Japon (61) Armée de Terre (1)

ARMEE DE TERRE

Une histoire de l’armée de terre japonaise

Les origines

En 1853, le commodore Perry force l’entrée de la baie d’Edo et oblige le Japon replié sur lui même à s’ouvrir à l’occident et notamment au commerce. Ce contact musclé impose au Japon de choisir entre deux voies : une décadence à la chinoise ou une résistance ferme à l’impérialisme occidental.

Le Japon choisit la deuxième hypothèse. Sous l’impulsion de l’empereur Meiji («l’éclairé»), le pays se modernise à marche forcée. Il ne faut cependant pas imaginer qu’il s’agit de faire du pays du soleil levant, une pale copie d’un état européen ou occidental.

Non, mille fois non. En dépit de la résistance des plus conservateurs et des plus réactionnaires, le pays va tenter un mariage original entre les techniques occidentales et les croyances traditionnelles.

Il s’agit de pouvoir résister à une mainmise occidentale sur l’archipel et subir le sort de la Chine qui faute de réformes est devenu le patin des intérêts occidentaux. Il suffisait qu’un pays occidental envoie une canonnière et quelques centaines d’hommes pour obtenir des privilèges tout simplement exorbitants.

Si l’industrie, le commerce et l’éducation sont nécessaires pour faire du Japon un pays moderne, le secteur à privilégier est naturellement le domaine militaire. Batir une armée moderne est vital pour permettre à l’empire du Japon de rester maitre chez lui.

En 1867 est créé la Dai-Nippon Teikoku Rikugun ou Armée du Grand Empire Japonais. Les effectifs sont d’abord modestes avec tout juste 12000 hommes mais suffisants pour mater la dernière grande révolte nobiliaire celle de Satsuma (1877).

Ces hommes sont cependant issus des clans ralliés à l’empereur Meiji. Ils sont donc potentiellement plus fidèles à leur seigneur qu’à l’empereur. Ils sont donc peu surs ce qui est impensable pour les hommes entourant le nouvel empereur.

Si il faut citer un nom c’est bien celui de Omura Masujiro (1824-1869) qui met en place les bases de la nouvelle armée de terre japonaise. Plutôt qu’une armée féodale, il choisit une armée de masse, une armée de conscription.

Le système féodal ou système Han est aboli en 1871 et en 1873 la conscription est mise en place, faisant de l’armée impériale une véritable armée nationale.

Le service militaire est clairement universel puisque tout homme âgé de 17 à 40 ans doit effectuer un service militaire de 3 ans. Il passe ensuite deux ans dans la première réserve puis deux ans dans la 2ème réserve. Le changement est considérable. Jadis seuls les samouraïs avait droit de porter une arme. Désormais tout homme peut être armé ce qui entraîne des impacts sociologiques non négligeables.

La révolte de Satsuma écrasée, le nouveau régime est solidement installé et peut ainsi augmenter les effectifs militaires.

Comme pour d’autres domaines, le Japon s’inspire de ce qui se passe à l’étranger. Les étudiants les plus brillants partent se former à l’étranger pour ensuite de retour au pays transmettre leur savoir-faire à leurs condisciples.

Des missions militaires étrangères sont aussi envoyées au Japon pour former la nouvelle armée japonaise aux techniques et aux tactiques les plus modernes.

C’est ainsi qu’une mission militaire française est présente entre 1872 et 1880 et entre 1884 et 1889, une mission militaire allemande est présente de 1886 à 1890 auxquelles il faut ajouter des conseillers isolés venus d’Italie et des Pays-Bas.

Même après avoir acquis le statut d’armée moderne après sa victoire sur la Russie tsariste en 1905, le Japon continuera de solliciter des missions militaires étrangères. Si le cas de la mission Sempill auprès de la marine impériale est connue, le cas de la mission militaire française dirigée par le général Faure est moins connue.

En 1918, l’armée française est à son zénith. De nombreux pays veulent bénéficier des enseignements durement acquis par la première armée du monde. Le Japon solicite ainsi Paris pour développer son aéronautique militaire. C’est ainsi qu’en 1918/1919, le général Faure va diffuser son savoir auprès des japonais.

Les effectifs augmentent progressivement. De 12000 hommes à sa création, l’IJA (initiales pour Imperial Japanese Army Armée Impériale Japonaise) passe à 36000 hommes en 1873 (sept divisions), le chiffre passant à 42650 hommes si ajoute les réservistes soit un triplement en six ans.

Sept ans après sa création, en 1874, l’armée japonaise effectue sa première intervention extérieure sur l’île de Formose, une mission de représailles après le massacre de marchands venus des Ryu-Kyu, un état tributaire du Japon.

Huit ans plus tard, en 1882 est publié un texte fondamental un «Rescrit impérial aux Marins et aux Soldats». Si il demande aux officiers et sous-officiers de traiter dignement et correctement les soldats, il demande à ces derniers d’obéir à leur supérieur comme on obéit à l’empereur.

Ce texte va avoir un impact considérable sur l’armée impériale. L’empereur étant considéré comme un dieu, désobéir à un officier est vu comme un acte gravissime.

L’armée japonaise va devenir une force monolithique, une armée fortement hierarchisée où les initiatives ne sont pas toujours bien vues.

Ce sera une faiblesse majeure de l’IJA au combat. Quand l’officier est tué au combat, les sous-officiers et les hommes du rang hésiteront à prendre une initiative, paralysés par le devoir d’obéissance. On verra des unités se faire tuer sur place plutôt que d’essayer de manœuvrer ou de se replier pour préserver une chance ultérieure de victoire.

Associé à une vision dévoyée du bushido, ce rescrit va expliquer en grandes parties les victoires, les défaites mais également les exactions de l’armée impériale japonaise.

La première guerre sino-japonaise (1894-1895) : l’Asie devient japonaise

Longtemps l’archipel à été influencé par le grand voisin chinois notamment sur le plan culturel, politique et religieux. Il y avait également des périodes de repli. En clair, la relation sino-japonaise était un mélange d’admiration mais également de méfiance.

Alors que la Chine s’enfonce dans un déclin interminable, le Japon se modernise à marche forcée, se présentant comme une nouvelle puissance en Asie du Nord-Est.

Cherchant à s’étendre le pays s’intéresse notamment à la péninsule coréenne, un territoire traditionnellement sous l’influence de la chine des Qing, une dynastie au pouvoir depuis le 17ème siècle (1644).

Impossible que la Chine vermoulue et le Japon vigoureux ne s’entendent pour le contrôle de la Corée, il faut un chef et un seul et dans ces conditions seul un conflit armé peut trancher cette querelle.

Quand le conflit éclate en 1894, la tension entre les deux pays est palpable depuis une quart de siècle.

En 1884, une convention avait apparemment réglé le problème en autorisant le déploiement de troupes chinoises ou japonaises dans la péninsule à condition que l’autre partie soit d’accord.

Dix ans plus tard, des troupes chinoises et japonaises sont envoyées en Corée qui n’est plus que le théâtre des ambitions des deux puissances régionales. Après plusieurs mois de combats et d’escarmouches, la guerre est déclarée le 1er août 1894.

Face à une armée chinoise équipée d’armes obsolètes, le Japon aligne une armée bien entraînée et bien équipée, armée qui à bénéficié de conseils de la France et de la Prusse (puis de l’Allemagne) alors que la marine à mélangé avec bonheur et les influences britanniques et françaises, influence francophone symbolisée par le travail de l’ingénieur naval Emile Bertin.

Cette guerre va durer six mois, un conflit à sans unique, une suite ininterrompue de victoires japonaises tant sur mer que sur terre à tel point que dès janvier 1895, la Chine met pouce en l’air en demandant des négociations de paix.

Le 26 mars 1895, les japonais débarquent à Formose et dans les Pescadores alors que sur le continent un cessez-le-feu à été proclamé pour favoriser les négociations.

Cette action répond à un but politique : s’assurer la possession de ces territoires lors du traité de paix définitif.

Le traité de Shimonoseki est signé le 17 avril 1895. La Corée devient indépendante, le Japon reçoit la péninsule de Liadong avec le port stratégique de Port-Arthur ainsi que Formose et les Pescadores sans oublier d’importantes indemnités. La Corée deviendra un protectorat japonais en 1905 avant d’être annexée cinq ans plus tard en 1910.

Le Japon s’affirme donc comme la puissance régionale majeure alors que la Chine confirme son déclin qui allait mener en 1911 à la chute des Qing et la proclamation de la République chinoise.

Si le Japon à remporté une victoire majeure, le pays n’est pas pour autant la puissance militaire incontournable de la région puisqu’il doit faire face au colosse russe qui lui aussi lorgne sur les richesses chinoises au point de récupérer la péninsule de Liadong dès 1898, enclenchant le processus qui allait aboutir à la guerre russo-japonaise.

En 1900 éclate l’insurrection des Boxer, une secte chinoise nationaliste et xénophobe qui souhaite débarrasser la Chine des étrangers, secte manipulée par le pouvoir chinois qui l’utilisait comme moyen de pression.

Les légations étrangères à Pekin sont ainsi assiégées et doivent subir un siège de 55 jours à l’issue duquel ils sont délivrés par une colonne internationale composée de britanniques,de français, de russes, d’allemands, d’italiens, d’américains, d’austro-hongrois mais surtout de japonais puisque sur les 25000 hommes envoyés, 20840 sont japonais dont 20300 appartenant à la 5ème division d’infanterie, le reliquat appartenant aux fusiliers marins de la marine impériale (rikusentai).

Cette intervention massive du Japon minore ainsi ce qu’on à appelé le «péril jaune» puisque les japonais sont intervenus aux côtés des occidentaux.

Bien des années après, les japonais montreront que cette intervention était tout sauf un hasard, les sujets de l’empire japonais ayant un sentiment de supériorité et un mépris pour leurs «frères de race».

Voilà pourquoi malgré la propagande, la «sphère de coprospérité» n’à jamais été qu’un empire colonial de plus dont la dureté fera regretter chez certains l’autorité toute paternaliste des puissances coloniales européennes et occidentales.

Sensation ! Le Japon triomphe de la Russie ! (1904/1905)

L’arrivée du Japon dans la région inquiète naturellement la Russie soucieuse de renforcer ses positions en Extrême-Orient, l’accès aux mers chaudes étant un axe majeure de la politique extérieure russe (puis soviétique).

En effet si la Russie est un immense empire continental, les mers qui bordent ses côtes sont souvent prises par les glaces. L’accès à des mers pas concernées par la glaciation est donc capitale pour le pouvoir russe.

Ces tensions vont déboucher sur un conflit d’un an et demi (8 février 1904-5 septembre 1905) où pour la première fois un pays «blanc» est battu par un pays non-européen. C’est le retour du «péril jaune» et la crainte du déclin de l’occident.

Quand le conflit éclate, l’armée de terre japonaise dispose de douze divisions, onze de ligne et une division de la garde impériale. A ces douze GU (Grandes Unités) s’ajoute de nombreuses unités regroupant le personnel de réserve mobilisable pour un conflit majeur.

On trouve ainsi 380000 hommes mobilisables dans un délai relativement bref suivit de 50000 hommes appartenant à la deuxième réserve et 220000 hommes de l’Armée Nationale. Sur le papier, le Japon peut mobiliser 4250000 hommes.

Ce conflit qui annonce le premier conflit mondial (tranchées, artillerie à tir rapide, mitrailleuses….) voit la mort de 71000 russes et de 85000 japonais. Le Japon devient une puissance incontournable dans la région alors que la Russie s’enfonce dans la crise, le conflit générant une première révolution.

A l’origine du conflit figure donc l’opposition de deux impérialismes, l’impérialisme russe à la recherche des mers chaudes et l’impérialisme japonais qui cherche à préserver son indépendance face à des puissances européennes de plus en plus présentes en Chine, à conserver son influence sur la Corée.

L’expansion russe dans l’Extrême-Orient après avoir été stoppée en 1648 par un traité avec la Chine reprend au 19ème siècle, de manière officieuse puis de manière officielle après 1850, la Chine des Qing constatant son affaiblissement irrémédiable.

Elle s’entend avec le Japon, la Russie contrôlant Sakhaline et le Japon les Kouriles. Cette expansion s’inscrit dans un contexte d’expansion coloniale européenne en Extrême-Orient, expansion qui profite également des événements de Chine (guerre de l’Opium, guerre des Taiping).

La Mandchourie et la Corée sont les deux territoires au cœur du conflit qui va opposer les Meiji aux Romanov. Les tensions n’ont cessé d’augmenter entre les deux pays, la Russie ne cessant de progresser en Mandchourie et en Corée, la première région devenant un protectorat russe suite à l’écrasement de la révolte des Boxer en 1900, écrasement auquel participe le Japon.

La guerre devient désormais une question de temps aussi le Japon comme la Russie se préparent, Tokyo multipliant son budget militaire par 5 et signe une alliance militaire avec la Grande-Bretagne en 1902, cette alliance permettant à la Royal Navy de concentrer ses forces en Europe à une époque où l’alliance russo-britannique est loin d’être acquise, faute à une rivalité en Asie centrale (le Grand Jeu cher à Ruyard Kipling).

En avril 1903, la Russie refuse d’évacuer ses troupes de Mandchourie. C’est un véritable casus belli même si le conflit n’éclate que le 8 février 1904 quand la flotte japonaise attaque la flotte russe mouillée à Port-Arthur, moins d’un mois après un ultimatum exigeant l’évacuation de la Mandchourie (13 janvier 1904).

Le Japon déclare la guerre à la Russie le 10 février. En mars, le Japon débarque en Corée et occupe rapidement la péninsule, Port-Arthur étant assiégée en août 1904.

Alors que le Japon se bat à «domicile», la Russie doit se battre avec une logistique déficiente, le Transsibérien inachevé ne répondant pas à tous les espoirs portés en lui. Port-Arthur capitule en janvier 1905 après cinq mois de siège. Moukden est prise en mars, marquant la fin des combats terrestres.

Le coup décisif à cependant lieu du 27 au 29 mai 1905 quand l’escadre de l’amiral Tojo écrase la flotte russe de la……Baltique (qui avait quitté Kronsdadt le 11 septembre 1904) lors de la bataille de Tsushima. Cette «bataille décisive» va distiller un poison dans la pensée militaire et navale nippone.

Comme les allemands avec leur Entscheidungsschlacht, les japonais vont se persuader qu’une guerre peut être remportée par une bataille décisive, oubliant que Tsushima opposa une escadre parfaitement entraînée à une escadre épuisée, au bord de la mutinerie généralisée et que le conflit était quasiment gagné par le Japon.

En proie à de graves difficultés intérieures (révolution de 1905 le 22 janvier notamment), la Russie doit négocier avec le Japon, les Etats-Unis servant de médiateur et de lieu des négociations, les plénipotentiaires des deux pays se retrouvant à Portsmouth. Le traité est signé le 5 septembre 1905.

Le Japon s’approprie la Corée qui devient un protectorat (avant d’être annexé comme on l’à vu en 1910), la région de Port-Arthur, une partie des îles Sakhaline, la Russie devant évacuer la Mandchourie du sud qui est rendue à la Chine.

Le Japon dans le premier conflit mondial (1914-1918)

A peine dix ans après la guerre russo-japonaise, la première guerre mondiale éclate en Europe, un conflit tout autant attendu que redouté par les différents belligérants qui avaient passé les années précédant le conflit à s’allier et à s’armer.

De son côté le Japon n’entre dans aucun système d’alliance même si en 1902, Tokyo à signé un traité avec Londres pour permettre à la Royal Navy de concentrer ses moyens en Europe pour faire face à la croissance exponentielle de la marine allemande.

Le pays n’à donc sur le papier qu’un intérêt limité à participer à ce conflit. Cependant Tokyo va profiter de cette explication de texte entre européens pour avancer ses pions en Asie et notamment en Chine, le traité de Portsmouth ayant été vu par une partie des élites japonaises comme un traité frustrant le Japon de fruits d’une victoire militaire incontestable.

C’est d’ailleurs tellement évident que la proposition japonaise d’une action commune en Chine est accueillie froidement par les britanniques.

Le Japon va cependant s’emparer des possessions allemandes notamment la ville de Tsingtao à l’issue de brefs combats où l’on retient plus l’action de la marine et de son aviation plutôt que de celle de l’armée de terre nippone.

Après ces conquêtes, le Japon se contente de pousser ses pions en Chine, en profitant de la faiblesse de feu l’empire du milieu, 1911 ayant vu la chute de la dynastie Qing et la proclamation de la république.

Il semble qu’un projet d’intervention en Europe à été évoqué avec l’envoi de 100 à 500000 (!) soldats japonais en France mais le gouvernement japonais ne donna pas suite, n’ayant aucun intérêt à envoyer une part importante de son armée dans un conflit qui ne la concernait guère.

En revanche, Tokyo va engager des forces en Russie après la chute de Nicolas II. Après la révolution d’octobre (novembre 1917), une guerre civile ne va pas tarder à éclater. Face à un pouvoir bolchevik motivé et décidé, les blancs sont divisés et n’ont surtout aucun projet alternatif à proposer, ne voulant que le rétablissement de l’ordre ancien.

Ces blancs dirigés par des hommes comme Deniekhine ou Kolchak sont soutenus par les occidentaux qui craignent la contamination des idées bolcheviques en Europe. Ils sont aidés en cela par les japonais qui vont engager 70000 hommes en Sibérie dans l’espoir d’augmenter la zone d’influence nippone dans la région.

Cette expédition n’est pas comprise au Japon ce qui tord le cou à un pays unanime et à une opinion va-t-en guerre, militariste à l’extrême, ne rêvant que de batailles et de victoires héroïques.

Les échecs que l’armée va rencontrer vont d’ailleurs provoquer un recul de l’influence alors que depuis 1913, l’armée impériale semblait pouvoir tout imposer aux civils qu’il s’agisse du gouvernement ou de la Diète.

Ces échecs ainsi qu’un contexte économique difficile ont un impact sur les effectifs qui passent entre 1922 et 1924 de 21 divisions et 308000 hommes à seize divisions et 250800 hommes. Ce n’est pas encore fini puisqu’en 1925 le nombre de divisions tombe à douze.

Quelle armée de terre pour le Japon ?

Comme dans toutes les armées de l’époque, de nombreux débats ont lieu pour savoir quel est le meilleur format à adopter.

Comme nous venons de le voir, le nombre de divisions tombe à douze en 1925. Cette baisse est en partie liée au recul de l’influence des militaires sur le gouvernement, l’échec de l’expédition de Sibérie ayant obligé les officiers de l’armée impériale à réduire leurs prétentions.

Derrière ce format se trouve un autre débat. Faut-il une armée de masse ou une armée d’élite ? Faut-il une armée de millions de baïonnettes, triomphant de leurs ennemis par une ardeur supérieure au combat, méprisant les pertes ou au contraire faut-il une armée d’élite, une armée technique où la puissance de feu et le matériel feront la différence ?

Aucune école ne triomphe totalement, des compromis sont passés. Des nouveaux matériels sont commandés comme des chars de combat mais parallèlement le soldat japonais doit surpasser l’ennemi par une préparation mentale et morale supérieure.

Comme une telle préparation mentale et morale demande du temps, l’armée impériale décide de renforcer son emprise sur la société en préparant les jeunes japonais au métier des armes. Des cours de préparation militaire sont ainsi dispensés dans les écoles par des officiers pour rendre attractif le métier des armes.

Sur le plan stratégique, si la marine impériale regarde logiquement vers l’est et le sud-est, vers les Etats-Unis et les colonies européennes aux riches ressources, l’armée de terre regarde davantage vers le nord et l’ouest.

La Chine et l’URSS sont ainsi vues comme les principales menaces concernant la sécurité du pays, la première parce que le Kuomintang semble capable de réunifier feu l’empire du milieu et d’en faire une puissance capable de concurrencer le pays du soleil levant alors que la seconde véhicule une idéologie vue comme un virus capable de saper les fondements de la société nippone.

Signe qui ne trompe pas, le nombre de divisions d’active remonte à 17 divisions en 1934 et deux ans plus tard à la veille du début de la deuxième guerre sino-japonaise, les effectifs ont été portés à 250000 hommes.

En effet, entre-temps, les japonais préoccupés par la montée en puissance du régime de Tchang-Kaï-Chek ont relancé leur politique impérialiste en Chine.

Le 18 septembre 1931, un attentat attribué à des «bandits chinois» frappe le chemin de fer sud-mandchourien, donnant le prétexte à l’armée du Kwantung de s’emparer de toute la Mandchourie, une province du nord-est de la Chine, riche en ressources.

Quelques mois plus tard, la marine lance des opérations contre Shanghai, espérant un succès aussi facile que celui obtenu par l’armée de terre en Mandchourie. Une formalité pense-t-on du côté des amiraux…… .

Seulement voilà quand les combats éclatent à partir du 28 janvier 1932, les moutons sont devenus des lions. Le combat ayant lieu en milieu urbain, les soldats chinois peut être plus motivés et mieux entraînés qu’en Mandchourie font preuve d’une véritable ténacité face aux fusiliers marins japonais. A cette époque, le Japon à déployé trente navires, quarante avions et 7000 soldats.

Ravalant sa fierté, la marine doit demander l’aide de l’armée de terre qui doit envoyer deux divisions dans une ville ravagée par les bombardements de l’aéronavale, bombardements et combats faisant plusieurs milliers de morts.

Les combats sont extrêmement violents. Le 12 février 1932, le Japon exige que les troupes chinoises reculent à vingt kilomètres des concessions mais les chinois refusent entrainant la poursuite des combats.

Au plus fort de l’opération, le Japon à déployé 80000 hommes, quatre-vingt navires et trois cents avions qui devaient faire face à trois armées chinoises (19ème armée de route, 5ème et 15ème armées). L’effort finit par payer et le 3 mars pour éviter d’être anéanties, la 19ème et la 5ème armée chinoise doivent se replier.

Le lendemain 4 mars, le SDN émet une résolution demandant un cessez-le-feu. Des délégués arrivent le 14 mars, les combats continuant jusqu’au cessez-le-feu signé le 5 mai qui interdit la présence de troupes chinoises dans la région, ne laissant qu’une force de police.

Ce demi-succès aurait du alerter les japonais sur le fait que l’armée chinoise réentrainée par des conseillers militaires soviétiques et allemands n’était plus aussi faible et inapte que celle présente en Mandchourie.

Cette leçon ne va pas être retenue et quand les tensions augmentent à nouveau à partir de 1936/37, les officiers japonais sont persuadés que la conquête de la Chine sera une véritable promenade de santé.

Forces et faiblesses de l’armée de terre japonaise : le révélateur chinois

Alors que les tensions s’accroissent avec la Chine, l’armée de terre s’interroge toujours sur le format de l’armée à adopter et surtout de savoir si la guerre avec l’URSS est imminente ou doit attendre encore.

Ces deux factions sont appelées «Voie impériale» ou kôdô-ha qui privilégie l’armée de masse, la préparation mentale et morale du soldat alors que la seconde qui souhaite une armée moderne et puissante (ce qui réclame du temps) est connue sous le nom de «Faction de contrôle» ou tosei-ha.

Il faut cependant ne pas exagérer ses rivalités qui sont plus souvent basées sur des querelles d’égo, les deux courants se retrouvant sur le durcissement moral et mental de la troupe ainsi que sur la nécessité d’une militarisation de la société.

Ces désaccords ont cependant des conséquences politiques, générant un certain nombre de pronunciamento comme le «2-26» (coup d’état du 26 février 1936) qui échoue uniquement à cause de la repression menée par l’empereur en personne.

Le 8 juillet 1937 éclate la seconde guerre sino-japonaise. Cette guerre est le prolongement de la conquête de la Mandchourie.

En effet, le Japon n’à jamais cessé de vouloir influencer la Chine pour en faire une zone d’influence et surtout le maintenir dans un état de quasi-sujetion. Si l’incident de Shanghai en 1932 est l’acmée de cette politique agressive, il y à eu des manœuvres moins visibles orientées notamment vers des gouverneurs locaux et des seigneurs de guerre à la fiabilité douteuse.

Quand la deuxième guerre entre la Chine et le Japon éclate après l’incident du pont Marco Polo, l’armée de terre japonaise dispose de dix-sept divisions d’infanterie, de quatre régiments de chars et de 549 avions.

Au cours des années vingt et trente, la Dai-Nippon Teikoku Rikugun à modernisé son artillerie et son aviation, s’est équipée de chars mais les faiblesses sont nombreuses.

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Char léger Type 95 Ha-Go

L’immense majorité des chars japonais sont des chars légers, mal armés et peu protégés. Si ils sont efficaces contre une armée chinoise disposant de peu de chars et de peu de canons antichars, ils sont surclassés par les chars soviétiques en attendant de souffrir contre les chars français, britanniques, américains et néerlandais.

Des mesures seront certes prises, des nouveaux modèles seront dévellopés tout comme la mise sur pied de «divisions blindées» mais l’industrie japonaise sera incapable de fabriquer suffisamment de chars modernes et leur utilisation sera toujours handicapée par l’absence d’une doctrine cohérente.

C’est encore pire en ce qui concerne l’artillerie qui dispose de peu de pièces automotrices et ne parlons même pas du génie et de la logistique totalement négligées.

Les deux écoles de pensée de l’armée impériale ont du faire un compromis mais un compromis boiteux. La modernisation n’est pas totalement achevée (mais était-elle possible ?), le fanatisme et l’agressivité génèrent davantage de problèmes qu’il n’en résout.

Comme la marine impériale, la Dai-Nippon Teikoku Rikugun est obsédée par la «bataille décisive», persuadée qu’une sur-agressivité sera suffisante pour remporter une bataille.

A l’instar de l’armée allemande, l’armée japonaise dissous la stratégie dans la tactique, persuadée que quelques batailles ou une bataille décisive suffira à gagner la guerre. La pensée devient rigide, robotique, le plan est appliqué là où il faudrait l’amender ou le plan n’est pas appliqué alors qu’il est bien pensé !

Disposant d’un poids politique unique, les généraux et les amiraux japonais n’en font qu’à leur tête, considérant qu’ils n’ont de compte à rendre qu’à l’empereur et comme Hiro-Hito est davantage dans l’implicite que dans l’explicité, les généraux de l’armée impériale ont une très grande marge de manœuvre.

La préparation de la troupe s’en ressent. On fait tout pour endurcir le soldat qui doit ainsi devenir insensible. Le rescrit impérial de 1882 est appliqué dans le sens d’une obéissance absolue, oubliant la partie où les supérieurs doivent bien se comporter vis à vis de leurs subordonnés.

Le recrutement local des conscrits ajoute une pression supplémentaire. Les soldats viennent du même village, de la même région ce qui facilite la cohésion mais augmente la pression sociale déjà forte au Japon. Impossible de décevoir, de mal se comporter, de passer pour un lâche.

Et comme si cela ne suffisait pas à cela s’ajoute le bushido, la «voie du guerrier», le code d’honneur du samouraï. Relu à l’aune militariste et ultra-nationaliste des années trente et quarante, ce code méprise la reddition, couvre d’opprobre les prisonniers et surtout à perdu tout ce qui pourrait amener au pragmatisme et à la compassion. Voilà pourquoi les prisonniers alliés vont subir un sort bien peu enviable.

Si sur le papier le soldat japonais est un fanatique, méprisant la mort ou la célébrant comme un sort noble, sur le terrain les choses seront plus compliquées. Comme dans toutes les armées, certaines unités japonaises bien entraînées et mentalement bien préparées se révéleront redoutables mais d’autres le seront beaucoup moins.

De plus cette hiérarchisation extrême à des conséquences dramatiques au combat. Dans les armées occidentales, si un officier est tué, un sous-officier peut prendre le relais et donner les bons ordres au bon moment mais dans l’armée japonaise, la mort d’un officier peut paralyser une unité et provoquer la fin de l’assaut, faute d’un esprit d’initiative et d’un certain pragmatisme.

Au cours du conflit, les faiblesses logistiques du Japon auront des conséquences dramatiques sur les troupes nippones, sur les prisonniers de guerre et sur les civils. Les exactions inombrables de la soldatesque japonaise sur les civils fera dire à un intellectuel vietnamien «que le joug japonais m’à fait comprendre combien le joug français était doux et agréable».

La deuxième guerre sino-japonaise (1937-1943) : de la promenade militaire à l’enlisement

Depuis 1932 et la fin de «l’incident de Shanghai», les japonais n’ont jamais renoncé à influencer la politique chinoise. Ils considèrent la Chine comme leur chasse gardée, leur aire naturelle d’influence et d’expansion.

Seulement voilà face à eux se dresse le régime nationaliste du Kuomintang et de son chef Tchang-Kaï-Chek qui à succédé au père de la république chinoise, Sun-Yat-Sen. Le leader chinois veut absolument faire cesser le déclin chinois et résister au Japon.

En ce début d’été 1937, personne ne souhaite vraiment la guerre. La Chine ne se sent pas prête aussi bien sur le plan économique que militaire alors que pour une partie de l’establishment militaire japonais, cette guerre va détourner une partie des ressources du seul vrai conflit qui vaille à savoir une guerre inévitable contre l’URSS.

Comme souvent dans les conflits, c’est sur le terrain que les choses dégénères. Dans la nuit du 7 au 8 juillet 1937, au niveau du pont Marco-Polo à lieu un incident entre la garnison japonaise de Pékin et la 29ème armée nationaliste, un incident aux contours obscurs, visiblement non provoqué par les japonais (contrairement à l’incident de Mandchourie six ans plus tôt).

De fil en aiguille, l’incident débouche sur le début de la deuxième guerre sino-japonaise qui ne prendra fin officiellement qu’en septembre 1954 au moment de la capitulation japonaise même si dès 1943, le conflit est considéré comme quasiment achevé au bénéfice du Japon qui devra cependant y laisser des troupes qui auraient été plus utiles ailleurs, les forces chinoises censées prendre le relais n’étant pas au niveau et ne jouissant que d’une confiance limitée de la part de leurs protecteurs japonais.

Le 28 juillet 1937, Pékin tombe suivit par Tien-Tsin deux jours plus tard le 30 juillet. La campagne de Chine semble être une promenade militaire tant la résistance chinoise est faible. Ce n’est pas qu’une question de talent mais les armées chinoises ont du mal à se coordonner.

Ce qui va transformer la campagne en guerre d’usure c’est la jalousie de la marine impériale qui débarque des troupes dans la région de Shanghaï. Là encore et comme en 1932, elle doit demander l’aide de l’armée de terre qui dépêche trois divisions, obligeant cette dernière à stopper une avance irrésistible dans le nord.

Après trois mois de combats, les chinois se replient à partir du 8 novembre 1937, retraite qui tourne à la débâcle. Les pertes sont lourdes des deux côtés, 187 à 300000 soldats chinois sont tués et surtout les meilleures unités ont été saignées à blanc. Les japonais ont eu 9000 tués et 30000 blessés.

L’objectif suivant est la capitale nationaliste Nankin située à 300km de Shanghaï. Le 11 décembre 1938, le gouvernement quitte Nankin ce qui ajoute à la confusion. Deux jours plus tard, la ville est prise et connait une série d’atrocités abominables avec des viols de masse, des exécutions sommaires, des sévices divers et variés.

Les raisons sont multiples avec un relâchement dramatique de la discipline militaire mais également une application de doctrines officielles (massacre des prisonniers), une volonté de terroriser la Chine pour la forcer à se rendre mais c’est un échec, la guerre continue.

L’année 1938 voit le Japon en position de force et sa victoire ne semble être qu’une question de temps mais en réalité c’est une victoire à la Pyrrhus car la promenade militaire se transforme en guerre d’usure, 600000 soldats japonais sont déployés.

Ils connaissent une première défaite en mars 1938 qui met fin au mythe de l’invincibilité japonaise mais c’est une défaite tactique, l’avance japonaise ne tarde pas à reprendre, aboutissant le 25 octobre 1938 à la prise de Wuhan, le gouvernement nationaliste devant se replier à Tchongking le 8 décembre 1938.

La situation militaire est quasi-désespérée avec de véritables saignées. Sur le plan économique, les régions les plus riches et les plus peuplées de Chine sont perdues et sur le plan politique, le territoire encore contrôlé par Tchang-Kaï-Chek est celui où l’emprise du gouvernement nationaliste est fraîche et limitée, les seigneurs de guerre restant remuants et puissants, imposants des compromis là où il faudrait une poigne de fer.

Les chinois tiennent comme par miracle et du côté japonais, l’enthousiasme cède la place à l’amertume et à la colère. La guerre censée être courte, fraîche et joyeuse devient un immonde bourbier qui refroidit l’opinion japonaise bien moins va-t-en-guerre qu’on à bien voulu le dire après guerre.

Du côté des militaires, on cherche à tout prix à se désengager du bourbier chinois pour réorienter les forces vers un conflit jugé inévitable avec l’URSS. On cherche à réduire les effectifs engagés mais en réalité ils ne cesseront de croitre jusqu’en 1943 quand à l’issue d’une série d’offensives musclées la Chine est considérée comme virtuellement vaincue.

Certes le gouvernement nationaliste reste en place mais sa capacité d’action est pour le moins réduite et sans l’aide financière de la Grande-Bretagne, de la France et des Etats-Unis, il est probable que la Chine aurait succombé à la puissance japonaise qui à laissé des plumes avec la perte de plusieurs dizaines de milliers d’hommes pour les hypothèses les plus basses.

Pour ne rien arranger, les territoires sont contrôle japonais sont largement insoumis avec des forces japonaises concentrées dans les villes, laissant les campagnes au main de guérilleros nationalistes ou communistes. L’exploitation du territoire et notamment de ses ressources ne rapportera pas les richesses escomptées.

De toute façon, les préjugés vis à vis des chinois sont tels, les atrocités japonaises ont été telles qu’une réconciliation sino-japonaise est pour ainsi dire impossible. Un gouvernement collaborateur est mis sur pied à Pékin mais cet organe dirigé par Wang Tsing-Wei _un ancien du Kuomintang_ reste un gouvernement fantoche sans pouvoir tout comme celui de l’empereur Pu-Yi au Mandchoukhouo.

Pu Yi

Pu-Yi

La Chine se lance dans la politique du pire en envahissant le Tibet qui succombe après une brève campagne militaire entre septembre et novembre 1943 mais cette annexion ruine le peu de crédit que possédait encore la Chine.

Comme le dira un diplomate britannique «nous soutenons Tchang-Kaï-Chek car nous n’avons pas le choix. Dieu que cela nous coûte».

Côté japonais, cette campagne interminable à laissé des traces. Elle à ruiné l’hypothèse nord d’une opération contre l’URSS après notamment deux batailles en Mongolie notamment la bataille de Khalkin-Gol qui montre l’efficacité de l’Armée Rouge et notamment d’un général appelé à un grand avenir Gueorgui Joukhov.

L’hypothèse Sud devient la seule en piste et au grand dam de l’Armée, c’est la Marine qui mène la danse. On aurait pu s’attendre à une coopération franche et fructueuse entre les deux unités mais on efface pas si facilement des décennies de rivalité et d’hostilité.

Cette coopération ne sera limité au strict minimum avec encore et toujours des rivalités en matière d’équipement, de finances et de recherches, gaspillant des ressources limitées en attendant l’acquisition des ressources du sud-est asiatique censées permettre au Japon de mener une guerre longue.

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