Japon (19) Cuirassés et croiseurs de bataille (3)

Cuirassés classe Fuso

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Genèse

A la différence de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne ou même des Etats-Unis mais comme la France, le Japon passa rapidement du dreadnought ou superdreadnought. Après une seule et unique classe de navires comparable au HMS Dreadnought, la Nihon Kaigun passa à l’équivalent du HMS Orion, le premier superdreadnought de l’histoire avec ses dix canons de 343mm.

Si dans beaucoup de pays, le superdreadnought fût une évolution du dreadnought, le Japon choisit une voie particulière puisque les Fuso étaient issus des Kongo. Ils étaient plus longs, mieux blindés et mieux armés avec douze canons de 356mm en six tourelles doubles, deux à l’avant, deux au milieu de part et d’autre de la cheminée centrale et deux à l’arrière.

Comme nous l’avons vu plus haut, la marine japonaise à très tôt voulu s’équiper d’une puissante marine de guerre mais cet ambitieux projet «8-8» se heurta rapidement aux réalités financières et industrielles d’un pays aux ressources et aux capacités limités.

Le plan «8-8» (huit cuirassés et huit croiseurs de bataille) devient un plan réduit avec «seulement» sept cuirassés et trois croiseurs de bataille mais au final la Diète lors de la session de 1910 autorise le financement de quatre croiseurs de bataille (les futurs Kongo) et d’un cuirassé, le futur Fuso.

En 1911, le plan «8-8» est à nouveau examiné mais encore une fois il est rejetté au profit de la commande de seulement trois cuirassés en l’occurrence le Yamashiro sister-ship du Fuso et deux cuirassés dérivés des Fuso, des navires baptisés Ise et Hyuga, le financement étant obtenu de la Diète lors de la session 1912/1913.

Carrière opérationnelle

Le Fuso

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-Le Fuso est mis sur cale à l’Arsenal de Kure le 11 mars 1912 lancé le 28 mars 1914 et mis en service le 8 novembre 1915.

Faute d’adversaire, la première guerre mondiale du Fuso fût fort calme. En 1927/28, le Fuso et son sister-ship furent modifiés au niveau des mats de misaine, des projecteurs et des canons de 80mm étant embarqués.

Durant l’entre-deux-guerre, l’impossibilité pour les japonais de construire de nouveaux cuirassés obligea la marine impériale à moderniser les cuirassés existant.

Le Fuso n’échappa pas à la règle avec une première modernisation à la fin des années vingt suivit d’une autre entre 1930 et 1935 à l’Arsenal de Kure avec notamment un allongement de 7.62m, la fusion des deux cheminées en une seule, de nouvelles turbines, le remplacement des 24 chaudières d’origine pouvant fonctionner au charbon et au mazout par six nouvelles chaudières au mazout tandis que les superstructures avant furent totalement reconstruits avec la fameuse tour pagode caractéristique des cuirassés japonais.

Le blindage fût accru en quantité et amélioré en qualité surtout au niveau des machines et sous la ligne de flottaison, prenant en compte les leçons de la bataille du Jutland. En dépit du poids supplémentaire, les navires étaient plus rapides après la refonte qu’avant (25.4 contre 22 noeuds).

Au niveau de l’armement, les tubes lance-torpilles furent débarqués et en échange reçut 8 canons de 127mm et 16 mitrailleuses de 13.2mm. Une catapulte à poudre fût installée sur la tourelle n°3 (déplacée à la poupe au début de la seconde guerre mondiale). En 1937, deux canons de 152mm furent débarqués.

En dépit de ces améliorations, la marine impériale japonaise considérait les Fuso comme insuffisament blindés et trop lents pour suivre les porte-avions d’escadre.

Ils restaient ainsi en réserve au Japon pour protéger la métropole mais aussi dans l’attente de la «bataille décisive», bataille qui comme chacun le sait n’eut jamais lieu et pas simplement parce que les Fuso ont été désarmés avant le début du second conflit mondial.

L’abandon d’une nouvelle refonte au début des années quarante scella leur destin. C’est ainsi que le Fuso est désarmé le 14 septembre 1945. Mouillé à Kure, il y est toujours en mars 1950 quand le Japon entre en guerre. Son réarmement est étudié mais au final le Japon préfère concentrer des ressources limitées à l’achèvement et à l’armement de cuirassés neufs.

Réduit au rôle de batterie flottante, le Fuso attire les bombardiers américains. Touché une première fois en septembre 1953 lors d’un raid de bombardiers lourds de l’USAAF, le vénérable cuirassé est frappé plus durement une première fois le 17 juin 1954.

Comprennant qu’il était une cible, les japonais éloignèrent le cuirassé des installations de la base de Kure pour espérer préserver cette dernière. Non seulement la base de Kure fût détruite à 90% mais en plus le cuirassé fût coulé le 24 juillet 1954, chavirant avec heureusement des pertes humaines limitées. L’épave qui ne gênait pas la navigation n’est relevée qu’en 1965 au moment de l’aménagement d’un terre plein et démantelée.

Le Yamashiro

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-Le Yamashiro est mis sur cale à l’Arsenal de Yokosuka le 20 novembre 1913 lancé le 3 novembre 1915 et mis en service le 31 mars 1917.

En 1921, le cuirassé reçoit des plate-formes en bois sur les tourelles II et IV pour tester l’emport d’avions notamment de chasse.

A l’époque toutes les marines testent l’emport de chasseurs depuis les cuirassés (la France avec le cuirassé Paris) mais cette technique empêche la mise en œuvre de l’artillerie et est rapidement abandonnée quand il devient évident que seule l’utilisation du porte-avions ou de la catapulte étaient efficaces. Le Yamashiro fût d’ailleurs le premier navire japonais à recevoir une catapulte à hydravions.

Après une première modernisation en 1927/28, le Yamashiro comme le Fuso est profondément refondu. Entre décembre 1930 et mars 1935, le cuirassé est reconstruit à l’Arsenal de Yokosuka, devenant un cuirassé moderne.

A noter qu’à la différence du Fuso, les tourelles centrales sont orientées dans le même sens ce qui permet de l’identifier d’un seul coup d’oeil.

Moderne tout est relatif, le cuirassé est jugé trop lent pour accompagner les porte-avions et reste en seconde ligne, ne devant être engagé que durant la «bataille décisive» qui comme chacun sait n’eut jamais lieu.

Un temps, une nouvelle refonte est envisagée pour permettre de faire la jonction avec les Amagi mais au final comme pour le Fuso, la refonte est abandonnée, condamnant le Yamashiro à un désarmement à brève échéance.

Le couperet tombe le 4 janvier 1946 quand le Yamashiro est désarmé à Yokosuka. Mouillé à l’écart, il est maintenu en relatif bon état pour un éventuel réarmement. Ce réarmement est étudié quand le Japon entre en guerre mais la Nihon Kaigun préfère réserver des ressources limitées à l’armement d’unités neuves.

Réduit au rôle de batterie flottante, le Yamashiro tire régulièrement des obus de 356mm pour entrainement et pour se préparer à repousser un éventuel débarquement américain. Il sert également de batterie antiaérienne flottante pour repousser les raids aériens ennemis.

Le 4 juillet 1954, le Yamashiro est frappé par quatre bombes et chavire contre le quai qu’il occupait depuis le début du conflit. L’épave est relevée en 1956 et démantelée.

Caracteristiques Techniques de la classe Fuso

Déplacement : standard 34700 tonnes pleine charge 39782 tonnes

Dimensions : longueur (origine) 205.13m (après refonte) 212.75m largeur : (origine) 29m (après refonte) 30m tirant d’eau : 9.5m

Propulsion : A l’origine, les Fuso étaient propulsés par 4 chaudières Brown-Curtiss alimentées par 24 chaudières à charbon et mazout Miyabara développant une puissance totale de 24000ch et actionnant quatre hélices. Après la refonte des années trente, les Fuso étaient propulsés par 4 turbines Kampon alimentées par 6 chaudières à mazout Kampon développant 40000ch et actionnant quatre hélices.

Performances : vitesse maximale : 22 noeuds à la construction 25 noeuds après refonte distance franchissable : 11800 miles nautiques à 16 noeuds

Protection : ceinture blindée de 203 à 305mm au milieu du navire, de 100 à 127mm à la proue et de 100mm à la poupe; pont blindés de 27 à 52mm bulkheads 100 à 305mm, barbettes 203 à 305mm tourelles 203 à 305mm tour de commandement 152 à 305mm.

Armement : 12 canons de 356mm (14 pouces) modèle 1910 en six tourelles doubles (deux à l’avant, deux au centre et deux à l’arrière), 16 puis 14 canons de 152mm (6 pouces) modèle 1908 en casemates latéraux simples, 8 canons de 127mm en quatre affûts doubles (installés après refonte), 8 à 16 mitrailleuses de 13.2mm remplacées ultérieurement par 16 canons de 25mm en huit affûts doubles. Même après le désarmement, le nombre de canons de 25mm augmenta jusqu’à atteindre le chiffre de 48 pour le Fuso et de 64 pour le Yamashiro.

Aviation : Une catapulte à poudre installée à la poupe et 3 hydravions

Equipage : 1400 hommes

Cuirassés classe Ise

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Avant propos

Les cuirassés Ise et Hyuga sont dérivés des Fuso. Ils se distinguent des précédents par un armement principal mieux disposé (les tourelles sont groupées deux par deux, superposées, aussi bien à l’avant, au milieu qu’à l’arrière), un armement secondaire composé de canons de 140mm (la réduction de calibre étant compensée par une meilleure cadence de tir), la vitesse est plus élevée.

Le financement de ces deux cuirassés est assuré lors de la session parlementaire de 1912-1913, la Diète autorisant la construction du Yamashiro, de l’Ise et de l’Hyuga.

Carrière opérationnelle

L’Ise

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-L’Ise est mis sur cale aux chantiers navals Kawasaki de Kobe le 10 mai 1915 lancé le 12 novembre 1916 et mis en service le 15 décembre 1917.

Sans adversaire durant la fin du premier conflit mondial, l’Ise participe à l’expédition japonaise en Sibérie (août 1918-octobre 1922), servant davantage de transport que de cuirassé puis qu’à ma connaissance, il n’à jamais tiré contre terre durant cette intervention.

Le 12 avril 1922, le prince de Galles futur Edouard VIII et son cousin lord Mounbatten visitent le navire alors qu’il était à quai à Yokohama.

En 1928/29, l’Ise subit une première période de travaux à l’Arsenal de Kure, recevant la fameuse tour-pagode, un échappement incurvé sur la cheminée avant, une plate-forme aviation sur la tourelle n°5 (supérieure arrière) et une grue aviation.

Des travaux plus conséquents ont lieu du 20 novembre 1931 au 10 février 1932 toujours à Kure avec le raccourcissement du mat arrière, le remplacement des canons de 76mm par des canons de 127mm, l’embarquement de deux affûts doubles de 40mm Vickers, le débarquement de canons de 140mm sous bouclier (quatre en deux affûts doubles sur les vingt présents), une catapulte étant installée à la place de la plate-forme, une deuxième catapulte étant embarquée le 14 mai 1933.

Une deuxième refonte majeure à lieu à Kure du 1er août 1935 au 27 mars 1937. Les travaux voient le remplacement des turbines d’origine par des turbines plus modernes, le remplacement des vingt-quatre chaudières mixtes mazout/charbon par huit chaudières à mazout, la suppression de la cheminée arrière, l’augmentation de la taille de 7.62m, l’embarquement de bulges anti-torpilles, l’augmentation de l’élévation de l’artillerie principale et de l’artillerie secondaire, le remplacement des canons de 40mm par des canons de 25mm et le remplacement des catapultes d’origine par des engins plus modernes.

Remis en service, le cuirassé comme son sister-ship Hyuga et comme ses cousins Fuso et Yamashiro étaient considérés comme des navires de seconde ligne, incapables d’accompagner les porte-avions et ne devant servir que lors de la bataille décisive.

Pour l’anecdote, il est intéressant de constater que si le programme «8-8» avait été achevé comme prévu en 1928, la composante cuirassé de la marine japonaise aurait été subdivisée en trois groupes, la première ligne composée des quatre Kii et des quatre type n° 13, la 2ème ligne composée des cuirassés de classe Tosa, Nagato et des croiseurs de bataille de classe Amagi et enfin en réserve les Kongo, les Fuso et les Ise (il est peu probable que même après modernisation si modernisation il y eut, la situation aurait évolué).

Comme pour les Fuso, une nouvelle refonte est envisagée pour les Ise en vue de faire la jonction avec l’arrivée des Amagi mais ce projet est abandonné. Le 14 mars 1947, l’Ise est désarmé et mouillé à Sasebo.

En meilleur état que les Fuso, le réarmement des Ise semble avoir été plus sérieusement envisagé que les premiers superdreadnought japonais mais n’aboutira pas, les ressources de la marine japonaise déjà limitées étant rapidement aspirées par la mise en service de cuirassés plus modernes.

Servant de batterie flottante, le cuirassé attire naturellement les avions américains. Le 14 septembre 1953, deux bombes touchent le cuirassé. Ce sont des coups heureux puisque les B-29 qui bombardaient Sasebo pilonnaient la ville sans viser expressement le cuirassé à la différence des avions embarqués qui finiront par couler le cuirassé le 14 mai 1954, quatre bombes de 454kg et deux bombes de 227kg ayant raison du vénérable cuirassé dont l’épave relevée en 1956 est démantelée entre septembre 1956 et juin 1957.

Le Hyuga

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-Le Hyuga est mis sur cale aux chantiers Mitsubishi de Nagasaki le 6 mai 1915 lancé le 27 janvier 1917 et mis en service le 30 avril 1918.

Le début de sa carrière opérationnelle est marqué par un terrible accident. En effet, le 24 octobre 1919 lors d’une école à feu en baie de Tokyo, une explosion dans la tourelle n°3 (supérieure centrale) tue onze marins et en blesse vingt-cinq. Réparé, le cuirassé peut participer à l’intervention japonaise en Sibérie (août 1920).

Le traité de Washington imposant de faire durer les cuirassés et surtout leurs capacités, les Ise vont subir plusieurs refontes pour les maintenir au goût du jour en matière de vitesse, de protection et d’armement. Les travaux sont identiques à ceux de l’Ise, la première refonte ayant lieu en 1927/28, la seconde de 1928 à 1931 et la dernière du 24 octobre 1934 au 7 septembre 1936, à chaque fois à l’Arsenal de Kure.

Remis officiellement en service le 1er décembre 1936, le Hyuga participe à la guerre sino-japonaise comme transport de troupes.

Le 21 août 1937, il débarque à Port-Arthur la 3ème force spéciale de débarquement stationnée en temps normal à Sasebo soit 2000 hommes chargés de mener une descente contre les forces chinoises. En 1938, le Hyuga participe à une mission similaire mais dans le sud de la Chine.

Le 30 juin 1940, il débarque à Yokohama l’empereur du Mandchoukuo, Pu-Yi, dernier empereur de Chine pour une visite d’état même si le Mandchoukuo était un état fantoche, reconnu par une poignée de pays et où tout était organisé par et pour le Japon.
Après avoir servit de navire d’entrainement du 16 juillet 1940 au 23 février 1941, le Hyuga repart en Chine pour un nouveau cycle opérationnel en compagnie notamment du Hiei et ce jusqu’à la fin du mois de mars 1941.

Jusqu’à son désarmement le Hyuga va alterner périodes de déploiement en Chine (au moins jusqu’à l’automne 1943) et périodes d’entrainement. Il y eut bien sur des carénages mais le projet d’une nouvelle refonte d’ampleur fût abandonnée dès 1942, scellant le sort des Ise : un désarmement à court terme.

Le Hyuga est ainsi désarmé le 14 décembre 1947. Mouillé à Kobé, il est ensuite ramené à Yokohama avant de rallier Ominato. Son réarmement est envisagé en mars 1950 mais finalement abandonné.

Servant de leurre et de batterie flottante, l’ex-Hyuga est endommagé par plusieurs attaques américaines. Le 30 juillet 1954, l’aviation embarquée américaine attaque Ominato pour neutraliser les derniers navires encore à flot de la Nihon Kaigun.

Le cuirassé bien que camouflé n’échappe pas aux Chance-Vought F4U Corsair, Douglas Skyraider et Martin Mauler qui s’acharnent sur ce met de choix en l’attaquant à la roquette et à la bombe, le cuirassé ayant encaissé une vingtaine de roquettes, quatre bombes de 907kg et huit de 454kg. Il chavire et coule en quelques minutes.

Caractéristiques Techniques des Ise

Déplacement : standard 35800 tonnes pleine charge 40169 tonnes

Dimensions : longueur : 215.8m largeur : 31.7m tirant d’eau : 9.2m

Propulsion : 4 turbines à engrenages Kampon alimentées par 8 chaudières à mazout Kampon Ro développant une puissance totale de 80000ch et actionnant 4 hélices

Performances : vitesse maximale : 25.3 noeuds distance franchissable : 7870 miles nautiques à 16 noeuds

Protection : ceinture 305mm pont blindé 96mm tourelles 305mm

Armement : 12 canons de 356mm (14 pouces) modèle 1910 en six tourelles doubles (deux à l’avant, deux au centre et deux à l’arrière), 20 canons de 140mm modèle 1914 (type 3) ( seize en casemates latéraux et quatre en deux tourelle doubles à l’avant), 8 canons de 127mm type 89 (modèle 1929) en quatre affûts doubles, 20 canons de 25mm type 96 (modèle 1936) en dix affûts doubles, nombre porté successivement à 32 puis à 48 avant de retomber à 24.

Aviation : Un catapulte et trois hydravions

Equipage : 1376 officiers et marins

Cuirassés classe Nagato

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Avant-propos

En 1904/05, les tensions accumulées depuis plus de trente ans entre Petrograd et Tokyo avaient éclaté sous la forme non pas d’un orage mais d’un conflit armé qui à la surprise de tout le monde vit la victoire du Japon sur la Russie tsariste.

Cette victoire fait du Japon la puissance dominante en Asie du Nord-Est et lui ouvre les portes d’une ambition plus grande encore à savoir le contrôle de l’immense Océan Pacifique. Seulement voilà, le Japon n’est pas le seul à convoiter cet océan, les Etats-Unis déjà présents à Hawaï, Midway et aux Philippines sont bien décidés à ne pas laisser Tokyo prendre ses aises.

Un conflit semble inévitable à long terme même si en 1905, ce conflit est de l’ordre de la science fiction puisque le Japon n’à pas une marine capable de battre l’US Navy et l’alliance anglo-nippone de 1902 interdit à Washington de vouloir régler ses comptes avec son remuant voisin extrême-oriental.

Pour ne pas se trouver prise au dépourvu, le Japon songe dès 1907 à s’équiper d’une marine capable de vaincre la marine américaine. C’est le début de la saga du plan «8-8» qui fût ébauché, esquissé mais qui jamais ne débouchera sur un plan réalisé, le traité de Washington (1922) y mettant un terme définitif.

Plutôt que de financer un plan complet, la Diète et le gouvernement mais aussi de prosaïques réalités financières et industrielles décidèrent de financer un peu chaque année ce plan dont on peut se demander si il n’était pas dès l’origine hors de portée du Japon.

Après avoir autorisé le financement de quatre croiseurs de bataille (les Kongo) et d’un cuirassé (le Fuso), la Diète autorise le financement lors de sa session de 1912/1913 de trois cuirassés (les futurs Yamashiro Ise Hyuga).

En 1915, le ministre de la marine propose un plan «8-4» autorisant la construction de quatre nouveaux cuirassés, deux de classe Nagato et deux de classe Tosa. Leur mise en service doit être achevée en 1923. La Diète n’autorise le 12 mai 1916 que le financement d’un cuirassé le futur Nagato et de deux croiseurs de bataille (les futurs Amagi et Akagi).

La révélation d’un plan américain pour dix cuirassés et six croiseurs de bataille débloque la situation et en juillet 1917, la Diète vote les financements nécessaires à un plan «8-6» et notamment les crédits pour un sister-ship du Nagato, le futur Mutsu.

Le Nagato et le Mutsu sont à leur mise en service les plus puissants cuirassés du monde. Ils ne seront déclassés que par l’arrivée des Nelson britanniques.

Avant même que la bataille du Jutland ne porte un coup terrible au concept du croiseur de bataille, les japonais imaginent un concept hybride, un cuirassé rapide. Ils ne sont pas les seuls à y penser puisque les Queen Elizabeth avec leurs vingt-cinq nœuds annoncent déjà les futurs «35000 tonnes».

Après avoir construit les Fuso et les Ise, le Japon décide de mettre au point un cuirassé plus puissant et si un projet de Vickers de 1913 n’est pas retenu (25 nœuds, canons de 406mm en quatre tourelles doubles, ceinture de 305mm), il est évident qu’il à alimenté discussions et réflexions concernant le projet A-102.

Ce projet est le premier projet japonais intégrant la protection «tout ou rien» (all or nothing) imaginée par les américains sur le USS Nevada. La protection anti-torpilles est particulièrement soignée.

Le calibre choisit _410mm_ donne une allonge supérieure au cuirassé japonais qui bénéficie d’une puissance propulsive supérieure (80000ch contre 30000ch pour les cuirassés américains) lui permettant d’être tout à la fois mieux protégé et plus rapide puisqu’ils atteignent la vitesse de 26.7 nœuds.

Jusqu’à la mise en service des Yamato, les Nagato vont être les plus puissants cuirassés de la marine japonaise.

Carrière opérationnelle

Le Nagato

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Le Nagato est mis sur cale à l’arsenal de Kure le 28 août 1917 lancé le 9 novembre 1919 et admis au service actif le 15 novembre 1920.

Du 5 septembre 1934 au 30 septembre 1936, le Nagato est immobilisé pour une importante refonte destinée à lui permettre de servir encore quelques années.

La coque fût allongée de près de 9 mètres (215.8 à 224.6m) et élargie par la pose de bulges anti-torpilles. Les quatre turbines sont remplacées et dix chaudières au mazout remplacent les vingt et une chaudières mixtes. Une structure en pagode remplace le mât avant, des télémètres furent ajoutées et la cheminée avant supprimée.

La portée de l’armement principale est augmentée par l’augmentation de l’élévation (30 à 43°), deux canons de 140mm, des tubes lance-torpilles sont débarquées et huit canons de 127mm sont embarqués tout comme 20 canons de 25mm. Le blindage du pont fut renforcé pour atteindre 180mm par endroits, une catapulte et trois hydravions sont embarqués.

Intégré à la Flotte Combinée, le Nagato et le Mutsu forment la 1ère division de cuirassés, le Nagato étant même le navire-amiral, portant la marque de l’amiral Yamamoto qui va commander la flotte combinée de 1941 jusqu’à sa mort en 1953 lors d’un accident d’avion. En mars 1942, le Yamato remplace le Nagato comme navire-amiral de la Flotte Combinée.

Une nouvelle refonte à lieu du 14 mars 1946 au 12 janvier 1947. La propulsion est entièrement remise en état, une nouvelle catapulte est embarquée, les blindages sont renforcés, l’armement principal voit ses canons remplacés par des canons neufs de même calibre, des canons de 140mm sont débarqués, la DCA légère renforcée, des radars embarqués.

Toujours en service en mars 1950, le Nagato trop lent ne participe pas à l’expédition contre Pearl Harbor mais il couvre l’invasion de la Malaisie et des Indes Néerlandaises, participant à la bataille du Golfe de Thaïlande fatale notamment aux cuirassés Queen Elisabeth et Malaya.

Il est endommagé par une torpille imposant six mois de réparations au Japon de mai à novembre 1950, retournant au combat début 1951, étant engagé aux Salomons où il est endommagé à plusieurs reprises mais sans réelle gravité.

Après avoir participé à la tentative japonaise contre la Nouvelle-Calédonie en octobre 1951, le cuirassé est sérieusement endommagé par une torpille d’un sous-marin américain. C’est à grand peine qu’il rejoint le Japon pour être réparé et refondu.

Il semble que son désarmement à été envisagé mais le Japon se rendit compte qu’il n’avait plus les moyens de construire rapidement son remplacant. Elle faisait donc durer le vétéran en attendant un éventuel changement de paradigme.

De retour au combat en mars 1952, il ne participe pas à la bataille de la mer de Corail mais aux tentatives japonaises de repousser les actions américaines contre la Nouvelle-Guinée.

Légèrement endommagé, le Nagato rentre au Japon en mars 1953. Il n’est pas engagé aux Philippines, un bombardement américain l’endommageant sérieusement à Yokohama. Réparé, il reste bloqué au Japon pour se préparer à une éventuelle invasion américaine de l’archipel mais aussi à cause de la pénurie de carburant.

Endommagé à nouveau à plusieurs reprises, il est encore à flot au moment de la capitulation japonaise. Capturé par les américains, il est remorqué à Bikini où il est sacrifié lors de l’opération Crossroads. Les deux tirs ne le coulent pas directement mais il finit par chavirer une semaine après le deuxième tir.

Le Mutsu

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-Le Mutsu est mis sur cale à l’Arsenal de Yokosuka le 1er juin 1918 lancé le 31 mai 1920 et mis en service le 22 novembre 1921. Il est refondu à la même époque que son sister-ship, les travaux étant identiques.

Toujours en service en septembre 1939, le cuirassé alterne croisières d’instructions et opérations contre la Chine, moins comme cuirassé que comme transport. Une nouvelle refonte à lieu du 12 septembre 1945 au 9 mars 1946 pour lui permettre de tenir encore quelques années.

Il ne participe pas à l’expédition de Pearl Harbor mais est engagé aux Philippines, bombardant les positions américano-philippines, se tenant prêt à repousser l’intervention de cuirassés américains qui auraient annoncé la tant attendue «bataille décisive». Il participe à cette campagne en compagnie du Hiei et du Kawashi en attendant le renfort du Kongo qui participait lui à l’expédition contre Pearl Harbor.

Ressortant indemne de cette campagne, le cuirassé est engagé en Malaisie, à Singapour et aux Indes Néerlandaises. Après la victoire dans le Golfe de Thaïlande, la marine japonaise à le contrôle des mers et les cuirassés comme le Mutsu se contentent de servir de canonnière au profit des troupes au sol.

Après un petit carénage dans la base française capturée de Cam-Ranh, le cuirassé est engagé aux Salomons dans une terrible campagne d’usure. En mauvais état, il rentre au Japon pour être totalement remis en état.

Il doit servir un temps de navire-école mais le 8 mai 1952, mouillé dans la baie d’Hashirajima, il explose provoquant la mort de 977 officiers, marins et cadets. Le navire chavire et coule, l’épave étant relevée et démolie après guerre.

L’explosion à pour origine un court-circuit électrique qui provoqua un incendie. Cet incendie réussit à atteindre une soute à gargousses puis une soute à obus de 410mm. Avant même que cette dernière soit noyée, le cuirassé explosa provoquant la mort de près de 1000 marins.

Outre la mort des marins, la perte de 125 cadets en formation fût une perte dramatique pour la marine japonaise qui souffrait déjà de sérieux manque dans le domaine de l’encadrement.

Caracteristiques Techniques des Nagato

Déplacement : standard 39130 tonnes pleine charge 42850 tonnes

Dimensions : longueur hors tout 224.6m largeur 34.55m tirant d’eau 9.45m

Propulsion : quatre turbines Kampon alimentées en vapeur par dix chaudières Kampon développant 80000ch et entrainant quatre hélices

Performances : vitesse maximale 25 nœuds distance franchissable 8650 miles nautiques à 16 nœuds

Protection : ceinture 305mm pont 76-180mm tourelles 356mm

Armement : huit canons de 410mm en quatre tourelles doubles (deux avant et deux arrière), 18 puis 14 canons de 140mm en casemates simples (débarquement des canons de 140mm en affûts doubles), huit canons de 127mm en quatre affûts doubles, 24 puis 48 canons de 25mm en affûts doubles

Aviation : une catapulte et trois hydravions

Equipage :1368 officiers et marins

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