Italie (6) Histoire (5)

La réaction et son opposition : congrès de Vienne et carbonari

Après la défaite de Napoléon 1er, les puissances gagnantes se réunissent à Vienne pour réorganiser la carte de l’Europe. La France bien que vaincue est également invitée.

Les puissances continentales (Autriche,Russie) veulent un retour à l’ordre ancien. La fureur vengeresse des dynasties renversées ou malmenées par les armées de la Révolution et de l’Empire est à la hauteur de la peur suscitée par cette tornade politique et militaire.

En Italie, l’ordre ancien va être rétablit mais les quinze années de domination française ont fait progresser l’idée d’unité italienne. La vie politique à été modernisée, les différentes codes (Code Napoléon, Code Pénal) introduits.

Si l’ordre politique ancien va être rétablit avec les retours des monarques ou des dynasties renversées, l’ordre juridique ne subira pas forcément un tel retour en arrière.

De plus la domination française à favorisé l’ascension sociale de nouvelles couches issues de la bourgeoisie. Difficile pour la noblesse de faire table rase du passé même quand elle le voulait.

L’unification administrative, juridique, douanière à renforcé dans les couchées éclairées de la société le sentiment d’appartenance à un espace homogène proprement italien. L’Italie cesse progressivement d’être une expression géographique pour devenir un peu plus.

Les unitaires italiens ont eu une relation ambivalente avec les français d’abord vu comme des libérateurs puis comme des occupants. Les unitaires sont cependant divisés ce qui facilitera la tâche des souverains restaurés et de leur tuteur autrichien.

Le Congrès de Vienne réuni de septembre 1814 à juin 1815. L’objectif c’est de rétablir l’ordre ancien mais également de préserver l’équilibre des puissances.

En Italie, les républiques indépendantes de Venise et de Gênes ne sont pas reconstituées, la première est cédée à l’Autriche pour former un royaume lombardo-vénitien alors que la seconde est cédée au royaume de Piemont-Sardaigne, royaume qui récupère Nice et la Savoie.

Au centre et à l’est de la péninsule, le morcellement est la règle avec un grand nombre de principautés. On trouve le duché de Massa-Carrare, le duché de Lucques, la république indépendante de Saint Marin.

Le Grand-duché de Toscane est rendu à la maison d’Autriche, le duché de Parme, de Plaisance et de Guastalla sont cédés à l’ex-impératrice des français Marie-Louise alors que les duchés de Modène, Reggio et Mirandola sont rendus à la maison d’Autriche-Este.
Le reste de la péninsule est occupée par les Etats Pontificaux intégralement reconstitués et le Royaume des Deux-Siciles rendu à la maison de Bourbon.

Dans le royaume lombardo-vénitien, la prépondérance autrichienne est strictement maintenue. Le royaume est sur le papier autonome avec un vice-roi installé à Milan mais sa marge de manœuvre est faible car la majorité des décisions est prise à Vienne.

Ce royaume ne possède ni drapeau ni armée autonome. Le vice-roi ne possède que 15000 hommes et seulement un tiers est italien. Mieux encore, les officiers italiens sont maintenus à des grades subalternes et affectés ailleurs dans l’Empire. Même chose pour le personnel administratif et pour renforcer le contrôle, la police dispose de moyens importants.

Ferdinand 1er 4.jpg

Ferdinand IV futur Ferdinand 1er

La domination autrichienne sur la péninsule est renforcée par des monarques de la maison d’Autriche à la tête des différentes principautés sans oublier la présence de garnisons autrichiennes un peu partout sur le territoire. De plus le roi des Deux-Siciles Ferdinand IV signe un accord de défense avec Vienne pour contrer les menées de Joachim Murat.

Les seuls territoires échappant à l’emprise autrichienne sont donc les Etats-Pontificaux où règnent Pie VII et le Royaume de Piémont-Sardaigne de Victor-Emmanuel 1er.

Victor Emmanuel I 8.jpg

Victor Emmanuel 1er

Ce dernier avait rêvé à un Royaume de Haute-Italie incluant la Ligurie (région de Gênes), la Lombardie, les duchés et une partie de la Provence et du Dauphiné. Vienne à contré ce projet ce qui explique les relations tendues entre l’Autriche et Turin.

La restauration de l’ordre ancien ne s’est pas faite de la même manière ni avec la même intensité dans les différents états nuançant l’image de la chape de plomb écrasant tous les progrès antérieurs. C’est notamment le cas du royaume lombardo-vénitien où pour éviter toute rébellion, Vienne ménage les susceptibilités.

Le royaume de Piemont-Sardaigne est l’état où la réaction triomphe le plus, Victor-Emmanuel 1er influencé par les écrits de Joseph de Maistre estime que la révolution est le résultat de l’abandon par la Savoie des traditions politiques et religieuses. Même chose dans les Etats Pontificaux.

A l’inverse en Toscane, on reprend la politique réformiste adoptée après 1750 par les grands-ducs successifs. Ferdinand III abroge les codes napoléoniens mais les remplacent par des codes inspirés des idéaux des Lumières, modernisant le régime fiscal, l’agriculture, le réseau routier, maintenant la liberté du commerce.

Les duchés de Parme, Plaisance et de Guastalla avaient été confiés à l’ex-impératrice des français Marie-Louise et par le duc de Neipperg son mari morganatique. La situation est alors dramatique mais une sage administration permet de rétablir peu à peu la situation.

Le régime paternaliste en place est nettement moins réactionnaire que celui qui régnait dans le duché de Modène où le petit-fils de l’empereur d’Autriche, François IV avait rétabli dans leur intégralité les privilèges de la noblesse et rendu aux jésuites une place de premier plan.

A Naples si Ferdinand IV supprima la constitution libérale accordée à la Sicile sous la pression anglaise en 1812, il conserva les institutions mises en place par les français ce qui ne plut pas à la noblesse. La politique de conciliation indisposa aussi bien les conservateurs que les libéraux.

Très vite l’opposition se leva contre ce nouvel ordre, une opposition visible et une opposition secrète avec la multiplicité des sociétés secrètes, la plus célèbre étant la carbonaria ou charbonnerie. Les revendications des «frères charbonniers» étaient moins «démocratiques» que libérales et unitaires, leur modèle étant la constitution de 1812 promulguée par les Cortes avec la bénédiction de Napoléon.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire la carbonaria ne recrutait pas parmi les plus humbles de la société mais dans les couches ayant profité même a minima de la domination française.

Une partie de la bourgeoise passe un accord avec les «frères charbonniers» pour protéger les étendues terrestres contre les lazzaronis, des bandes de paysans qui s’attaquaient à tous ceux qu’ils considéraient comme ennemis de l’Eglise et de l’ordre traditionnel.

En 1819 des milices armées sont mises en place contre les lazzaronis et nombre des membres de ces milices sont des membres de la carbonaria.

Des mouvements insurrectionnels éclatent en 1820/21 notamment dans le Royaume de Naples où le roi Ferdinand est obligé de laisser la régence à son fils ainé François. Ferdinand du prêter serment à la constitution. Un gouvernement libéral est mis en place qui réprime le mouvement qui s’était étendu à la Sicile.

La Sicile se divise entre partisans de l’indépendance et opposants. Cette guerre civile pousse les grandes puissances et notamment l’Autriche à intervenir.

En deux mois Vienne parvint à rétablir Ferdinand dans ses droits de monarque absolu. L’ordre n’est pleinement rétablit qu’en 1822 après l’écrasement d’émeutes déclenchées par les carbonari.

Au printemps 1821, le Piemont connait à son tour une flambée libérale. Victor-Emmanuel 1er abdique en faveur de son frère Charles-Felix et s’exile en Toscane pendant que le nouveau roi rassemble les partisans de la réaction qui écrasent les libéraux à Novare le 8 avril 1821 avec l’aide de l’armée autrichienne.

Le roi ne rentre à Turin qu’au mois d’octobre. Charles-Albert le fils de Charles-Felix est présent à la bataille du Trocadero en août 1823 quand les «100000 fils de Saint-Louis» écrasent les libéraux espagnols près de Cadix.

Dans les autres états italiens, il n’y à pas de nouvelles rébellions mais dès qu’une opposition se manifeste elle est sévèrement réprimée bien plus sévèrement qu’elle ne l’aurait été quelques années plus tôt.

Après quasiment dix ans de paix, l’Italie s’agite à nouveau. Comme souvent c’est la France qui sert de modèle avec les Trois Glorieuses qui chassent les Bourbons au profit des Orléans, Charles X cédant le trône à Louis-Philippe 1er.

Les patriotes italiens espèrent l’aide du nouveau roi des français mais le fils de Philippe-Egalité sait son trône fragile. Considéré comme un usurpateur par les légitimistes français et européens, il ne peut que difficilement intervenir en Italie et se mettre à dos les monarchies d’Europe.

Une rébellion éclate en Italie centrale en 1831 notamment dans les Etats Pontificaux et à Modène, cette révolte s’étend à Parme, Florence et Lucques. C’est ainsi que le pape ne contrôle plus que le Latium et Rome où une révolte identique à été rapidement étouffée.

Le 26 février 1831, on proclame la déchéance du pape comme souverain temporel pendant que sont mises pied les Provinces-Unies italiennes avec le drapeau tricolore. Parmi les combattants on trouve Napoléon-Louis et Louis-Napoléon le futur Napoléon III, le premier décédant du choléra alors que que le second parvient à rejoindre sa mère en Suisse. Le 29 mars 1831 l’armée insurgée est écrasée par les autrichiens. La répression sauf à Parme est féroce contre les libéraux.

Ces deux échecs prouvent que la charbonnerie et autres société secrètes ne peuvent seules libérer et unifier l’Italie. Il faut donc réfléchir sur les causes de la défaite et imaginer d’autres voies que celle du pronunciamiento militaire ou de la révolte déclenchée par des groupes ultra-minoritaires issus de la nébuleuse libérale, et vouée d’entrée de jeu à l’échec parce que sans appui populaire et sans perspective politique claire.

Charles-Albert 1er 7.jpg

Charles Albert 1er

En avril 1831, Charles-Albert de Savoie-Carignan succède à Charles-Felix. Il est connu pour ses sympathies libérales et on espère que libre de ses mouvements il pourrait réaliser le rêve d’unité et de liberté des patriotes italiens.

Seulement voilà le nouveau roi de Piemont-Sardaigne n’à aucunement l’intention de suivre les injonctions des patriotes italiens. Le nouveau roi est hésitant, timoré, imbu de ses prérogatives royales.

Il est cependant très opposé à la domination autrichienne et à l’aversion pour les révolutionnaires. En fait Charles-Albert règne en despote éclairé, cherchant à réformer mais sans tout bouleverser.

Si Mazzini espère d’abord convaincre le roi Charles-Albert de devenir le roi de l’unité, il finit par préférer l’insurrection populaire et fonde pour cela le mouvement Giovine Europa (Jeune Europe).

Il lance des insurrections en 1833 et 1834 mais se sont des échecs cuisants qui vont discrédité cette idée unitaire tout comme l’échec sanglant d’une expédition conduite en Calabre en juillet 1844.

Ces échecs sèment les graines de l’unité, une perspective lointaine mais cette idée de mouvement unitaire, cette idée d’expédition militaire allait être reprise par Garibaldi et son expédition des Milles avec succès comme nous le verrons en temps voulu.

Italia se fara da se (l’Italie se fera toute seule)

En février 1848, une insurrection parisienne renverse la Monarchie de Juillet pourtant réputée pour son libéralisme surtout si on la compare aux monarchies d’Italie et d’Europe Centrale. On à longtemps écrit que le «Printemps des Peuples» est né sur les rives de la Seine mais l’Italie à commencé à s’agiter avant.

Le roi de Piemont-Sardaigne Charles-Albert de Savoie Carignan commence à se montrer plus libéral à partir de 1845 et surtout 1847. C’est la même chose en Toscane alors que dans les Etats Pontificaux l’élection du pape Pie IX suscite beaucoup d’espoirs.

Pie IX (1846-1878) 18

Pie IX

Les patriotes italiens rêvent d’un pape libéral, d’un pape qui prendrait la tête de l’unité italienne mais ce rêve repose sur un tragique quiproquo car Pie IX est un pragmatique et un modéré, non un révolutionnaire comme le pense Mazzini et ses supporter. Ces derniers avaient espéré pouvoir faire de Charles-Albert leur épée mais ils ont été déçus par l’indécision du roi dont les convictions libérales étaient pourtant connues.

A l’été 1847 le mouvement libéral et national commença à prendre un virage révolutionnaire ce qui inquiète l’Autriche et le vieux chancelier Metternich. Ce dernier décide d’intervenir pour tuer la révolte dans l’œuf mais cette décision eut pour effet de hâter les réformes libérales en Piemont-Sardaigne et en Toscane.

A l’automne 1847 une révolte explose dans le Royaume de Naples et plus précisément de Sicile, révolte qui pousse Ferdinand II des Deux-Siciles à accepter le 11 février 1848 une constitution inspirée de la charte révisée de 1830.

Pie IX, le grand-duc de Toscane et le roi de Piemont imitent Ferdinand II. Charles-Albert fait adopter le Statuto Fondamentale qui sera la constitution de l’Italie unifiée de 1861 à 1956 date à laquelle la république succède à la monarchie !

Metternich aurait bien voulu intervenir pour remettre l’Italie au pas mais une révolte le chasse de Vienne. Son départ déclenche des révoltes dans les états dominés par l’Autriche.

Les patriotes unitaires pensent que le temps est venu de chasser les autrichiens et de réaliser l’unité mais Charles-Albert hésite en raison du manque de soutien international, la France refusant d’intervenir alors que l’Angleterre se contente d’un soutien moral. A cela s’ajoute la division du camp unitaire car si la majorité est royaliste, une minorité non négligeable est pour la république.

Enfin le 23 mars 1848, Charles-Albert se décide enfin. Il lance le célèbre Italia se fara da se (l’Italie se fera toute seule). Le Piémont déclare la guerre à l’Autriche le lendemain.

Les premiers succès suscitent énormément d’enthousiasme, les piemontais l’emportant à Goito le 8 avril puis à Pastienza le 30 avril. L’armée piemontaise est ainsi renforcée par des contingents venus de Toscane, du royaume des Deux-Siciles et des Etats Pontificaux.

Le cri des patriotes unitaires est «Charles Albert ou l’Autriche !» et l’unification semble en marche avec les duchés du centre de la péninsule, la Vénitie, la Lombardie et la Sicile.

Seulement voilà les princes italiens commencent à renacler devant l’unité qui se fera au profit du roi de Piemont-Sardaigne. Pie IX est le premier à quitter l’alliance décevant bien des patriotes qui abandonnent le projet d’une confédération italienne sous l’autorité du pape au profit de la solution piémontaise. C’est ensuite le grand-duc de Toscane et le roi des Deux-Siciles qui font défection.

Le 30 mai 1848, les piémontais remportent une dernière victoire à Peschiera. Cette victoire n’est pas exploitée en raison des hésitations politiques et militaires de Charles-Albert. Il voulait certes l’unité mais pas au prix de la révolution.

Les autrichiens menés par Radetzky ont tout le temps pour préparer une puissante contre-offensive pour rétablir leur domination. Les autrichiens contre-attaquent en juin 1848, reprenant les villes les unes après les autres avant de battre les piémontais à Custorzza, franchissant le fleuve Mincio.

Les piémontais sont à nouveau battus à Milan le 3 août 1848. Un armistice est signé le 9 août, les troupes piémontaises évacuant le royaume lombardo-venitien. Charles-Albert à conservé son trône mais perd l’immense capital de sympathie qu’il avait recueillit depuis sa jeunesse.

A l’automne les secousses continuent avec des émeutes populaires chassant le grand-duc de Toscane et le pape Pie IX mais les expériences républicaines sous la conduite des partisans de Mazzini sont éphémères.

Le 8 février 1849, les mazziniens votent la fin du pouvoir temporel du pape, c’est le début de la république romaine qui regroupe dans un état théoriquement uni la Toscane et les anciens Etats Pontificaux. Cette république sera écrasée par les troupes françaises en juillet 1849.

Entre-temps le 12 mars 1849, Charles-Albert dénonce l’armistice de Salasco, visiblement pour donner un gage des extrémistes et empêcher sa dynastie d’être balayée. La campagne militaire ne va durer que dix jours et ce sera une catastrophe.

Après une première défaite à Mortara le 21 mars,les forces piémontaises sont écrasées à Novare le 23 mars. Sur le champ de bataille même, Charles-Albert abdique au profit de son fils qui devient roi de Piemont-Sardaigne sous le nom de Victor-Emmanuel II. Il part en exil au Portugal où il moura quatre mois plus tard.

Le traité signé en août 1849 est très modéré, le Piemont revenant à ses frontières de 1815 et doit payer de lourdes indemnités de guerre à l’Autriche, à Parme et à Modène. A peine sur le trône, Victor-Emmanuel II doit écraser une révolte à Gênes.

Les autrichiens rétablissent l’ordre en Toscane, Ferdinand II fait le même boulot dans son royaume en bombardant Messine ce qui lui voudra le surnom de Re Bomba. Venise est reprise le 30 juin 1849, mettant fin à la république proclamée le 23 août.

Radzetky est tellement impressionné par l’héroïsme des combattants vénitiens qu’il décide de leur accorder une amnistie. Rome finit par capituler comme on l’à vu le 30 juin malgré la résistance héroïque de Giuseppe Garibaldi et de ses «chemises rouges».

Viva Verdi ! (Viva Victor Emanuele Rei de Italia) Une unité plus facile à dire qu’à faire

L’échec de Charles-Albert à réalisé l’unité italienne de façon autonome pousse nombre de patriotes unitaires à réviser leurs modes d’action. Si le statut moteur du Royaume de Piémont-Sardaigne n’est pas remis en cause, il devint évident qu’il faut le soutien d’une puissance étrangère pour se défaire de l’Autriche qui reste une puissance militaire.

Le problème c’est qu’elles ne se bousculent pas au portillon pour s’opposer à l’empire d’Autriche et aux Habsbourg.

Très rapidement, il devient évident que seule la France pourrait être suffisamment puissante pour s’opposer à Vienne mais pour cela il faudra la convaincre ce qui ne sera pas facile même si Louis-Napoléon Bonaparte à combattu en Romagne en 1830/31.

En attendant la répression en Lombardie-Vénétie est féroce et implacable, l’état de siège se prolongeant jusqu’en 1856. Les patriotes fuient l’Italie centrale pour le Piémont qui devient à son corps défendant un havre de paix et de liberté.

A Rome, Pie IX impose un retour à l’ordre ancien, rétablissement effectué sous la protection des baïonnettes françaises ce qui allait à l’encontre de la volonté initiale de Louis-Napoléon Bonaparte qui avait dépêché le général Oudinot et ses troupes pour empêcher l’Autriche de rétablir un régime réactionnaire.

C’est à l’encontre de la volonté et des pensées profondes du prince-président mais ce dernier doit ménager la majorité conservatrice (le parti de l’Ordre) à l’assemblée. C’est le début de la «question romaine» qui va durer vingt ans.

Après la paix de 1849, le Piemont-Sardaigne reste la seule entité italienne capable de réaliser l’unité de la péninsule. Pas mal pour l’état le moins italien de la péninsule qui il y à quelques décennies regardait davantage vers l’ouest que vers le sud-est.

Le processus semble devoir être long mais en à peine dix ans, la maison de Savoie va unifier la quasi-totalité de la péninsule, attendant 1866 pour récupérer la Vénétie et 1870 pour s’emparer des Etats Pontificaux.

Cavour.jpg

Camilio Benso comte de Cavour

En 1852, Camilio Benso comte de Cavour devient le premier ministre de Victor-Emmanuel II. Il tire les leçons de l’échec du Italia se fara da se et comprends que seule une aide militaire extérieure peut permettre au royaume du Piemont-Sardaigne de réaliser l’unité de la péninsule et cette aide ne peut venir que de la France mais Paris est tout sauf emballé à l’idée de réaliser le rêve des partisans du risorgimento.

En effet une telle action militaire remettrait clairement en cause l’équilibre du congrès de Vienne voir pourrait aboutir à une nouvelle guerre européenne. Il y à aussi la question du pape car les unitaires italiens sont bien décidés à intégrer les états pontificaux.

Il faut donc convaincre Napoléon III d’intervenir en Italie pour favoriser l’unité italienne en opposant la force militaire française à la force militaire autrichienne.

Le royaume de Piemont-Sardaigne commence d’abord par une véritable offensive diplomatique en acceptant de participer à une guerre de Crimée qui pourtant ne le concerne pas. 15000 soldats sardes arrivent au printemps 1855, s’illustrant à plusieurs reprises et jouant un rôle non négligeable dans le redressement puis dans la victoire alliée. Pas moins de 2600 soldats piémontais sont morts, essentiellement du choléra ce qui est pour ainsi dire la norme dans ces guerres pré-industrielles.

Le Congrès de Paris qui se réunit du 25 février au 8 avril 1856 n’aborde cependant pas la question italienne. Cavour et Victor-Emmanuel II qui s’étaient rendus à Paris en novembre 1855 sont déçus mais n’abandonne pas la partie.

Comme souvent Napoléon III se montre hésitant à franchir le pas. Il doit notamment tenir compte de l’opinion catholique et conservatrice persuadée que l’unité italienne ne peut se faire qu’au détriment du pouvoir temporel du pape ce que l’avenir confirmera.

Qu’es-ce qui va le convaincre ? Eh bien c’est un attentat contre sa personne et celle de l’impératrice Eugénie.

Le 14 janvier 1858, Felice Orsini, fils d’un carbonaro et membre du mouvement mazzinien Giovanni Europa lance trois bombes sur la berline de l’empereur. Le souverain et son épouse sont indemnes mais on relève huit morts et 156 blessés.

Les relations franco-piémontaises se rafraichissent sérieusement, la police française découvrant que l’attentat à été préparé à Gênes.

Orsini qui à agit en étant persuadé que la mort de Napoléon III déclencherait une révolution et que la gauche républicaine s’emparerait de la question italienne (oubliant le précédent de 1848) est jugé, condamné à mort et exécuté le 12 mars 1858 alors que Napoléon III et Eugénie avaient visiblement voulu sa grâce.

Napoléon III 13.JPG

Les 21 et 22 juillet, Napoléon III et le président du conseil piémontais se rencontrent dans le plus grand secret à Plombières dans les Vosges où l’empereur prenait les eaux.

L’empereur des français promet l’envoi de 200000 hommes pour chasser les autrichiens d’Italie du Nord et créer un royaume de…..Haute Italie comprenant le Piemont-Sardaigne, la Lombardie, la Vénétie, Parme, Modène voir la Romagne pontificale.

On trouverait ensuite un royaume d’Italie centrale (Toscane, Marches, Ombrie), les Etats Pontificaux et le royaume des Deux-Siciles gardés par les Bourbons ou rétrocédés aux descendants de Joachim Murat. Le tout formant une confédération présidée par le pape.

En échange de ses bons offices la France récupérait le duché de Savoie et le comté de Nice (après plébiscite) et un mariage serait organisé entre le prince Napoléon dit «Plon-Plon», le cousin rouge de Napoléon III et Marie-Clotilde, fille de Victor-Emmanuel II.

Cavour est déçu mais préfère voir le verre à moitié plein plutôt que le verre à moitié vide. C’est le début d’un malentendu, Napoléon III voulait bien chasser les Habsbourgs d’Italie mais pas forcément réaliser l’unité italienne et si en plus la confédération pouvait être sous influence française…… .

La France et le Piémont s’assurent ensuite de la neutralité de l’Angleterre, de la Russie et de la Prusse. Comme le traité est défensif, il fallait provoquer l’Autriche.

Vienne fait appareiller sa flotte et envoie 30000 hommes supplémentaires en Lombardie. Un traité défensif et offensif est signé entre Paris et Turin le 26 janvier, le mariage franco-piémontais étant célèbre quatre jours plus tard.

Les préparatifs militaires côté piémontais sont accélérés que ce soit le vote par le parlement de crédits militaires exceptionnels ou la levée par Garibaldi de volontaires, les chasseurs des Alpes.

Le 23 avril 1859, Vienne exige le retrait des troupes piémontaises de la frontière entre le royaume de Piemont-Sardaigne et le royaume lombardo-venitien avec un délai de trois jours s’exécuter. Le 26 Cavour rejette cette demande et le 27 avril, l’Autriche franchit le Tessin.

L’armée française est totalement prise au dépourvue au conflit, la faute à des négociations secrètes. C’est dans le plus grand désordre que les différentes corps rallient l’Italie soit par les Alpes ou par la mer en direction de Gênes et de Livourne. Ce n’est que le 18 mai 1859 que l’armée française se regroupe à Alessandria.

Les autrichiens n’ont entre-temps pas bougé. Outre la personnalité timorée du général Giulay, la majorité des troupes sont Slaves donc fort peu motivées pour ce conflit, partageant leurs envies d’indépendance avec les italiens.

Les franco-piémontais l’emportent à Montebello le 20 mai puis à Pallestro (30-31 mai) où le roi Victor-Emmanuel II se montre si courageux que le re galantuomo est fait caporal par le 3ème régiment de zouaves.

Entre-temps le 26 mai 1859, les chasseurs des Alpes de Garibaldi battent les autrichiens à Varèse puis à San Ferno le lendemain.

Le 4 juin 1859 à lieu la bataille de Magenta, une victoire franco-piémontaise après des combats longtemps indécis. La Lombardie est évacuée par les autrichiens ce qui permet à Victor-Emmanuel II et Napoléon III de parader dans Milan quatre jours plus tard.

Le conflit n’est pas terminé puisqu’il faut s’emparer de la Vénétie où 250000 hommes commandés par l’empereur François-Joseph en personne sont déployés. La bataille à lieu près de Solferino le 24 juin 1859.

C’est une véritable boucherie avec 40000 morts dont 17500 français, une boucherie dont est témoin un suisse prénommé Henri Dusnan et qui horrifié par le spectacle des blessés agonisant sur le champ de bataille aura l’idée de créer un service de santé international et non partisan, la Croix Rouge.

Bouleversé par cette boucherie, inquiet des menaces prussiennes (Berlin à proposé l’envoi d’un corps d’observation sur le Rhin) mais aussi doutant de la capacité des armées françaises à vaincre les fortifications du «quadrilatère» (Peschiera/Mantoue/Legnago/Verone), Napoléon III propose un armistice dès le 8 juillet 1859 à la grande fureur de ses alliés piémontais.

De cet armistice de Villafranca découle le traité de paix de Zurich (11 novembre 1859) qui voit l’Autriche céder la Lombardie à la France qui la cède au Piémont-Sardaigne, la Vénétie restant autrichienne, les monarques du centre de l’Italie étant restaurés dans leurs prérogatives.

Cavour est tellement furieux qu’il démissionne. Napoléon III est si peu fier de ce traité qu’il n’ose demander Nice et la Savoie pour le prix des nombreux morts français.

Le Piémont-Sardaigne n’à nullement renoncé à l’union mais doit se montrer prudent et ne pas froisser Napoléon III devenu l’arbitre de l’Europe. Si l’hôte des Tuileries n’à rien contre l’annexion des duchés de Parme et de Modène, la Romagne est plus problématique car c’est un territoire pontifical.

Néanmoins le neveu du vainqueur d’Austerlitz est impressionné par la force du sentiment national et par l’ordre maintenu par les proconsuls mandatés par Turin, les différents souverains ayant fui.

En clair, il ne fera rien pour s’y opposer et rien pour les encourager. Cavour accepte de revenir au pouvoir le 21 janvier 1860, six mois après sa démission (19 juillet 1859).

Au printemps 1860, la Toscane, les duchés émiliens et la Romagne sont annexés, annexion validée par des plébiscites. Le royaume de Piémont-Sardaigne devient le royaume de Haute-Italie et la France peut obtenir Nice et la Savoie dont les annexions sont largement approuvées par plébiscite.

Cavour doit encore récupérer la Vénitie sous domination autrichienne, les Etats Pontificaux ainsi que le royaume des Deux-Siciles dirigée par la dynastie des Bourbons.

Le comte de Cavour sait que le royaume de Haute-Italie ne peut agir ouvertement sans risquer de passer pour un agresseur ou de se mettre à dos Napoléon III. Le dilemme va être résolu par la proposition de Giuseppe Garibaldi de servir d’épée officieuse à Victor-Emmanuel II et à Cavour.

Garibaldi chemise rouge.jpg

Giuseppe Garibaldi

Véritable mercenaire de la liberté depuis 1849, le «héros des Deux Mondes» avait levé des volontaires les chasseurs des Alpes en 1859 qui s’illustrèrent dans la guerre contre l’Autriche.

La Sicile s’agite au printemps 1860 mais le roi François II qui à succédé à Ferdinand II réprime de manière brutale et musclée. Giuseppe Garibaldi recrute des volontaires à Gênes, les «Mille» (chiffre symbolique mais proche du chiffre réel) mais cette «expédition des Mille» va être plus connue pour la couleur des uniformes choisis, les chemises rouges.

Cavour ferme les yeux, son opposition étant pour la galerie et pour la diplomatie européenne. Le 11 mai 1860, les chemises rouges débarquent à Marsala en Sicile. Seize jours plus tard, le 27 mai, les volontaires garibaldiens rentrent dans Palerme révoltée.

Giuseppe Garibaldi se nomme «Dictateur de la Sicile» mais au non du re galantuomo. Le détroit de Messine est franchit le 20 août après que François II eut échoué à obtenir le soutien de la France et de la Grande-Bretagne pour empêcher le passage.

Le 7 septembre 1860, Naples est prise, le roi François II étant obligé de se réfugier à Gaète. La conquête est facile, la résistance est faible. Giuseppe Garibaldi devient dictateur des Deux-Siciles et reste fidèle à la promesse faite à Victor-Emmanuel II malgré les pressions de ses alliés mazziniens.

Cavour va ensuite utiliser Garibaldi comme épouvantail pour espérer obtenir le plus possible sans provoquer un casus belli avec des puissances européennes. Suite à des massacres de mercenaires pontificaux dans les Marches et l’Ombrie, l’armée du royaume de Haute-Italie intervient, écrasant les zouaves pontificaux le 18 septembre 1860.

Les Marches et l’Ombrie sont occupées par les piémontais mais le Latium reste sous l’autorité du pape, Victor-Emmanuel II ne voulant pas provoquer la France qui maintient une garnison à Rome depuis 1849.

Le 26 octobre 1860 à lieu la célèbre rencontre entre Giuseppe Garibaldi et Victor-Emmanuel II, les deux hommes rentrant à Naples le 7 novembre. Des plébiscites sont organisés, tous favorables à l’annexion. L’Autriche menace d’intervenir dans une redite de la «Sainte Alliance» mais aucune puissance européenne n’à suivit.

Les élections générales ont lieu dès janvier 1861. Le premier parlement italien se réunit à Turin le 18 février 1861. Un mois plus tard, le 23 mars, les représentants de vingt-deux millions d’italiens proclament Victor-Emmanuel II «roi d’Italie par la grâce de Dieu et la volonté de la nation».

Cavour meurt épuisé le 6 juin 1861 en murmurant Italia e Fatta (L’Italie est faite) même si il manque encore Rome et la Vénétie. Il faudra deux nouveaux conflits et dix ans pour que l’unité soit enfin achevée.

Cette unité est faite sur le papier mais dans les faits c’est loin d’être le cas notamment dans le sud de la péninsule où l’agitation est endémique, agitation alimentée par l’Eglise et par les Bourbons en exil (François II à capitulé le 13 février 1861. Exilé à Rome il décédera en 1894) qui oblige le déploiement de la moitié de l’armée jusqu’en 1866. La répression est féroce avec près de 20000 morts.

Sur le papier l’Italie était en grande partie unie mais cela allait-il au delà du symbole, du juridique ?

En clair, tous les habitants se sentaient-ils vraiment membre d’un même pays ? On prête cette phrase à Massimo d’Azeglio, un des penseurs du Risorgimento «L’Italie est faite, il reste à faire les italiens». Apocryphe ou non, elle résume bien la situation.

Il aurait fallu pour cela que la classe politique largement dominée par les piémontais ne considère pas les territoires réunis sous l’autorité de la maison de Savoie comme des territoires ennemis ou des colonies à exploiter.

Cette sage politique ne fût pas choisit, les représentants de la maison de Savoie furent ainsi envoyés dans le mezzogiorno avec des consignes fermes en matière de maintien de l’ordre. Il fallait certes neutraliser les partisans des Bourbons et les républicains ne voulaient pas d’une Italie unifiée sous un sceptre royal mais la façon brutale dont à été menée la répression à aliéné bien des sympathies.

Si vous ajoutez à cela une pression fiscale de plus en plus forte, une exploitation des ressources par des affairistes piémontais, vous comprendrez pourquoi l’unité fût vite vue comme une occupation étrangère avec la popularité qui en découlait.

Le brigandage endémique continua, un phénomène protéiforme avec toutes les victimes du nouveau régime, tous les opposants.

A cette insécurité classique s’ajoutait une dimension morale et politique puisque François II de Bourbon en exil dans les Etats Pontificaux (jusqu’à leur annexion par l’Italie) assurait un appui important qu’il soit financier ou matériel.

Cinq ans après la conquête ou la libération du royaume des Deux-Siciles, l’Italie va profiter un conflit extérieur pour enfin récupérer la Vénétie, récupération prévue dès 1859 mais qui n’avait pu se faire comme nous l’avons vu plus haut.

Ce conflit c’est la guerre austro-allemande et la question de l’unité des peuples de culture et de langue germanique. Deux écoles s’opposent la Grande Allemagne avec l’Autriche et la Petite Allemagne sans l’Autriche.

En réalité l’idée de grande Allemagne n’est pas viable tant l’antagonisme entre la Prusse et l’Autriche, entre Berlin et Vienne est devenu fort. Si en 1850, la Prusse n’avait pas osé affronter les Habsbourg (c’est la fameuse reculade d’Olmutz) en 1866 le rapport de forces est nettement plus équilibré.

Chacun affûte ses arguments et se cherche des alliés. C’est ainsi que la Prusse obtient la neutralité française en faisant miroiter la cession de territoires (Luxembourg, Belgique) alors que l’Autriche tente de faire de même avec l’Italie en lui promettant la cession de la Vénétie en échange de sa neutralité.

L’Italie préfère s’allier avec la Prusse (8 avril 1866), Berlin promettant la cession à Rome de la Vénétie.

Le 20 juin 1866, l’Italie déclare la guerre à l’Autriche pour ce que l’ont considère en Italie comme la troisième guerre d’indépendance.

C’est une catastrophe militaire pour l’Italie. Le 24, l’armée italienne est écrasée à Custoza, sa flotte anéantie à Lissa le 20 juillet suivant, la victoire des volontaires garibaldiens le lendemain à Bezecca constituant une maigre consolation pour les dirigeants italiens.

Fort heureusement l’Italie est sauvée par son allié prussien qui le 3 juillet 1866 l’emporte à Sadowa, une victoire qui surprend l’Europe et qui pousse l’Autriche à solliciter la paix auprès de la puissance montante du monde germanique. L’armistice austro-prussien est signé le 26 juillet, l’armée italienne déposant les armes le 21 août.

Le traité de paix est signé à Vienne le 12 octobre. François-Joseph cède la Vénétie à la…..France qui la rétrocède à l’Italie ce qui laisse un goût amer à certains patriotes italiens.

L’unité italienne n’est pas encore complète puisqu’il reste à s’emparer de Rome, tous les partisans du risorgimento ne voyant d’autre capitale que la ville éternelle. Seulement voilà le souverain pontife Pie IX est sous la protection des troupes françaises.

Les italiens vont attendre la défaite de Sedan (2 septembre 1870) et la chute de l’empire (4 septembre 1870) pour attaquer, profitant du départ des troupes françaises rappelées au pays.

Après la bataille de la Porte Pia le 20 septembre 1870, le plébiscite du 2 octobre confirme l’annexion de Rome au royaume d’Italie, la ville éternelle devenant la troisième capitale du royaume d’Italie après Turin (1861-1865) et Florence (1865-1871).

C’est en juin 1871 que Rome devient la capitale du royaume d’Italie. C’est le retour de l’unité de la péninsule presque 1400 après la chute de l’empire romain d’Occident. Le pape Pie IX excommunie Victor-Emmanuel II et interdit aux catholiques de participer à la vie politique. Il faudra attendre 1929 et les accords de Latran pour que la question du pouvoir du pape soit réglé.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s