Italie (7) Histoire (6)

Italie unie Italie unitaire ? (1870-1919)

Politique intérieure et politique extérieure la difficile naissance d’une nation

Cavour

Cavour

En décédant, Cavour aurait murmuré «L’Italie est faite». Elle est faite sur le plan politique même si certains esprits chagrins vont rappeler que des populations italophones étaient toujours sous domination étrangère.

Il restait à faire de l’Italie un véritable état-nation. Griffonner sur les murs «Viva Victor-Emmanuel rei de Italia» est une chose, se sentir italien de Turin à Syracuse et de Tarente à Venise en est une autre.

Dès 1861 se posa la question des institutions. La voie républicaine ayant échouée, l’Italie ne pouvait être qu’une monarchie mais on pouvait imaginer la rédaction d’une nouvelle constitution.

Cavour s’y opposa de crainte de remettre en cause la monarchie libérale incarnée par Victor-Emmanuel II. Le Statuto Fondamentale resta la constitution du royaume d’Italie jusqu’à l’arrivée de la république. Ses opposants disaient que le texte avait été importé d’Angleterre dans une mauvaise traduction française.

En théorie tout était en place pour que l’Italie évolue vers un vrai régime parlementaire mais rapidement la monarchie italienne évolua vers un régime où la primauté royale dominait, les différents gouvernements chutant non parce qu’ils avaient été mis en minorité par la chambre comme dans la France de la IIIème République mais parce qu’il en avait été décidé ainsi par la cour et par le roi.

C’est ainsi qu’en fonction du contexte et de la personnalité du monarque, l’Italie pouvait tantôt ressembler à une monarchie parlementaire tantôt à un régime autoritaire.

Pour ne rien arranger jusqu’en 1882, le suffrage était censitaire. Moins de 2% des italiens pouvaient voter, état de fait aggravé par l’interdiction faite aux catholiques de participer à la vie politique du nouveau régime en dépit de l’approche conciliante de Victor-Emmanuel II, approche conciliante qui se heurta à l’intransigeance de Pie IX.

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Victor Emmanuel II, roi de Piémont-Sardaigne de 1861 à 1871 puis roi d’Italie de 1861 à 1878

Jusqu’en 1876 c’est la droite qui détient le pouvoir, les différents présidents du conseils s’inscrivent dans les pas du comte de Cavour, profitant de l’aura de l’unificateur de l’Italie.

Elle rassemble essentiellement les membres de la noblesse libérale, de la bourgeoisie du Nord ainsi que les cadres administratifs venus de l’Italie centrale.

Cette classe politique s’oppose à l’Eglise davantage pour des raisons politiques que par conviction. Elle se montre plus libérale que conservatrice, hostile à l’extension du droite de vote, centralisateurs avec néanmoins de fortes tentations décentralisatrices.

Et la gauche dans tout ça ? Elle n’est pas totalement absente, elle recrute dans la petite et moyenne bourgeoisie (fonctionnaires, petits propriétaires, commerçants, membres des professions libérales), comprenant un grand nombre de «mazziniens» ralliés à la monarchie.

Elle se caractérise par un anticléricalisme militant, par une politique fiscale pesant moins sur les classes moyennes et sur les masses. Son ancrage politique est plus méridionale notamment parce que l’aristocratie du Sud observe largement la consigne pontificale de l’abstention.

En 1876, la gauche arrive au pouvoir avec pour leader Agostino Deprétis, un mazzinien ami de Garibaldi, un chef de l’expédition des Milles. Rallié comme beaucoup de mazziniens à la maison de Savoie, c’est un modéré et non un Rouge effrayant les possédants.

Il défend la monarchie parlementaire, l’Etat italien contre les séditieux, la décentralisation, l’élargissement du suffrage, la création d’un enseignement primaire laïque, gratuit et obligatoire.

Sur les onze gouvernements qui se succèdent de mars 1876 à juillet 1887, Agostino Dépretis en préside huit. Les trois autres sont dirigés par Benedetto Cairoli, un ancien mazzinien lui aussi mais resté plus proche des racines républicaines que Dépretis.

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Umberto 1er roi d’Italie de 1878 à 1900

En 1878, Victor-Emmanuel II disparaît. Il est remplacé par son fils Humbert Ier. Sa personnalité est moins souple que son père. Très attaché à la majesté royale, introduisant une étiquette stricte, passionné par la chose militaire (il à participé aux dernières batailles de l’unité), Humbert 1er ne respecte pas les règles du jeu parlementaire, intervenant dans la désignation des ministres sans tenir compte de la majorité parlementaire, intervenant dans les domaines politiques.

Réactionnaire, il s’inquiète des progrès de la démocratisation et se sent plus proche des Empires Centraux allemands et austro-hongrois que de la France qu’il accuse d’encourager les menées séditieuses, une gallophobie que partagera une partie de la classe politique italienne.

La preuve de cette méfiance c’est la question de l’élargissement de l’accès au suffrage. La loi de janvier 1882 abaisse l’âge de l’exercice des droits politiques à 21 ans, le cens de 40 à 20 lires.

Ces conditions ne s’appliquent pas à ceux justifiant d’un diplôme de fin d’études primaires et d’un niveau minimal d’instruction. Le corps électoral est multiplié par qatre passant de 500000 à 2 millions mais cela ne représente que 7% de la population totale. La situation ne risque pas d’évoluer rapidement puisque les progrès en matière d’alphabétisation sont particulièrement lents.

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Léon XIII

En 1878, l’intraitable Pie IX meurt. Son successeur Léon XIII se montre plus conciliant vis à vis du gouvernement italien, ce dernier se montrant moins intransigeant dans sa politique anticléricale menée sous l’influence de la franc-maçonnerie.

Francesco Crispi

Francesco Crispi

Dépretis meurt en août 1887. Lui succède Francesco Crispi un chef de file de la gauche intransigeante. Mazzinien ayant participé au gouvernement provisoire mis en place à Palerme en 1848, Après un exil en France et à Londres, le sieur Crispi se rallie à Garibaldi, participant à la guerre contre l’Autriche.

Républicain intransigeant, il est député d’extrême gauche en 1861 mais quatre ans plus tard il se rallie à la monarchie en disant à qui veut l’entendre «la république nous diviserait, la monarchie nous unit».

Il va ainsi diriger le gouvernement à deux reprises, la première fois d’août 1887 à février 1891 et de décembre 1893 à 1896.

Véritable homme d’état, il ne manque pas de qualités (réalisme, imagination, esprit de décision) mais ces qualités sont à la hauteur des défauts puisque Francesco Crispi est orgueilleux jusqu’à la mégalomanie, autoritaire, coléreux, désordonné et taciturne. Il est tout autant cynique que naïf.

Si il se sent plus proche des idées politiques britanniques, son modèle politique c’est le «Chancelier de Fer» Otto Von Bismarck. Ses adversaires politiques ne vont pas s’empêcher de critiquer ses méthodes autoritaires. Le parlement est clairement marginalisé.

Sur le plan économique, l’Italie connait un certain décollage économique après l’unité mais ce décollage n’est pas homogène tout comme est hétérogène la condition ouvrière. Si les patriotes unitaires se sont jetés à corps perdu dans la question politique, la question sociale à été pour ainsi dire oubliée par les unitaires monarchistes comme par les mazziniens. Plusieurs révoltes de paysans et d’ouvriers sont sévèrement réprimées.

La question étrangère et diplomatique est très vite une question primordiale. C’est ainsi que durant la guerre franco-allemande de 1870, Giuseppe Garibaldi soixante-trois ans met son épée au service de la république. Victor-Emmanuel II aurait voulu entrer en guerre mais des considérations financières l’ont empêché de soutenir la sœur latine de l’Italie.

Les rapports franco-italiens vont rapidement se dégrader. La faute au poids de la majorité conservatrice qui ne supportait pas la disparition de l’Etat Pontifical. C’est ainsi que s’amorça un rapprochement avec les empires centraux à partir de 1873, l’Italie obtenant le soutien de l’Allemagne de Bismarck en cas d’agression française motivée par la question romaine. Un voyage de François-Joseph à Venise en avril 1875 réchauffe les rapports entre Vienne et Rome.

Cependant ce n’est pas encore l’heure d’un engagement en bonne et due forme. Il fallut attendre l’arrivée au pouvoir de la gauche en 1876 et les rivalités franco-italienne en Tunisie pour que Rome se reproche de Vienne et de Berlin.

Ce rapprochement n’était pas unanime notamment chez les irrédentistes qui voulaient arracher à l’Autriche-Hongrie les provinces italophones à savoir le Trentin et la région de Trieste.

Deux options s’offraient à Rome à savoir une extension au détriment de l’Autriche-Hongrie ou le choix de la colonisation à savoir s’opposer soit à Vienne soit à Paris. C’est cette deuxième option qui fût finalement choisit, marquant le début d’une forme de «gallophobie» personnalisée par Crispi.

En 1881, la France impose son protectorat au bey de Tunisie. Le rapprochement avec les puissances centrales était inévitable. L’Allemagne et l’Autriche déjà unis par un traité défensif depuis octobre 1879 se rapprochèrent de l’Italie aboutissant au traité de la Triplice (Triple Alliance) le 20 mai 1882. C’était un accord défensif qui évitait à l’Italie une éventuelle intervention française pour rétablir le pouvoir temporel du pape.

Néanmoins jusqu’en 1887, l’Italie fit figure de parent pauvre de l’alliance, Berlin et Vienne se servant davantage de Rome que l’inverse. A partir de cette date la situation diplomatique de l’Italie s’améliore avec notamment le rapprochement entre la France et la Russie, obligeant les empires centraux à mieux traiter son partenaire méridional.

Rome pu ainsi obtenir que la garantie de la Triplice s’applique à une éventuelle poussée française vers la Tripolitaine et pour imposer à Vienne que l’Italie reçoive des compensations en cas d’extension de l’Autriche-Hongrie dans les Balkans.

En février 1888, une convention militaire fût signée. Elle imposait à l’Italie le déploiement de forces importantes sur les Alpes pour fixer des forces françaises non négligeables mais également l’envoi sur le Rhin de cinq corps d’armée et trois divisions d’infanterie. En mai 1891, la Triplice est renouvelée pour dix ans soit jusqu’en 1901.

L’opposition franco-italienne se poursuit avec de vrais rivalités coloniales et des contentieux économiques sérieux, les relations commerciales étant rompues en 1887. De 1887 à 1897, la France et l’Italie se sont livrées pendant dix ans à une guerre douanière d’autant plus dommageable pour l’Italie que si la France disposait de marchés de substitution ce n’était pas vraiment le cas de Rome.

C’est peut être cela qui poussa Rome à se lancer dans la conquête des colonies, une conquête vu comme un moyen d’accéder à des ressources et à un marché sécurisé.

A peine dix ans après la réalisation de l’unité politique et alors que l’unité économique et même culturelle restait à faire, Rome se lance dans la conquête coloniale.

Hélas pour elle, l’Italie manque de moyens humains et financiers sans compter qu’à cette époque rares sont les territoires encore disponibles, la France et la Grande-Bretagne s’étant taillé la part du lion en compagnie de puissans coloniales secondaires comme les Pays-Bas, la Belgique, le Portugal et l’Espagne. L’Allemagne qui s’unit à la même époque va d’ailleurs connaître les mêmes problèmes.

Outre des considérations économiques, la conquête coloniale est vue comme un prolongement du risorgimento, un moyen de poursuivre les opérations de conquête. Il s’agit d’offrir également un exutoire à des régions surpeuplées comme l’indocile et insoumis Mezzogiorno qui comme on l’à vu ne tarde pas à considérer les troupes et les administrateurs de Turin comme de nouveaux occupants.

Logiquement l’Italie regarde d’abord au delà de la Méditerranée en Afrique du Nord, espérant renouer avec les mannes de l’Empire romain. La Tunisie où est installée une importante communauté italienne semble toute désignée mais les français déjà présents en Algérie sont les premiers à s’imposer.

Le traité du Bardo met en place un protectorat qui ruine les espoirs italiens. Il semble que dans cette affaire les anglais ont clairement appuyé les français dans leur action.

Non pas par francophilie _l’Entente Cordiale est encore loin et la crise de Fachoda n’est pas encore passée_ mais parce que Britannia ne pouvait accepter qu’un même pays contrôle les deux rives du détroit de Sicile, passage obligé entre les bassins occidentaux et orientaux de la Méditerranée.

Voilà pourquoi en 1882 l’Italie signe le traité mettant en place la Triplice, un alliance défensive entre l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie, l’alliance de la carpe et du lapin tant les contentieux entre Vienne et Rome sont nombreux.

Après l’échec en Tunisie, Rome va donc se tourner vers l’Afrique orientale et notamment la corne de l’Afrique. Elle prend pied dans ce qui n’est pas encore l’Érythrée et se heurte rapidement aux abyssiniens, l’Abyssinie étant avec le Liberia le seul état africain encore indépendant.

Rome favorise l’accession au trône impériale du ras (chef) Menelik mais ce dernier une fois sur le trône se considère comme tout sauf l’obligé des italiens. Il dénonce le traité en février 1893 à la grande fureur des italiens qui choisissent l’option militaire.

Disposant de moyens limités, devant faire face avec une opposition plus ou moins ouverte en Italie, les colonisateurs italiens ne peuvent qu’aller au devant de graves voir de très graves déconvenues notamment le 1er mars 1896 quand les forces italiennes sont étrillées à Adoua, perdant 8000 hommes sur 23000 ainsi que son artillerie.

Cette défaite est fatale à la carrière politique de Francesco Crispi qui démissione le 5 mars 1896, marquant le début de la «crise de fin de siècle» (crisi de fine secolo), une instabilité politique courant de 1896 à 1901, période marquée par une succession de gouvernements faibles, des problèmes économiques et sociaux et surtout l’assassinat le 29 juillet 1900 du roi Humbert 1er par un anarchiste venu des Etats-Unis.

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Victor Emmanuel III roi d’Italie de 1900 à 1946

Cruel paradoxe, le roi est assassiné à une époque où la crise était sur le point d’être résolue. C’est son fils Victor-Emmanuel III 31 ans qui lui succède. Plus réservé que son père, moins autoritaire, le troisième et avant avant-dernier roi d’Italie marque la fin des tentatives autoritaires au profit de la mise en place d’un régime libéral.

Il va participer de manière importante à l’unification de l’Italie en réalisant un vrai travail en profondeur pour faire de l’Italie non pas une simple union politique mais une véritable nation. Son rôle à été éclipsé à la fois par une historiographie revancharde et surtout son action nettement moins positive dans l’arrivée au pouvoir de Mussolini.

En fait la seule préoccupation de Victor-Emmanuel III c’est la survie de la maison de Savoie, cette obsession explique les bonnes et les mauvaises décisions prises pendant les quarante-six années de règne.

Si la période précédente avait été dominée par la personnalité de Francesco Crispi, la début du vingtième siècle est marquée par la personnalité de Giovanni Giolitti qui dirige trois gouvernements (novembre 1903-mars 1905, mai 1906-décembre 1909, mars 1911-mars 1914) et qui en dehors de cette période était la figure dominante des différentes combinaisons gouvernementales.

Il symbolise une nouvelle génération politique. Né en 1842, il à très peu connu l’Italie pré-unitaire et bien que piémontais il raisonne davantage en italien. De plus ils sont moins confis en dévotion que leurs prédécesseurs vis à vis des hommes ayant réalisé l’unité il y à bientôt quarante ans.

Les relations avec le Saint-Siège s’améliorent même si la question romaine n’est toujours pas résolue. Des affaires politico-financières éclatent décrédibilisant un régime à l’assise politique assez étroite. Néanmoins le slogan de Gigliotti «ni réaction ni révolution» satisfait les possédants.

Le 30 juin 1912 une loi électorale élargit le corps électoral. Le suffrage est quasi-universel puisque peuvent voter tous les hommes alphabétisés et tous les analphabètes de plus de trente ans ce qui fait passer le corps électoral de 3.3 à 8.6 millions.

Ai-je besoin de préciser que la liberté de vote est sérieusement restreinte dans de nombreuses régions d’Italie…… . Les premières élections ont lieu en octobre 1913 et sont marquées par une poussée socialiste mais ce n’est pas le raz de marée redouté par les conservateurs.

Dans cette première décennie du vingtième siècle, l’Italie connait un certain décollage industriel qui réduit la pauvreté même si les conditions de travail du prolétariat italien sont difficiles ce qui entraîne nombre d’émeutes voir de véritables révoltes urbaines que le pouvoir politique fait réprimer avec fermeté.

L’émigration de masse est une véritable soupape de sécurité en donnant une perspective positive et un espoir de vie meilleure pour les plus pauvres, les plus précaires.

Sur le plan diplomatique, l’Italie se rapproche de la France. Tout en conservant la Triplice comme garantie militaire et comme épouvantail à agiter devant Paris, Rome résout nombre de contentieux avec sa sœur latine.

En septembre 1896 une convention franco-italienne est signé pour purger l’abcès tunisien. L’Italie reconnaît le protectorat français sur la Tunisie mais obtient en échange des avantages économiques et un statut privilégié pour ses ressortissants.

En novembre 1898, un accord commercial met fin à la guerre douanière qui opposait les deux pays depuis plus de dix ans. Cet accord commercial est le prélude à un véritable rapprochement politique et diplomatique.

C’est ainsi qu’un accord secret signé en décembre 1900 reconnaît les droits italiens sur la Tripolitaine (partie occidentale de l’actuelle Libye) et les droits français sur le Maroc.

En juin 1902 les accords secrets Prinetti/Barrère (du nom des ministres des affaires étrangères des deux pays) désarment en partie l’accord de la Triplice puisqu’en cas de guerre franco-allemande non provoquée par Paris l’Italie restera neutre.

Ce rapprochement n’empêche donc pas Rome de conserver la Triplice qui est renouvelée en 1907 et 1912, le volet militaire est même renforcée en 1913. Plus qu’une volonté de se vendre au plus offrant, l’Italie cherche à se prémunir de toute offensive de la part de l’Autriche-Hongrie.

En effet en ce début de vingtième siècle, les relations entre Rome et Vienne, entre la maison de Savoie et les celle des Habsbourgs sont à couteau tirés.

Outre une rivalité dans les Balkans, les deux pays s’affrontent à fleuret moucheté pour le contrôle de provinces italophones, le Trentin, Trieste et l’Istrie même si il serait abusif de faire de tous les sujets italiens de François-Joseph d’ardents partisans d’un irrédentisme qui se réveille alors.

En octobre 1908 l’Autriche-Hongrie annexe la Bosnie-Herzegovine mais sans compensations pour l’Italie contrairement aux engagements antérieurs. Cela pousse l’Italie à signer un accord diplomatique avec l’autre rival de l’Autriche-Hongrie à savoir la Russie (octobre 1909).

L’Italie et les colonies : un départ tardif, des résultats médiocres

Il y à dans l’histoire des moteurs, des lois qui dépassent les contingences, les actions des hommes qui deviennent là de simples marionnettes. C’est le cas pour la colonisation et l’impérialisme : fort vous coloniser faibles vous êtes colonisés.

L’Italie est bien passée pour le savoir elle qui s’estime la descendante en ligne directe des romains qui après colonisé l’ensemble du bassin méditerranéen, la Gaule, les plaines du Rhin et du Danube, l’Autriche, la Hongrie, la Roumanie actuelle, les Balkans, l’île de Bretagne vont devenir des colonisés, la péninsule devenant le théâtre pendant plus de dix siècles des jeux diplomatiques et militaires européens, jeux auxquels les puissances italiennes qu’elles soient monarchiques ou nobiliaires participaient bien volontiers.

Comme nous l’avons vu en 1870 l’union politique de l’Italie mais il reste à faire l’unité culturelle et économique. On pourrait donc s’attendre à ce que les élites piémontaises s’astreignent à une action énergique et assidue à cette tâche plutôt que des aventures coloniales.

Ce sage conseil ne fût pas suivit et dès 1880 Rome regarda de l’autre côté de la Méditerranée et sur le continent africain pour se tailler un véritable empire colonial.

Les motivations italiennes sont multiples. On trouve à la fois des raisons historiques (poursuivre le risorgimento, exaltation de la guerre et des combats), politiques (flatter l’orgueil national d’une nation italienne encore dans l’enfance), culturelles (supériorité de l’Europe sur l’Afrique), économiques (ressources naturelles, marchés captifs) et sociales (soupape de sécurité pour une émigration politiquement profitable).

Seulement voilà quand Rome se lance dans l’aventure coloniale son action est handicapée par un manque de moyens (pas vraiment à la hauteur des ambitions affichées) et par un manque de territoires à conquérir. Cela ne décourage cependant pas les italiens bien décidés à devenir une puissance coloniale comme sa sœur latine.

Elle tente d’abord sa chance en Tunisie mais avec le traité du Bardo (12 mai 1881) la France est la première à imposer son protectorat sur la Tunisie empêchant l’Italie de contrôler le détroit de Sicile.

Cet échec comme nous l’avons vu va pousser l’Italie à signer l’accord mettant en place la Triplice, accord aussi bien destiné à bloquer une poussée française vers la Tripolitaine qu’à contrôler le bellicisme de Vienne.

Après l’échec en Afrique du Nord, l’Italie regarde avec intérêt l’Afrique orientale et plus précisément la corne de l’Afrique une région dont le caractère stratégique à été renforcé par l’ouverture en 1869 du canal de Suez qui économise le passage par le passage du Cap de Bonne Espérance.

L’Italie s’intéresse à un territoire bientôt connu sous le nom d’Erythrée. C’est la partie septentrionale de l’altiplano ethiopien bordé à l’est par la mer Rouge sur 1000km, au sud par l’Abyssinie, au nord par le Soudan Anglo-Egyptien.

Le 15 novembre 1869, les italiens signent une convention permettant l’établissement d’un port franc à Assab sur le détroit de Bab-El-Mandeb. En 1880 c’est une véritable enclave de 36 miles de long sur 2 à 3 miles de large.

Une convention anglo-italienne (1882) officialise la domination italienne, Londres préférant qu’une puissance secondaire comme l’Italie ne s’y installe plutôt que la France dont les moyens sont plus importants.

Peu à peu la colonie italienne s’étend, une politique des petits pas qui se heurtent à l’Abyssinie, générant des combats et des affrontements entre italiens et éthiopiens. Le 1er janvier 1890, la Colonie Royale d’Erythrée voit officiellement le jour.

Entre le 22 mars 1889, Rome et Addis-Abeba ont signé le traité d’Uccialli qui reconnaît la domination italienne sur l’Erythrée et fait de l’Italie le représentant des intérêts diplomatiques de l’empire d’Abyssinie. Pour les italiens c’est clair : l’Abyssinie est un protectorat italien mais pour les abyssins ce n’est pas le cas.

Si dans l’ensemble la colonie est calme entre 1888 et 1894, les italiens se heurtent aux derviches, les troupes du Madhi, les troupes qui s’étaient emparés de Khartoum et qui avaient vaincu les troupes du général Gordon. Les italiens parviennent à l’emporter à plusieurs reprises évitant à l’Erythrée d’être envahie par les madhistes.

Les tensions ne cessent d’augmenter entre l’Italie et l’Abyssinie. Le ras Menelik jadis soutenu par les italiens mène une politique clairement italophobe, commandant des armes notamment via un trafiquant d’armes célèbre pour…….ses poèmes Arthur Rimbaud. Des officiers et des soldats européens vont encadrer l’armée abyssinienne, le capitaine Clochette, un français commande ainsi l’artillerie abyssinienne à la bataille d’Adoua.

En 1893 le traité d’Uccialli est révoqué par Menelik. En quatre ans de règne, le nouvel empereur à créé un état moderne, une armée équipée à l’européenne. Des affrontements mineurs, des escarmouches opposent italiens et abyssiniens en 1894/1895 mais rien de décisif. Les deux bélligérants se préparent à une bataille majeure au printemps.

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Menelik II, le vainqueur d’Adoua

La bataille décisive à lieu le 1er mars 1896 à Adoua. 23000 italiens sont opposés à 80000 éthiopiens. Suite à une sous-estimation de l’adversaire et à des erreurs tactiques, le corps expéditionnaire italien est étrillé perdant 5000 hommes et toute l’artillerie. 3000 à 4000 italiens sont faits prisonniers, les askaris étant mutilés et tués. Menelik capture 10000 fusils et 56 canons non sans pertes avec 7000 tués et 10000 blessés.

Cette défaite comme on l’à vu met fin à la carrière politique de Francesco Crispi et surtout secoue l’Europe guère habituée à des défaites coloniales de cette ampleur. Le Times estime ainsi que ce sera la première fissure dans l’ordre colonial européen.

En ce qui concerne l’Italie, certains historiens estiment que l’humiliation d’Adoua va ruiner la démocratie et faire le lit du fascisme. Le traité d’Addis-Abeba signé le 23 octobre 1896 reconnaît l’indépendance de l’Ethiopie mais l’Italie n’oubliera jamais Adoua, prenant sa revanche quarante ans plus tard en 1935/36.

L’Italie va également s’implanter en Somalie. La Somalie italienne ne correspond pas totalement à la Somalie indépendante puisque les britanniques occupent le nord-est du pays, la colonie italienne s’étendait de Bender Ziade sur le Golfe d’Aden à l’embouchure du fleuve Giuba, la colonie transalpine ayant une frontière commune avec l’Ethiopie et la Somalie britannique. Sa superficie est de 380000 km² et de 400000 habitants en 1908.

Cela commence en 1888 avec l’établissement d’un protectorat italien sur les sultanats d’Obbia et de Midjurtins. Trois ans plus tard, un accord anglo-italien délimite les zones d’influence respectives des deux pays.

Le 5 mai 1894, un traité fixe les frontières entre la Somalie italienne et la Somalie britannique et onze ans plus tard en 1905, l’état italien prend le relais d’entrepreneurs privés en transformant la Somalie en colonie royale.

Contrairement à l’Erythrée, la colonie va être dans l’ensemble très calme même si entre 1904 et 1907 les italiens doivent s’employer pour maintenir leur domination sur la colonie qui servira ultérieurement de base de départ pour la conquête de l’Abyssinie.

En décembre 1900 un accord franco-italien avait reconnu les intérêts et la primauté italienne sur la Tripolitaine, la partie occidentale de l’actuelle Libye.

Cet accord ne s’est pas traduit par une occupation en bonne et due forme, le territoire en question étant sous l’autorité de l’empire ottoman mais l’homme malade de l’Europe n’y avait qu’une emprise réduite.

Avant la conquête militaire, les italiens s’y implantent économiquement. Les colons italiens sont peu nombreux mais leur rôle économique est vital, capital. C’est un levier en or pour une intervention militaire ultérieure.

En 1911, le coup d’Agadir avait permis à la France d’établir un nouveau protectorat sur le Maroc créant un bloc compact allant de l’Atlantique à la frontière entre la Tunisie et la Tripolitaine.

L’Italie décide d’agir. Certes toutes les grandes puissances ont reconnu les droits particuliers de l’Italie sur la Tripolitaine et la Cyrenaïque mais en diplomatie c’est aussi la loi du plus fort qui y règne et rien ne dit que dans cinq ou dix ans, la France ou la Grande-Bretagne ne reniera son engagement pour occuper des territoires promis à l’Italie.

Le 27 septembre 1911, le représentant italien à Constantinople remet à la Sublime Porte un ultimatum exigeant l’occupation immédiate de la Tripolitaine et de la Cyrenaïque. Cet ultimatum est logiquement rejeté et la guerre éclate le 29 septembre 1911.

Le Regio Esercito à mobilisé un corps expéditionnaire de 40000 hommes et une nouvelle arme l’avion qui réalisera ses premières missions offensives, le largage de projectiles air-sol sur les lignes turques. La résistance ottomane est plus forte que prévue et au grande désappointement des italiens les populations indigènes se montrent globalement indifférentes à cette campagne.

Si Tobrouk est prise dès le 4 octobre, Tripoli le 5 et Benghazi le 20, les combats vont se poursuivre jusqu’au printemps 1912 bien après l’annexion au royaume d’Italie de la Tripolitaine et de la Cyrenaïque (5 novembre 1911).

Cette guerre s’étend également à la Méditerranée orientale avec une démonstration navale devant Beyrouth, un débarquement à Rhodes et dans les îles du Dodécannèse en mai 1912 et même une tentative dans les Dardanelles en juillet 1912.

L’Italie fit alors face à l’hostilité diplomatique de ses alliés austro-allemands, l’inquiétude de la Russie,de l’Angleterre et de la France, la guerre italo-turque mettant fin à quinze années de lents et patients rapprochements.

Une nouvelle vague de gallophobie échauffa l’opinion transalpine, poussant Rome à se rapprocher de ses alliés d’Europe centrale.

Suite au déclenchement de la guerre des Balkans, l’empire ottoman décida de négocier avec l’Italie, négociations qui débouchèrent sur le traité d’Ouchy signé le 18 octobre 1912.

Si le sultan en tant que commandeur des croyants restait le chef spirituel des musulmans de Tripolitaine et de Cyrénaïque, politiquement ces territoires devenaient des possessions italiennes. L’Italie récupéra également Rhodes et le Dodécannèse.

Ce conflit avait permis à l’Italie d’acquérir des colonies baignées par la Mare Nostrum mais ce conflit avait coûté très cher tant en termes financiers qu’en termes diplomatiques, rendant la position italienne particulièrement inconfortable.

La conquête de la Libye ne signifiera pas comme on le verra plus tard domination puisque l’Italie mettra plus de vingt ans à contrôler effectivement la Tripolitaine, la Cyrénaïque et le Fezzan.

Quand l’Europe s’embrase en août 1914, l’empire colonial italien est plutôt maigrichon avec la Somalie, l’Erythrée, Rhodes, le Dodécannèse et la Libye soit bien peu de choses en vérité.

Le fait est moins connu mais l’Italie s’est intéressé à l’Asie comme premier territoire à coloniser et ce avant même la réalisation complète de l’unité. C’est ainsi que le 25 août 1866 un traité commercial est signé avec le Japon suivit le 26 octobre suivant par un traité semblable avec la Chine.

Dans les années soixante-dix (1870), le commerce italien avec l’Asie du Sud-Est et l’Extrême-Orient est fructueux notamment dans trois zones, la Birmanie, le Japon et la Chine. Seulement les moyens et la volonté politique manque et rapidement l’Italie à retrouvé sa juste place à savoir celle d’une puissance de seconde zone.

L’Italie abandonna l’idée de coloniser l’île de Taïwan (!) ou de prendre pied en Corée, renonça à pénétrer les marchés chinois et japonais au profit de l’Afrique comme nous l’avons vu. Entre 1898 et 1900, les italiens essayeront d’obtenir une place prépondérante en Chine (concession en baie de Saint Mun) mais sans succès faute de moyens.

En 1900, 2543 soldats italiens participèrent à l’expédition internationale pour sauver les concessions internationales assiégées par les Boxer. Les italiens obtinrent de la Chine une concession de 46 hectares à Tien-Tsin, un territoire marécageux et insalubre difficilement mis en valeur. Une légation fût aussi installée à Pékin.

L’Italie et le premier conflit mondial : entre neutralité et engagement

Au printemps 1914 quand les tensions en Europe ne cessent de croître, l’Italie est en crise. La crise économique entraîne une agitation sociale particulièrement virulente avec des jacqueries en Emilie-Romagne, des émeutes urbaines à Ancône, Bologne, Ferrare et Ravenne.

Des républiques autonomes voient même le jour. Le gouvernement italien mobilise 100000 hommes pour ramener le calme mais quand François Ferdinand est assassiné à Sarajevo, le calme n’est pas totalement revenu.

La première guerre mondiale débute le 2 août 1914. Comme la France n’à pas provoqué la guerre et que l’Autriche-Hongrie n’à pas daigné informer Rome de ses menées diplomatico-militaires vis à vis de la Serbie, l’Italie choisit de rester neutre, restant fidèle à l’accord de 1902.

Ce choix est partagé par la majorité de l’opinion publique, des partis, des catholiques, les partisans de l’intervention étant bruyants, remuants mais divisés.

L’Italie négocie avec les deux temps pour obtenir les conditions d’entrée en guerre les plus favorables. L’Autriche refusant de céder les terres irrédentistes à son «allié» transalpin, Rome choisit le camp de l’Entente, signant le traité de Londres le 26 avril 1915.

Ce traité prévoit qu’en échange de son entrée en guerre, l’Italie recevra le Trentin, Trieste, une partie de l’Istrie et du littoral dalmate ainsi que des possessions outre-mer (NdA Comme l’Autriche-Hongrie ne possédait pas de colonies ultra-marines on peut imaginer que cela concernait les colonies allemandes voir des possessions turques au Moyen-Orient).

Signer un traité c’est bien mais convaincre l’opinion d’entrer en guerre c’est mieux. Le gouvernement italien va laisser s’agiter les interventionnistes, laissant monter la pression.

Après plusieurs manifestations aux slogans aussi belliqueux que «la république ou la guerre», le président du conseil Salandra obtient les pleines pouvoirs le 20 mai 1915. Deux jours plus tard, la mobilisation est décrétée et le 24 mai 1915, l’Italie se considère officiellement en guerre avec l’Autriche-Hongrie.

Comme en août 1914, l’Italie espère une guerre courte, fraiche et joyeuse à croire que les informations sur les sanglants combats de l’été et de l’automne ont été bloquées par le massif alpin.

La guerre va durer trois ans et demi et l’Italie n’est absolument pas préparée pour un conflit moderne. L’économie et l’industrie sont incapables de fournir tout ce qui est nécessaire pour une guerre moderne, la situation sociale va vite se dégrader.

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Le général Cardona

Pour ne rien arranger le Général Cardona, commandant en chef de l’armée italienne à mal accepté une guerre du côté de l’Entente.

Médiocre stratège et peu économe du sang de ses soldats, il ne peut compter sur des cadres compétents sans oublier les faiblesses majeures en matière d’intendance, de logistique et du génie. L’artillerie manque de pièces modernes, il y à à peine 300 mitrailleuses en service. Pour ne rien arranger les fortifications ont été construites à l’ouest et non au nord-est.

De juin 1915 au printemps 1916, Cardona lance cinq offensives en direction de Gorizia et de Trieste, l’avancée est aussi faible que les pertes épouvantables.

Le 15 mai 1916, l’Autriche-Hongrie lance une offensive sur le front de l’Isonzo et le plateau d’Asiago, une offensive mûrement préparée. En deux semaines, les troupes italiennes sont débordées, le front percé, la plaine vénitienne menacée. C’est à grand peine que le général Cardona rétablit la situation mais le président du conseil Salandra doit démissionner.

Fin juillet c’est au tour des italiens de passer à l’offensive. La sixième bataille de l’Isonzo est une victoire italienne, le Regio Esercito franchit le fleuve et s’empare de Gorizia.

La situation militaire s’améliore, des troupes italiennes étant engagées à Salonique tandis que le 28 août 1916, l’Italie déclare la guerre à l’Allemagne.

En 1917 alors que le conflit entre dans sa quatrième année, l’Italie s’enfonce dans une crise politique, économique et sociale. Les pertes terrifiantes (200000 morts rien que lors des deux offensives de l’été 1917) alimentent un puissant mouvement pacifiste qui se traduit par des mutineries et des désertions.

L’armée italienne est au bord de la rupture. La rupture intervient le 24 octobre 1917 lors du désastre de Caporetto.

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Stosstrupen armé d’un pistolet mitrailleur MP-18

Ce jour là quinze divisions austro-allemandes percent le front, les italiens étant victimes d’une nouvelle tactique, une préparation d’artillerie éclair mais puissante ainsi que l’utilisation des Stosstrupen, des troupes d’assaut s’infiltrant dans le dispositif en négligeant les points de résistance.

Les troupes ennemies s’engouffrent dans une brèche de cinquante kilomètres. Il faut l’envoi de troupes britanniques et françaises pour rétablir un front continu sur le fleuve Piave le 9 novembre.

L’armée italienne à perdu 10000 tués, 30000 blessés, 300000 prisonniers, la moitié de l’artillerie et un matériel considérable. Le général Cardona est relevé et remplacé par le général Diaz. Un président du conseil à poigne Orlando est nommé, appliquant les mêmes maximes que Clemenceau.

Le 15 juin 1918, l’armée austro-hongroise lance un ultime offensive sur la Piave. C’est un échec, l’armée italienne regonflée tenant bon. Elle passe à l’offensive le 24 octobre et remporte le 29 la bataille de Vittorio (ce n’est qu’en juillet 1923 que le terme Veneto sera ajouté)

Cette bataille qui opposa cinquante-sept divisions alliées (51 divisions italiennes, trois divisions britanniques, deux divisions françaises, la légion Tchécoslovaque et un régiment américain) à soixante et une divisions austro-hongroises lava l’humiliation de Caporetto. Les pertes furent très lourdes, 36498 morts côté allié, 35000 morts et 426000 prisonniers côté austro-hongrois.

Cette bataille sonne le glas de la Double-monarchie qui dès le 28 octobre sollicite un armistice de son ennemi italien. L’armistice de Villa Giusti est signe le 3 novembre 1918 mettant fin à la guerre sur le front italien.

L’Italie est une puissance victorieuse mais le prix est exorbitant. Prix d’autant plus exorbitant que ni les alliés ni les gouvernants ne vont tenir les promesses faites durant le conflit. Cette frustration, cette victoire mutilée va faire le lit du fascisme.

Bilan : l’Italie en 1919 entre crise économique et victoire mutilée

L’Italie est victorieuse mais le prix est absolument terrifiant. Entrée en guerre neuf mois après les autres, Rome enregistre 750000 morts, un million de blessés sans compter tous ceux qui indemnes physiquement ont été marqués par les combats et ses horreurs.

Ces pertes auraient pu être digérées, «acceptables» si les sacrifices avaient été récompensées par des promesses tenues. Ce ne sera pas le cas et cette victoire mutilée va clairement favoriser l’arrivée de Mussolini au pouvoir.

L’économie italienne à été fortement impactée, le Nord-Est à été ravagée. L’agriculture à souffert du manque de main d’oeuvre. Quelques secteurs comme la métallurgie s’en sortent bien mais cette croissance est artificielle, c’est une véritable bulle.

Le conflit terminé, la reconversion suppose un vaste marché intérieur qui n’existe pas. La concentration du capital rend la situation économique de l’Italie encore plus précaire.

L’Etat italien s’est lourdement endetté (60 milliards de lires en 1920 contre 15MM en 1914), les impôts ont explosé, l’inflation monétaire est galopante sans compter l’augmentation des prix et une dépréciation spectaculaire de la lire.

Les conséquences sociales sont également très lourdes, la paysannerie est laminée, les classes moyennes déclassées qui pestent contre les embusqués et les profiteurs de guerre appelés en italie Pescicani (requins).

Les anciens combattants sont amers car pas récompensés de leurs sacrifices et parce qu’ils se sentent stigmatisés, représentant tous les errements du militarisme comme si la responsabilité d’un simple lieutenant était égale à celle de Cardona.

Cela pousse les classes moyennes à savoir la base du régime libéral à se retourner contre lui, devenant les bras armés du fascisme.

Le fascisme se nourrira de cette réaction de petits bourgeois devenus des anciens combattants et qu’animent la volonté de changement, la nostalgie de la fraternité égalitaire des tranchées, la haine des «politicards», des planqués et des profiteurs de guerre.

Le premier conflit mondial est dans un premier temps moins défavorable aux ouvriers, la pénurie de main d’oeuvre entraînant une augmentation du salaire mais le conflit terminé, la situation se retourne avec un blocage de la rémunération et l’augmentation des prix.

A cela s’ajoute donc la «victoire mutilée». Les interventionnistes espéraient que ce conflit permettrait à l’Italie de devenir une puissance majeure et d’obtenir des territoires supplémentaires notamment les «terres irrédentes» mais également en Méditerranée orientale voir hors d’Europe.

La conférence de Paris s’ouvre en janvier 1919. Dès le début le président américain Woodrow Wilson fait comprendre au président du conseil Orlando qu’il ne se sent pas tenu par les engagements pris par les européens durant la guerre.

S’appuyant sur le droit et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, il n’à rien contre l’annexion du Trentin, de Trieste et de Gorizia car terres irrédentes, italophones mais il s’oppose à l’annexion du Haut Adige (appelé également Sud-Tyrol) car terre germanophone, à la Vénétie julienne et la Dalmatie (territoires majoritairement peuplés de slovène).

Les italiens protestent, tempêtent et quittent la conférence le 24 avril 1919, espérant la paralyser et pousser les alliés à se montrer plus conciliants sur les revendications italiennes.

C’est un échec et les italiens reviennent à la conférence en juin 1919 comme l’empereur Henri IV était allé à Canossa, en pénitent la corde au cou. Orlando est renversé le 19 juin, passant en deux mois du statut de héros à celui de paria.

La question de Fiume cristallise les passions. Cette ville aujourd’hui connu sous le nom de Rijeka est peuplée majoritairement par des italiens mais son arrière pays est slovène. A l’époque de la conférence de Paris la ville est occupée par des troupes alliées, majoritairement italiennes et françaises, troupes qui entretiennent des rapports tendus.

Suite à des incidents entre troupes françaises et italiennes, le conseil interallié demande le départ du régiment des «grenadiers de Sardaigne» ainsi que du bataillon de volontaires levé par le poète Gabriele d’Annunzio.

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Poète célèbre, il s’engage à cinquante-deux ans et pas dans un travail de bureau. Il participe à des actions coup de poing comme le survol de Trieste et de Vienne, l’assaut à la flotte austro-hongroise avec des canots automobiles…… .

Véritable héros de guerre, il occupe la ville le 12 septembre 1919. L’attitude du gouvernement italien est ambiguë. Finalement après plus d’un an d’occupation, Fiume est reprise par l’armée italienne en décembre 1920, D’Annunzio capitulant le 26.

Quant à la ville de Fiume, elle devient un Etat libre le 12 novembre 1920 (traité de Rapallo) mais sera annexé le 16 mars 1924 par l’Italie moins une petite partie récupérée par la Yougoslavie.

Cette épopée de Gabriele D’Annunzio, Benito Mussolini va en tirer les leçons. Il voit dans cet échec la faiblesse de l’état libéral, des complicités potentielles et probables dans l’armée et l’appareil d’état, l’efficacité de la formule populiste associant nationalisme et socialisme mais aussi la nécessité de posséder à la fois un parti structuré et ne pas se mettre à dos les classes possédantes.

Symboliquement, Mussolini va aussi reprendre à son compte le rituel instauré par le commandante à savoir les longs dialogues avec la foule, l’esprit, les méthodes, l’uniforme noir des arditi….. .

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