Italie (10) Géopolitique & R.I (1)

GEOPOLITIQUE DE L’ITALIE

Réflexions géopolitiques

Si la Méditerranée n’est plus le cœur du monde depuis le 15ème siècle elle reste une zone stratégique pour le commerce, pour la circulation des hommes et des marchandises.

Les britanniques l’ont bien compris en conservant coûte que coûte Gibraltar et en rachetant au khédive d’Egypte les parts de la société gérant le canal de Suez. Cela permettait de s’épargner une interminable traversée vers l’Extrême-Orient via le cap de Bonne Espérance.

Au sein de la Mare Nostrum, l’Italie occupe une place centrale. L’interminable péninsule allant des Alpes et la plaine du Pô à la Méditerranée centrale mesure 1000km coupe quasiment la mer Méditerranée en deux.

A cela s’ajoute les deux plus grandes îles de la Méditerranée, la Sicile et la Sardaigne, compartimentant un peu plus cette vaste étendue d’eau.

Qui dit îles dit détroits, l’Italie bordant le détroit de Messine entre la péninsule italique et la Sicile ainsi que le détroit de Sicile entre la Sicile et la Tunisie.

On comprend mieux pourquoi la Grande-Bretagne à tout fait pour que la France impose son protectorat sur la Tunisie et que le drapeau vert-blanc-rouge ne flotte à Tunis ou à Bizerte.

A l’est, la péninsule italique est bordée par la mer Adriatique qui sépare l’Italie d’une autre péninsule celle des Balkans, région considérée comme une zone d’influence naturelle pour Rome qui ne cessera de pester contre la volonté allemande de s’intéresser à la Hongrie, la Yougoslavie, à la Roumanie, la Bulgarie voir même la Grèce.

L’Albanie devient certes une colonie italienne (Victor-Emmanuel III est roi d’Albanie) ce qui verrouille l’accès à la mer Adriatique mais ce gain stratégique est futile pour ainsi dire inutile car la mer Adriatique est un véritable cul de sac qui ne sera guère concerné par le second conflit mondial.

Dans le bassin oriental de la Méditerranée les italiens sont installés dans les Dodécanèse, un archipel capturé lors de la guerre italo-turque de 1911/1912.

Cet ensemble d’îles dont la plus grande est celle de Rhodes constitue un point d’appui stratégique mais faute de moyens, l’archipel ne pourra rien faire pour véritablement empêcher les alliés de manœuvrer en Méditerranée orientale.

Enfin il faut ajouter l’Africa Septentrionale Italiana (ASI), la Libye actuelle, une colonie de peuplement mais cette colonie est coincée entre la Tunisie sous protectorat français et l’Egypte sous domination anglaise.

En apparence l’Italie est une puissance incontournable mais si géographiquement elle est particulièrement présente sur le plan politique et militaire c’est nettement moins évident. En clair les avantages géographiques ne seront pas pleinement exploités faute de volonté mais surtout de moyens.

Ces avantages ont leur revers. Avec plus de 6000km de côtes, l’Italie est vulnérable à une marine puissante et en Méditerranée les moyens combinés de La Royale (2ème Escadre à Toulon, 4ème Escadre à Mers-El-Kébir et 6ème Escadre Légère à Bizerte) et de la Mediterranean Fleet sont supérieurs.

A cela s’ajoute l’absence d’une stratégie claire de la part de Mussolini. Vouloir reconstituer l’empire romain c’est séduisant pour la propagande, pour édifier les foules mais c’est difficilement réalisable.

Immédiatement l’Italie va adopter une posture clairement défensive, sa flotte servant de «flotte en attente» (fleet in being) un peu comme la marine austro-hongroise durant le premier conflit mondial. Elle sortira à plusieurs reprises mais évitera toute bataille importante où ses pertes pouvaient être trop sensibles.

Très vite le manque de carburant va peu à peu paralyser la Regia Marina dans ses ports où les navires immobilisés serviront de cibles aux aviations alliés.

Même si il y avait eu suffisamment de carburant, la flotte italienne aurait été rapidement mise en difficulté avec la perte de la Libye, du Dodécannèse, de la Sardaigne et de la Sicile, réduisant la domination italienne à la péninsule italique.

L’Italie et les alliés

Relations franco-italiennes : de l’alliance à l’aigreur

Durant le premier conflit mondial, la France et l’Italie ont été alliées. Il ne faut cependant pas imaginer que les relations antérieures ont été des relations franches et cordiales. En dépit d’une culture latine et d’une longue frontière commune, les relations entre Paris et Rome ont été une succession de lunes de miel et de scènes de ménage.

Si l’on se contente du XIXème siècle, l’Italie à d’abord vu la France comme une puissance pouvant favoriser la si désirée unité italienne avant de la voir comme un obstacle notamment par sa présence à Rome ce qui empêchait la ville éternelle de devenir la capitale du royaume d’Italie.

Napoléon III 13

Napoléon III à toujours eu des relations compliquées avec l’Italie

Malgré ses relations tendues, l’Italie songera sincèrement à soutenir le gouvernement provisoire de la république lors de sa résistance brave mais illusoire contre les armées allemandes. Il n’est pas impossible que le changement de régime (chute de Napoléon III le 4 septembre 1870) ait joué dans cette volonté qui ne se concrétisa pas pour des raisons politiques et financières.

Les relations s’envenimèrent ensuite avec la question coloniale, Paris et Rome visant le même territoire à savoir la Tunisie. La France est la gagnante avec le traité du Bardo (1881) qui aboutit à la mise sur pied d’un protectorat.

L’Italie est furieuse et des poussées galophobes ont régulièrement ceux au sein de l’opinion et de la classe politique. Cela pousse le royaume d’Italie à se rapprocher des empires centraux, le premier traité de la Triplice étant signé en 1882.

Jusqu’en 1902 et la signature d’un accord secret les relations entre la France et l’Italie vont alterner entre la cordialité ou l’hostilité.

Durant le premier conflit mondial, Paris et Rome sont alliés, des troupes françaises opérant par exemple sur le front italien notamment pour revigorer une armée italienne malmenée par les allemands et les austro-hongrois à Caporetto. Des troupes italiennes sont engagées également sur le front occidental.

Le conflit terminé, les italiens ont le sentiment d’une victoire mutilée, ont le sentiment d’avoir été trompés par les alliés notamment sur les territoires que Rome aurait du récupérer. Ce ressentiment va faciliter l’arrivée au pouvoir de Mussolini et de ses séides.

Bien que les deux régimes soit politiquement opposés, la France et l’Italie ne sont pas immédiatement hostiles comme nous l’avons vu à propos de la politique étrangère italienne.

Mieux même l’arrivée au pouvoir d’Hitler pousse au rapprochement entre les deux «soeurs latines», une alliance est même envisagée mais cette volonté de rapprochement se heurtera à la question éthiopienne, la France et la Grande-Bretagne s’opposant à la volonté mussoliniene de s’emparer d’un état africain indépendant.

Si la position de Paris et de Londres à irrité Mussolini ce qui l’à fait basculé dans le camp allemand c’est tout simplement une vision lucide du rapport de force en Europe occidentale. La non-réaction autre que verbale à la réoccupation de la Rhénanie à fait comprendre au Duce que la force et la puissance penchaient du côté de Berlin et non du côté de Paris ou de Londres.

L’arrivée au pouvoir du Front Populaire accentue cette hostilité d’autant qu’au Quai d’Orsay un courant «italophobe» s’oppose à tout rapprochement avec Rome.

Si durant la guerre de Pologne l’Italie choisit d’être en état de non-belligérance, la décennie 1940/48 est bien plus tendue entre Paris et Rome. Sur la frontière alpine plusieurs incidents entre chasseurs alpins et Alpini menacent de dégénérer en conflit ouvert mais à chaque fois la diplomatie parvient à éviter la guerre.

En septembre 1948, les relations franco-italiennes sont particulièrement tendues notamment outre-mer à la frontière tuniso-libyenne et à la frontière entre Djibouti et l’Ethiopie. Il en aurait fallu peu pour que la seconde guerre mondiale éclate en Afrique plutôt qu’en Norvège.

L’Italie se déclare en état de non-belligérance vexée par le refus allemand de transmettre des informations sur l’opération Weserübung mais la France et la Grande-Bretagne persuadée que les italiens vont agir en même temps que les allemands adoptent une posture agressive en Méditerranée.

L’Italie n’à donc pas le choix et doit se déclarer le 7 octobre 1948 en état de belligérance avec la France et la Grande-Bretagne. C’est le début de quatre ans et demi d’une guerre où les victoires seront rares et les défaites nombreuses.

Quand l’Italie bascule dans le camp allié en avril 1953, la France reste particulièrement froide avec son ancienne ennemie. Il semble que sans la présence de Londres et de Washington, le basculement aurait été nettement plus délicat à obtenir.

La coopération sera minimale et les relations tellement tendues que l’état-major interallié veillera à ne pas faire stationner les unités françaises et italiennes côte à côte ou placer sous commandement français des unités italiennes.

Le conflit terminé (avril 1954), la France s’inscrit clairement dans une posture agressive, voulant faire payer le conflit à l’Italie mais les anglo-saxons parviennent à modérer Paris.

Le Traité de paix avec la France signé à Paris le 14 septembre 1957 voit l’Italie céder le Val d’Aoste et payer de lourdes indemnités financières qui seront notamment utilisées pour reconstruire et développer la Corse.

Cela aurait été pire sans l’intervention des alliés occidentaux (l’URSS s’est peu manifestée) car dans une note préliminaire retrouvée dans les archives du Quai d’Orsay la France avait réclamé le Val d’Aoste, l’ile d’Elbe, la Sardaigne ainsi que les colonies italiennes. Les indemnités devaient être bien plus élevées et les moyens militaires sérieusement limités.

Après quelques années de froid polaire entre Paris et Rome, les relations se sont nettement améliorées au point que le Val d’Aoste aurait pu être rendu à l’Italie mais un référendum en 1980 enterra ce projet, les habitants rejettant ce projet avec une large majorité.

Les relations italo-britanniques

Les relations entre Londres et Rome sont bien moins conflictuelles que les relations entre Paris et Rome probablement parce que les intérêts vitaux des deux pays ne sont pas opposés.

Mieux même le régime parlementaire britannique fait office de modèle pour la nouvelle monarchie italienne même si les opposants du Statuto _la constitution du royaume d’Italie_ disaient que le texte avait été importé d’Angleterre dans une mauvaise traduction française.

La rivalité italo-britannique va surtout concerner la question coloniale. Si la France peut installer son protectorat en Tunisie avec le traité du Bardo (1881) le poids de la Grande-Bretagne est indéniable ne serait ce que pour empêcher l’Italie de contrôler les deux rives du détroit de Sicile.

Il n’est effet pas difficile d’imaginer qu’une Tunisie sous protectorat/domination italienne aurait été une menace pour la Mediterranean Fleet puisqu’une escadre italienne à Bizerte pouvait constituer une menace mortelle pour Malte mais surtout pour les liaisons entre le détroit de Gibraltar et le canal de Suez.

Les relations italo-britanniques se tendent nettement durant la guerre d’Ethiopie (octobre 1935-mai 1936) où un conflit armé entre les deux pays aurait pu éclater à tel point que le commandant Lyster proposa un raid d’avions-torpilleurs sur la base italienne de Tarente.

Il y à donc des rivalités coloniales avec quelques incidents sur la frontière entre l’Egypte et la Cyrénaïque ainsi qu’entre la Somalie italienne et la Somaliland britannique.

Ces incidents sont essentiellement dus à des problèmes de carthographie et des disputes sur le tracé exact de la frontière.

Durant la période ultérieurement baptisée Pax Armada les relations franco-britanniques se rapprochent, l’alliance devient non seulement solide mais surtout plus équilibrée. Le temps où la France était à la remorque de sa nany anglaise est bien révolue.

Comme la France est particulièrement agressive et opposée à l’Italie il était illusoire de croire que les relations italo-britanniques pouvaient sincèrement s’améliorer.

Il y eut bien quelques approches mais ces approches furent timides, de simples coups de sonde pour prendre la température sans réelle volonté d’aboutir. Ces approches avaient d’autant peu de chance d’aboutir que le renforcement de la Regia Marina inquiétait sérieusement Londres qui craignait de perdre le contrôle de la voie vitale Gibraltar-Suez.

Néanmoins quand l’Italie bascula dans le camp allié (avril 1953) Londres servit avec Washington d’élément modérateur pour éviter que l’attitude revancharde de Paris n’empêche le basculement ou ne rendre ce basculement improductif.

Le traité de Paris signé le 14 septembre 1957 est ainsi moins dur que prévu, l’influence de Londres y étant pour quelquechose.

Les relations italo-américaines

Même si il y à eu une importante immigration italienne aux Etats-Unis, même si toutes les villes des Etats-Unis avaient leur Little Italy, les relations entre Rome et Washington sont plutôt limitées tant les intérêts des deux pays sont éloignés.

Il faut dire que les américains n’ont que peu d’intérêts en Méditerranée et que là où leurs intérêts vitaux sont en jeu, les italiens sont totalement absents.

Tout juste Washington se montrera sourcilleux sur le respect de la liberté de navigation en Méditerranée ou en mer Rouge. A plusieurs reprises l’ambassadeur des Etats-Unis à Rome, Joseph Kennedy protestera auprès du comte Ciano de l’attitude des autorités italiennes vis à vis des ressortissants américains.

En septembre 1948 quand le second conflit mondial éclate, les Etats-Unis restent neutre, regardant d’ailleurs davantage du côté du Pacifique que du côté de l’Europe et de la Méditerranée. Le commerce avec l’Italie continue au grand dam des alliés qui vont imposer un blocus à l’Italie.

Quand le Japon attaque les Etats-Unis le 21 mars 1950, l’Italie rompt ses relations avec Washington avant de déclarer la guerre le 25 mars.

Les américains vont déployer peu de moyens navals et aériens en Méditerranée mais ne vont pas négliger l’envoi de forces terrestres puisque ce sont neuf divisions américaines qui y sont déployées (cinq divisions d’infanterie dont une de montagne _la seule de l’US Army_ , deux divisions aéroportées et deux divisions blindées).

Sur le plan politique et diplomatique, le poids de Washington sera décisif pour permettre à Londres de modérer la position agressive de Paris vis à vis de Rome. Si le traité de Paris à été si clément, Rome le doit en grande partie à Washington.

Les relations italo-soviétiques

Sur le papier les régimes italiens et soviétiques sont diamétralement opposés occupant les deux extrémités du spectre politique. On pourrait s’attendre à des contacts réduits au strict minimum voir des contacts inexistants mais ce ne fût pas le cas.

En effet sur le plan militaire, l’Italie va vendre plusieurs navires de type destroyer à une URSS ne disposant pas des chantiers navals à la hauteur des folles ambitions du maitre du Kremlin. Des entreprises italiennes vont également vendre des canons de 406mm pour les cuirassés type Sovietsky Soyouz.

Au delà de ces ventes d’armes, les relations entre Rome et Moscou seront inexistantes, divergences politiques et idéologiques oblige.

Quand le second conflit mondial éclatera en septembre 1948, l’URSS resta en dehors du conflit, les relations entre Rome et Moscou resteront pour ainsi dires inexistantes jusqu’au moment où les allemands déclencheront l’opération Barbarossa le 21 juin 1950.

Bien que réticente l’Italie finira par accepter d’engager des moyens militaires importants sur le front de l’est où le comportement des troupes italiennes sera dans l’ensemble honorable voir glorieux pour les unités d’élite (Alpini, Bersaglieri) qui avaient à cœur de justifier leur prestigieuse réputation.

Les troupes italiennes ainsi que les moyens navals et aériens seront rapatriés à l’automne 1952 quand la situation devint critique en Italie.

La seconde guerre mondiale terminée, l’URSS bénéficiera d’indemnités de guerre versés par l’Italie sans compter la récupération de plusieurs navires ayant appartenu à feu la Regia Marina.

Quand aux relations diplomatiques entre la République d’Italie et l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, il faudra attendre 1962 pour qu’elles soient officiellement établies.

Italie,Allemagne et Japon ou quand idéologie et diplomatie ne font pas bon ménage

Relations italo-allemandes ou quand l’élève dépasse le maitre

Les relations italo-allemandes sont (très) anciennes et (très) profondes puisqu’elles remontent au Xème siècle quand naît le Saint Empire Romain Germanique, l’empereur se rendant en Italie pour être couronné roi d’Italie (avec la célèbre couronne de fer des rois lombards) et couronné et sacré empereur par le pape (qui est parfois un antipape aux yeux de l’Eglise).

Ces relations ont été particulièrement conflictuelles qu’il s’agisse de la lutte entre l’empire et les communes lombardes ou de la célébre lutte entre le Sacerdoce et l’Empire qui se termine par une victoire de la papauté mais c’est une victoire à la Pyrrhus, les rèves de théocratie d’Innocent III ou de Boniface VIII se heurtant à la naissance des monarchies nationales.

A partir du XIIIème siècle, l’empereur est de plus un Habsbourg. Cette dynastie venant du nord-ouest de l’actuelle Suisse est davantage attirée par l’Europe danubienne, la plaine de Hongrie et la Bohème.

L’Italie qui n’est à l’époque qu’une expression géographique doit davantage se débattre contre les français et les espagnols que contre les allemands ou les autrichiens. Cela change à partir du XVIIIème quand les Habsbourg s’intéressent à nouveau à l’Italie profitant du déclin espagnol.

C’est surtout au XIXème siècle que l’Autriche domine la péninsule italienne de manière directe ou indirecte, une domination, une pax austria de plus en plus mal acceptée d’autant que cette domination se double d’une politique réactionnaire qui cherche à extirper les «idées nouvelles».

A la fin du 19ème siècle, l’Italie et l’Allemagne réalisent leur unité politique. Si l’Italie s’unit autour de la maison de Savoie et du royaume de Piémont-Sardaigne, le cœur battant de l’Allemagne est le royaume de Prusse qui tranche à Sadowa en 1866 un débat lancinant : klein deutschland (petite Allemagne sans l’Autriche) ou gross Deutschland avec la Prusse et l’Autriche.

Comme les ennemis de mes ennemis sont mes amis, Rome et Berlin se rapprochent, la première cherchant à récupérer la Vénétie alors que la seconde cherche une alliance de revers pour immobiliser des troupes au sud et faciliter une guerre dans la zone danubienne.

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Bataille de Lissa (20 juillet 1866)

Cette guerre est profitable à la Prusse mais désastreuse pour l’Italie qui subit deux revers un sur terre à Custoza et un sur mer à Lissa. L’Autriche s’empresse de demander la paix à la Prusse qui accepte que l’Autriche cède la Vénétie à la France qui la cède à l’Italie ce qui laisse un goût amer aux patriotes italiennes.

En dépit de cette conclusion contrariante, l’Italie scèlle une alliance avec l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie pour plusieurs raisons qu’elles soient idéologiques (le roi Humbert 1er est nettement plus réactionnaire que son père Victor-Emmanuel II et se sent plus proche des empires centraux que de la France), coloniales (volonté de «punir» la France qui s’est emparée de la Tunisie également convoitée par l’Italie) et politiques (en s’alliant avec l’Allemagne, l’Italie espère modérer l’hostilité de Vienne à son encontre).

Cette alliance baptisée Triplice permet à l’Italie se faire une vrai place dans le concert des nations ce qui n’empêche pas Rome de se rapprocher de la France au point de signer en 1902 un accord secret qui désarme en grande partie la Triplice.

Il faut dire qu’à l’époque les tensions avec l’Autriche-Hongrie sont de plus en plus vives à propos des terres irrédentes. Il est plus que probable que sans l’alliance avec l’Allemagne une guerre aurait rapidement éclaté entre Rome et Vienne.

Sans surprise, l’Italie proclame sa neutralité en août 1914, faisant monter les enchères entre la Triple Entente et la Triplice. Finalement en mai 1915 l’Italie rallie le camp de l’Entente, ouvrant un nouveau front au nord-est, un front dont les combats ne seront pas moins violents que ceux du front français.

Fort occupée par le front occidental, l’Allemagne laisse son allié austro-hongrois s’occuper de l’Italie avec des succès pour le moins limité.

Sentant Vienne fléchir, Berlin décide d’envoyer des renforts quantitatifs et qualitatifs sur le front italien. Quantitatif avec l’envoi de divisions fraiches (sept divisions allemandes participent à la bataille de Caporetto) et qualitatif avec l’envoi de troupes d’assaut ou Stosstruppen.

Ces derniers sont des fantassins d’élite. Utilisant le couvert d’une préparation d’artillerie éclair mais terriblement puissante, ces hommes s’infiltrent dans le dispositif ennemi, contournant les points de résistance pour aller le plus loin possible.

Cette tactique va être terriblement efficace à Caporetto surtout face à des soldats épuisés, démoralisés par les pertes abominables causées par des offensives aussi frontales que stupides, d’autant plus stupides que l’Italie n’est entrée en guerre neuf mois après les alliés et aurait pu, aurait du prendre en compte l’échec d’une attaque frontale face à un ennemi retranché et/ou bien équipé en armes automatiques.

Le premier conflit mondial terminé, l’Italie n’à pas de relations particulières avec l’Allemagne. En 1925, elle signe le pacte de Locarno, garantissant les frontières orientales de la France contre une menace allemande.

L’arrivée des nazis au pouvoir ne change pas immédiatement les relations italo-allemandes. Certes Mussolini à une appréciation positive de l’arrivée des nazis au pouvoir mais connivence idéologique ne veux pas dire lune de miel diplomatique.

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Engelbert Dolfuss

Au contraire même dans ce cas précis puisque quand les nazis autrichiens tentent de renverser Millimetternich, le chancelier Engelbert Dolfuss (25 juillet 1934) pour réaliser l’Anschluss, Mussolini envoie quatre divisions au col du Brenner, dissuadant l’Allemagne qui ne possède pas encore une armée puissante d’intervenir.

Les relations vont se réchauffer dans les années suivantes et ce pour plusieurs raisons. La première c’est l’attitude franco-anglaise dans la guerre d’Ethiopie.

Benito Mussolini à été irrité par les positions de Paris et de Londres, notamment dans le vote de sanctions par la SDN même si ses sanctions n’étaient pas très handicapantes, le pétrole n’étant par exemple par soumis à l’embargo et le canal de Suez toujours ouvert aux navires italiens.

La seconde c’est tout simplement que Mussolini s’est rendu compte que la force, la puissance n’étaient plus à l’ouest du rhin mais à l’est, à Berlin et non plus à Paris ou à Londres. Ajoutons à cela des affinités idéologiques et vous comprendrez qu’à partir de 1936 une alliance italo-allemande coule pour ainsi dire de source.

Cette alliance n’est cependant pas une lune de miel, ne faisant pas totalement l’unanimité dans les sphères politiques italiennes, nombre de cadres fascistes craignant de se trouver entraîner dans une guerre où les intérêts vitaux de l’Italie ne seraient pas en danger.

L’Italie adhère ainsi au pacte anti-kommintern, une alliance germano-nippone destiné à se prémunir contre une agression soviétique. Ce pacte devient de toute façonne une coquille vide avec le pacte germano-soviétique qui annule nombre de dispositions (même si ce pacte est à son tour dénoncé en 1945).

Le 22 mai 1939, l’Allemagne et l’Italie signent le pacte d’Acier, un accord dont l’article 3 impose l’entrée en guerre de l’Italie si l’Allemagne entre en guerre qu’elle ait ou non provoqué les hostilités. Mussolini se rassure quand Ribbentrop lui dit que le conflit ne sera déclenché qu’en 1942. L’Italie est donc surprise par le déclenchement de la guerre de Pologne…… .

Cette surprise entraîne à la fois une volonté médiatrice de Rome dans la crise polonaise mais également un statut intermédiaire entre la guerre et la neutralité à savoir la non-belligérance. Ce statut est en contradiction avec le pacte d’Acier mais Berlin persuadé d’en finir rapidement avec les alliés se contente de regretter cette situation.

Néanmoins à partir d’octobre 1939 les pressions pour pousser l’Italie dans le conflit sont de plus en plus importantes. Ciano et Mussolini résistent à ces pressions qui deviennent nulles et non avenues avec la mort d’Hitler dans l’attentat du 9 novembre 1939 et la suspension des hostilités le 15 décembre suivant.

Durant la période de la Pax Armada, l’Italie suit avec attention l’épopée pathétique du triumvirat Himmler/Goering/Borman le tout sous la tutelle sénile du vieil empereur Guillaume II puis de son fils le Kronprinz.

Quand la guerre civile éclate en septembre 1943, l’Italie reste neutre pour préserver l’avenir. Il y à des approches de la part d’émissaires des trois triumvirs mais à part de vagues promesses Rome se garde bien de s’engager plus en avant.

Le Regio Esercito déploie même plusieurs divisions au Brenner officiellement pour des manœuvres mais aussi pour montrer qu’un débordement du conflit ne serait pas toléré. La France, la Belgique, les Pays-Bas, la Suisse et même le Danemark n’agissent pas autrement même si le déploiement de force est nettement moins visible.

Une fois Himmler et Heydrich au pouvoir (mai 1945), les relations germano-italiennes peuvent reprendrent. Elles ne sont cependant pas harmonieuses, les deux H ne cachant pas leur mépris pour les italiens considérés comme des indolents incapables, mépris qui s’appuie bien entendu sur des considérations raciales.

Néamoins realpolitik oblige Berlin est bien obligé de renouer avec Rome ne serais-ce qu’à cause d’une alliance franco-britannique nettement plus profonde, nettement plus équilibrée qu’avant septembre 1939.

Point de nouveau traité cependant. On se contente de mettre à jour le Pacte d’Acier avec un article 3 plus favorable à l’Italie. On se promet une coopération diplomatique, économique et militaire pleine et entière mais au delà des mots il n’y aura que peu d’actes concrets.

Sur le plan diplomatique les deux pays n’informeront pas l’autre de leurs projets militaires, sur le plan économique, les industriels des deux pays freineront des quatre fers pour limiter la coopération au minimum.

Un exemple parmi tant d’autre : l’Italie demandera l’acquisition de machines-outil allemandes pour produite des moteurs d’avions et l’Allemagne refusera en promettant de livrer le nombre moteurs demandé par Rome pour équiper ses avions.

Inutile de préciser que cette promesse ne sera jamais tenue, le nombre de moteurs livrés restant toujours insuffisant pour équiper les cellules produites par les italiens. Même quand les licences seront acquises, la production restera largement insuffisante.

Sur le plan militaire, la coopération ne sera jamais aussi fructueuse qu’espérer en raison comme nous l’avons vu d’un sentiment de supériorité allemand, d’un sentiment d’infériorité italien, les généraux tedeschi méprisant ouvertement leurs homologues italiens jugés (sauf quelques exceptions) comme des couards incapables. Ce sentiment se fait plus diffus aux bas échelons, les allemands respectant les unités d’élite comme les Alpini, les Bersaglieri et les Paracuidisti.

Quand le conflit éclate en septembre 1948, l’Italie adopte le statut de non-belligérant mais ce statut comme nous l’avons vu ne dure pas. Dès le mois d’octobre Rome entre en guerre aux côtés des allemands, rêvant de «guerre parallèle».

Hélas pour eux si l’Italie est mieux préparée que neuf plus tôt, les faiblesses n’ont pas toutes été corrigées. Dans un océan de défaites, quelques victoires seront habilement exploitées par la propagande fasciste alors que le peuple est de moins en moins dupe.

Le 25 décembre 1952, des bombardiers américains partis de Tunisie bombardent Naples provoquant de sérieux dégâts et plus de 600 morts. Une blague ne tarde pas à circuler dans la cité campanienne «Le Duce est tellement fort qu’il est parvenu à obtenir des alliés un feu d’artifice gratuit pour Noël». Inutile de préciser que cette blague ne fait pas rire du tout au palais de Venise.

Les relations italo-allemandes passeront très vite de frais à glacial. Quand en avril 1953, l’Italie change de camp, les allemands occupent le nord de l’Italie, un «Nouvel Etat Fasciste» est mis sur pied mais ce gouvernement restera sans pouvoir ni assise populaire.

Les rapports entre Berlin et Rome sont totalement interrompus par ce changement de camp. Le nouveau gouvernement italien se montre volontariste, souhaite engager des troupes nombreuses sur le front italien mais les alliés (et surtout les français) resteront toujours réservés, limitant l’engagement de la nouvelle armée italienne à des opérations plus symboliques que militairement efficaces.

Relations italo-japonaises

Si les relations italo-allemandes sont anciennes, profondes et souvent conflictuelles, les relations italo-japonaises sont nettement plus récentes et surtout nettement moins profondes, la faute à l’absence d’intérêts communs ou antagonistes.

Certes au XIXème siècle des officiers italiens débarquent au Japon pour entrainer et former la nouvelle armée impériale mais cet impact est limité par rapport à celui de pays envoyant des missions officielles au pays du soleil Levant.

A la fin du 19ème siècle l’Italie songe à se tailler un empire colonial en Asie notamment en Chine mais ce projet n’aboutit pas. Nul doute que Tokyo n’aurait pas laissé faire un tel projet dans ce que le nouveau Japon considère comme son pré-carré.

Les relations dans les années qui suivent ne sont pas très riches. L’Italie et le Japon participent à la colonne de secours des légations assiégés par les Boxer mais cela ne débouche pas sur une véritable alliance.

Même avec la connivence idéologique, les deux pays restent très éloignés les uns des autres. Tout juste peut-on signaler la reconnaissance diplomatique du Mandchoukouo par l’Italie et quelques commandes militaires mais c’est bien peu.

Les plans italiens

Quand on regarde une carte en septembre 1948, l’Italie occupe une place centrale avec une longue péninsule italique, la Sardaigne, la Sicile, l’Africa Septentrionale Italiana (ASI) _future Libye_ , l’Albanie, le Dodécannèse sans compter l’Africa Orientale Italiana (AOI) regroupant l’Erythrée, l’Ethiopie et la Somalie italienne.

Cette position centrale devrait permettre à l’Italie d’avoir un rôle clé, de mener la danse mais cette position centrale n’est pas sans faiblesses.

L’ASI encerclée par la Tunisie et l’Egypte ne peut guère que mener de véritables barouds d’honneur car à la merci d’une double offensive venant de l’est et de l’ouest. Le Dodécannèse est un îlot isolé en Méditerranée orientale que l’Italie aura le plus grand mal à ravitailler.

Si la Sicile peut être ravitaillée sans trop de dangers _tout est relatif_ la Sardaigne est bien plus isolée et à la merci d’une offensive française venue d’Afrique du Nord et/ou de Corse.

Quand à l’AOI elle est totalement isolée, se sachant condamnée à moyenne ou brève échéance car encerclée par des colonies françaises, britanniques et belges même si les moyens militaires déployés sont assez limités.

Cette réalité stratégique est tellement criante que les plans italiens sont pour ainsi dire inexistants, la faute à l’absence d’une stratégie globale qu’aurait pu développer un état-major général que Mussolini veillera à ne jamais créer pour garder un contrôle plein et entier sur l’armée.

Sur le front alpin, les plans sont essentiellement défensifs, rares sont les plans offensifs dressés comme si l’Italie se sentait incapable de forcer la ligne maginot alpine.

Un contournement par la mer est peu probable en raison de la présence à Toulon d’une puissante escadre. On peut imaginer une offensive dans les Alpes Maritimes mais cette possibilité à été anticipée par la France au point que les premiers travaux concernant la «Muraille de France» ont été lancés dès 1928 pour protéger Nice avec l’ouvrage du Rimplas.

En Afrique du Nord, l’ASI est clairement condamnée. Des moyens militaires supplémentaires sont envoyés mais il s’agit de freiner l’offensive alliée plutôt que d’envahir la Tunisie ou l’Egypte.

Italo Balbo

Italo Balbo

A ces subordonnés qui regrettaient une telle posture, Italo Balbo aurait déclaré fataliste «Prendre Le Caire pourquoi faire ? Permettre à Benito de défiler sur un cheval blanc ?». Comme le quadriumvir est mort peu après dans un accident d’avion certains y ont vu une vengeance sanglante du Duce mais jusqu’à aujourd’hui aucune preuve n’à été retrouvée.

Et que dire de l’AOI ? Bien que formant un bloc compact isolant la Côté Française des Somalis et le Somaliland, ce bloc ne peut bénéficier d’aucun soutien venu d’ASI et a fortiori de métropole. Elle devra donc se débrouiller seul, prévoyant une posture défensive ou une posture offensive limitée pour géner l’effort de guerre allié.

C’est notamment le cas de l’Erythrée et de la Somalie italienne qui peuvent géner le passage en Méditerranée de renforts venus d’Inde, d’Australie et de Nouvelle-Zélande. Une flottille de la mer Rouge avec destroyers et sous-marins est ainsi mise sur pied, une flottille du sacrifice car sans possibilité de pouvoir recevoir des renforts venus d’Italie.

Le Dodécanèse va servir de point d’appui pour la Regia Marina pour perturber les lignes de communications alliées qu’elles soient ouest-est entre Gibraltar et canal de Suez ou nord-sud entre l’Egypte et les Balkans.

Si l’envoi d’un cuirassé voir de croiseurs est peu probable faute de maîtrise de l’espace aérien, l’envoi de navires légers pour mener une guérilla navale est plus intéressante, des sous-marins côtiers et de vedettes lance-torpilles pouvant provoquer des pertes sensibles côté allié.

Voilà pourquoi en février 1950, les alliés lancent l’opération CATAPULT, l’invasion et la conquête de l’archipel du Dodécanèse qui sera cédé à la Grèce pour l’inciter à entrer en guerre.

Autant dire qu’après cette description, les chances de victoire de l’Italie sont pour ainsi dire limitées pour ne pas dire plus.

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