Italie (3) Histoire (2)

L’Italie de l’Antiquité tardive au Haut Moyen-Age

Les barbares sont là !

Comme je l’ai précisé juste au dessous, la date de 476 est totalement arbitraire tout comme celle de 1492 pour marquer la fin du Moyen-Age (encore que pour cette dernière la découverte d’un nouveau continent bouleverse bien des certitudes).

Les contemporains n’ont pas senti un brusque effondrement de l’empire romain tout simplement parce que depuis des années le pouvoir impérial était terriblement affaiblit, la réalité du pouvoir appartenant à des barbares comme Odoacre qui ne pouvant régner officiellement se contentaient de manœuvrer dans les coulisses.

Même la fameuse bataille des Champs Catalauniques près de Troyes (451) qui vit la fin d’Atilla fût davantage une querelle entre barbares qu’un duel entre barbares et romains, les forces d’Aetius étant composées pour l’essentiel de wisigoths, d’alains, de sarmates, de francs saliens, de saxons et même d’huns mercenaires !

L’Italie devient un véritable puzzle que nombre d’acteurs d’un jeu complexe et mouvant vont tenter de réunifier.

Les premiers sont les ostrogoths menés par leur roi Theodoric. Ce dernier fût envoyé par l’empereur Zenon en 488 pour récupérer l’Italie à Odoacre moins parce que ce dernier s’était opposé à l’empereur d’Orient que pour envoyer le plus loin possible un peuple turbulent mettant en danger la sécurité de l’empire.

En 493, Odoacre battu est assassiné au cours d’un «banquet de reconciliation». C’est le début d’un royaume d’Italie qui couvre la péninsule italique, la Sicile, la Norique (Tyrol), la Pannonie (Hongrie) et l’Illyricum (Dalmatie). En 506 la défaite des Wisigoths face aux francs permet à Theodoric de s’emparer de la Provence et de la Septimanie.

Justinien (527-565) 17.png

Justinien

En 526, Theodoric meurt. Le royaume d’Italie est encore puissant mais comme souvent les successeurs d’un grand roi sont incapables de préserver cet héritage. A cela s’ajoute les débuts en 533 de la reconquête byzantine, Justinien envoyant en Italie ses deux meilleurs généraux, Belisaire et Narsès.

Il faudra pas moins de dix-neuf campagnes pour permettre à Justinien de rendre à l’empire sa province d’origine mais quand l’Italie est officiellement reconquise en 554, le pays est ravagé, ruiné, la peste sévit, c’est une véritable victoire à la Pyrhus.

Moins de quinze ans plus tard, en 568, les lombards envahissent le nord du pays. Ils ne sont pas des nouveaux venus puisqu’ils étaient présents sur l’Elbe et le Danube. Ironie de l’histoire, ils avaient fait partie de l’armée byzantine lancée dans la reconquête de l’Italie mais avaient été renvoyés pour indiscipline. Comme souvent leur arrivée s’explique par la pression qu’ils subissaient d’un autre peuple barbare, les Avars.

Cette fois la conquête est brutale et sans concession, l’anarchie règne où passent les lombards et il faudra atteindre la fin du VIème siècle pour qu’un embryon d’état lombard (et donc une certaine stabilité) voit le jour. D’autres états lombards comme les duchés de Spolète et de Bénévent voient également le jour à cette période dans le sud de la péninsule.

Dans ces siècles troublés (VI-VIIIème siècle), trois grands acteurs dominent le jeu italien à savoir les lombards, les byzantins et la papauté. En effet, profitant de l’absence d’un pouvoir séculier fort à Rome, les différents papes se sont arrogés le pouvoir temporel en plus du pouvoir spirituel. C’est l’acte de naissance des Etats Pontificaux.

Le jeu ne va cependant pas tarder à être bouleversé par un nouvel acteur venu de ce qui n’est pas encore la France. Sans le savoir les francs vont enclencher le mécanisme d’un conflit qui va durer plusieurs siècles entre l’empire et la papauté, entre l’empereur et le pape.

Arabes au sud, Carolingiens au nord, byzantins et lombards nul part

Quand débute le IXème siècle, l’Italie est fracturée, morcelée entre plusieurs belligérants. Le nord est dominé par les carolingiens, les Francs protecteurs de la papauté qui domine le centre la péninsule en s’appuyant sur un faux célèbre la Donation de Constantin qui «légalise» les Etats Pontificaux dont la création officielle remonte à 756.

Au sud les byzantins sont toujours là mais pour peu de temps car à partir de 827 les arabes s’emparent du sud de la péninsule en commençant par la Sicile avant de s’installer pour peu de temps dans le sud de la péninsule.

En 951, le royaume d’Italie (qui avait vu le jour en 888) et le royaume de Germanie ne font plus qu’un sous l’autorité d’Otton 1er qui onze ans plus tard en 962 va coiffer la couronne impériale.

C’est l’acte de naissance du Saint Empire Romain Germanique qui va durer près de neuf siècles jusqu’en 1806, une longévité peu commune.

Au XIème siècle alors que la Sicile et l’extrême sud de la péninsule sont sous domination arabe, un nouvel acteur entre dans le jeu. Ce sont les normands, des cadets de familles nobles qui ne pouvant espérer hériter en Normandie se lancent dans une aventure en Méditerranée. Ils chassent les arabes de Sicile et du sud de la péninsule, s’emparant également des territoires byzantins.

A la fin du 11ème siècle, alors que la première croisade à été lancée pour libérer les lieux saints de la chrétienté, trois blocs occupent l’Italie avec l’Empire au nord (qui doit faire face aux communes italiennes et à l’émergence des républiques maritimes), les états pontificaux au centre et donc les normands dans le sud.

L’Italie médievale : guelfes et gibelins, communes et républiques maritimes

Guelfes et Gibelins

En répondant à l’appel à l’aide du pape contre les lombards, Pépin le Bref ignorai probablement qu’il mettait en germes un conflit qui allait éclater au milieu du XIIème siècle entre les guelfes et les gibelins.

Les guelfes considèrent que le pouvoir impérial est inférieur au pouvoir pontifical, que l’empereur doit son pouvoir du pape alors que les gibelins considèrent que l’empereur tient son pouvoir directement de dieu.

Ce conflit commence dès le Xème siècle quand l’empereur du Saint-Empire Romain Germanique prend le contrôle de l’élection pontificale, nommant les évêques de l’empire. C’est l’époque des évêques politiques, des papes et des antipapes, de l’influence des grandes familles romaines sur la papauté.

Grégoire VII (1073-1085).jpg

Grégoire VII accueillant l’empereur Henri IV à Canossa

Cette mainmise des laïcs sur l’Eglise provoque une réaction en son sein appelée réforme grégorienne car la réforme est personnifiée par Grégoire VII même si son prédecesseur Nicolas II à beaucoup fait pour purger l’Eglise de ses scories.

C’est le début d’une lutte féroce appelée querelle des investitures qui se termine par l’épisode de Canossa où l’empereur en tenue de pénitent se soumet à la papauté pour obtenir le pardon pontifical.

A l’issue de ce conflit le pape parvient à se soustraire à la tutelle impériale, le concordat de Worms en 1122 voyant l’empereur accepter la libre élection des évêques, l’empereur se réservant le droit de donner aux prélats l’investiture temporelle. Ce compromis marque la défaite de l’Empire.

 

Trente ans plus tard, le conflit rebondit sous le règne de Frédéric II Barberousse (1155-1190), une querelle particulièrement violente puisque l’empereur est excommunié en 1227 pour ne pas être parti à temps pour la croisade.

Si le Saint-Empire Romain Germanique en sort très affaibli (notamment par sa lutte contre les villes italiennes), la papauté échoue également à imposer son rêve d’une théocratie mondiale où tous les souverains seraient dépendant du pape.

Outre la querelle religieuse, l’affrontement est aussi politique et géopolitique quand Frederic II Barberousse marie son fils Henri à Constance, l’héritière du royaume normand de Sicile, encerclant la papauté.

En 1229 Frederic II récupère Jérusalem par la négociation. Un comble la ville la plus sainte de la chrétienté libérée non pas par un croisé mais par un empereur excommunié !

Le terrible pape Grégoire X n’est pas pour autant près à passer l’éponge, lançant une armée contre l’empereur, armée qui échoue, l’excommunication étant levée une première fois en 1230 mais le conflit n’est pas terminé pour autant.

En effet les juristes allemands nient au pape la prétention de vouloir régenter le monde, l’empereur et chaque monarque étant seul maitre au sein de son royaume.

Le pape lui manipule les communes lombardes qui se révoltent à nouveau contre l’empereur. A cela s’ajoute la révolte des princes allemands dirigés par Henri, le fils et héritier de l’empereur. Conrad, autre fils de l’empereur le remplace.

Frédéric II Hohenstaufen 5.png

Fréderic II Hohenstaufen

Après des victoires contre les princes allemands et la ligue Lombarde, Frederic II tente de pousser son avantage mais obtient en réponse du pape une nouvelle excommunication (1239). Le pape promet l’absolution à tous les soldats qui s’engagent à combattre l’empereur vu comme l’Antéchrist.

Même la mort de Grégoire IX en 1241 ne met pas fin au conflit,Innocent IV marchant dans les pas de son prédécesseur, un concile organisé à Lyon déposant l’empereur en 1245, déliant ses sujets de leur serment de fidélité. Le concile de Lyon est le point culminant de la théocratie pontificale.

En 1250, Frédéric II meurt marquant l’apogée de la théocratie pontificale. Le fils de Frederic II, Conrad IV est également excommunié mais le pape comme l’empereur meurent en 1254. C’est le début du Grand Intérrègne, l’empire restant sans souverain jusqu’en 1273, permettant aux princes et aux villes de devenir pour ainsi dire indépendants.

L’empire devient une véritable coquille vide, les pouvoirs impériaux sont symboliques et la puissance du titulaire de la fonction reposera bien davantage sur ses propres territoires que sur le territoire impérial en lui même.

Mais la papauté ne jouit pas longtemps de sa victoire. Elle doit faire face au pouvoir montant des monarchies nationales et est à son tour abaissée par le roi de France, Philippe le Bel, après l’attentat d’Anagni en 1303 quand Guillaume de Nogaret, chancelier de Philippe IV soufflette Boniface VIII qui voulait renouer avec les mannes de Gregoire IX et d’Innocent IV.

Ce terrible affrontement se termine par un véritable match nul. L’empire est vidé de tout pouvoir concret et la papauté ne peut imposer son rêve théocratique, faire des souverains des délégués d’une autorité supranationale.

De toute façon en ce début du XIVème siècle, l’heure n’est plus vraiment aux constructions politiques médiévales mais pas encore aux états-nations modernes comme le prouve l’affrontement entre angevins et aragonais pour le contrôle du sud de l’Italie et des îles attenantes.

Angevins contre aragonais

Quand l’héritier de Fréderic II Hohenstaufen marie son héritier Henri avec Constance de Sicile, dernière héritière de la dynastie normande Sicile, la papauté se retrouve avec l’horrible perspective d’être encerclé par les territoires impériaux.

Pour desserrer l’étau, les papes cherchent un nouveau protecteur plus malléable. Le problème c’est que les candidats ne sont pas légions. Inutile de se tourner vers la péninsule ibérique, les souverains castillans et aragonais sont aux prises avec la Reconquista et aucun prince allemand n’est assez puissant pour s’opposer à l’empereur au delà d’une révolte locale.

Reste l’Angleterre et la France. Un temps le pape Innocent IV prend langue avec Richard de Cornouailles mais ce dernier fait trainer les choses poussant le légat pontifical à se tourner vers Charles, comte de Provence, le frère cadet de Louis IX.

Ce dernier est un prince ambitieux qui à obtenu la Provence par mariage. La perspective de ceindre une couronne royale le pousse à accepter la couronne des Deux Siciles en 1262.

Le pape parvient à convaincre un Saint Louis initialement reticent en présentant un royaume aux mains de son frère comme un tremplin pour une nouvelle croisade que Louis IX cherchait à promouvoir.

En janvier 1266, Charles est couronné roi des Deux-Siciles. Il bat ensuite Manfred, le fils naturel de Frederic II Hohenstaufen et héritier du trone. La mort de Manfred à la bataille de Benevent (26 février 1266) semble marquer le triomphe de Charles mais un nouveau candidat fait son apparition.

C’est l’infortuné Coradin, neveu de Manfred qui remporte d’abord un certain nombre de succès en profitant de l’impopularité d’un roi à poigne qui se moquant d’être populaire impose son autorité d’une poigne de fer, les français occupant tous les postes à responsabilité.

Hélas le 23 août 1268, l’armée impériale est battue à Tagliacozzo. Conradin est fait prisonnier et contrairement à tous les usages de l’époque, il est décapité car considéré comme un félon s’étant révolté contre son souverain légitime. Cela n’améliore pas la popularité du fondateur de la dynastie angevine.

En 1270, il participe à la neuvième croisade. Cette croisade n’à pas pour objectif les lieux saints comme on pourrait s’y attendre mais Tunis, Saint Louis à probablement été influencé par son frère qui n’intervient en personne qu’après la mort de Louis IX.

Il proclame son neveu Philippe roi de France sous le nom de Philippe III, fait de l’emir de Tunis son vassal avant de retourner dans ses territoires italiens.

En 1273, Charles voit les limites de son influence sur le pape quand Grégoire X refuse la candidature à l’empire de Philippe III au profit de Rodolphe de Hasbourg, un prince autrichien à la puissance territoriale toute relative.

Les temps changent mais bien sur personne n’aurait pu imaginer que cette modeste maison venue de Suisse serait à la tête de l’empire jusqu’en 1806 (sauf quelques exceptions temporaires).

Pour ne rien arranger, la papauté négocie avec l’empereur de Byzance pour réunifier l’Eglise divisée depuis 1054, une façon de contrer les ambitions angevines sur la couronne impériale. En 1280, l’armée angevine échoue dans une tentative contre l’empire byzantin (siège de Berat en Albanie) mais ce qui va provoquer la chute de cet ambitieux monarque ce sont les Vêpres Siciliennes.

Le 30 mars 1282 à Palerme éclate une révolte que l’historiographie à retenu sous le nom de «Vepres Siciliennes» en référence à l’office de l’après midi. L’élement déclencheur aurait été causé par un français ayant attenté à l’honneur d’une jeune fille.

Les cloches de l’église du Saint-Esprit sonnent à toute volée laissant soupçonner un soulèvement prémédité même si plus de sept cent ans plus tard les historiens se querellent toujours sur cette question.

Ce qui est certain c’est que tous les français sont massacrés, quinze ans d’hostilité et de rancœur explosant alors.

La commune de Palerme déclare la déchéance de Charles d’Anjou, la ville faisant sa soumission à l’Eglise mais le pape Martin IV dénonce les rebelles et les invite à faire leur soumission à leur roi mais nul doute que les palermitains en particulier et les siciliens en général savaient leur sort qui les attendaient avec un roi aussi impitoyable.

Il leur faut trouver un protecteur étranger. Ils se tournent vers Michel VIII Paleologue l’empereur de Byzance mais aussi vers Pierre III, roi d’Aragon qui avait épousé une fille de Manfred de Hohenstaufen. C’était un opposant de longue date à roi angevin qui s’empresse de répondre à cet appel,débarquant en septembre en Sicile s’emparant rapidement de Palerme.

En 1283, Martin IV véritable créature de Charles d’Anjou excommunie Pierre d’Aragon et lui confisque son royaume. Il lance même croisade en Aragon, faisant de Charles de Valois, fils de Philippe III le nouveau roi d’Aragon. Cette croisade va cependant échouer et la Sicile va basculer du côté de l’Aragon. L’impitoyable Charles d’Anjou ne verra pas la fin puisqu’il meurt le 7 janvier 1285 à l’âge de 57 ans.

Cette révolte populaire met un terme aux projets angevins contre Constantinople et vers l’Orient, Charles s’étant proclamé roi de Jérusalem en 1277. En effet la flotte angevine est détruite à la fois lors de la révolte mais également au cours d’affrontement contre les aragonais menés par Roger de Lauria.

Si les aragonais parviennent à s’imposer en Sicile, ils échouent à s’emparer du sud de la péninsule où se sont repliés les angevins. La guerre entre la maison de Barcelone et les capétiens va durer jusqu’en 1302 quand le roi de Sicile Frederic III reconnaît la souveraineté angevine sur le sud de l’Italie (paix de Caltabellotta) mais il faudra attendre le traité d’Aversa en 1373 pour que les angevins renoncent à la Sicile et reconnaissent l’autorité aragonaise sur la plus grande île de la Méditerranée.

L’essort des républiques maritimes

Alors que les aragonais et les angevins se déchirent, d’autres acteurs s’affirment en Italie, des républiques oligarchiques dont les castes dirigeantes avaient fait fortune dans le commerce, la Méditerranée étant à l’époque le carrefour du commerce mondial.

Des villes comme Amalfi, Gênes, Pise et surtout Venise vont devenir des acteurs incontournables économiquement, militairement et politiquement, tout le monde se souvient que c’est l’impossibilité pour les croisés de la quatrième croisade de payer la somme convenue avec la Sérénissime qui conduisit des chevaliers chrétiens à s’emparer de Zara et surtout de Constantinople, le saccage de la ville en 1204 portant un coup dont l’empire byzantin ne se releva jamais tout à fait.

Passons rapidement sur Amalfi, une ville de la baie de Naples qui ne supporta pas la comparaison avec les autres cités maritimes de la région en l’occurence Gênes et Pise.

Ces deux cités vont s’opposer pour le contrôle de la mer Tyrrhénienne mais également pour le contrôle du lucratif commerce avec l’Orient. Ces deux cités qui vont également se disputer le contrôle de la Corse.

Tout en s’opposant avec Pise, la ville d’Andrea Doria va également affronter la république de Vénise dans un véritable combat de titan. En 1379, une flotte génoise parvient à pénétrer dans la lagune et s’empare de Chioggia mais en 1380 ils sont battus et l’année suivante en 1381, la paix de Turin impose le statut quo.

Trois ans plus tard en 1384, les génois écrasent les pisans à la bataille de La Meloria, éliminant la cité célèbre pour sa tour inclinée de la course au contrôle de la Méditerranée, la faute à l’absence d’institutions stables qui obéraient les efforts nécessaires pour une politique impérialiste suivie.

C’est le début d’un lent et long déclin qui aboutira au début du XVème siècle à sa conquête par la république de Florence, la cité des Médicis faisant de Pise un de leurs accès à la mer en compagnie de Porto Pisano et de Livourne.

Gênes et Venise restent donc seuls en course pour dominer la Méditerranée. Ce duel maritime se double d’affrontements terrestres, Venise cherchant à acquérir un glacis protecteur face à Gênes qui contrôlait à l’époque Padoue, Trevise, Verone et Mestre, pouvant interrompre les convois marchands venant de la lagune ou venant de la Lombardie.

La Sérénissime doit lever d’importants contingents de mercenaires et s’allier avec Milan et Florence pour contrer l’impérialisme génois.

Si Venise finit par triompher c’est en grande partie en raison de sa stabilité intérieure. Depuis 1297 l’accès au Grand Conseil à été fermé (Serrata), réservant le pouvoir aux familles inscrites dans un livre d’Or.

Des installations complexes limitent le pouvoir personnel du doge qui est davantage un pantin couronné qu’un monarque absolu.

Gare à celui rêvant d’une couronne ou d’un véritable pouvoir monarchique, le portrait de Marino Falier couvert de noir après avoir été exécuté en 1355 placé en face du siège du doge rappelant à toutes les têtes chaudes ce qu’il coûte de défier les institutions de la République de Saint Marc comme jadis au moment des triomphes où derrière les généraux victorieux un esclave leur murmurait «n’oublie pas que tu es mortel».

Si les grandes familles vénitiennes peuvent se quéreller, se jalouser, les institutions sont suffisamment stables pour éviter que les querelles dégénèrent en une véritable guerre civile comme à Gênes.

De plus les familles vénitiennes ont une vision commune de la politique extérieure, une politique très axée sur les intérêts commerciaux qui ont fait la richesse de la cité.

Gênes finira par décliner à cause de querelles internes, de jalousies entre familles, de tentatives éphémères de pouvoir personnel. Lassée, la cité ligure finira par offrir le pouvoir à des monarques ou des familles étrangères qu’il s »agisse de Charles VI roi de France, des Visconti ou des Sforza mais le déclin de Gênes par rapport à Venise était définitivement acté.

République de Florence et Etats Pontificaux, des états territoriaux puissants en Italie centrale

Au milieu du XIIIème siècle quand la dynastie hohenstaufen agonise, la cité de Florence est une cite toscane parmi d’autres, moins riche par exemple que Sienne, sa rivale.

Ce qui va faire sa fortune c’est le choix décisif de lier son destin avec Charles d’Anjou dont les marchands florentins financent généreusement les entreprises du fondateur de la dynastie angevine.

En 1266 la victoire angevine de Bénevent marque le triomphe définitif des guelfes dans la patrie des Médicis. Le pouvoir jadis incarné par un magistrat appelé podestat se transforme en une république oligarchique où les grandes familles du popolo grasso imposent leur autorité sur le popolo minuto.

Les différentes familles de l’oligarchie florentine mènent clairement une politique impérialiste pour obtenir de nouveaux marchés et contrôler les fructueuses routes commerciales du nord de l’Italie.

Le parallèle avec Venise est évident et il n’est pas étonnant que la cité toscane s’est alliée avec Venise et Milan pour contrer l’impérialisme génois.

En 1406 des mercenaires s’emparent de Pise qui cesse d’être une cité indépendante. La cité célèbre pour sa tour penchée offre à Florence sa flotte, ses chantiers navals et ses comptoirs outre-mer. Porto Pisano devient le port de Florence même si son ensablement obligera la cité des Médicis à acheter Livourne vers 1420 pour la coquette somme de 100000 florins d’or.

Au début du XVème siècle, le territoire de Florence couvre la Toscane actuelle moins Sienne et Lucques qui restent des républiques indépendantes. Ce n’est cependant pas encore un état unitaire, les différentes cités étant sujettes de Florence.

Plus au sud, les états pontificaux émergent à la même époque. Ces états qui couvrent le Latium, l’Ombrie, les Marches et la Romagne coupe la péninsule en deux, séparant le royaume de Naples au sud des communes et des principautés territoriales en voie de formation du nord et du centre de la péninsule.

Le territoire est divisé en cinq puis sept provinces pontificales dirigées par des recteurs. Il ne faut cependant pas imaginer une autorité absolue du souverain pontife. Ce dernier est loin d’être un monarque omnipotent puisqu’il est en bute avec les querelles de faction au sein des cités et surtout des rivalités entre les grandes familles (Orsini, Colonna, Caetani) qui se disputent le trône de Saint Pierre.

Lassé de cette insécurité endémique, le souverain pontife Clément V _un pape français_ décida de quitter Rome pour s’installer à Avignon. Cet exil qui devait être provisoire va en réalité durer soixante-huit ans (1309-1377).

Peu après le retour à Rome, le pape Grégoire XI meurt. Un conclave élit un pape italien, le pape Urbain VI (1378) mais les cardinaux français refusent de reconnaître cette élection.

Urbain VI 3.jpg

Urbain VI

Réunis à Lodi dans le Royaume de Naples (sous domination angevine) ils élisent le pape Clément VII, marquant le début du Grand Schisme d’Occident, un schisme qui verra deux voir trois papes régner en même temps ! Ce déchirement honteux va durer jusqu’en 1417.

Quand aux Etats pontificaux ils étaient alors en pleine anarchie où l’autorité pontificale était fort limitée et plus nominale que réelle.

Le Royaume de Naples : apogée et déclin de la dynastie angevine

Le Royaume de Naples né en 1282 suite à la conquête de la Sicile par le roi d’Aragon Pierre III. Ce nom est cependant officieux, sa titulature officielle étant Regnum Siciliae citra Pharum (royaume de Sicile en deçà du détroit de Messine). C’est donc la Sicile citérieure ou péninsulaire à opposer à la Sicile ultérieure ou insulaire.

Cette division à un effet bénéfique sur Naples. Longtemps dans l’ombre de Palerme, la cité parthénopéenne bénéficie de la présence de la cour avec son impact clair sur l’économie.

Globalement jusqu’au milieu du 14ème siècle, le royaume de Naples est économiquement et culturellement brillant, prospère. Les monarques angevins n’ont pas renoncé à une politique ambitieuse notamment sous la férule de Robert d’Anjou, le petit fils de Charles D’Anjou et petit neveu de Saint Louis.

Ce dernier va profiter de l’échec de la dernière campagne impériale en 1328 pour tenter d’unifier à son profit la péninsule. Il devient ainsi le seigneur temporaire de Gênes, de Florence, de Ferrare et même de Rome.

Au cours de son règne il perd son unique hériter mâle annonçant les terribles querelles fratricides entre les trois branches de la dynastie angevine qui se rendront coup pour coup.

Sa mort en 1343 déclenche un conflit qui ne s’acheva qu’en 1381. Les troubles vont continuer, l’absence à plusieurs reprises d’un héritier mâle relançant les troubles qui vont terriblement affaiblir la dynastie. Le résultat ne se fait pas attendre : les aragonais s’emparent du royaume en 1442 après avoir prit la Sardaigne en 1324.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s