Italie (5) Histoire (4)

L’Italie des XVIIème et XVIIIème siècles 

Pax Hispanica

Comme nous venons de le voir, les guerres d’Italie aboutissent à une mainmise de l’Espagne sur la péninsule, une sorte de Pax Hispanica. Jusqu’en 1620 environ, la domination espagnole est totale, cette domination profitant de l’affaiblissement de la France, de l’Angleterre et des états allemands.

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Philippe II

Plus encore que son père, Philippe II rêve de monarchie universelle et comme il ne peut exciper la dignité impériale confiée à son oncle Ferdinand 1er et mobilise donc la défense du catholicisme au point d’irriter la papauté. On ne va cependant pas aller jusqu’à un conflit aussi violent qu’au Moyen-Age.

En Italie, Philippe II domine le Milanais, le Royaume de Naples, la Sicile, la Sardaigne, la Corse sans compter différents états satellite.

Parmi ces états satellites, on trouve la République de Gênes, le duché de Savoie, le Grand-Duché de Toscane, Parme et Plaisance dominée par les Farnèse alors que Mantoue est sous l’autorité des Gonzague.

A cette puissance territoriale s’ajoute une puissance militaire (meilleure armée du monde avec le tercio qui restera invaincu jusqu’en 1648 et la bataille de Rocroi), une puissance navale sans compter les richesses d’Amérique.

Seule Venise et les Etats Pontificaux sont assez autonomes pour s’opposer plus ou moins frontalement à Philippe II.

Encore que Venise ne peut véritablement s’opposer à Madrid en raison de la menace ottomane qui ne cesse de grandir en Méditerranée et dans les Balkans. Les relations entre Venise et la Sublime Porte sont marquées du sceau de l’ambiguïté.

En effet, il y à des intérêts commerciaux qui oblige souvent la Sérénissime à la négociation mais elle n’à pas capitulé devant les turcs ottomans. Comme si cela ne suffisait pas les pirates barbaresques alliés des turcs écumaient la Méditerranée.

En 1570, Chypre tombe aux mains des turcs. Cette fois Venise ne peut que solliciter l’aide de la puissance espagnole. Une Sainte Ligue est formée avec le concours de Gênes, de la papauté et de la Savoie.

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Don Juan d’Autriche, demi-frère naturel du roi d’Espagne

Une puissante flotte est mobilisée sous le commandement de Don Juan d’Autriche, le demi-frère naturel de Philippe II qui affronte la flotte turque dans le Golfe de Corinthe à Lepante.

Le 7 octobre 1571, une mêlée confuse aboutit à la victoire de la Sainte Ligue mais ce succès célébré triomphalement dans toute la chrétienté reste sans lendemain. La preuve c’est qu’en 1577, le roi d’Espagne signe un accord avec le Sultan.

Quand à Venise, elle reste seule pour faire face à l’empire ottoman continuant sa politique d’alternance entre la paix et la guerre, un vrai jeu d’échec.

Alors que le reste de l’Italie s’enfonce dans l’absolutisme, Venise reste un oasis de liberté pour nombre d’italiens même si la Sérénissime est loin d’être une démocratie au sens moderne du terme.

L’Italie en marche vers l’absolutisme

En effet à partir du milieu du 16ème siècle, l’Italie s’absolutise, les différents états italiens singeant la France et l’Espagne. C’est notamment le cas de la Toscane qui en 1570 devient un grand-duché avec à la tête la famille Médicis.

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Cosme 1er

Le premier grand-duc est Cosme 1er, le fils de Jean des Bandes Noires, un célèbre condottiere plus connu sous son nom italien de Giovanni delle Bande Nere. Pleinement soutenu par les espagnols, Cosme le Grand va mettre en place une monarchie absolue, modernisant l’économie, l’armée et la marine du grand duché.

Son fils François lui succède en 1574 mais il se montre plus intéressé par la culture et les sciences que par la politique.

Après un règne bref (1574-1587), son frère Ferdinand lui succède, abandonnant la pourpre cardinalice pour le mariage et la politique. Contrairement à son père, il cherche à se détacher de la pesante influence espagnole au profit d’un rapport plus équilibré avec d’autres puissances comme la France, sa fille Marie épousant Henri IV.

Son fils Cosme II lui succède pour un règne d’une douzaine d’années (1609-1621) et si il renoue avec l’Espagne, il ne rompt pas forcément avec la France et pour cause, sa sœur étant reine puis surtout régente de France.

Au nord-est, la Savoie est à un tournant. Sa position géographique l’obligeant à une politique de bascule, le duc de Savoie à tendance à monnayer ses soutiens et à changer de camp avec ce mot célèbre attribué au duc de Saint Simon «Monseigneur le duc de Savoie termine rarement la guerre dans le camp où il l’à commencé à moins qu’il n’ait déjà changé de camp au cours du conflit».

Alors que la France s’enfonce dans l’épisode final des guerres de religion, la Savoie espère pouvoir arrondir ses possessions à l’ouest mais devant l’échec des menées des ducs de Savoie successifs, la Savoie comprend que son avenir se passe en Italie, en direction du Piémont et de la plaine du Po.

Sans le savoir ce choix contraint de la maison de Savoie va déclencher un lent et lourd mécanisme qui allait favoriser l’unité italienne car on imagine sans peine ce qui se serait passé si la Savoie avait réussit à reprendre pied à l’ouest.

Les Etats pontificaux connaissent le même processus. Le pape est à la fois un souverain spirituel et un souverain temporel. Le temps où la noblesse romaine ou la noblesse romagnole pouvait s’opposer frontalement au pape est révolu.

Une administration efficace permet aux souverains pontifes de mieux tenir leurs états que jadis. Il reste néanmoins un point noir à savoir le banditisme endémique dans les Etats Pontificaux tout comme dans le Royaume de Naples.

A partir de 1620, l’Italie subit logiquement le contre-coup des crises qui frappent la monarchie espagnole. Le contrecoup avec le siglo de oro n’en est que plus cruel et les contemporains ont clairement conscience du déclassement espagnol.

Les crises sont d’abord démographiques. Les pertes liés aux conflits, les épidémies de peste provoquent une chute de la population et donc du réservoir de recrutement alors que les armées espagnols sont sur tout les fronts.

Il faut donc faire davantage appel aux mercenaires qu’ils soient anglais, écossais, italiens mais ces hommes sont nettement moins fiables que les soldats espagnols sans compter les multiples exactions commises.

L’économie est en crise, le commerce est victime des pirates et des corsaires anglais et néerlandais, l’or et l’argent qui arrive en Espagne file rapidement à l’étranger pour rembourser les dettes immenses contractées par les souverains espagnols.

Et comme si cela ne suffisait pas, les successeurs de Philippe II sont des monarques faibles qui laissent leurs favoris (validos) gouverner à leur place.

Impossible pour ses favoris qui ne doivent leur position qu’à la faveur royale de mener des réformes de structure qui pourraient permettre à l’Espagne de passer le cap.

C’est dans ce contexte qu’éclate la guerre de Trente Ans (1618-1648), guerre qui voit les Habsbourg lutter contre les princes protestants allemands soutenus par la Suède en attendant la France.

La pression fiscale déjà forte en temps normal _les monarchies de l’époque moderne sont perpétuellement à court d’argent_ devient insupportable tout comme le recrutement forcé, les jeunes hommes étant raflés dans les campagnes napolitaines, amenés aux ports enchaînés comme des forçats pour rejoindre les unités d’infanterie.

Au moment où la guerre de Trente Ans s’achève (mais pas la guerre entre la France et l’Espagne qui se poursuivra jusqu’en 1659), le royaume de Naples se révolte en 1647/48, révolte maladroitement soutenue par la France ce qui explique que l’ordre espagnol est brutalement rétablit. Même chose pour la Sicile qui se soulève en 1674 mais quatre ans plus tard en 1678, les espagnols répriment cette révolte.

Le 17ème siècle italien se termine par un nouvel ordre politique et géopolitique. La Savoie passe du statut de duché fragile à un état émergent alors que la Toscane et la République de Venise s’enfoncent dans un long déclin.

Si le déclin toscan est lié surtout à la personnalité décadente des derniers grands ducs Médicis, le «déclin» vénitien est davantage lié à l’épuisement de la Sérénissime engagé dans une lutte homérique contre l’empire ottoman, l’exemple le plus criant étant la Crète perdue en 1669 après vingt-quatre années de lutte seule ou alliée avec des états italiens et chrétiens, soutien chichement calculé.

Le 18ème siècle italien

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Charles II d’Espagne

Au XVIIIème siècle, le déclin espagnol se poursuit malgré le changement de dynastie. En effet, Charles II le dernier hasbourg n’avait pas d’héritier et était de constitution fragile (consanguinité très forte en raison de mariage endogamiques) et sa succession devait être rapide. Pourtant, il n’allait décéder qu’en 1700 après trente-cinq années de règne.

Les Bourbons et les Hasbourgs sont très intéressés par ce formidable héritage, les premiers pour devenir une puissance dominante en Europe, les seconds pour reconstituer l’empire de Charles Quint.

Cette querelle va provoquer une guerre de succession d’Espagne qui épuise les grandes puissances, aboutissant à deux traités de paix, celui d’Utrecht (1713) et de Radstadt (1714). En ce qui concerne l’Italie, ces traités vont exclure la France et l’Espagne de la péninsule au profit des Habsbourg d’Autriche qui vont devenir les vrais maîtres de la péninsule.

Après la succession des guerres louis-quatorzième, les différentes puissances européennes veulent préserver la paix en imposant un équilibre des forces. L’Italie devient un plateau d’échecs où les états et les territoires vont des pièces qu’on s’échange sans tenir compte de l’avis des populations.

L’Autriche à récupéré le Milanais moins quelques territoires cédés au Piémont, pertes compensées par l’annexion de Mantoue. Vienne à aussi récupéré les Présides, le Royaume de Naples et la Sardaigne. L’ondoyant duc de Savoie a récupéré Montferrat, la Sicile (échangée avec la Sardaigne en 1720 comme on le verra) et surtout une couronne royale.

Les différents conflits qui vont opposer les grandes puissances européennes au XVIIIème vont impacter la péninsule avec des échanges de territoires entre grandes puissances pour maintenir un équilibre.

Suite à la guerre de Succession de Pologne (1733-38), la Lorraine est cédée au beau-père de Louis XV Stanislas Leczinski, le roi déchu de Pologne. François-Etienne de Lorraine, mari de Marie-Thérèse d’Autriche devient grand-duc de Toscane, succédant au dernier Médicis mort sans descendance. A cela s’ajoute Parme et Plaisance. Don Carlos, fils de Philippe V reçoit le Royaume des Deux Siciles où il devient le roi Charles VII.

Dix ans plus tard, en 1748, la guerre de succession d’Autriche se termine par la paix d’Aix La Chappelle. Parme et Plaisance sont enlévés aux Hasbourg pour aller à Don Phillipe, frère de Don Carlos et gendre de Louis XV.

Il était déjà prévu que si Don Carlos/Charles VII devenait roi d’Espagne, son frère lui succéderait à Naples pendant que Parme et Plaisance retourneraient à l’Autriche. Le royaume de Piémont-Sardaigne reçoit peu de choses alors que l’indépendance de la république de Gênes est confirmée.

Au milieu du XVIIIème siècle, le jeu de chamboule-tout à durablement réorganisé la carte de l’Italie pré-unification.

Le Milanais est passé de la domination espagnole à la domination autrichienne, Mantoue à été intégrée à la Lombardie autrichienne; Parme et Plaisance sont passés des Farnèse aux Bourbons d’Espagne, Florence des Médicis aux Lorraine.

La Sicile à été piémontaise en 1714, hasbourgeoise en 1720 et bourbons d’Espagne en 1735 alors que la Sardaigne passe des Habsbourg aux Savoie en 1720.

Les seuls états italiens «nationaux» sont les républiques de Gênes, de Venise et de Lucques, le royaume de Piémont-Sardaigne issu du duché de Savoie et les états pontificaux.

Ce seront les derniers bouleversements majeurs jusqu’à la Révolution Française et ses campagnes militaires.

On peut noter en 1768 l’achat de la Corse par la France à la république de Gênes, le territoire servant de gage pour le remboursement de créances mais comme l’autre Sérénissime était dans l’incapacité de rembourser, la France acheta ce territoire, quelques mois seulement avant la naissance d’un certain Napoléon Bonaparte.

Le 18ème siècle c’est le Siècle des Lumières, celui du despotisme éclairé, une tentative de synthèse entre les institutions anciennes et les idées nouvelles.

Les républiques oligarchiques et les Etats de l’Eglise ont été peu affectés à la différence des différentes régions dominées par les Bourbons et les Habsbourg. Un fossé se creuse v.1750/60 entre une Italie des Lumières, gouvernée par des princes soucieux de conjurer autorité et progrès et une Italie immobile et rebelle au changement.

La Lombardie autrichienne est à l’avant-garde de ce mouvement réformateur, mouvement très incomplet, les réformes pourtant modestes se heurtant à des intérêts si puissants que les réformateurs devaient abandonner la partie. Ces réformes renforcent aussi l’hostilité vis à vis d’une domination étrangère.

En revanche, Gênes, Venise et Rome restent totalement à l’écart. De nouvelles classes sociales apparaissent mais les classes sociales aux commandes refusent de leur laisser même une miette de leur pouvoir

Le constat est encore plus accablant dans les états pontificaux. Les terres ne sont pas mises en valeur, la pauvreté endémique tout comme le brigandage. Les quelques tentatives de réformes sont vites enterrées.

Quand au royaume de Piemont-Sardaigne, il constitue un cas à part dans le paysage italien. Il mène certes des réformes mais elles sont davantages guidées par un souci d’absolutisme monarchique que par le despotisme éclairé.

De la Révolution Française à l’unité (1789-1870)

L’Italie et la Révolution Française : entre attraction et répulsion

C’est donc au cours du XIXème siècle que l’Italie va réaliser son unité, renouant avec un état de fait qui avait disparu à la fin du Vème siècle.

Cette unité à été réalisée par le royaume de Piémont-Sardaigne avec l’appui militaire, politique et diplomatique de la France de Napoléon III ce qui ne pouvait que déplaire aux partisans les plus nationalistes de l’unité italienne.

En dépit de l’échec du Italia se fara da se (l’Italie se ferait toute-seule en 1848-1849), les unitaires nationalistes ont considéré que la révolution française avait stoppé un mouvement profond de réforme et retardé l’unité italienne.

Cependant cette théorie ne résiste pas à l’analyse car elle fait peu de cas de l’influence des philosophes français via leurs écrits diffusés dans la péninsule en version originale ou traduite en italien.

De plus et cela ne manque pas de sel, la majorité des réformes introduites dans la péninsule l’ont été par des étrangers qu’ils soient autrichiens et espagnols.

La montée en puissance et la radicalisation de la révolution française à entraîné un basculement complet des monarques réformateurs pourtant bien disposés envers ce mouvement qui après tout ne semble qu’un prolongement du despotisme éclairé en vogue au 18ème siècle.

Comme souvent dans ces mouvements, dans ces tornades d’événements et d’idées, les modérés sont écrasés par les radicaux, les libéraux deviennent encore plus libéraux, les conservateurs réactionnaires.

Aujourd’hui l’historiographie reconnaît à la fois l’existence d’un illuminisme italien spécifique (plus économique et juridique que proprement philosophique), un illuminisme divers qui à contribué au processus de l’unité italienne mais qui à été soutenu par les armées et les idées de la révolution française, du consulat et de l’empire.

La guerre qui début en 1792 va accentuer la division entre les deux camps, les armées républicaines provoquant bouleversement et chaos dans la pénisule.

Les campagnes d’Italie : une tornade nommée Bonaparte

Après une première période où les guerres ont pour théâtre essentiellement la Belgique et l’Allemagne, la guerre opposant la France aux nations coalisées s’étend à l’Italie, à sa plaine Padane.

Pour le Directoire, la stratégie de cette campagne engagée au printemps 1796 est simple : la victoire doit se faire sur le Rhin et en Allemagne mais pour détourner une partie des forces coalisées, décision est prise d’envoyer une armée dans le Piémont pour y fixer les soldats de la maison de Savoie et de la maison de Habsbourg.

Cette campagne va opposer la France à l »Autriche, le royaume de Sardaigne, le royaume de Naples,les états pontificaux, la Grande-Bretagne et la république de Venise.

Elle va durer plus d’un an du 24 mars 1796 au 7 avril 1797. Les français vont pousser successivement les différents belligérants en dehors du conflit, les sardes se retirant du conflit dès le 28 avril 1796 (armistice de Cherasco), les autrichiens le 17 avril 1797 (armistice de Leoben) avant que le traité de Campo-Formio signé le 18 octobre 1797 ne marque la fin du conflit entre la France et l’Autriche mais également la dissolution de la première coalition composée de la Grande-Bretagne, de la Sardaigne, de l’Espagne, de Naples, de la Prusse, de l’Autriche, du Saint Empire, des Provinces Unies et du Portugal.

Les conséquences sur la géopolitique italienne sont importantes puisque la France va s’implanter pour deux décennies avec notamment la mise en place d’un royaume d’Italie de 1805 à 1814, royaume occupant tout le nord ainsi que le centre-est de l’Italie et dont nous reparlerons plus tard.

Cette campagne impacte tous les états italiens, les états pontificaux sont ainsi obligés de signer la paix de Tolentino le 19 février 1797, la France récupérant Avignon et le Comtat Venaissin ainsi que les légations de Romagne, de Bologne et de Ferrare.

Deux républiques-soeurs sont créées, la république cispadane et la république transpadane, républiques qui vont ultérieurement fusionner en une république cisalpine qui deviendra la république puis le royaume d’Italie (respectivement en 1802 et 1805). La république de Venise disparaît, étant annexée par l’Autriche.

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Napoléon Bonaparte

On oubliera pas non plus le rôle décisif de cette campagne dans la destinée du général Napoléon Bonaparte.

Habile communiquant, il magnifie sa campagne où il fait preuves de réels talents tactiques (coup d’œil et décisions rapides) et stratégiques (il à mis au point le plan d’opérations qui à supplanté celui imaginé par le Directoire), l’image de Napoléon traversant le pont d’Arcole sous la mitraille autrichienne faisant le bonheur de générations d’écoliers.

Même si je ne veux pas entrer dans les détails il me semble important de balayer les grands événements de cet remarquable campagne. La première est une offensive éclaire du 24 mars au 31 mai 1796 qui voit l’élimination de la Sardaigne du combat qui va comme on l’à vu signe un armistice dès le 28 avril, laissant l’Autriche seule, la paix étant signé plus tard.

La seconde phase de la campagne est une guerre d’usure avec les deux camps qui attendent sur l’Adige (31 mai 1796-2 février 1797), la troisième phase est une campagne dans les Alpes (2 février-13 avril 1797).

La victoire militaire française est indéniable. Avec fort peu de troupes (30000 hommes à l’origine, 70000 hommes ultérieurement), l’armée d’Italie va vaincre sept armées sarde et autrichiennes.

Sur le plan territorial, la France occupe une partie du Piémont, fondé deux républiques en Lombardie, occupe l’Italie du Tyrol au Tibre, signe des traités avec les souverains de Sardaigne, de Parme, de Naples et de Rome.

L’armée du général Bonaparte se retrouve même à 100km de Vienne, obligeant les autrichiens à demander un armistice puis à signer le traité de Campo-Formio. Ces négociations sont menées par Bonaparte sans demander l’avis ni les instructions au Directoire qui commence à s’inquiéter de cet ambitieux général.

Le Traité de Campo-Formio signé le 27 vendémiaire an VI (18 octobre 1797). L’Autriche cède à la France les Pays-Bas autrichiens, renonce au Milanais et reconnaissent à la France la possession des territoires de la rive gauche du Rhin.

La première coalition est dissoute, seule la Grande-Bretagne continuant la lutte. Surtout Venise est annexée par l’Autriche pendant que la France récupérait les îles ioniennes, Corfou, Céphalonie et Zante.

L’Italie est totalement réorganisée avec le système des «républiques-soeurs» avec d’abord les républiques cispadanes et transpadanes qui fusionnent en juin 1797 pour former une république Cisalpine.

Cette république dont la capitale est Milan est un état puissant et bien organisé, disposant de sa propre armée avec le drapeau tricolore vert-blanc-rouge. Les patriotes italiens espèrent ainsi créer un futur état unifié mais en créant la république ligure autour de Gênes, Napoléon Bonaparte fit comprendre aux patriotes italiens que l’unité italienne n’était pas sa préoccupation majeure.

Il y à également l’annexion de la Vénétie par l’Autriche, l’annexion ultérieure de la république de Lucques et du Piemont qui vont décevoir bien des patriotes italiens.

Les Etats pontificaux n’échappent pas à la furia francese. Après l’assassinat du général Duphot qui accompagnait Joseph Bonaparte à Rome, le Directoire ordonne au général Berthier d’occuper Rome.

Le 15 février 1798, les patriotes proclament la république romaine, le pape Pie VI étant obligé de s’exiler en Toscane avant d’être déporté en France où il mourut le 29 août 1799, Pie VII lui succédant.

Une nouvelle coalition est alors mise sur pied, la deuxième du nom avec l’Angleterre, l’Autriche, la Russie, l’empire Ottoman, la Sardaigne et le Royaume de Naples. En décembre 1798, une armée napolitaine passe à l’offensive en direction de Rome. La contre-attaque française aboutit à la prise de Naples le 23 janvier 1799.

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Ferdinand IV et Marine Caroline

Le roi Ferdinand IV et la reine Marie-Caroline (sœur de Marie-Antoinette qui à donc de bonnes raisons de haïr les français) se réfugient Sicile sous la protection de la flotte anglaise commandée par l’amiral Nelson. Une république parthénopéenne est proclamée par les patriotes napolitains mais elle sera éphémère comme beaucoup d’entre-elles.

Deux mois plus tard, en mars 1799, le grand-duché de Toscane est occupé par les français. La quasi-totalité de l’Italie est sous domination française, la Sicile et la Sardaigne échappant à cette domination grâce à la protection de la Royal Navy.

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Souvorov

Cette domination absolue est cependant éphémère. Au printemps 1799, une armée austro-russe commandée par le général russe Souvorov pénètre dans la plaine du Pô.

Parallèlement le royaume de Naples est reconquis depuis la Calabre par des bandes de paysans fanatisés, les Sanfedistes (de Santa Fe ou Sainte Foi). Milan est pris le 28 avril et Naples le 22 juin. A l’été 1799, il ne reste aux français que la place-forte de Gênes.

Sur les talons des armées alliées, des bandes se livrent à une terrible vendetta contre les français, leurs alliés jacobins et plus généralement contre toute personne suspecté d’être partisane des idées nouvelles (sans compter les règlements de compte personnels).

Il faut dire que l’occupation française est vite devenue impopulaire par sa fiscalité écrasante, ses réquisitions, le pillage des œuvres d’art, les exactions de la soldatesque….. .

Les classes possédantes chassées par les jacobins et les français reviennent en exploitant le mécontentement populaire pour rétablir le statu quo ante.

La répression est un peu moins féroce dans le nord mais elle va provoquer un exil massif des patriotes notamment vers la France.

Napoléon Bonaparte était parti en Egypte. Rentré en catastrophe en octobre 1799, il s’empare du pouvoir lors du coup d’état du 18 Brumaire. Dès le moi de mai 1800, il reprend la route de l’Italie pour rétablir la domination française dans la péninsule. La victoire étriquée de Marengo le 14 juin 1800 est suivie de la prise de Turin cinq jours plus tard.

C’est cependant la victoire du général Moreau à Hohenliden en décembre 1800 qui pousse l’Autriche à négocier, négociations qui aboutissent à la paix de Luneville (février 1801).

La France récupère la rive gauche du Rhin, rétablit sa domination sur le nord de l’Italie via la république cisalpine qui est restautée et même agrandie avec l’intégration du Milanais, de Novare, de Modèle, de Mantoue et des légations.

D’autres traités sont signés avec l’Espagne (traité d’Aranjuez 21 mars 1801) et les Bourbons de Naples (traité de Florence le 28 mars).

La France récupère l’état des Présides (possessions des Bourbons sur le littoral toscan), le Grand-Duché de Toscane devient le royaume d’Etrurie confié au gendre de Charles IV d’Espagne. Otrante, Pescara et Brindisi reçoivent des garnisons françaises et sont fermées au commerce britannique. A noter que la Vénétie va rester autrichienne jusqu’en 1805 quand la paix de Presbourg l’enlève à Vienne.

La France change de politique. Finit les pillages pour fournir les fonds nécessaires à un Directoire aux abois, fini la répression brutale. L’heure est à la concorde, à la paix civile non pas par bonté d’âme mais parce qu’il faut financer la politique extérieure du Consulat puis de l’Empire.

L’Italie dans l’Empire napoléonien

Comme nous l’avons vu à plusieurs reprises, l’Italie en l’absence d’état fort était à la merci des puissances européennes. Cette faiblesse explique le nouveau bouleversement territorial entrainé par la proclamation de l’empire napoléonien le 19 mai 1804.

Une partie de l’Italie est directement rattachée à l’Empire avec six puis cinq départements dans ce qui était jadis le Piémont, trois couvrant le territoire de feu la république de Gênes (1805), trois couvrant l’ancien grand-duché de Toscane (1807), un correspondant au duché de Parme (1809), deux pour les Etats Pontificaux sachant qu’une partie est annexée au royaume d’Italie (1809).

Le statut des citoyens italiens de ces départements est d’ailleurs ambiguë. Sont-ils devenus français ou restent-ils des étrangers ? Le caractère éphémère de cette domination empêchera la levée de cette ambiguïté.

Dans le Memorial de Saint-Hélène de Las Cases, Napoléon à prétendu que cette annexion était temporaire le temps que les italiens soient capables de se gouverner par eux mêmes mais nous ne sommes pas obligés de le croire sur parole.

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Eugène de Beauharnais

Au printemps 1805, la République d’Italie devient le Royaume d’Italie. Comme jadis Charlemagne ou les empereurs du Saint Empire Romain Germanique, Napoléon 1er ceint la couronne de fer des roids lombards. Ne pouvant régner en personne, il délègue à Milan son beau-fils, Eugène de Beauharnais dont il connait la compétence et l’absence de toute ambition politique.

C’est d’ailleurs ce qui empêchera Eugène d’être pleinement populaire auprès de ses sujets italiens, on se félicite de sa sagesse et de sa modération mais sa cervilité vis à vis de son beau-père est mal vécue et mal comprise par les italiens.

Ce royaume va continuer à s’étendre en 1806 quand il absorbe Vénétie après la paix de Presbourg, Ancone et les Marches suivent en 1808, le Trentin en 1809 mais à la même époque il perd la Carinthie et la Dalmatie qui forment avec la Croatie les provinces illyriennes directement administrées par Paris.

Le Royaume d’Italie connait une vrai prospérité économique et artistique qui profite pleinement à la bourgeoise qui supplante l’ancienne noblesse.

De plus la contribution militaire importante (les effectifs militaires de l’Armée d’Italie passent de 36000 hommes en 1806 et 70000 hommes en 1812) favorise le développement de manufactures, le brassage des populations et l’ascension sociale car si les plus hauts gradés sont français, nombre d’officiers et de sous-officiers sont italiens.

Le Royaume de Naples était en 1805 le dernier état indépendant de la péninsule. Ferdinand IV probablement aiguillonné par son épouse Marie-Caroline n’à jamais renoncé à la guerre avec la France. Il rejoint la troisième coalition en septembre 1805 mais après la bataille d’Austerlitz se retrouve seul.

45000 hommes sous le commandement du général Massena franchissent le Garigliano, occupent le royaume et obligent le roi et la reine à se replier en Sicile sous la protection de la Royal Navy.

Le roi Bourbon est remplacé par Joseph Bonaparte, le frère ainé de Napoléon 1er. C’est le premier exemple de ce qu’on va appeler le «système familial» qui voit l’empereur des français placer ses frères ou ses beau-frères à la tête de royaumes ou de principautés pour faire pièce aux coalisés.

Son règne sera bref car 1808, Joseph Bonaparte est envoyé en Espagne pour succéder aux Bourbons d’Espagne. Le système famillial se poursuit cependant avec comme nouveau souverain Joachim Murat, beau-frère de Napoléon 1er depuis son mariage avec Caroline Bonaparte.

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Joachim Murat devenu Joachim 1er, roi de Naples

Le fougueux général continue la politique de réforme de son beau-frère tout en se montrant plus indépendant que le frère ainé de Napoléon 1er. Sa personnalité flamboyante le rend également plus populaire vis à vis des napolitains. L’opposition n’à cependant pas totalement désarmé, le brigandage se poursuit alimentant le cycle infernal action/répression.

C’est au cours de son règne que le phénomène de la charbonnerie (carbonaria) apparaît dans le sud de l’Italie peut être via des soldats du nord de l’Italie envoyés dans le Royaume de Naples après avoir été initiés en Franche-Comté. Ce mouvement intéresse Joachim 1er qui se montre à l’écoute du projet d’unité italienne à condition qu’elle se fasse à son profit bien entendu.

Le 20 mars 1811, l’impératrice Marie-Louise donne naissance au roi de Rome, le fils que Napoléon 1er attendait tant. Cette naissance ne fait pas plaisir aux napoléonides bien conscient que le système familial va être réorganisé au profit de l’héritier du trône.

Le système craquelle puis se fissure avec Bernadotte qui devient l’héritier au trône de Suède, pays engagé contre Napoléon. C’est un premier signal d’alarme même si ses liens avec la famille Bonaparte étaient ténus (son épouse Désirée Clary était la sœur de Julie Clary, épouse de Joseph Bonaparte) en attendant un événement plus grave, le changement de camp du roi de Naples Joachim Murat, époux de Caroline, sœur de Napoléon 1er.

Quand la France s’engage dans la funeste campagne de Russie en 1812, la péninsule est morcelée en trois «états» majeurs avec les départements directement rattachés à l’Empire français, le royaume d’Italie gouverné par Eugène de Beauharnais et le royaume de Naples dirigé par Joachim 1er. La Sardaigne reste aux mains de la maison de Savoie alors que la Sicile est dominée par les Bourbons, le tout sous la protection de la Royal Navy.

Il n’à cependant pas fallu attendre les déboires de la Grande Armée en Russie pour que naissent les réticences des états italiens vis à vis des demandes toujours plus importantes en hommes et en argent.

Il faut en effet ne pas oublier que sur les 700000 hommes envoyés en Russie, à peine la moitié étaient français. C’est ainsi que le royaume d’Italie va envoyer 30000 hommes dont bien peu reverront la péninsule et l’année suivante ce sont 25000 italiens qui vont périr sur le champ de bataille de Leipzig.

On comprends alors les réticences de Joachim Murat qui commence à caresser l’idée non seulement de conserver son trône mais également d’unifier la péninsule sous son contrôle, un projet porté notamment par les carbonari.

Il finit par basculer dans l’autre camp au printemps 1814. Son armée marche vers le nord alors que les austro-russes envahissent la plaine du Pô comme quinze plus tôt. L’armée du prince Eugéne résiste pied à pied mais doit s’enfermer dans Mantoue.

Alors que son beau-père à capitulé, Eugène tente de négocier un royaume d’Italie indépendant mais ce projet est torpillé par Murat et ses proches. Ce dernier n’en profite guère puis qu’après le départ de Napoléon sur l’Ile d’Elbe, il ne retrouve plus que son royaume alors qu’ailleurs l’ordre ancien se remet en place.

Initialement les coalisés étaient prêts à laisser Murat au pouvoir mais suite à des intrigues de Louis XVIII et de Talleyrand, c’est la maison de Bourbon qui doit retrouver son trône.

Le général joue alors le tout pour le tout. Alors que Napoléon 1er à débuté son vol de l’Aigle, son beau-frère marche au nord avec 35000 hommes repoussant les autrichiens jusqu’au Pô, occupant Rome et la Toscane.

Hélas pour lui, son appel à l’insurrection ne rencontre aucun écho dans la péninsule. Il doit se replier sur son royaume où il est défait en avril 1815 ce qui l’oblige à se réfugier en France.

Six mois plus tard, en octobre 1815, Joachim Murat débarque en Calabre avec une poignée de partisans, espérant provoquer le soulèvement de la population mais cette dernière n’à aucunement envie de son retour. Capturé, il est fusillé après une parodie de procès le 13 octobre 1815.

Après quinze ans de domination française, plus rien ne s’oppose à un retour à l’ordre ancien dans la péninsule.

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