Japon (62) Armée de Terre (2)

La marche à la guerre

Au début des années quarante, la Dai-Nippon Teikoku Rikugun aligne 376000 hommes avec 31 divisions. Si deux divisions sont déployées au Japon (dont la division de la garde impériale) et deux autres en Corée, les vingt-sept autres sont engagées en Chine.

En 1945, le nombre de divisions est passé de 31 à 41 avec quatre divisions déployées au Japon, deux divisions en Corée, huit en Mandchourie et pas moins de vingt-sept en Chine. A ces divisions s’ajoutent 59 brigades indépendantes, des unités d’infanterie et de cavalerie.

Alors que la guerre contre la Chine est considérée comme terminée, le Japon se préparer moins à un futur conflit contre l’URSS qu’à un conflit contre les puissances occidentales et notamment les Etats-Unis.

Dans les années quarante après plusieurs décennies de sous-investissement et de sous-équipement, la France, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et les Pays-Bas décident de renforcer leurs moyens déployés dans leurs lointaines colonies (Indochine, Malaisie,Singapour,Philippines, Indes Néerlandaises).

Si on espère stopper les offensives japonaises, pour beaucoup il s’agit surtout de perdre dans l’honneur et rendre cette conquête indigeste.

Les renforcements sont navals (porte-avions, cuirassés), aériens (avions modernes) mais également terrestres. Les unités «indigènes» sont mieux entraînées, mieux équipées, les éléments les plus prometteurs peuvent accéder au statut d’officier, chose encore impensable quelques années plus tôt.

Somua S-35 2

Automitrailleuse de Combat (AMC) modèle 1935S dit Somua S-35

Surtout des chars sont déployés pour renforcer la défense de ces immenses territoires. La France à déployé en Indochine son Groupement Mécanisé Colonial (GMC), l’équivalent d’une DLM allégée avec des autos blindées Panhard AMD 178 et des chars moyens Somua S-35. A cela s’ajoute le rééquipement des compagnies indépendantes de chars par des Renault R-35 dépassés en Europe mais capables d’affronter la majorité des chars japonais.

Panhard AMD-178

Panhard AMD-178 affectueusement surnommée « Pan Pan » à cause du bruit de son moteur deux temps

La Grande-Bretagne à déployé en Malaisie la 6th Independent Armoured Brigade, une brigade blindée indépendante équipée de deux régiments de chars moyens Cromwell et d’un bataillon de chars lourds Churchill.

Les Pays-Bas vont déployer 16 Renault R-40 et 24 gevechtstank modèle 1944 dans un bataillon blindé de marche. Quand aux américains, la 3rd Cavalry Division disposera d’autos blindées, de chars légers et moyens.

Face au renforcement de ces moyens militaires, le Japon doit réagir. Elle s’est équipée de chars dès les années vingt mais les chars n’étaient que des chars légers destinés au soutien d’infanterie, incapables d’affronter des chars adverses.

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Char moyen Type 97 Chi-Ha avec son canon de 47mm, le meilleur char japonais en service en 1948

Des chars plus lourds, mieux armés et mieux protégés seront développés mais les chars nippons resteront inférieurs aux réalisations occidentales, faute d’une industrie automobile suffisamment développés et probablement d’un scepticisme d’une partie des élites militaires japonaises qui ne juraient que par «l’infanterie reine des batailles».

Néanmoins au printemps 1944, décision est prise de mettre sur pied deux divisions à base de chars, les 1ère et 2ème divisions blindées. C’est la renaissance d’une unité de chars après l’expérience éphémère de la 1ère brigade mécanisée mixte (1934/1938).

La création de ces deux divisions doit permettre au Japon de triompher dans un combat mécanisé moins contre les armées occidentales que contre une attaque soviétique, les deux divisions en question étant stationnées en Mandchourie.

Une troisième division blindée est créée dans le sud de la Chine en octobre 1945. Cette création répond probablement avec le déploiement du GMC en Indochine.

Initialement les trois divisions blindées sauce Wasabi ont pour coeur deux brigades de chars à deux régiments de chars (une compagnie de blindés légers, trois compagnie de blindés moyens).

Ces deux brigades sont accompagnées d’un régiment de reconnaissance, d’un régiment d’infanterie mécanisé, un régiment d’artillerie motorisé, un régiment du génie, une unité antichar, une unité antiaérienne et des services. Ces deux divisions alignent 12550 hommes et 400 chars soit 230 moyens et 170 légers.

Cet organigramme restera théorique, la production de chars, de canons, de camions et autres véhicules spéciaux restera toujours insuffisant pour permettre aux trois divisions blindées d’atteindre les schémas théoriques.

En septembre 1947, une 4ème division de chars est mise sur pied mais faute d’équipement, elle est dissoute en mars 1948 après ne pas avoir été autre chose qu’une «division de papier».

Plusieurs projets de réorganisation sont étudiées avant mars 1950 mais aucun ne voit le jour avant le début de la guerre.

Faute de conflit avec l’URSS, les trois divisions blindées vont être engagées en Asie du Sud-Est mais jamais en unités constituées mais plutôt en groupements ad hoc généralement organisées autour d’un régiment de chars, d’unités d’infanterie, d’artillerie et de génie.

Une sorte de Kampfgruppen ou de Combat Command à la japonaise mais ces groupements ne seront jamais pleinement intégrés et resteront des bricolages bancals.

En mars 1950, l’armée impériale japonaise aligne 48 divisions. Mise à part une division parachutiste et trois divisions blindées, toutes les divisions de l’armée impériale sont des divisions d’infanterie soit 44 DI.

Deux DI sont stationnées au Japon pour la défense de l’archipel, deux autres assurent la défense de la Corée et six sont déployées en Chine.

La division parachutiste est stationnée à Formose, deux divisions blindées en Mandchourie et une dans le sud de la Chine.

34 DI sont en théorie disponibles pour être engagées dans les conquêtes en direction de l’Asie du Sud-Est. Je dis bien en théorie car toutes les divisions ne sont pas opérationnelles ou à effectifs pleins sans compter un entrainement disparaître.

Le Japon va engager six divisions aux Philippines, quatre puis cinq divisions en Indochine, cinq divisions en Malaisie et aux Indes Néerlandaises soit quinze puis seize divisions d’infanterie auxquelles il faut ajouter la division parachutiste engagée aux Indes Néerlandaises pour s’emparer des puits de pétrole sans compter des groupements de chars fournis par les trois divisions blindées.

A ces divisions s’ajoutent des brigades indépendantes d’infanterie ou de cavalerie qui seront essentiellement utilisées pour des missions locales de défense et de présence.

Une brève histoire de l’armée impériale japonaise dans le conflit

Durant le conflit, l’armée impériale japonaise devient une armée d’occupation ce qui immobilise un grand nombre de divisions. Un temps certains officiers «progressistes» espéraient la levée d’unités auxiliaires, d’unités de recrutement local pour alléger ce fardeau mais l’occupation brutale et violente va aliéner bien des sympathies, réduisant les unités indigènes à des unités de propagandes ou composées des plus motivés.

Et même pour les plus motivées, la déception à été brutale. Malmenées par les officiers japonais, méprisées par leurs frères d’armes, ces unités vont pourtant se battre courageusement, faisant preuve d’une véritable bravoure au combat, bravoure jamais récompensée.

En ce qui concerne les unités régulières, leur entrainement va clairement impacter leurs capacités au combat.

Si certaines unités ont pratiqué les tactiques «banzai» avec de véritables charges suicides parfois efficaces mais souvent coûteuses en vie humaines, d’autres unités mieux entraînées et mieux formées manœuvraient de manière plus savante et moins suicidaire.

Le conflit se poursuivant, le niveau des divisions d’infanterie ne va cesser de baisser. Les unités les mieux entraînées ayant subit de lourdes pertes, les officiers les plus expérimentés, les sous-officiers les mieux entraînés ayant été tués, l’encadrement qui n’était déjà pas un point fort de l’armée japonaise ne va cesser de décliner.

Le niveau tactique déjà faible de l’infanterie japonaise (le fanatisme ne remplace jamais la compétence tactique et technique) va devenir très limité. Les unités resteront sur place, se battant jusqu’à la mort pour le Japon et pour l’empereur.

Une situation brave, admirable même mais sans impact sur les événements : l’avancée alliée (essentiellement américaine) se poursuit, les combats se durcissent et il n’est pas impossible que le fanatisme des combattants japonais à Formose, à Iwo Jima et à Okinawa ait poussé les américains à préférer les bombardements atomiques aux débarquements amphibies initialement prévus.

Même chose pour les divisions blindées ou plutôt les groupements de chars fournis par les trois divisions blindées.

Les division nippones ne vont jamais devenir des outils aussi affutés que les DLM/DC françaises, les Panzerdivision allemandes, les DB britanniques et américaines.

Les chars auront du mal à opérer avec l’infanterie (qui manquera toujours de camions et encore plus de véhicules de transport de troupes) et avec l’artillerie (essentiellement tractée, les canons automoteurs étant très peu nombreux).

A cela s’ajoute des chars inférieurs aux blindés américains, britanniques et français. Mal armés, peu protégés, souffrant de diverses tares mécaniques, ils ne permettront jamais à l’infanterie japonaise de pouvoir percer des positions bien protégées et disposant d’armes antichars.

Les chars eux aussi succomberont à la maladie des tactiques «banzai», des charges en terrain ouvert, offrant des cibles rêvées aux canons antichars, aux chars alliés sans parler de l’aviation.

Comme nous l’avons vu plus haut, le Japon à réussit à mettre sur pied trois divisions blindées. La 1ère à été engagée en Indochine, en Thaïlande puis en Birmanie. Elle à ensuite opéré en Malaisie, terminant à Singapour en mars 1951.

Regroupée en Indochine, la division blindée y reste déployée jusqu’en mars 1953 quand elle rallie la Chine pour renforcer les défenses du pays, laissant l’Indochine sans unités de chars constituées mais seulement des compagnies de chars légers intégrées à demeure au sein des divisions d’infanterie soit bien peu de choses.

Elle subit de plein fouet l’opération Boxer déclenchée en février 1954. Elle mène de multiples combats retardateurs contre deux divisions blindées américaines, les 11th et 15th Armoured Division. Elle est anéantie et cesse d’exister comme unité constituée en mars 1954.

La 2ème division blindée fournit un groupement blindé pour la conquête des Phillipines, le reste de la division étant redéployé à Formose.

En janvier 1951, la division est regroupée aux Phillipines. Un groupement est engagé aux Salomons pui un second assure la défense de la Nouvelle-Guinée. Ces deux groupements sont quasiment anéantis affaiblissant la division. La 2ème division est reconstituée tant bien que mal dans l’archipel mais ne peut que retarder la conquête de l’archipel par les américains.

La 3ème division blindée reste stationnée en Mandchourie, le Japon craignant toujours une offensive soviétiques déclenchée en juin 1954 en même temps que l’opération Phenix.

Cette division complète ne se montre pas plus à son avantage que ses consoeurs, faute d’expérience au combat mais surtout de chars capables de tenir tête aux T-34/85 et aux IS-3 soviétiques. Elle ne peut que freiner un modèle d’opérations dans la profondeur.

En avril 1954, neuf brigades blindées indépendantes sont mises sur pied au Japon pour assurer la défense de l’archipel en cas de débarquement américain.

Ca c’est sur le papier car dans la pratique, seulement quatre brigades pourront être considérées comme opérationnelles même si les bombes atomiques empêcheront l’engagement de ces unités de toute façon équipées de chars totalement dépassés.

L’unique division parachutiste japonaise sera engagée non pas comme unité constituée mais effectuera une série de sauts tactiques notamment dans les Indes Néerlandaises. Des projets sont étudiés pour sauter sur les Salomons, la Nouvelle-Calédonie et même l’Australie mais aucun n’est mené à bien.

Le Japon perdant rapidement la maîtrise de l’air, les opérations aéroportées vont devenir de plus en plus difficiles au point que la division parachutiste va être utilisée comme une DI classique.

Au final, l’armée impériale va mobiliser 6 millions d’hommes au travers de 145 divisions et de nombreuses unités de taille inférieure.

Les pertes vont être particulièrement lourdes avec entre 2 et 2.5 millions de tués (chiffres incertains) sans compter plus de 600000 civils tués, 90000 disparus (Missing in Action MIA) et seulement 7500 prisonniers (les américains estimaient qu’il fallait 6000 tracts pour obtenir une simple rédition).

L’armée impériale est officiellement dissoute le 15 novembre 1954. Le Japon ne retrouvera des forces armées terrestres qu’à partir du 15 mars 1960 avec la création de la force terrestre d’autodéfense japonaise.

Comme son nom l’indique, cette force s’interdit toute opération extérieure et se consacre avec ardeur à la défense de l’archipel. Disposant d’un budget important, elle est bien entraînée, bien équipée mais sans aucune expérience du combat et comme chacun sait, seule la poudre et le stress du combat peut révéler une armée à elle même.

Organisation du commandement de l’armée impériale japonaise

La Dai-Nippon Teikoku Rikugun (Armée du Grand Empire Japonais) à été créé en 1874. Son chef suprême est l’empereur mais dans la pratique elle est contrôlé par le ministère de la Guerre et un General Staff Office.

En temps de guerre, l’autorité impériale est déléguée à un état-major général impérial composé du chef du «Army General Staff» et de son adjoint, du ministre de la Guerre, le chef d’état-major de la marine et son adjoint, l’inspecteur général de l’aviation militaire et de l’inspecteur général de l’entrainement militaire.

Comme les autres armées des belligérants du second conflit mondial, l’armée impériale est organisée en différents échelons hiérarchiques avec tout d’abord l’échelon de l’Armée Générale (équivalent d’un Groupe d’Armées occidental), l’échelon de l’Armée de Zone (équivalent d’une armée) alors que l’Armée correspond davantage à un corps d’armée occidental.

En japonais, une Armée Générale est baptisée So-Gun, une Armée est baptisée Gun, une armée expéditionnaire est appelée Haken-Gun alors qu’une armée de zone est appelée Homen-Gun.

So-Gun

La So-Gun ou Armée Générale est l’équivalent d’un Groupe d’Armées d’une armée occidentale. Elle doit être autonome pour une certaine période. La première est l’Armée japonaise de Mandchourie créée en 1904/05 pour la guerre russo-japonaise.

En 1906 est créée l’Armée du Kwantung, armée qui va devenir célèbre par son implication politique en Chine.

Quand le Japon se prépare à entrer en guerre, décision est prise de créer des So-Gun autonomes pour que ces dernières puissent opérer sans forcément en référer à Tokyo. Une est créée pour les Philippines, une autre pour opérer en Malaisie, une troisième pour l’Indochine et une quatrième pour les Indes Néerlandaises.

En mars 1951, une So-Gun couvre les Philippines, une deuxième couvre la Malaisie et les Indes Néerlandaises, une troisième s’occupant de l’Indochine, une quatrième pour la Chine, une cinquième pour la Mandchourie.

Avec la contre-offensive alliée, la «sphère de coprospérité» se réduit peu à peu entrainant une réorganisation à l’automne 1953 avec la suppression de la So-Gun couvrant les Philippines et celle couvrant l’Indochine.

Il reste une Armée Générale pour couvrir l’Insulinde, une deuxième pour la Chine et une troisième pour la Mandchourie et la Corée. En février 1954, l’Armée Générale couvrant la Chine est dissoute mais trois armées générales sont créés pour défendre le Japon, la 1ère couvrant le sud, la 2ème couvrant le centre, la 3ème défendant le nord.

Toutes ces Armées Générales sont dissoutes le 1er septembre 1954 à l’exception de la 1ère Armée Générale qui sous le nom de 1ère unité de démobilisation gère le rapatriement et la démobilisation des soldats japonais.

Homen-Gun

Ce sont des armées régionales, l’équivalent une Armée dans la terminologie militaire occidentale regroupant plusieurs Gun, un terme qui peut être traduit par armée mais qui correspond à un Corps d’Armée occidental. La liste est complexe à faire car les archives ont souvent disparu.

Gun

Comme nous venons de le voir à l’instant, les Gun japonais correspondent à un corps d’armée occidental. Son commandant est un lieutenant général.

Elles dépendent d’une So-Gun ou d’une Homen-Gun mais parfois ces corps d’armée sont autonomes.

Quand le second conflit mondial éclate dans le Pacifique en mars 1950, la Chine aligne douze Gun, la Mandchourie sept Gun, la Corée deux Gun, le Japon onze Gun soit trente-deux Gun auxquels il faut ajouter quatre Gun dispersés dans les îles du Pacifique.

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