Italie (8) Histoire (7)

Marche sur Rome, dictature fasciste et Second conflit mondial (1920-1954)

Un certain Benito Mussolini

Jusqu’à sa mise en minorité et sa mort dans des circonstances troubles en mars 1953 à l’âge de soixante-neuf ans un homme va symboliser l’Italie, le Duce Benito Mussolini.

Mussolini

Né le 29 juillet 1883 à Dovia di Predappio près de Forli en Romagne, Benito Mussolini est issu d’un milieu modeste. Plus tard il se dira «fils du peuple» mais si il n’est pas issu des couches les plus élevées, il n’est pas issu d’un milieu misérable.

Son père est un de ces propriétaires terriens prolétarisés qui s’est reconverti dans l’artisanat et la boutique alors que sa mère est fille de vétérinaire et possède un diplôme d’institutrice. La preuve c’est qu’on parlait italien et non le dialecte romagnol. Les Mussolini sont donc plus proches de la petite bourgeoisie que des classes populaires.

Initié très tôt aux idées socialistes défendues par son père, Benito Mussolini obtient à dix-huit ans en 1900 son diplôme lui permettant de devenir instituteur mais après seulement un an la commune d’Emilie qui l’embauchait refuse de prolonger pour des motifs plus personnels (comportement violent, liaison avec une femme mariée) que politiques.

Il choisit de s’exiler en Suisse en juillet 1902. Il ne rentrera en Italie que pour effectuer son service militaire. Libéré de ses obligations militaires, il vivote comme instituteur et journaliste socialiste.

Gravissant un à un les échelons du Parti Socialiste Italien (PSI), il incarne l’aile révolutionnaire hostile à l’aile réformatrice qui n’hésite pas à soutenir les gouvernements en place.

En juillet 1912, il obtient l’exclusion des leaders réformistes du PSI. Il n’en est pas le chef mais il représente un acteur incontournable rien que par la direction de L’Avanti le journal du PSI dont il quintuple le tirage (de 20 à 100000 exemplaires).

Quand le premier conflit mondial éclate, Mussolini est d’abord neutraliste mais finit par changer de bord en octobre 1914. Cela entraîne son renvoi du journal l’Avanti mais grâce à plusieurs soutiens financiers, il lance le journal Il Popolo d’Italia où il lance une intense campagne en faveur de l’intervention.

En août 1915, il est mobilisé avec sa classe. Affecté à un régiment de bersaglier, le caporal Benito Mussolini combat sur l’Isonzo avant d’être grièvement blessé en février 1917 lors d’un exercice de tir sur le front. Sa guerre à donc été ordinaire, il n’à été ni un héros ni un embusqué.

Quand le conflit se termine, Mussolini est un homme seul, cherchant un courant auquel se rattacher.

Il ne va pas tarder à refaire parler de lui même si en novembre 1918 bien peu aurait pu penser que moins de quatre années plus tard il deviendrait président du conseil à la suite de la célèbre «Marche sur Rome».

Un système politique à l’agonie

Comme nous l’avons vu plus haut, les immenses sacrifices consentis par la jeune (48 ans) nation italienne auraient pu être acceptables si ils avaient été récompensés sur le plan politique et social.

L’économie italienne avait connu une croissance importante mais une croissance largement artificielle, une bulle qui va éclater avec la fin du conflit.

Une politique protectionniste et de hauts tarifs douaniers auraient pu protéger l’industrie italienne mais par un attachement atavique au libéralisme, la classe politique italienne refuse entraînant la faillite de nombreuses entreprises qui ne peuvent bénéficier des liquidités nécessaires.

Ces difficultés économiques et financières s’accompagnent d’une puissante offensive prolétarienne, un mouvement largement spontané lié à la baisse du pouvoir d’achat et au non respect des promesses mais ce n’est pas l’avis des «possédants» qui voit dans ces différents mouvements la main des bolcheviques au pouvoir depuis 1917 en Russie.

A l’été 1919, les grands domaines sont occupés dans le Latium, dans le Midi et dans la basse vallée du Pô.

Ce sont le plus souvent des paysans démobilisés qui plus ou moins encadrés par des syndicalistes socialistes ou catholiques se sont décidés à obtenir par la forces les fruits du terrible sacrifice subit durant le conflit. Cela permet la création de syndicats et de coopératives qui renversent le rapport de force entre paysans et propriétaires terriens.

Les propriétaires terriens laissent passer l’orage mais ne tardent pas à financer des milices privées en attendant d’apporter leur appui au fascisme.

A peu près à la même époque des grèves éclatent dans l’industrie, des grèves qui se politisent et se radicalisent peu à peu. On voit même à Florence la proclamation d’une république des soviets qui va durer trois jours.

En 1920, les grèves reprennent d’abord plus économiques que politiques mais à l’été les grèves prennent vraiment un caractère révolutionnaire.

Les usines sont occupés deux mois mais au final les ouvriers n’obtiendront pas grand chose. Pire, le patronat prend peur et décide tout à la fois de financer le futur parti fasciste et d’utiliser ses bandes armées pour lutter contre les organisations ouvrières et paysannes.

Sauf pour les plus aveugles, il est évident que le système politique italien en place grosso modo depuis la formation du royaume n’est plus adapté.

L’adoption du suffrage universel, les rivalités entre les différentes factions de la classe dirigeante, l’aspiration à un changement profond, le modèle bolchevique rend impossible le retour à la situation d’avant-guerre.

Il règne dans cette Italie d’après guerre un immense vide politique, une instabilité ministérielle encore plus grande qu’avant guerre.

Trois grands courants dominent alors la vie politique, les partis gouvernementaux dont les différences sont limitées, les libéraux, les modérés et les radicaux représentant davantage les différentes couches de la bourgeoisie que de véritables divergences idéologiques, la démocratie chrétienne officiellement de centre-gauche avec le Parti Populaire Italien mais qui recouvre un spectre plus large et enfin le Parti Socialiste Italien (PSI) lui aussi divisés entre réformistes, révolutionnaires (partisans de l’action directe) et enfin la gauche socialiste qui rejette le réformisme sans pour autant vouloir mener l’action directe.

En juillet 1919 le projet de révision constitutionnelle est enterré. Pas moins de quatre gouvernements vont se succéder en trois ans avec notamment le gouvernement Nitti (juin 1920-juin 1921) et le gouvernement Giolitti (juin 1920-juin 1921).

Sous ce dernier gouvernement c’est la dernière tentative de réformes, la dernière période où les choses s’améliore.

Le cours de l’histoire en aurait été-t-il changé ? Probablement pas, les problèmes à résoudre étaient tels qu’il aurait fallu des capacités surnaturelles.

En juillet 1921 à la suite d’élections anticipées défavorables, Gigliotti ouvre une période de quinze mois de crise politique qui allait aboutir à la prise du pouvoir par Mussolini.

Du groupuscule au parti politique : la marche vers le pouvoir

Le 21 mars 1919 est créé à Milan le fascio milanese di combattimento, le faisceau milanais de combat. Le choix de ce nom n’est pas innocent puisqu’il évoque l’unité, l’autorité, la solidarité ainsi qu’une tradition révolutionnaire et spontanéiste qui va des faisceaux de travailleurs siciliens de 1893/94 aux faisceaux d’action révolutionnaire des interventionnistes de gauche.

La véritable réunion fondatrice à lieu deux jours plus tard le 23 dans une salle prêtée par le Cercle des industriels et commerciaux.

Cent-vingt personnes qui adhèrent ce jour sont appelés dans la mythologie fasciste sansepolcristi. On trouve des interventionnistes de gauche, des arditi récemment démobilisés et des futuristes.

Lors de cette réunion du 23 mars décision est prise de créer une organisation nationale logiquement appelés les faisceaux italiens de combat (fasci italiani di combattimento). C’est un réseau plus qu’un parti, une organisation souple où les éléments sont très autonomes ce qui allait bientôt poser des problèmes.

Le programme est assez confus et radical comme beaucoup d’organisation hors système politique où le pouvoir n’impose pas ses contraintes. Très rapidement, le directeur d’Il popolo d’Italia va adoucir le programme qui est forcément imparfait car un compromis entre les syndicalistes révolutionnaires et les nationalistes.

Néanmoins jusqu’à l’automne 1920, les effectifs sont maigres. En octobre 1919 lors du premier congrès on compte 56 faisceaux et 17000 adhérents nombre qui en juillet 1920 à la veille des grèves révolutionnaires passe à 108 faisceaux et 30000 adhérents.

Les faisceaux sont délaissés par leur créateur plus intéressé à l’idée de regrouper la……gauche pour accéder au pouvoir de manière légale. De plus les grands patrons, la bourgeoisie se méfient d’un mouvement dont les attaques contre le capitalisme sentent encore trop le souffre.

Les élections du 16 novembre 1919 sont une véritable catastrophe. A Milan, on promène l’effigie de Mussolini dans un cercueil avant de le précipiter dans le Naviglio. La situation est telle que Mussolini songe à émigrer comme dix-sept ans plus tôt.

D'annunzio

Gabriele D’Annunzio

Ce sont deux événements extérieurs qui vont donner un coup d’accélérateur au mouvement fasciste à savoir le reflux de d’Annunzio (nombre de ses partisans vont rallier Mussolini) et les grèves révolutionnaires qui vont épouvanter le patronat, les grandes propriétaires, la bourgeoisie libérale.

L’argent afflue ce qui permet d’acheter des camions qui vont transporter les squadristes armés par l’armée royale. Il est néanmoins abusif de penser que tous les «possédants» voulait une dictature, un régime autoritaire.

Il semble que comme les conservateurs allemands les soutiens des faisceaux voulaient davantage nettoyer le pays des socialistes et des communistes avant de reprendre les commandes du pays.

Profitant d’un contexte financier favorable, les squadri se font le bras armé de la contre-révolution en agissant d’abord contre les occupations de grandes propriétaires. Elle commence en novembre 1920 quand une municipalité d’extrême gauche à Bologne.

Les squadri composés de chômeurs, de vétérans des arditi, des aventuriers, des extrémistes, des marginaux mais également des recrues venant de nouveaux horizons à savoir des officiers récemment démobilisés et des jeunes gens issus de la bourgeoisie agrarienne et citadine.

Les expéditions punitives sont menées généralement de nuit contre les maisons syndicales, les bourses du travail, tous les lieux occupés par la gauche. Ces assauts ne sont pas contrés par le pouvoir légal qui fait preuve d’une neutralité plus favorable aux fascistes qu’aux organisations de gauche.

Benito Mussolini joue clairement sur du velours. D’un côté il soutien en sous-main ses squadristes mais de l’autre joue avec succès le jeu des élections. Les élections législatives de 1921 voit Mussolini être élu à Milan et Bologne en compagnie de trente-quatre députés. Le discours se veut rassurant et cherche à se concilier aussi bien les possédants que les ouvriers.

Pour cela il faut discipliner les faisceaux ce qui est loin d’être évident car un fossé s’est creusé entre la direction milanaise et les squadristes davantage fidèles à leur chef appelé ras en référence aux chefs éthiopiens. De plus à gauche se créé également des milices armées, les arditi del popolo entraînant un certain nombre d’affrontements dans les rues italiennes.

Comme une guerre civile ne pourrait que ruiner l’objectif final de Mussolini, le futur Duce tente de négocier un accord de pacification avec les socialistes mais cet accord signé le 3 août 1921 sera mort-né.

Aux faisceaux italiens de combat succède le Parti National Fasciste (PNF) dont le congrès fondateur se réunit à Rome en novembre 1921 avec 15000 délégués qui représentent 2200 faisceaux et 320000 adhérents. A cette occasion le fascisme fait sa mue, devenant clairement une idéologie réactionnaire petite-bourgeoise.

Le 1er juillet 1921, Gigliotti démissionne de son poste de président du conseil. L’Italie a laissé passer sa dernière chance. Son successeur Bononi à certes un discours de fermeté en interdisant toute milice armée mais ce discours se heurte à l’inertie, à la mauvaise volonté voir à l’hostilité de l’administration, de la police, de l’armée et de la justice.

Constatant son échec, Bononi démissione en février 1922 laissant sa place à Luigi Facta qui doit faire face à un PNF devenu un véritable mouvement de masse avec 700000 adhérents.

Les fascistes font ce qu’ils veulent d’autant que les partis politiques traditionnels se divisent et se querellent (comme quelques années plus tard en Allemagne), se contentant d’une protestation verbale.

Les syndicats tentent une grève générale le 31 juillet 1922 mais les squadristes joue leur rôle de briseur de gréve et impose la reprise du travail dès le 3 août. Les fascistes ont le pouvoir de facto il ne reste plus qu’à atteindre le pouvoir de jure. La seule question est de savoir si la prise de pouvoir de Benito Mussolini sera légale ou suite à un coup de force.

Très rapidement émerge l’idée d’une «marche sur Rome». Cette idée n’est pas une innovation du fascisme puisque les rebelles fiumains de D’Annunzio y avait déjà songé quelques années plus tôt.

Mussolini hésite. Le fruit est mur mais il hésite à franchit le Rubicon de peur que le système traditionnel se rebife. Les violences se multiplient ce qui pousse probablement Mussolini à agir.

Finalement c’est dans la seconde quinzaine d’octobre que les quadrumvirs (De Bono, Balbo, Bianchi et De Vecchi) mettent au point le scénario d’une marche sur Rome qui doit moins être un coup de force traditionnel qu’un coup de pression, un coup de bluff.

Il est prévu trois points de concentration autour de Rome et coïncidera avec la tenue du congrès de Naples. Le 24 octobre, Mussolini s’adresse devant 40000 chemises noires réclamant clairement le pouvoir avant de regagner Milan où le 27 octobre 1922 il donne l’ordre de marcher sur la capitale.

Ailleurs en Italie les squadristes s’emparent des sites stratégiques (préfectures, commissariats, centraux télégraphiques). La résistance est faible, l’armée ne résistant qu’à Bologne, Ancône et Vérone, ailleurs il y à un vrai flottement où squadristes et soldats se regardant en chien de faïence.

26000 chemises noires marchent sur Rome. Elles sont médiocrement armées et équipées, l’enthousiasme rafraîchit par les trombes d’eau. En face, le général Pugliese aligne 28000 hommes bien armés. Un ordre du roi pour proclamer l’état de siège et la marche sur Rome aurait pu être l’apogée et le déclin du mouvement fasciste.

Seulement voilà dans les coulisses, l’action énergique de De Facta est contrée par des personnes prestigieuses comme le général Diaz. De Facta est remplacé par Salandra qui doit intégrer des fascistes à son cabinet mais Mussolini refuse d’être un simple second, refuse le poste de ministre de l’Intérieur.

Le 29 octobre 1922 au soir, Mussolini quitte Milan pour Rome afin de prendre la tête du gouvernement. Pour fêter cela, les squadristes incendient le siège du journal socialiste L’Avanti !

Le régime libéral mis en place au moment de l’unité est mort. Il va cependant falloir attendre quelques années avant que la dictature soit vraiment mise en place.

La mise en place d’une dictature, le fascisme italien maitre-étalon des états totalitaires

Plus tard le fascisme à décrit la prise du pouvoir par une lutte acharnée contre le bolchevisme mais cette légende enjolive la réalité. En effet, Mussolini et ses séides ont profité de la décomposition d’un système politique mis en place lors de l’unification et qui à été incapable de répondre aux problèmes structurels de l’Italie, problèmes structurels aggravés par le premier conflit mondial et ses conséquences.

La bourgeoisie au pouvoir effrayée par le bolchevisme et ses exactions à vu dans Mussolini et ses squadristes le moyen de se débarrasser de cette menace. Cependant il est peu probable qu’elle souhaitait une véritable dictature fasciste.

Tout juste aurait-elle souhaité un renforcement de l’exécutif pour mettre fin à la menace socialiste et communiste. Mussolini bien évidement ne voit pas les choses de la même façon et souhaite établir un régime personnel.

En attendant, il lui faut rassurer, faire avancer ses pions en profitant de la popularité dont lu jouit auprès d’une opinion publique qui lui sait gré de vouloir mettre fin à l’incurie gouvernementale et la stérilité des jeux parlementaires.

Le premier gouvernement n’est pas totalement fasciste puisque le PNF ne contrôle que les ministères de la Justice, des Terres Libérées, les Finances, Mussolini s’occupant de l’Intérieur et de l’intérim aux affaires étrangères. Les non fascistes sont donc majoritaires avec des nationalistes, des monarchistes et des libéraux.

Le 31 octobre 1922, Mussolini ordonne aux chemises noires d’évacuer la ville pour ne pas effaroucher l’opinion publique.

La modération du futur Duce rassure les puissances étrangères comme l’opinion, les ralliements se multiplient y compris d’anciens adversaires comme Gigliotti. Mussolini obtient l’investiture par 306 voix contre 116.

Cependant tout en se montrant modéré et respectueux du jeu politique traditionnel, Benito Mussolini prépare l’avenir en créant des institutions parallèles comme le Grand Conseil du Fascisme,la Milice Volontaire pour la Sécurité Nationale (MVSN), des commissaires politiques aux pouvoirs étendus. Une répression brutale s’abat sur les adversaires les plus acharnés du fascisme.

A l’automne 1923 une nouveau loi électorale est votée pour donner la majorité au PNF et à ses alliés. Les premières élections ont lieu en mai 1924, les subsides de la grande industrie et les violences squadristes permet à la listone (coalition dominée par les fascistes) d’obtenir 65% des voix et 375 sièges.

Giacomo Matteoti

Giacomo Matteoti

Il s’en fallu de peu pour que le nouveau régime trébuche à cause d’un mort, la mort du député socialiste Giacomo Mateotti enlevé le 10 juin 1924 et assassiné, ce député ayant accusé Mussolini et les fascistes de violations de la liberté électorale et de diverses malversations.

Mussolini a-t-il donné l’ordre de faire taire Mateotti ? La question divise les historiens encore aujourd’hui. Ce qui est sur c’est que les squadristes dirigés par Amerigo Dumini travaillaient pour un des quadrumvirs à savoir De Bono. Les assassins de Mateotti sont condamnés en mars 1926 à des peines légères et immédiatement amnistiés.

Le régime tangue et vacille, l’opposition reprend du poil de la bête. Mussolini laisse passer l’orage, fait quelques concessions tactiques. Il reprend la main avec l’aide de la majorité et du roi. Le 3 janvier 1925, Mussolini prononce un discours qui est considéré comme l’acte fondateur de la dictature fasciste.

Des lois renforce la maitrise de Mussolini sur l’Italie. En novembre 1926, Mussolini est victime d’une tentative d’attendat à Bologne, l’oeuvre de Zamboni visiblement manipulé par la police ce qui permet la rédaction et le vote des tristement célèbres «lois fascistissimes».

Ces lois achèvent de supprimer toute liberté, annulaient tous les passeports, supprimaient la totalité des journaux antifascistes et prononçaient la dissolution des partis et organisations susceptibles de mener une action contre le régime.

Une police politique, l’OVRA est mise sur pied tout comme un Tribunal spécial de défense de l’Etat. On peut considérer que fin 1926, quatre ans après la marche de Rome la fascisation de l’Etat italien était pour ainsi dire achevée.

L’Italie est-elle devenue une véritable dictature fasciste, un véritable régime totalitaire. On pourrait faire une réponse de normand en disant oui et non.

Si la réalité du pouvoir est aux mains de Mussolini, les institutions mises en place en 1848 (!) sont toujours là, la monarchie préservée, le roi pouvant révoquer le chef du gouvernement. Victor-Emmanuel III peut s’appuyer sur la fidélité des chefs de l’armée.

Luigi Cadorna

Victor-Emmanuel III

Ce pouvoir important n’est cependant pas utilisé par le troisième roi de la dynastie visiblement par la crainte du vide, par la crainte que la chute du régime fasciste n’entraîne celle de la monarchie ce que connaîtra dans un contexte différent son petit-fils Victor-Emmanuel IV.

Le Sénat dont les membres sont nommés par le roi est d’une docilité, d’une servilité de domestique sauf rares exceptions, la majorité se contentant de profiter des honneurs et des avantages accordés par un régime qui exalte la Rome antique où le Sénat jouait un rôle majeur.

La Chambre des Députés est devenue une simple chambre d’enregistrement avant d’être totalement neutralisée par la loi électorale de 1928, les quatre cents candidats étant choisis par le Grand Conseil du fascisme sur une liste de 1000 noms dressée par les corporations et les associations culturelles. Elle s’auto-dissoudra en janvier 1939 remplacée par une chambre des faisceaux et des corporations dont les membres sont inscrits et non plus élus.

Mussolini est le seul maître à bord, le roi ne faisant qu’entériner les décisions prises par le Duce qui peut légiférer par décrets-lois sans passer par le parlement, sa fonction de ministre des Corporations lui permettent de disposer de larges pouvoirs économiques.

Le chef du gouvernement est assisté par la Grand Conseil du Fascisme dont les pouvoirs sont considérables en dressant la liste des candidats à la Chambre des députés, nomme le secrétaire et les membres de la direction du parti dont il fixe les objectifs et le statut politique.

Il doit se prononcer sur les projets de loi à caractère institutionnel et en cas de vacance du pouvoir de proposer au roi une liste de candidats pour la nomination du chef de gouvernement.

La loi du 25 juillet 1928 fait disparaître toute forme d’autonomie locale, tout organe électif au profit de représentants désignés par l’éxecutif et responsables devant lui seul. Ils sont recrutés parmi les fascistes les plus surs.

Les assemblées qui assistent ces fonctionnaires d’autorité comprennent des représentants du ministère de l’Intérieur et des délégués désignés par le parti. La commune est administrée par un podesta lui aussi nommé par le gouvernement.

Pour éviter la confrontation entre le parti et l’Etat, Mussolini décide de créer la Milice, une véritable garde nationale dont les effectifs passent de 200000 hommes en 1926 à 800000 en 1939.

Reste la question de savoir si le parti doit être un parti de masse ou une élite. Après avoir laissé les adhésions se multiplier, Mussolini charge Giuriati, un ancien dannuzien de purger le parti qui passe d’un million de membres en 1929 à 660000 en 1931 date à laquelle il est remplacé par Achile Starace, véritable créature de Mussolini qui voit le PNF atteindre le chiffre de 2.5 millions de membres en 1939.

Un tel chiffre ne peut que comprendre des adhésions de pure forme, la carte du parti devenant la tessera del pane (la carte de pain) et le sigle PNF «Par Nécessité Familliale».

Si les adultes pouvaient se montrer indociles, les jeunes sont encore largement maléables. La société va être totalement militarisée, encasernée, encadrée pour aboutir à l’homme nouveau.

Une organisation nationale de la jeunesse est créée dès1931, l’Opera nazionale Ballila. A quatre ans ils étaient inscrits chez les Fils de la Louve avant de passer six ans (8-14 ans) dans les formations paramilitaires (Balilla pour les garçons, Petites Italiennes pour les filles). De 14 à 18 ans les garçons étaient envoyés chez les avanguardisti alors que les filles étaient envoyées chez les Jeunes Italiennes.

A 18 ans, garçons et filles s’entraînent chez les Jeunesses Fascistes, les étudiants ralliant eux les Groupes Universitaires Fascistes. En 1937 toutes ces organisations qui dépendaient du ministère de l’Instruction publique passent sous la coupe du parti et sont regroupés au sein de la GIL (Gioventu italiana del littorio).

Leur action essentielle est la préparation physique et morale en vue de la future guerre, les GUF étant davantage destinés à servir de creuser intellectuel et idéologique.

Une fois adulte, l’Italien était intégré dans les multiples associations professionnelles ou syndicales fascistes. Même les loisirs étaient gérés par une organisation dépendant du parti à savoir l’Opera nazionale Dopolavoro.

La presse, la culture et la propagande sont bien évidement surveillées avec un ministère de la Presse et de la Propagande qui devient en 1937 le ministère de la Culture populaire.

L’école était également fascisée, les instituteurs donnaient leurs cours en chemise noire et en 1931 les professeurs d’université furent obligés de prêter serment au régime pour conserver leur poste, seulement 13 professeurs sur 1250 refusèrent de le faire.

On peut légitimement se poser la question idéologique. En clair, le fascisme a-t-il été une véritable idéologie structurée avec ses idées, ses codes et ses pratiques ou une idéologie opportuniste et pragmatique ?

Il semble aujourd’hui évident pour les historiens que le fascisme italien possédait une idéologie, une culture, un système d’encadrement et de formatage des masses. Ce sont les éléments du fascisme-régime qui enterrent définitivement l’idée que le régime mis en place en Italie à partir de 1922 est une simple dictature personnelle, un mussolinisme.

Le fascisme est clairement un totalitarisme et pas un épigone supplémentaire de la réaction et de la contre-révolution. Un peu comme l’Allemagne nazie, le IIIème Reich n’était pas un IIème Reich radicalisé.

En voulant créer un homme nouveau, un homo fascistus le régime de Mussolini s’inscrit clairement dans un totalitarisme comparable au nazisme et au communisme. La figure idéale est celle du «citoyen-soldat», élevé conformément au commandement unique et intangible de la religion fasciste «CROIRE OBEIR COMBATTRE» dans le but de créer une société guerrière.

La politique de masse du régime dans tous ses aspects de l’instruction à l’organisation du travail et du temps libre fût conçue et mise en œuvre comme une activité constante de pédagogie totalitaire appliquée aux italiens dès la naissance.

L’idéologie fasciste s’inscrit d’abord par son opposition à l’ordre politique et sociale ancien. Elle s’oppose aux valeurs des Lumières, à la démocratie représentative.

C’est le rejet de l’individualisme, des droits de l’homme, le culte de la raison, la foi dans les progrès matériels et moraux des sociétés humaines. C’est aussi le rejet du droit au bonheur économique, l’aspiration à la paix universelle. Clairement le fascisme est une idéologie guerrière, une idéologie impérialiste, une idéologie née dans la boue des tranchées.

Il serait abusif de dire que sans le premier conflit mondial il n’y aurait pas eu de fascisme mais ce qui est certain que l’influence de la «Der des Der» à été décisive ne serais-ce que dans son aspect extérieur (culte de la virile camaraderie, parades, uniformes).

En février 1929, Mussolini règle enfin la «question romaine». Comme nous l’avons vu plus haut depuis 1870 et la prise de Rome, les différents papes se considéraient comme prisonniers à Rome refusant toute relation officielle avec le royaume d’Italie.

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En signant les accords du Latran, le pape Pie XI (1922-1939) met fin à la question romain et règle une querelle vieille de cinquante-huit ans ! 

Les accords du Latran règlent cette épineuse question après trois ans de négociations. Le Saint Siège obtient la pleine souveraineté sur la cité du Vatican en échange de quoi le pape renonçait au pouvoir temporel et reconnaissait le royaume d’Italie avec Rome comme capitale.

Les accords de Latran c’est aussi un accord financier (750 millions de lires d’indemnité pour la perte des Etats Pontificaux plus des titres de rente représentant un capital de un milliard portant 5% d’intérêt). Un concordat est signé peu après donnant à l’Eglise catholique une place privilégiée.

Cet accord s’inscrit dans une période où le fascisme bénéficie d’un véritable consensus populaire, une idée qui à longtemps fait horreur aux historiens mais qui est aujourd’hui admise, le seul débat portant sur la profondeur du dit consensus.

Alors certes l’appareil policier et la propagande ont joué un rôle majeur cela n’explique pas tout et on comprend pourquoi l’opposition politique ne pouvait être qu’inaudible.

Non seulement elle était divisée sur les objectifs et les méthodes mais en plus beaucoup de ses leaders appartenaient aux partis au pouvoir avant 1922, partis totalement discrédités aux yeux des italiens.

Après l’atomisation de l’opposition, les rares militants encore en liberté choisissent de noyauter les organisations syndicales fascistes, un long processus peu spectaculaire mais visiblement plus efficace à long terme comme le prouvera le cours du conflit.

A partir de 1936, le régime mussolinien se radicalise mais il serait abusif de penser qu’il est lié uniquement au rapprochement avec l’Allemagne nazie.

La mise en sommeil des objectifs révolutionnaires du fascisme, son incapacité à faire reculer l’hégémonie culturelle des anciennes élites, les résistances opposées à la fascisation de l’école, de la culture et de la jeunesse explique aussi cette radicalisation tout comme la volonté de Benito Mussolini de reprendre la main.

En effet à l’époque les nouvelles élites et les élites issues de l’ancien régime libérale commencent à fusionner au bénéfice des seconds. La radicalisation du régime semble être une réponse à cette fusion dont Mussolini pouvait craindre les conséquences à long terme.

Cette radicalisation est illustrée par la vote en 1938 d’une législation antisémite qui fait des juifs italiens des citoyens se seconde zone. Rome n’est cependant pas allé jusqu’à l’extermination des israélites probablement parce qu’il y a eu de nombreuses résistances, de nombreuses réticences.

Mussolini aurait engagé son régime dans la voie de la radicalisation totalitaire dans le but de renforcer la cohésion du corps social.

L’alignement sur l’Allemagne nazie, le durcissement du totalitarisme, le ridicule des pratiques imposées au nom de la «coutume fasciste», la corruption généralisée, la politique belliciste, les effets de l’autarcie sur le niveau de vie des populations, tout cela à contribué à érodé le consensus passif des masses italiennes et à réveiller les oppositions.

Si l’antifascisme traditionnel était trop faible, les menaces venues de l’Eglise et des monarchistes étaient à prendre au sérieux.

Même les jeunes fascistes commencent à s’agiter, déçus par le décalage entre l’espérance suscitée par la «révolution fasciste» et une réalité beaucoup moins intéressante entre le conformisme, la rhétorique, la corruption généralisée, le favoritisme et la lutte des clans.

Nous venons de voir la mise en place d’une dictature, d’un régime totalitaire. Maintenant qu’en est-il de la politique extérieure ?

Alliés ou allemands quel choix pour Rome ?

Jusqu’en 1926, l’Italie absorbée par ses problèmes intérieurs se comporte globalement en puissance respectueuse du nouvel ordre international. Mussolini suit ses diplomates, son unique tentative autonome (bombardement et occupation de Corfou en 1923) s’étant heurté à la détermination britannique.

A cette époque l’Italie reste proche de la France et de la Grande-Bretagne, Mussolini ayant soutenu la première dans l’occupation de la Rhur. Rome adhère même au pacte de Locarno garantissant les frontières orientales de la France. On assiste également à une véritable détente avec la Yougoslavie puisqu’un traité signé en 1924 règle la question de Fiume.

A la fin de 1925, il semble que l’Italie soit prête à apporter son soutien aux champions de la détente et de la sécurité collective.

Tout change en 1926 probablement parce que Mussolini se sent assez fort pour suivre sa propre politique étrangère. Le nouveau régime regard vers l’Europe orientale et les Balkans où il se fait le champion de la révision des traités de 1919. Pas étonnant donc que Rome soutienne la Hongrie, l’Autriche et la Bulgarie. Dans le même temps l’Albanie devient un protectorat italien.

Cette politique se heurte naturellement à la politique française qui cherche à se ménager une alliance de revers contre l’Allemagne. Faute de renouer avec une véritable alliance franco-russe,elle soutient ainsi la Roumanie, la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie (Petite Entente), trois pays qui ont tout à craindre d’une révision générale des traités.

Pourtant à partir de 1932, les relations franco-italiennes s’apaisent probablement parce que la montée du nazisme puis son arrivée au pouvoir rend plus que jamais nécessaire un accord diplomatique entre Paris et Rome.

Cela ne se fera pourtant pas même si plusieurs actions allemandes ont suscité des craintes majeures côté italien qu’il s’agisse des visées germaniques dans l’Europe danubienne ainsi que le coup d’état manqué des nazis autrichiens contre le chancelier Engelbert Dolfuss le 25 juillet 1934, coup d’état en parti contré par l’envoi de quatre divisions italiennes au col du Brenner.

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Le chancelier autrichien Dolfuss

Les relations franco-italiennes connaissent un rafraîchissement après l’assassinat à Marseille le 9 octobre 1934 du roi de Yougoslavie Alexandre 1er et du ministre des Affaires Etrangères Louis Barthou par les oustachis, un mouvement nationaliste croate soutenu par l’Italie.

Ce refroidissement est cependant bref puisqu’en 1935 arrive au Quai d’Orsay un ministre notoirement italophile Pierre Laval.

Un accord franco-italien est signé en janvier 1935 suivit en avril 1935 de la rencontre franco-italo-anglaise de Stresa, une rencontre destiné à adopter une position commune sur l’Allemagne mais cette rencontre ne débouchera sur rien de bien concret, la volonté italien de se tailler un véritable empire colonial rendant impossible tout accord.

C’est en 1925 que Mussolini avait relancé la politique coloniale de l’Italie. Ironie de l’histoire, le Duce s’intéresse d’abord à la Libye lui qui avait été un opposant acharné à la guerre italo-turque de 1911/1912. Après avoir terminé la conquête, assuré la pacification et entamé une politique de colonisation, Mussolini se tourne vers l’Ethiopie.

L’Empire d’Ethiopie ou d’Abyssinie était l’un des deux derniers états indépendants du continent africain en compagnie du Libéria. Royaume chrétien pas encore sorti du Moyen-Age, il s’était opposé à toute poussée coloniale européenne, se montrant un adversaire redoutable comme les italiens avaient pu s’en rendre compte à Adoua en 1896.

Dès 1932, Rome songe à une opération militaire pour créer un bloc italien en Afrique orientale et accessoirement venger l’humiliation d’Adoua, humiliation qui à clairement participé au fait de faire du soldat italien un piètre combattant alors que la péninsule italique n’à pas à rougir de ses traditions martiales.

La guerre éclate en novembre 1935. C’est le début d’un conflit de sept mois qui n’est pas vraiment une promenade de santé pour l’armée italienne qui y engage pourtant de très gros moyens, moyens qu’elle peinera à réunir à nouveau dans les années à venir.

Après quelques succès initiaux, l’hiver est difficile mais le printemps voit le succès des armes italiennes, Addis Abeba étant prise le 5 mai 1936. C’est une guerre sale avec l’utilisation de gaz de combat par l’Italie, des atrocités de part et d’autre. Le 9 mai 1936, Victor-Emmanuelle III est fait empereur d’Ethiopie.

Les conséquences diplomatiques sont très importantes, un accord franco-italien devient impossible et la SDN perd le peu de crédit qui lui reste. Les sanctions minimalistes sont d’ailleurs levées par la SDN dès le 4 juillet 1936.

En cette année 1936, Berlin et Rome se rapprochent. Non seulement Mussolini à été irrité par l’attitude franco-anglaise dans la crise éthiopienne mais en plus la remilitarisation de la Rhénanie sans provoquer d’autres réactions que verbales fait comprendre à Mussolini que la force se trouve à l’est du Rhin.

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Galeazzo Ciano

En juin 1936, le comte Ciano, gendre du Duce arrive au poste de ministre des Affaires Etrangères et se montre très favorable à un rapprochement avec l’Allemagne.

Ce rapprochement est visible dans le soutien de Rome et de Berlin aux nationalistes espagnols du général Franco mais pas pour les mêmes raisons et pas pour les mêmes objectifs inavouables et inavoués.

Pour les italiens, aider la rébellion nationaliste s’expliquait par des motifs idéologiques et politiques à savoir offrir à l’homo fascistus une nouvelle aventure militaire mais également se créer un tremplin pour de nouvelles aventures militaires en Méditerranée notamment contre la France.

Les allemands ont eu des objectifs plus prosaïques à savoir obtenir des concessions minières en Espagne mais aussi immobiliser dans la péninsule ibérique des troupes italiennes qui feront défaut en Europe danubienne alors que Berlin songe à réaliser l’Anschluss.

Cette vision différente de l’assistance se résume en deux chiffres : 70000 italiens vont être engagés en Espagne contre seulement 6500 allemands.

En octobre 1936, Ciano se rend en voyage officiel à Berlin. Ce voyage renforce la solidarité entre les deux capitales mais nous n’étions pas rendu au niveau de l’alliance politique et militaire.

Les choses s’accélèrent avec une visite officielle de Mussolini en septembre 1937 qui aboutit à l’adhésion de l’Italie au pacte anti-kommintern le 6 novembre.

Quelques mois plus tard, le 11 mars 1938 quand l’Allemagne se lance dans l’Anschluss (annexion de l’Autriche), l’Italie approuve une action qu’elle avait réprouvé en juillet 1934.

Cet alignement sur l’Allemagne n’empêche pas l’Italie de signer un accord colonial avec la Grande-Bretagne (rectification de frontières) et de négocier avec le chargé d’affaires français à Rome.

En mai 1938, Hitler se rend en Italie pour proposer une véritable alliance militaire offensive et défensive. Ciano est contre et Mussolini hésite de peur de s’engager trop en avant comme si au delà des discours le Duce connaissait l’inégalité régnant entre Rome et Berlin.

C’est ainsi que durant la crise des Sudètes en septembre 1938, Mussolini soutient Hitler ce qui ne l’empêche pas de passer pour un faiseur de paix !

Le 30 novembre 1938, Ciano est accueillit à la Chambre sous les acclamations «Tunisie ! Djibouti ! Corse !» revendication auxquelles la presse ajoute le lendemain Nice et la Savoie. Le 17 décembre 1938, Mussolini reprend ses revendications à son compte, rendant impossible un accord avec la France ce que Ciano ne tarde pas à confirmer.

En mars 1939, l’Allemagne démantèle ce qui restait de la Tchécoslovaquie (protectorat de Bohême-Moravie, indépendance de la Slovaquie). L’Italie qui souhaite une politique étrangère autonome décide de s’emparer de l’Albanie.

Depuis le traité de Tirana de mai 1926, l’Albanie était étroitement liée à l’Italie sur le plan économique. A la fin des années trente l’Italie veut transformer cette dépendance économique en dépendance politique, faire du royaume de Zog 1er un protectorat.

Après avoir proposé un accord politique au roi albanais, Mussolini décidé en avril 1939 de mener une opération militaire. 22000 soldats italiens dont beaucoup de vétérans de la guerre d’Espagne n’ont aucun mal à s’emparer d’un pays où l’armée ne résiste guère.

Cette opération Oltre Marina Tirana est une promenade militaire qui s’achève dès le 10 avril 1939 quand tout le pays est occupé. L’armée albanaise (50000 hommes) est dissoute et Victor-Emmanuel III devient roi d’Albanie le 12 avril 1939.

Le 22 mai 1939, l’Allemagne et l’Italie signent le pacte d’Acier, un accord dont l’article 3 impose l’entrée en guerre de l’Italie si l’Allemagne entre en guerre qu’elle ait ou non provoqué les hostilités. Mussolini se rassure quand Ribbentrop lui dit que le conflit ne sera déclenché qu’en 1942. L’Italie est donc surprise par le déclenchement de la guerre de Pologne…… .

Guerre de Pologne, neutralité italienne et Pax Armada

Quand les chars allemands franchissent la frontière germano-polonaise le 1er septembre 1939 à 4h45, l’Italie n’est pas totalement surprise mais n’est pas forcément ravie du déclenchement des hostilités.

Comme l’Italie est hors d’état de mener une guerre, Mussolini ignore les termes du pacte d’Acier du 22 mai 1939 en se déclarant non pas neutre mais non belligérant.

Mussolini va jusqu’à autoriser les entreprises italiennes comme Caproni à commencer avec la France et la Grande-Bretagne. Il propose même sa médiation dans la crise germano-polonaise mais sans succès.

La fin du conflit en décembre 1939 est un véritable soulagement pour le régime fasciste tant se faisaient fortes les pressions allemandes pour entrer en guerre. Cette guerre de trois mois font figure d’électrochoc pour un régime fasciste qui va décider de se préparer sérieusement au conflit avec la France et la Grande-Bretagne.

Toutes les faiblesses de l’Italie seront-elles corrigées ? Non pour le plus grand malheur des soldats, aviateurs et marins italiens. Comme le dira un Alpini lucide «En 1939 nous serions allé à la guerre sans aucune chance de l’emporter. En 1948, nous allions entrer en guerre avec l’espoir de gagner».

Si l’industrie italienne connait une certaine modernisation elle est toujours handicapée par une corruption endémique, des choix industriels discutables et surtout un manque criant de matières premières.

Des stocks stratégiques sont certes constitués mais ils sont amenés à vite s’épuiser sans possibilité d’être recomplétés en raison du blocus que les français et les anglais ne manqueraient pas de mettre en place.

Sur le plan naval, les navires de la Regia Marina manquent d’autonomie, disposent de radars de mauvaise qualité. La stratégie est absente et la plupart des amiraux italiens réticents à combattre peut être parce qu’ils savent que les chantiers navals italiens seront incapables de remplacer les navires perdus.

Les aviateurs doivent se battre avec des avions inférieurs et encore les chasseurs biplans encore en service en septembre 1939 ont été remplacés par des monoplans.

Comme jadis les avions français, les avions italiens souffrent de moteurs trop peu puissants et trop peu fiables ce qui explique le choix de la configuration trimoteur pour les avions-torpilleurs. L’Italie va bien se tourner vers l’Allemagne, les Etats-Unis et même l’URSS mais les résultats seront décevants.

En ce qui concerne l’armée de terre, aux côtés de troupes d’élite respectées par les alliés comme par les ennemis (Alpini, Bersaglieri, Paracadutisti), le Regio Esercito aligne nombre d’unités mal entraînées, mal encadrées et mal équipées.

Pour éviter toute opposition politique, Mussolini à toujours refusé la mise sur pied d’un véritable état-major général de l’armée. Les officiers généraux se querellent et se jalousent _querelles et jalousies alimentées par Mussolini_ , l’armée de terre manque de bons sous-officiers, l’armement léger et collectif est déficient avec la concurrence de deux calibres (6.35 et 7.5mm), des armes inférieures, des stocks insuffisants pour faire face à la guerre moderne.

L’artillerie manque de pièces modernes. Les canons légers sont de bonne qualité mais il n’y en aura jamais assez et pour l’artillerie lourde nombre de canons seront encore en septembre 1948 des pièces austro-hongroises comme les obusiers Skoda de 149mm.

Les chars sont inférieurs et mal utilisés, le génie et la logistique ne suivent pas. Bref toutes les faiblesses n’ont pas été corrigées loin de là.

Durant la Pax Armada, les oppositions se réveillent encore davantage mais elles sont incapables de se coordonner pour provoquer un changement de régime. Si la France ne se rapproche pas de l’Italie, le régime politique en place est moins enclin à laisser l’opposition transalpine se servir de la France comme base arrière. De plus, l’OVRA est toujours aussi efficace.

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Humbert II, roi d’Italie de 1946 à son abdication en 1954

 

L’avénement de Humbert II en 1946 suscite énormément d’espoirs mais très vite si le fils de Victor-Emmanuel III est moins complaisant avec le Duce, il refuse de se mettre en porte à faux. Là encore la crainte que la chute du fascisme n’entraîne la chute de la monarchie et de la maison de Savoie.

L’histoire lui donnera raison et si Humbert II n’aura pas le triste et douteux privilège d’être le dernier roi d’Italie il transmettra ce «cadeau» à son fils Victor-Emmanuel IV.

Sur le plan diplomatique, l’Italie regarde la guerre civile avec inquiétude. Comme Paris et Londres, Rome demeure neutre, une façon de préserver l’avenir.

Une fois le pouvoir Himmler/Heydrich fermement installé, Rome se rapproche de Berlin même si cette alliance est toujours aussi déséquilibrée, le duo au pouvoir en Allemagne masquant mal le mépris que leur inspire l’Italie et son armée.

Ils sont en effet sceptiques sur leur capacité à mener une guerre parallèle. Cet écart entre les discours et les faits rendra l’Italie chaque jour plus amère vis à vis des «Tedeschi».

Il faut néanmoins se garder de toute généralité. Si au plus haut sommet, les sourires de façade masquaient mal un sentiment de supériorité de Berlin vis à vis de Rome plus on descendait et moins ce sentiment était prégnant, les soldats allemands reconnaissant le courage et la ténacité du soldat italien notamment et ce n’est pas hasard celui des Alpini, des Bersaglieri et des Paracadutisti.

Les tensions à l’été 1948 font craindre le déclenchement prochain du conflit. Rome hésite à s’engager comme neuf ans plus tôt.

Cette hésitation explique en partie pourquoi l’Allemagne n’informe pas son allié des préparatifs de l’opération Weserübung, l’invasion du Danemark et de la Norvège. On peut également y ajouter la crainte de fuites, Berlin n’ignorant pas qu’une partie du pouvoir politique italien est opposé à une guerre contre les occidentaux.

Aussi quand les premières bombes allemandes tombent sur Oslo, Rome est surprise et très mécontente. Elle proteste vigoureusement mais on peut douter que cela ait beaucoup chagriné Himmler et Heydrich.

L’Italie choisit une position de non belligérance mais cela ne va pas durer suite à de multiples vexations franco-anglaises en Méditerranée. Le 7 octobre 1948, l’Italie se déclare en état de belligérance et la France répond en bombardant l’île de Sardaigne, objectif de l’opération SCIPION.

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