était impossible et la marine romaine se montrera suffisamment efficace pour obliger Hannibal à emprunter la voie terrestre pour passer en Italie lors de la deuxième guerre punique.

Cette puissance ne répose pas fondamentalement sur la puissance de ses rameurs ou la qualité de ses amiraux mais plutôt sur l’efficacité d’une infanterie navale digne des meilleures légions, infanterie qui utilisait une passerelle mobile appelée corvus (corbeau) pour faciliter l’abordage et vaincre l’ennemi au corps à corps.

Comme la marine romaine cherche l’abordage pour l’emporter dans un combat terrestre sur l’eau, ils privilégient la mobilité de leurs navires. C’est ainsi qu’aux lourdes quinquérèmes grecques ils préfèrent les trirèmes nettement plus maniables. Plus tard après la victoire sur Carthage, les romains inventeront un navire appelé liburne, un navire léger à deux rangs de rameur, navires inspirés de ceux utilisés par les pirates illyriens.

Cette marine s’illustre aussi dans la lutte contre la piraterie. Pompée le Grand reçoit les pleins pouvoirs (Lex Gabiana) pour pouvoir nettoyer la Méditerranée de sa piraterie capable d’attaquer le port d’Ostie en septembre 69 a.C. C’est une véritable opération combinée qui est lancée en 67 a.C avec des galères embarquant des détachements de légionnaires pour effectuer l’équivalent de nos «descentes».

Les moyens engagés par le futur triumvir sont colossaux avec plus de 500 navires et 120000 hommes.

Cette campagne n’est pas une simple mission de nettoyage mais une mission très politique car les 20000 prisonniers ne sont pas mis à mort mais utilisés pour peupler des terres inexploitées de Cilicie et d’Achaïe, une politique qui favorise les réditions.

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La bataille d’Actium (tableau de 1672)

Le rôle de la marine devient de plus en plus important au rythme où l’empire s’étend, la présence de la flotte étant constante pour soutenir et appuyer les légions dans leur conquête. Certaines batailles comme celle d’Actium en -31 ont un impact stratégique majeur puisqu’elle consacre la victoire d’Octave-Auguste contre les forces combinées de Cleopatre et de Marc-Antoine.

Outre le soutien aux conquêtes la marine romaine devait veiller à la sécurité des communications contre une résurgence de la piraterie mais également aider à la répression des nombreuses révoltes qui secouaient des territoires longs à pacifier et à soumettre.

L’empereur Auguste réorganise la marine en huit escadres et trois flottilles. Les deux escadres principales sont celle de Misène dans le golfe de Naples et de Ravenne, la première opérant en mer Tyrréhienne, la seconde en mer Adriatique. Ce sont des escadres dites prétoriennes.

Les six autres escadres de moindre importante sont stationnées en Syrie, en Egypte, en mer Noire, en Manche/Mer du Nord, à Fréjus en Gaule et enfin en Libye. Les trois flottilles sont des flottilles fluviales opérant sur le Rhin, le lac de Constance et le Danube.

A partir du règne de l’empereur Hadrien (117-138 p.C) l’ère des grandes conquêtes est révolue et l’empire repu se contente de stabiliser ses frontières en s’appuyant sur deux grands fleuves d’Europe à savoir le Rhin et le Danube, ces deux fleuves étant parcourus par des navires pour stabiliser le limes, le mur-frontière qui commençait à subir une pression de plus en plus forte.

Les opérations sur mer ne sont pas oubliées d’autant qu’à partir du milieu du IIIème siècle p.C avec le début de la période dite de l’Anarchie Militaire les germains se montrent de plus en plus audacieux en mettant sur pied de véritables flottes pour mener des raids qui annoncent les futurs raids vikings.

Avec le déclin de l’empire romain d’occident, la marine romaine se replia de plus en plus sur l’Orient, région plus riche et plus dynamique capable de supporter l’entretien d’une flotte importante.

La marine byzantine va s’inscrire directement dans la lignée de la marine romaine, conservant des galères mais s’équipant de nouveaux navires appelés dromons, navires qui étaient parfois équipés de projecteurs de feu grégois une substance inflammable à l’efficacité redoutable et dont la recette finira par se perdre dans les limbes de l’histoire.

L’émergence des républiques maritimes

Après la chute de l’Empire romain d’Occident en 476, la marine romaine s’est repliée en Orient, laissant l’Occident sans forces navales constituées. Les différents royaumes barbares disposent de navires de combat mais de là à parler de marine constituée il y à un pas que je ne peux franchir.

Il va falloir attendre le début du Moyen-Age et l’émergence des républiques maritimes pour que l’Italie retrouve des marines constituées. Ces républiques oligarchiques qui tirent leur richesse du commerce en direction de l’Orient développe également des marines militaires pour protéger leur marine marchande.

Si Amalfi, Raguse et Ancone ne jouèrent qu’un rôle mineur, Pise, Gênes et surtout Venise vont marquer de leur empreinte la Méditerranée. C’est bien simple les républiques maritimes sont incontournables dans la Mare Nostrum.

C’est ainsi que les navires pisans vont jouer un rôle capital dans la première croisade car si la majeure partie de l’armée croise à traversé l’empire byzantin il fallait amener également le ravitaillement.

Pour les croisades suivantes, Pise va progressivement céder la place à Gênes et Venise, les deux Sérénissimes luttant pour obtenir la maîtrise du fructueux commerce avec l’Orient.

Les Etats latins d’Orient sont totalement dépendants de Gênes et de Venise pour le ravitaillement et le transport des pelerins et des hommes.

L’exemple le plus frappant est la 4ème croisade déclenchée au début du XIIIème siècle. Comme les croisés n’ont pas réunit l’argent réclamé par Venise, la Sérénissime propose aux croisés de la payer en nature.

C’est ainsi que les soldats du Christ vont servir de vulgaires mercenaires au service de Venise, écrasant la ville révoltée de Zadar avant de s’emparer en 1204 de Constantinople, portant un coup fatal à l’empire Byzantin et enterrant définitivement toute possibilité de réunification religieuse entre catholiques et orthodoxes.

Ces différentes républiques maritimes se taillent de véritables empires commerciaux avec des comptoirs où ont lieu de fructueux échanges commerciaux. Dans les villes des Etats latins d’Orient et dans celles de l’empire byzantin, Venise et Gênes disposaient de leurs propres quartiers avec des privilèges judiciaires et fiscaux générant une sourde colère contre les italiens, colère générant son lot réguliers d’émeutes et de violence.

Les trois grandes républiques maritimes majeures Pise, Gênes et Venise vont alterner entre périodes d’alliance et d’affrontement.

Le premier affrontement eut lieu à la fin du 11ème siècle entre Pise et Venise. Les deux républiques maritimes s’opposèrent dans le cadre de la première croisade, les deux escadres s’affrontant autour de l’île de Rhodes.

Cet affrontement n’était pas la loi commune entre les deux républiques. En effet le 13 octobre 1180, Pise et Venise signent un accord pour le respect de leurs zones d’influence respectives. Un nouveau traité est signé en 1206 et quand Florence mettera le siège devant Pise (1494-1509), Venise se portera au secours de la cité rivale de Gênes.

L’affrontement majeur opposa Gênes et Venise. Contrairement à la relation piso-vénitienne, la relation entre les deux Serenissimes étaient en permanence marquées par une rivalité et par une hostilité importante. Une première guerre eut lieu de 1256 à 1270, une seconde de 1294 à 199, une troisième de 1350à 1355 et la quatrième de 1377 à 1381.

A l’issue de cette guerre le traité de Chioggia ne résolu jamais vraiment le conflit même si à terme Venise aux institutions plus stables, à la volonté plus solide et aux capacités industrielles supérieures ne pouvait que l’emporter.

Outre Venise, Gênes s’opposa à Pise. Les deux cités baignées par la mer Tyrrhénienne collaborèrent d’abord pour bloquer l’avancée des sarasins dans le bassin occidental de la Méditerranée mais une fois cette menace contenue la rivalité éclata au grand jour, rivalité qui finira par aboutir à un triomphe génois (bataille de La Meloria 6 août 1284).

Ces républiques maritimes vont rester dominantes en Méditerranée globalement du Xème au XVème siècle. Deux événements expliquent leur déclin : la poussée ottomane en Méditerranée et surtout les Grandes Découvertes dont vont pleinement profiter les puissances ibériques.

Ces grandes découvertes vont ainsi réorienter le commerce mondial, la Méditerranée cessant d’être le cœur battant des échanges commerciaux sans pour autant devenir une zone secondaire.

Grandes découvertes et marins italiens

Paradoxalement, les italiens vont jouer un rôle majeur dans les différentes expéditions lancées à travers l’Atlantique pour trouver un accès à l’Asie par l’ouest puis pour coloniser ce qui est rapidement considéré comme un nouveau continent.

Trois marins italiens vont jouer un rôle capital dans ces Grandes Découvertes à savoir Giovanni Caboto ou John Cabot au service de l’Angleterre, Amerigo Vespucci au service du roi du Portugal puis des rois Catholiques et enfin bien entendu Christophe Colomb, un génois qui après avoir proposé ses services à la France et au Portugal fût chargé par Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon de découvrir une nouvelle route vers les Indes en passant par l’ouest.

En effet comme je l’ai rapidement mentionné dans l’introduction, ces marins italiens se mettent au service de pays autres que les puissances italiennes qui même si elles l’avait voulu auraient été bien incapables de financer de telles expéditions.

Ces expéditions ont des buts essentiellement pour ne pas dire exclusivement économiques à savoir trouver une nouvelle route vers l’Asie et ses richesses. Comme les portugais contrôlent la route par le cap de Bonne Espérance, les autres pays comme l’Angleterre, la France et l’Espagne cherchent à passer par l’ouest.

Comme nous le verrons au lieu de trouver un accès par l’ouest à l’Asie, les grands explorateurs découvriront un nouveau continent baptisé du nom d’un des navigateurs cités plus haut, Amerigo Vespucci donnant son nom à un nouveau continent : l’Amérique.

Ces grandes découvertes permettent aussi de nets progrès en matière technique avec de nouveaux navires adaptés aux océans, de nouvelles techniques de navigation, le progrès en matière de cartographie.

C’est aussi le déclin de la Méditerranée comme cœur du «monde connu» au profit d’un monde davantage centré sur l’Océan Atlantique. Ce déclin est symbolisé par la disparition progressive de la galère à rame au profit du navire à voile.

Lepante ou le chant du cygne de la galère

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Le 23 octobre 1453, les turcs ottomans du sultan Selim II s’emparent de Constantinople mettant fin à un empire romain d’Orient en déclin depuis plusieurs siècles.

Les causes sont multiples et il serait trop long d’en parler ici mais ce qui est certain c’est que désormais les occidentaux, les chrétiens sont seuls face à une puissance apparue au XIème siècle quand les ottomans infligent une terrible défaite à l’empire byzantin, la célèbre bataille de Mantzikert (1071) qui voit la perte d’une grande partie de l’Asie mineure.

Les vénitiens sont en première ligne. Disposant d’intérêts commerciaux très importants dans la région, ils ont joué un rôle majeur dans le déclin de l’empire byzantin. Il serait réducteur de faire de la quatrième croisade (1204) l’alpha et l’omega de la chute de l’empire romain d’Orient mais il est évident que cela n’à pas aidé.

Profitant de la quatrième croisade, les vénitiens se taillent un véritable empire commercial avec de nombreux comptoirs. Ces comptoirs, véritables avant-postes de colonisation ne débouchent pas sur une colonisation de peuplement ou une colonisation coloniale, Vénise n’en ayant ni les moyens ni la volonté, les sujets de la république de Saint Marc étant des marchands et pas des colonisateurs.

Voilà pourquoi l’attitude des vénitiens vis à vis des ottomans à toujours été ambiguë, alternant périodes de conflits et périodes de paix.

Pour faire respecter ses intérêts, Venise se doit de posséder une puissante marine de guerre pour protéger ses navires marchands de toute déprédation. Il en va de la richesse de la Sérénissime et de sa survie économique.

Cette flotte est composée essentiellement de galères, des navires légers et manoeuvrants, utilisant la rame pour se mouveoir et combattre, réduisant la vulnérabilité à l’absence de vent. Ces navires sont produits à l’Arsenal de Venise, premier chantier naval moderne du monde.

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L’Arsenal de Venise fût la clé de la puissance maritime vénitienne. 

Bien avant Ford et Taylor, les vénitiens ont l’idée de standardiser tous les éléments pour faciliter la production de masse. Une véritable chaine de montage est installée pour permettre d’armer suffisamment rapidement le plus de galères possibles.

C’est ainsi qu’en 1570 alors que les possessions ultramarines de la république sont en grand péril, l’Arsenal met à l’eau 100 galères tout équipées en cinquante jours.

Il faut bien cela pour faire face à la pression des turcs. Ceux-ci ne cessent de progresser en Méditerranée orientale. En 1470, les vénitiens ont perdu l’île d’Eubée suivi au début du 16ème siècle par des possessions en Grèce et en Dalmatie. Plus grave le 24 août 1571, la Sérénissime à perdu Famagouste, dernière possession vénitienne sur l’île de Chypre.

Il faut donc réagir et se sachant limitée en terme de puissance, Venise sollicite les autres puissances chrétiennes qui pourtant trainent les pieds pour faire face à cette menace d’une ampleur jamais vue.

Des négociations ont été entamées dès 1570 mais ce n’est que le 25 mai 1571 que se constitue sous l’impulsion du paul Paul V, une Sainte Ligue composée de Venise, de Gênes, des Etats Pontificaux, de l’Espagne et des chevaliers de Malte.

Une puissante flotte se met en place pour contenir voir repousser les ottomans. Si les vénitiens fournissent la majorité des navires engagés qu’il s’agisse de galères ou de galéasses (de gros navires pesant lourdement armés, de véritables batteries flottantes), le commandement est confié à Don Juan d’Autriche, demi-frère naturel de Philippe II.

Don Juan d'Autriche

Don Juan d’Autriche

Le 7 octobre 1571 dans le golfe de Patras sur la côte orientale du Péloponnèse, 206 galères et 6 galéasses affrontent 208 galères turcs commandées par Ali Pacha, un favori de Selim II qui lui à donné une de ses filles en mariage.

Cette bataille est l’apogée et en même temps le chant du cygne de la galère. Mieux entraînées et plus motivées, les galères chrétiennes finissent par l’emporter grâce également à une puissance de feu supérieure. La victoire est éclatante avec 170 galères turques détruites contre 17 chez l’adversaire.

Cette victoire à un retentissement extraordinaire dans le monde chrétienne mettant fin à l’aura d’invincibilité qui entourait les ottomans. Cependant cette bataille sera pour ainsi dire sans lendemain, Venise préférant négocier avec les ottomans pour sauvegarder ses intérêts commerciaux.

Quand à la galère elle allait bientôt rejoindre le musée, cédant la place à des navires mieux adaptés aux nouvelles exigences du combat naval. Si la manœuvre n’est pas totalement abandonnée, la puissance de feu devient primordiale et face au navire de ligne pouvant disposer de plusieurs dizaines de canons.

Quand à la puissance navale vénitienne elle va peu à peu décliner, la république oligarchique s’enfonçant dans un déclin sans fin qu’elle tenta d’enrayer en investissant en Italie, réduisant ses intérêts en Orient.

Plus généralement l’Italie reste à l’écart des affrontements navals au XVIIème et au XVIIIème siècle, les marines des différents états italiens restent à l’écart des grands affrontements navals de l’époque, laissant français, espagnols, anglais et néerlandais se disputer la maîtrise d’une mer qui au final n’est jamais devenue une mer de seconde zone.

Le XVIème siècle c’est aussi le siècle d’Andrea Doria, un grand marin génois. Né en 1466, il fuit une ville indocile et secouée par les querelles de faction en servant de mercenaire au profit de plusieurs monarques européens.

Devenant amiral, il lève huit galères pour traquer les turcs dans le bassin occidental de la Méditerranée. Il sert ensuite la France de François 1er, commandant les galères françaises et bat la flotte impériale en 1524 au large des côtes de Provence.

Quatre ans plus tard il rallie le camp impérial. Il semble que la jalousie des grands officiers français et la non réalisation des promesses vis à vis de Gênes à jouer un rôle clé dans son basculement même si selon certains historiens ce n’était pas si simple.

Il devient ensuite l’homme fort de la cité ligure, mettant fin à une instabilité chronique. A sa mort Gênes lui érige une statue renversée en 1797 ce que déplorera un certain Napoléon Bonaparte qui en matière de grands hommes s’y connaissait.

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